AccueilImages et imaginaires urbains : villes de la péninsule Arabique à l’épreuve de leurs représentations

Images et imaginaires urbains : villes de la péninsule Arabique à l’épreuve de leurs représentations

Urban Images and Imaginaries: Cities of the Arabian Peninsula through their representations

Revue « Arabian Humanities », n°11 - dossier thématique

Arabian Humanities Journal, n.11 - Special issue

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Publié le vendredi 23 juin 2017 par João Fernandes

Résumé

Quatre ans après un premier dossier thématique d’Arabian Humanities sur les villes et dynamiques urbaines dans la péninsule Arabique, le présent appel à contributions propose un retour sur les formes d’urbanité propres à cette aire régionale, au prisme cette fois des images et des imaginaires de la ville.

Annonce

Argumentaire

Quatre ans après un premier dossier thématique d’Arabian Humanities sur les villes et dynamiques urbaines dans la péninsule Arabique, le présent appel à contributions propose un retour sur les formes d’urbanité propres à cette aire régionale, au prisme cette fois des images et des imaginaires de la ville.

Les propositions d’articles sont invitées à prendre pour objet les représentations suscitées par ces villes – celles projetées et produites par les acteurs institutionnels de la fabrique urbaine, comme celles nées des pratiques partagées des villes par les diverses catégories d’habitants. Les images comme support – avec leurs modèles, leurs attributs symboliques et leurs impensés – pourront ainsi former les matériaux empiriques des études proposées. Les articles pourront également se pencher sur les mises en récit de ces images et leur insertion dans des ensembles de significations collectives, c’est-à-dire dans des imaginaires. Il s’agira d’interroger ce que ces images et imaginaires urbains font aux villes de la péninsule Arabique aujourd’hui.

Du point de vue théorique, cet appel à contributions s’inscrit dans le prolongement d’un courant critique d’études urbaines qui a été, dans la dernière décennie, l’un des moteurs les plus dynamiques du renouvèlement de la recherche en sciences sociales sur la région (Bsheer et Warner, 2013 ; Carapico, 2004). Les travaux consacrés aux villes de la péninsule Arabique ont en effet dessiné une unité propre à cette aire culturelle, au-delà du modèle simpliste de la « ville pétrolière » (Fuccaro, 2001). Ils ont mis au jour les enjeux posés par le développement urbain à travers le rôle de ses différents acteurs mais aussi à travers les conflits qui ont accompagné les transformations des villes de la région (Al-Nakib, 2016 ; Altorki et Bagader, 2006 ; Elsheshtawy, 2008 ; Fuccaro, 2009 ; Kanna, 2011 ; Khalaf, 2006 ; Wippel et al. éd., 2014).

Leurs auteurs ont ainsi fait surgir des « contre-récits » de la ville (Al-Rasheed et Vitalis, 2004), concurrençant les discours officiels à partir de l’étude des réappropriations de l’espace urbain par ses habitants, de leurs pratiques informelles, de leurs connexions transnationales ou encore des formes de détournement et de résistance qui émaillent la vie quotidienne des sociétés urbaines (Beaugrand, 2010 ; Elsheshtawy, 2010 ; Le Renard, 2011 ; Ménoret, 2016 ; Moghadam, 2013 ; Vora, 2013).

Nous proposons de mettre à profit la distance permise par ces travaux, et notamment leur soigneuse déconstruction des récits officiels de la naissance et de la production des villes, pour interroger la prolifération d’images auxquelles celles-ci donnent lieu et les imaginaires différenciés dans lesquels elles s’inscrivent. Quelles images de la ville ont influencé le développement urbain dans la péninsule Arabique ? Comment les modèles importés ont-ils évolué au cours du temps et quels modèles sont aujourd’hui créés par ces villes ? Comment ces images dialoguent-elles avec les imaginaires urbains produits de l’intérieur comme de l’extérieur de la région, par les résidents, les migrants ou les candidats à la migration, les touristes ou bien encore les artistes ?

Axes thématiques

Les auteurs pourront articuler leur proposition autour de l’un ou plusieurs des quatre axes suivants, ou bien en proposer de nouveaux :

Images incarnées

Un premier axe pourra questionner comment les images produites par les acteurs publics et privés du développement urbain influent sur la « production de l’espace » (Lefebvre, 1974) et se transforment au fur et à mesure que le projet social et politique qu’elles représentent s’incarne dans la matérialité de la ville. De la « vision » des dirigeants dont le vocabulaire hyperbolique est repris à l’envi dans les médias et sur les affiches, jusqu’à la mise en œuvre d’un projet de construction, l’image de la ville passe en effet par de multiples étapes. Les auteurs pourront ainsi se pencher sur le vaste spectre de corps professionnels qui participent à façonner ces images, des maquettes et projections en trois dimensions dévoilées au cours de salons de promotion immobilière (Montagne, 2016), à la mise en abime que constituent les images de projets futurs plaquées sur de grandes palissades qui cachent la ville en chantier (Stadnicki et Benchetrit, 2014).

Images projetées

Dans le même temps, on s’interrogera sur le récit de la ville que ces images projettent, et sur les jeux d’échelles parfois contradictoires auxquels elles prennent part, entre construction nationale et branding touristique. Si la fabrique urbaine des villes récentes de la péninsule Arabique a partout servi les projets des détenteurs du pouvoir politique et économique, qui sont souvent confondus, ce processus a emprunté des formes très diverses. A l’image construite par les starchitects occidentaux qui décrivent ces villes du Golfe, et Dubaï en particulier, comme de formidables « laboratoires » d’expérimentation ou des « fééries » architecturales (Koolhaas, 2007 ; Katodrytis, 2005), répond ainsi la réalité de la ville moderniste calquée sur l’urbanisme européen d’après-guerre et déjà presque obsolète au moment de sa mise en œuvre (Ménoret, 2016 ; Al-Nakib, 2016 ; Montagne, 2016). A la ville patrimonialisée à travers des complexes hôteliers ou commerciaux qui orientalisent le passé de la région, répond la résilience des projets de logements populaires (buyût sha’biyya) qui ont un temps servi à « contenir » les populations autant qu’à assurer leur allégeance aux nouveaux Etats – mais qui ont aussi suscité des appropriations variées (Cooke, 2014 ; Elsheshtawy, 2016).

Imaginaires citadins

Ces appropriations sont au cœur du troisième axe de recherche proposé, qui s’articulera autour des imaginaires citadins. Les images officielles devront en effet être mises en perspective avec les imaginaires urbains nés de la pratique quotidienne de la ville par ses résidents. Diffusés dans leurs récits de la ville mais aussi dans les images qu’ils en construisent et qu’ils partagent, par exemple sur les réseaux sociaux, ces imaginaires font surgir une autre dimension de l’urbanité, collective, à partir d’une relation à l’espace partagé. Ils mettent parfois en scène la ville passée ou perdue, en employant le vocabulaire de la nostalgie face à la rapidité du développement urbain (Assaf, 2017). Ces imaginaires urbains peuvent aussi véhiculer des significations plus directement politiques, à l’image du rondpoint de la perle au Bahreïn. Détruit par le gouvernement après la répression de 2011, il a ressurgi comme symbole de l’opposition sur internet et à travers les graffitis qui le réinscrivent dans la ville.

Imaginaires artistiques

 Enfin, les imaginaires artistiques des villes de la péninsule Arabique constituent un domaine sous-représenté dans la recherche académique. Ils composent pourtant un corpus extrêmement riche et sur une période de temps longue : dès les années 1970, les romans et films kéralais ou égyptiens relatent les expériences de migration vers le Golfe. Ces récits se prolongent aujourd’hui à travers les industries de l’imaginaire – on pense aux liens économiques qu’entretiennent les acteurs et producteurs de Bollywood avec la région du Golfe – mais aussi à travers les courants émergents de jeunes artistes, citoyens et non-citoyens, qui ont grandi dans ces villes et les racontent sous un nouveau jour.

Les propositions d’articles pourront relever des diverses disciplines des sciences humaines et sociales. Les approches ancrées dans des études de cas empiriques seront privilégiées, mais des billets plus courts consacrés à l’analyse d’un corpus d’images ou d’une œuvre littéraire ou cinématographique peuvent être envisagés. Les approches comparatives avec des terrains issus d’autres aires régionales sont également les bienvenues.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions d’article, en anglais ou en français, doivent être envoyées avant le 10 juillet 2017 aux coordinatrices du dossier, Laure Assaf (laure.assaf@gmail.com) et Clémence Montagne (clemence_montagne@yahoo.fr), ainsi qu’à Sylvaine Giraud (edition@cefas.com.ye).

Les propositions devront inclure :           

  • le titre de l’article,
  • un résumé de 500 mots,
  • une courte biographie de l’auteur
  • toutes les données nécessaires à l’identification de l’auteur : nom, affiliation institutionnelle, adresse professionnelle, téléphone et e-mail.

Calendrier (pour une publication à l’automne 2018)

  •  10 juillet 2017 : Envoi des propositions d’articles

  •  2e quinzaine de juillet : Réponse des coordinatrices
  • 10 décembre : Envoi d’une première version de l’article complet

Il est demandé aux auteurs de respecter les normes de publication d’ Arabian Humanities. Elles sont exposées dans la note aux contributeurs, disponibles ici ou bien en contactant la secrétaire de rédaction Sylvaine Giraud (edition@cefas.com.ye).

Coordinatrices

  • Laure Assaf (EHESS)
  • Clémence Montagne (ENeC)

Références

  • Al-Nakib Farah, 2016, Kuwait Transformed. A History of Oil and Urban Life, Stanford (CA), Stanford University Press.
  • Al-Rasheed Madawi et Vitalis Robert, 2004, Counter-Narratives: History, Contemporary Society, and Politics in Saudi Arabia and Yemen, New York, Palgrave Macmillan.
  • Assaf Laure, 2017, Jeunesses arabes d’Abou Dhabi (Émirats arabes unis). Catégories statutaires, sociabilités urbaines et modes de subjectivation, Thèse de doctorat en Anthropologie, Université Paris-Nanterre.
  • Altorki Soraya et Bagader Abu Baker, 2006, Jidda, Umm al-rakhā wa-l-shidda. Taḥawalāt al-ḥayāt al-’usriyya bayna fatratayn, Le Caire, Dār Al-Shurūq.
  • Beaugrand Claire, 2010, Statelessness and Transnationalism in Northern Arabia: Biduns and State Building in Kuwait, 1959-2009, Thesis for the degree of Doctor of Philosophy, The London School of Economics and Political Science, London.
  • Beaugrand Claire, Le Renard Amélie et Stadnicki Roman, 2013, « Au-delà de la skyline : des villes en transformation dans la péninsule Arabique », Arabian Humanities, n°2. http://cy.revues.org/2636.
  • Bsheer Rosie et Warner John, 2013, « Theorizing the Arabian Peninsula: Introduction to the Roundtable », Jadaliyya.
  • Carapico Sheila, 2004, « Arabia Incognita: An Invitation to Arabian Peninsula Sudies », Counter-Narratives: History, Contemporary Society, and Politics in Saudi Arabia and Yemen, M. Al-Rasheed et R. Vitalis éd., New York, Palgrave Macmillan, p. 11‑33.
  • Cooke Miriam, 2014,Tribal Modern. Branding New Nations in the Arab Gulf. Berkeley / Los Angeles / London: University of California Press.
  • Elsheshtawy Yasser, 2008, The Evolving Arab City: Tradition, Modernity and Urban Development, Londres, Routledge.
  • —, 2010, Dubai: Behind an Urban Spectacle, New York, Routledge.
  • Fuccaro Nelida, 2001, « Visions of the city: Urban studies on the Gulf », Middle East Studies Association Bulletin, vol. 35, , p. 175‑187.
  • —, 2009, Histories of City and State in the Persian Gulf, Cambridge University Press.
  • Kanna Ahmed, 2011, Dubai, the City as Corporation, University Of Minnesota Press.
  • Khalaf Sulayman, 2006, « The Evolution of the Gulf City Type, Oil, and Globalization », Globalization and the Gulf, J. W. Fox, N. Mourtada-Sabbah et M. al-Mutawa éd., London; New York, Routledge, p. 244.
  • Koolhaas, Rem, Ole Bouman, and Mark Wigley. Volume 12: Al Manakh. Amsterdam (Netherlands): Archis, 2007.
  • Lavergne Marc, 2005 [1], « Sur les ailes du désir, de Koweït à Mascate », Villes et territoires du Moyen-Orient.
  • Le Renard Amélie, 2011, Femmes et espaces publics en Arabie Saoudite, Dalloz.
  • Lefebvre Henri, 1974, La production de l’espace (Anthropos).
  • Ménoret Pascal, 2016, Royaume d’asphalte. Jeunesse en révolte à Riyad, Paris, La Découverte.
  • Moghadam Amin, 2013, L’autre rive : l’Iran recomposé de Dubaï. Etude des pratiques et discours des migrants iraniens, Thèse de doctorat en Géographie et Urbanisme, Université Lumière - Lyon II, Lyon.
  • Montagne Clémence, 2016, Développement urbain et planification urbaine à Abu Dhabi et Dubaï. Politiques, acteurs et mobilités, Thèse en Aménagement et Urbanisme, Université Paris-Sorbonne, Paris.
  • Stadnicki Roman et Benchetrit Manuel, 2014, « Le sable dans les villes du Golfe : de la disgrâce à l’infiltration. » Techniques & Culture.
  • Vora Neha, 2013, Impossible Citizens: Dubai’s Indian Diaspora, Durham, Duke University Press.
  • Wippel Steffen et al. éd., 2014, Under Construction: Logics of Urbanism in the Gulf Region, Farnham Surrey and Burlington, VT, Ashgate.

Lieux

  • Koweït, Koweït

Dates

  • lundi 10 juillet 2017

Mots-clés

  • ville, image urbain, imaginaire urbain, péninsule Arabique, image incarnée, image projetée, imaginaires citadin, imaginaire artistique

Contacts

  • Laurent Bonnefoy
    courriel : bonnefoy [at] ceri-sciences-po [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Sylvaine Giraud
    courriel : edition [at] cefas [dot] com [dot] ye

Pour citer cette annonce

« Images et imaginaires urbains : villes de la péninsule Arabique à l’épreuve de leurs représentations », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 23 juin 2017, http://calenda.org/410046