Página inicialMoniales et religieuses : espaces communautaires au féminin Ve-XVIIIe siècle

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Publicado Quarta, 12 de Julho de 2017 por Anastasia Giardinelli

Resumo

Dès les origines orientales de la vie régulière, on rencontre des communautés de femmes. Cependant, l’historiographie ne leur a pas accordé l’attention soutenue dont ont bénéficié les monastères d’hommes. Leur inscription sociale et ecclésiale, l’origine et le nombre des soeurs, leurs pratiques liturgiques et leurs formes de vie : tout cela n’est connu que de manière fragmentaire, surtout pour les périodes hautes. A fortiori est-on peu renseigné sur la structure et l’aménagement des espaces de vie et de célébration. C’est pourquoi la fouille du site viennois de Saint-André-le-Haut apparaît comme exceptionnellement riche en données nouvelles, tout autant qu’en questions ouvertes. Il a semblé que le moment était bien choisi pour faire, à partir de ce cas remarquable, un bilan d’étape de la recherche sur les moniales et religieuses du double point de vue de l’archéologie et de l’histoire. Une chronologie longue, des origines à la suppression révolutionnaire des voeux de religion, s’est imposée comme une nécessité méthodologique pour montrer les continuités et identifier les scansions d’une histoire étonnamment variée.

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Argumentaire

Si l’histoire des ordres religieux masculins est foisonnante, on ne saurait en dire autant de celle des maisons de moniales. En-dehors de quelques cas trop connus (Hildegarde, Thérèse d’Avila, Port-Royal…), les nonnes ont laissé bien moins d’écrits que leurs homologues masculins ; leur documentation archivistique est aussi plus fragmentaire et lacunaire, surtout pour les périodes hautes. La situation est encore plus tranchée en archéologie : les fouilles ou les analyses de bâti dans les couvents de femmes sont rares. C’est précisément une fouille exceptionnelle qui est à l’origine de ce colloque : celle du site de Saint-André-le-Haut, à Vienne, occupé en continu par une communauté féminine du haut Moyen Age à la Révolution. Les questions posées sur le terrain ont amené des chercheurs d’origines académiques très diverses à mesurer la nécessité d’un bilan d’étape dans l’enquête sur les espaces du monachisme féminin, au sens le plus large du mot « espaces », du plus concret au plus idéel. Plusieurs points d’attention privilégiés, qui voudraient baliser l’essentiel du champ, sont ainsi apparus.

1. Vivre en communauté, c’est toujours vivre sous une règle. Du côté des moniales, la situation est plus complexe encore que chez les moines. Au foisonnement de règles proprement dites qui caractérise le premier millénaire, avec des différences régionales très sensibles et des circulations, y compris orientales, qui n’ont pas encore été complétement explicitées, répond ensuite la variété des coutumes ou constitutions. Une session ne saurait permettre de tout évoquer, mais nous aspirons à faire le point sur quelques grands textes ou grands foyers qui furent autant de repères constamment réinvestis.

2. Même si les termes du débat ont évolué, la régularité féminine a eu de longue date pour corollaire la nécessité de la clôture. La rigueur avec laquelle le principe a été appliqué demeura très variable jusqu’à la fameuse décrétale Periculosa de 1298. La lecture croisée des textes normatifs et des vestiges matériels devrait permettre, là où c’est possible, d’affiner à la fois typologie et chronologie. Après le « grand renfermement », l’émergence d’une catégorie de sœurs de second rang, moins rigoureusement astreintes que les religieuses de chœur, a entrainé une re-hiérarchisation des couvents qu’il conviendra d’envisager aussi.

3. Le premier devoir de toute communauté, son œuvre propre, est la louange divine sous la forme de l’office choral solennel. L’adoption de ce modèle par des groupes de femmes soulevait toutes sortes de problèmes, relevant par exemple de la présidence : quel équivalent sacerdotal dans un milieu par définition fermé à toute ordination ? D’importantes adaptations se sont imposées, qu’il s’agit d’évaluer. La gestion des espaces était aussi un enjeu majeur : comment permettre une célébration adéquate en préservant la spécificité d’un sanctuaire réservé aux clercs mâles et d’un chœur liturgique clos, invisible et « protégé » ? Pour les ordres mendiants ou les fondations post-tridentines, plusieurs belles enquêtes récentes ont apporté de premiers éléments de réponse ; la recherche doit être systématisée, notamment pour gagner en profondeur chronologique.

4. Rapports avec l’extérieur, présence indispensable d’aumôniers, de confesseurs, de directeurs, de prédicateurs… Ces femmes entre elles que sont les moniales ne peuvent faire l’économie de relations avec le monde masculin. La rigueur de la clôture en fait un point de fixation des prescriptions et des inquiétudes. Le milieu conventuel apparaît ainsi comme une sorte de lentille grossissante des conceptions du rapport féminin / masculin à l’échelle des sociétés entières. Il y a là un beau terrain d’exercice pour une histoire du genre en plein essor, qui pénètre désormais le terrain de l’anthropologie religieuse.

5. Enfin, il est bien connu que l’archéologie, parce qu’une part importante de ce qui lui est livré relève du funéraire, en dit plus sur la mort de ceux qui occupèrent les lieux fouillés que sur leur vie proprement dite. Mais y a-t-il vraiment opposition ? Les pratiques de sépulture n’apprennent-elles pas beaucoup sur les priorités tant religieuses que matérielles des communautés concernées ? La répartition des tombes n’est-elle pas un indice précieux des hiérarchies et des réseaux de protection et de domination ? Alors que les études sur la mort au cloître ont désormais tendance à se multiplier, il est sans doute temps d’en appliquer les méthodes au monde des nonnes pour repérer similitudes et singularités.

Pour donner sens à toutes ces perspectives, le choix d’une chronologie longue s’imposait. Il convient, même si beaucoup d’incertitudes demeurent, de commencer par les premiers rassemblements, plus ou moins informels, de vierges consacrées, et d’aller jusqu’à cette rupture majeure que fut la suppression révolutionnaire des vœux de religion. La continuité d’occupation du site de Saint-André-le-Haut fait ici image : si des scansions majeures se laissent distinguer, à commencer par l’essor grégorien et le renouveau tridentin, il y a bel et bien un flux continu de vie conventuelle qui traverse plus d’un millénaire. C’est l’ambition du colloque de Vienne d’en restituer la cohérence, en faisant le pari de dépasser les étroitesses des spécialisations académiques et disciplinaires pour aller vers l’unité d’une véritable « science sociale du religieux ».

Programme

Jeudi 16 novembre

10h00 Accueil

10h30 Introduction générale

D. Iogna-Prat (CeSor, EHESS), Les espaces communautaires féminins en questions.

11h00 N. Giantsi (Univ. Nationale et Kapodistrienne d’Athènes), L’héritage oriental.

11h30 N. Nimmegeers (Umr 5648 - Ciham), Le monachisme féminin dans le monde rhodanien au haut Moyen Âge.

12h00 Repas

Session 1 : Ritualités

13h30 A. Rauwel (CeSor, EHESS), introduction

14h00 M. Zannettacci (Ville de Vienne), Redécouverte de l’abbaye de Saint-André-le-Haut (sources et documentation).

14h15 A. Baud (Univ. Lyon2, UMR 5138-Arar), A. Flammin (CNRS, UMR 5138-Arar), Le choeur liturgique des moniales de l’abbaye de Saint-André-le-Haut entre le XIe et le XVIIIe siècle.

14h45 M. Heijmans (Centre C. Jullian - UMR 7299), Du monastère Saint-Jean à l’abbaye Saint-Césaire, douze siècles de monachisme féminin à Arles.

15h15 Pause

15h30 J. Bujard (OPAN, Neuchâtel), Une communauté cistercienne : La Fille-Dieu à Romont (Fribourg, Suisse), évolution de la clôture et du chœur des moniales du XIIIe au XVIIIe siècle.

16h00 C. Kosch (Mayence), Observations sur l’architecture et la topographie liturgique des collégiales de chanoinesses en Europe centrale (Xe - XIIe siècles).

16h30 Th. Jérôme (CREHS, EA4027), La naissance de la branche féminine cartusienne au XIIe siècle : entre influence et adaptation d’une vie érémitique masculine.

17h00 L. Lecomte (chercheur indépendant), Les chœurs liturgiques dans les congrégations tridentines.   

17h30 Discussion

18h30 Conférence de N. Reveyron (Univ. Lyon2, UMR 5138-Arar), Architecture et organisation de l’espace ecclésial dans le monde monastique féminin.

Vendredi 17 novembre

Session 2 : Clôture

9h00 P. Ganivet (Univ. Clermont-Auvergne), Le droit de la clôture.

9h30 M. Borréani (Service du patrimoine et de l’archéologie du Var), Y. Codou (Univ. Nice, Cepam), Un monastère provençal : La Celle.

10h00 Pause

10h30 M. Duriez (Univ. Lyon2, UMR 5138-Arar), Du mur d’enceinte à la cellule : architecture de la clôture dans les monastères féminins cartusiens.

11h00 A. Grélois (Univ. Rouen, GRHis), L’espace des cisterciennes : transposition du modèle masculin ou expression d’un idéal d’hommes ?

11h30 Discussion

12h00 Repas

Session 3 : Vivants et morts

13h30 J. Tardieu (Ing. d’études-UMR 5138), introduction

14h00 C. Treffort (Univ. Poitiers, CESCM), La mémoire des morts dans une abbaye féminine au Moyen Âge : le cas de l’Abbaye-aux-Dames de Saintes.

14h30 E. Destefanis (Univ. du Piémont Oriental), Espaces de vie et espaces funéraires dans les monastères féminins du haut Moyen Âge : un regard archéologique.

15h00 I. Cartron (Univ. Bordeaux, UMR 5607-Ausonius), Les funérailles des moniales et des abbesses au cours du haut Moyen Âge.

15h30 Discussion

16h00 Pause

Session 4 : Règles et normes

16h30 I. Réal (Univ. Toulouse, Framespa), introduction

17h00 A. Dubreucq (Univ. Lyon3, Ciham), La règle de saint Césaire pour les femmes et sa postérité dans le haut Moyen Âge.

17h30 N. Deflou-Leca (Univ. Grenoble-Alpes, LEM-CERCOR, UMR 8584), Les réformes monastiques au féminin (espace franc, IXe-début du XIIe siècle).

18h00 Discussion

19h00 Inauguration de l’exposition à Saint-André-le-Bas : «Moniales à Saint-André-le-Haut du Ve au XVIIIe siècle»

Samedi 18 novembre

Session 5 : Femmes et hommes

8h30 A.-M. Helvétius (Univ. Paris 8, Histoire des pouvoirs, savoirs, sociétés - EA 1571), introduction

9h00 A. Dierkens (Univ. Libre de Bruxelles), Gubernatrix extiterit famulorum famularumque Christi. Réflexions sur quelques « abbayes doubles » durant le haut Moyen Âge.

9h30 J.-B. Vincent (CRAHAM-UMR 6273, membre associé), Des femmes, mais pas seulement… État de la question sur l’organisation conventuelle des monastères féminins savignio-cisterciens au Moyen Âge.

10h00 Pause

10h30 G. Andenna (Univ. catholique, Milan), I priorati femminili di Cluny. Dagli ideali dell’abate Ugo alla vita quotidiana nei chiostri delle campagne europee (secoli XI-XV).

11h00 D. Prigent (Conservation du patrimoine de Maine-et-Loire, chercheur associé UMR 6298 Artehis), Organisation spatiale au sein du complexe monastique de Fontevraud (XVIe-XVIIIe siècles).

11h30 A. Gaillard (UMR 5138 - ArAr, chercheur associé), Les sépultures du prieuré Saint-Lazare de Fontevraud  : un espace funéraire réservé aux femmes au sein d’une abbaye double?

12h00 Discussion

12h15 Conclusions, Ch. Sapin (CNRS, UMR 6298 - Artehis)

13h00 Repas

14h30 Visite de l’abbaye Saint-André-le-Haut

Locais

  • Médiathèque Le Trente - 30 avenue du Général Leclercq 38200 Vienne
    Vienne, França (38)

Datas

  • Quinta, 16 de Novembro de 2017
  • Sexta, 17 de Novembro de 2017
  • Sábado, 18 de Novembro de 2017

Palavras-chave

  • Monachisme féminin, abbaye de femmes, ritualités, clôture, vivants et morts, règles et normes, choeur liturgique, Vienne (Isère)

Contactos

  • Anne Flammin
    courriel : colloque [dot] studarcheo [at] gmail [dot] com

Urls de referência

Fonte da informação

  • Anne Flammin
    courriel : colloque [dot] studarcheo [at] gmail [dot] com

Para citar este anúncio

« Moniales et religieuses : espaces communautaires au féminin Ve-XVIIIe siècle », Colóquios, Calenda, Publicado Quarta, 12 de Julho de 2017, http://calenda.org/409208