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Agir dans la ville

Art et politique dans l'espace urbain 3 : du quotidien

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Published on Monday, July 10, 2017 by Céline Guilleux

Summary

Le colloque « Agir dans la ville. Art et politique dans l'espace urbain 3 : du quotidien » entend dégager les formes de la manifestation quotidienne du pouvoir, entendu ici dans son acception la plus large, à travers les actes de résistance qu’il suscite au et dans le quotidien. Autrement dit, il s'agira d'étudier les reconfigurations que l'exercice quotidien du pouvoir impose aux modes ou aux pratiques de résistance, à même ce quotidien ou dans ses marges. Si l'exercice du pouvoir repose sur le quadrillage millimétrique des espaces de la vie quotidienne, celui-ci implique nécessairement des tactiques de résistance, des ruses, des pratiques « braconnières » (de Certeau) se développant à même les espaces communs ou, suivant le mot de Gilles Deleuze, une géographie des lignes de fuite.

Announcement

18 décembre 2017

Argumentaire

Les « espaces de la vie quotidienne », sortes de communs à l’échelle d’une ville tout entière, font l'objet de toutes les attentions des décideurs politiques. Pour tout acte de création, de rénovation ou de transformation, les investisseurs publics s'appuient sur de nombreuses enquêtes, missions d’expertise, ou encore récoltes de données chiffrées pour organiser les espaces urbains (ambiances urbaines, gestion des flux, etc.). L'implantation de plus en plus importante de mobilier urbain conçu parfois pour empêcher l’arrêt de longue durée ou, à l’inverse, sa suppression dans certains lieux, la multiplication des interventions artistiques, participatives ou non, programmées par les autorités, ou encore la prolifération de la signalétique dite « intelligente » et individualisable, s'inscrivent dans cette même logique. Dans le chef des représentants des pouvoirs publics et leurs partenaires privés, cette nouvelle tendance à organiser la ville témoigne d'une attention accrue à l'égard des habitants et des usagers de l'espace, de leurs singularités, de leur bien-être individualisé, tout autant que de ce qu’on nomme « le vivre ensemble » et « l’intégration ».

Si, dans bien des cas, la communication autour de ces formes d’organisation de l’espace insisteeffectivement sur l’individu et les collectivités singulières qui les habitent, ces interventions publiques et privées dans l’espace urbain s’inscrivent toutefois dans un maillage dense de multiples rapports de force. En effet, comme l'a montré Henri Lefebvre, les espaces ne sont pas neutres. Ils sont, au contraire, de part en part politiques au sens où ils sont le produit et l'enjeu d'activités humaines, plus précisément, de rapports de forces économiques, politiques et sociaux. D'une part, en tant que produits de ces rapports de forces, ces espaces fonctionnent comme les vecteurs du pouvoir : celui-ci s'inscrit à même l'espace dans des découpages spécifiques ou, pour le formuler autrement, dans des agencements spatiaux particuliers induisant des usages et des pratiques hiérarchisées, des comportements et des relations entre individus déterminés. Michel Foucault, puis Jacques Rancière ont bien montré comment l'économie du pouvoir consiste pour une part dans leplacement et l’articulation des individus dans l'espace, que ce soit à l’échelle urbaine ou architecturale. L’organisation et la planification des usages d’un lieu se confondent ainsi avec l’organisation des corps considérés comme autant de pièces d’une mécanique qu’il s’agit de faire fonctionner au mieux (en mettant en échec, a priori, l’écart, le comportement divergent, etc.).D'autre part, en tant qu'enjeux de rapports de forces, ces espaces font l'objet d'une lutte permanente. Les détenteurs du pouvoir régulateur et organisateur de l’espace urbain (que ce pouvoir soit privé ou public, économique ou politique) doivent donc sans cesse investir, surveiller et contrôler ces espaces de façon à se maintenir, mais également à suspendre ou court-circuiter des formes de résistance ou de réappropriation politique et artistique possibles qu’ils n’auraient pas suscitées et qui constitueraient des menaces à l’égard de leur bonne gestion de ces espaces.

Cette double dimension des espaces urbains, à la fois produits et enjeux de rapports de force, a fait l'objet d'analyses importantes mais le plus souvent consacrées à des grands moments de l'histoire de l'urbanisme, c'est-à-dire à des phases de manifestation à grande échelle et particulièrement visible de l’autorité normative (reconfigurations haussmanniennes, construction de grands ensembles, transformations de friches industrielles, requalification des délaissés, privatisation des espaces publics, etc.). Pourtant, cette double dimension implique plus fondamentalement que le pouvoir s'y exerce aussi de façon bien moins visible dans l'organisation du quotidien : il ne s'impose pas aux individus depuis un point ou un plan qui leur serait extérieur et qui serait, par conséquent, identifiable comme tel, pas plus d'ailleurs qu'à un moment précis, mais il s'exerce de façon continueà l’intérieur de la vie quotidienne elle-même, dans le découpage des espaces et leurs aménagements, dans les temporalités et les rythmes qu’ils induisent, dans les fonctions, les représentations et/ou les significations qu’on leur attribue, dans ce qu’ils rendent visibles ou, au contraire, invisibles. À bien des égards, c'est cette quotidienneté qui confère sa puissance à l'ordre du pouvoir, davantage que ses démonstrations les plus évidentes : parce qu'il est indissociable du cadre de la vie quotidienne, il se fond en lui et, peu à peu, n'apparait plus comme tel. Dans cette perspective, le soin apporté à l'organisation des espaces de la vie quotidienne est peut-être le contraire de ce pour quoi il se donne : non pas une nouvelle forme d'attention à l'égard des habitants, de leurs singularités et de leurs usages propres d'un espace, mais un mode d'exercice du pouvoir qui vise l’homogénéisation des usages et leur prévisibilité.

Partant de cette hypothèse critique, le colloque « Agir dans la ville. Art et politique dans l'espace urbain 3 : du quotidien » entend dégager les formes de la manifestation quotidienne du pouvoir, entendu ici dans son acception la plus large, à travers les actes de résistance qu’il suscite au et dans le quotidien. Autrement dit, il s'agira d'étudier les reconfigurations que l'exercice quotidien du pouvoir impose aux modes ou aux pratiques de résistance, à même ce quotidien ou dans ses marges.Si l'exercice du pouvoir repose sur le quadrillage millimétrique des espaces de la vie quotidienne, celui-ci implique nécessairement des tactiques de résistance, des ruses, des pratiques « braconnières » (de Certeau) se développant à même les espaces communs ou, suivant le mot de Gilles Deleuze, une géographie des lignes de fuite.

Dans cette optique, plusieurs problématiques (ou axes thématiques) pourront être envisagées, parmi lesquelles :

  • la reconfiguration des formes et des pratiques de résistance politique induites, dans le cadre des politiques de proximité, par la centralisation (en même temps que la mise sous tutelle relative) des initiatives populaires ;
  • la requalification de la portée politique de la clandestinité (espaces, communautés, actes) liée au quadrillage, à l'organisation et à la surveillance de plus en plus serrée des espaces quotidiens ;
  • la transformation des formes et des pratiques d'appropriation des espaces dans un contexte de privatisation accrue de l'urbain ;
  • la subversion ou le détournement des fonctions ou des usages premiers assignés aux espaces publics par les pouvoirs publics ou privés ;
  • la création ou la réinvention des lieux dédiés aux expériences sensibles singulières(visuelles, sonores, olfactives, etc.) échappant ou résistant au développement marketing des « ambiances urbaines » dans les centres urbains.

Conformément à ses deux éditions précédentes, le colloque « Agir dans la ville. Art et politique dans l'espace urbain 3 » réunira des chercheurs issus de plusieurs champs disciplinaires tels que l’architecture, l’histoire de l’art, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, les arts et sciences de la communication, les langues et lettres, la géographie, le droit, les sciences historiques, etc.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (max. 500 mots) suivies d’une brève note biobibliographique de l’auteur doivent être adressées à Marjorie Ranieri (Marjorie.Ranieri@umons.ac.be)

pour le 30 septembre 2017 au plus tard. 

Une réponse sera donnée aux proposants le 20 octobre 2017 au plus tard. Les deux langues officielles du colloque sont le français et l’anglais. Durée d’une communication : 45 minutes.

Une sélection des communications fera l’objet d’une publication dans une revue à comité de lecture après le colloque.

L’Université de Mons prendra en charge le logement des intervenants pendant la totalité du colloque.

Direction scientifique

  • Damien Darcis (Université de Mons),
  • Jeremy Hamers (Université de Liège),
  • Marjorie Ranieri (Université de Mons).

Comité scientifique

  • Emmanuel Béhague (Université de Strasbourg),
  • Julia Bonaccorsi (Université Lumière Lyon 2),
  • Grégory Cormann (Université de Liège),
  • Miriam de Rosa (Coventry University),
  • Maud Hagelstein (Université de Liège),
  • Étienne Holoffe (Université de Mons),
  • François Provenzano (Université de Liège).

Laboratoires partenaires : U.R.B.A.In.E (UMONS), MAP (UR Matérialités de la politique,Traverses/ ULg), Lemme (Laboratoire d’étude sur les médias et la médiation, Traverses / ULg).

Places

  • Faculté d'architecture et d'urbanisme - 88 rue d'Havré
    Mons, Belgium (7000)

Date(s)

  • Saturday, September 30, 2017

Keywords

  • art, politique, ville, urbain, espace urbain, quotidien

Contact(s)

  • Marjorie Ranieri
    courriel : Marjorie [dot] ranieri [at] umons [dot] ac [dot] be

Information source

  • Marjorie Ranieri
    courriel : Marjorie [dot] ranieri [at] umons [dot] ac [dot] be

To cite this announcement

« Agir dans la ville », Call for papers, Calenda, Published on Monday, July 10, 2017, http://calenda.org/411272