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Ville(s)-usine(s) européennes

European cities-factories: genesis, crises, renewal and heritage

Genèses, crises, renouveaux, héritages

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Publié le mercredi 02 août 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Née au temps du paternalisme en période d’expansion économique, la ville-usine subit la désindustrialisation de la fin du XXème et du début du XXIème siècles, devenant une ville en décroissance ou ville rétrécissante. Les villes-usines se distinguent par une genèse singulière et un patrimoine particulier, liés à une marque industrielle systémique, qui ne se résume pas qu’à l’usine et ses annexes productives, mais aussi à d’autres éléments classiques du paternalisme tels les cités ouvrières ou les bâtiments dits alors de subsistance. Ce numéro de la Revue Géographique de l'Est (RGE) veut faire le point sur le devenir de ces villes-usines après plusieurs décennies de désindustrialisation et de crise de leur modèle, tant dans le domaine territorial et paysager que dans celui des acteurs de ces territoires anciennement industrialisés.

Annonce

Argumentaire

La ville-usine peut être considérée comme une ville entièrement ou presque entièrement née de l’implantation d’une ou plusieurs usines entourées, de façon plus ou moins planifiée, d’un tissu urbain complet (Edelblutte, 2010a, 2010b).

Bien que les premières villes-usines, répondant à la définition ci-dessus, existent dès le XVIIIème siècle au Royaume-Uni, le terme de « ville-usine » n’apparaît, dans plusieurs publications (Bruyelle & Dézert, 1983 ; Doyen, 1983 ; Jalabert & Grégoris, 1987) que dans les années 1980. Il est considérablement moins présent dans la littérature, scientifique ou non, que celui de « ville industrielle » dont l’utilisation a été initiée par les travaux sur la Cité Industrielle de Tony Garnier dès le début du XXème siècle. Ainsi, de nombreuses villes-usines parmi les plus emblématiques (Arvida au Canada – Morisset, 2011, les Bataville dans le monde entier), sont qualifiées de villes ou de cités industrielles, tout en correspondant parfaitement à la définition de la ville-usine. Or, le terme de ville industrielle apparait comme trop vague car il est aussi utilisé pour qualifier la plupart des villes pré-industrielles du monde occidental dès lors qu’elles accueillent des industries du XIXème au XXème siècles ; ce qui correspond en fait à quasiment toutes les villes de l’ère industrielle.

Le terme « ville-usine », proche des « company-town », « mill-town », voire « coke-town » (Borsi, 1975, p. 12) anglo-saxons, renvoie à un paysage, un territoire et une identité toujours sensibles aujourd’hui, même longtemps après la disparition ou le simple retrait de l’industrie d’un système qu’elle avait construit. Inversement, les villes pré-industrielles, ayant accueillis faubourgs industriels, puis Zones Industrielles (ZI), ont pour la plupart perdu ou largement modifiée la part industrielle qu’elles avaient abrité, celle-ci jouant un rôle plus secondaire dans leur identité que dans celle des anciennes villes-usines.

Si la plupart des anciennes villes-usines sont aujourd’hui des villes rétrécissantes ou en décroissance (les shrinking cities, étudiées par Roth, 2011 ou Fol & Cuningham-Sabot, 2010), elles sont, derrière un cliché d’ordre et de monotonie, d’une très grande variété, évoluant entre deux pôles opposés (Del Biondo, Edelblutte, 2016) :

  • les villes-usines planifiées sont les plus emblématiques du paternalisme et, à ce titre, les plus étudiées. Les plus abouties et les plus symboliques d’entre-elles sont devenus des objets patrimoniaux au plus haut niveau, avec leur inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (Crepsi d’Adda, Saltaire, New Lanark…). Cependant, beaucoup d’entre-elles connaissent une évolution moins positive, avec de la fermeture ou tout au moins le désengagement de l’usine-mère (qui peut continuer à fonctionner hors du modèle paternaliste initial) et autour de retournements territoriaux radicaux pour aboutir à des tentatives de redéveloppement territorial plus ou moins bien maîtrisées.
  • les villes-usines non-planifiées sont beaucoup moins étudiées que les précédentes, car beaucoup moins emblématiques. Développées lentement à partir d’un fond proto-industriel très présent en milieu rural et ayant passé toutes les étapes de l’industrialisation, y compris l’époque paternaliste, elles présentent donc un tissu urbain très hétéroclite contrastant avec celui des villes-usines planifiées organisées autour d’une seule grosse usine-aménageur. Dans le cas des villes-usines non planifiées, ce sont en effet plusieurs usines, de tailles variées et plus ou moins paternalistes, qui sont à l’origine du développement urbain et donc de l’aspect « fouillis » de leur paysage.

Pour toutes ces anciennes villes-usines, l’enjeu majeur suite à la crise, au désengagement, voire à la fermeture de l’usine ou des usines fondatrices, est de devenir des villes à part entière et donc de conserver un caractère urbain mis à mal par la fin de leur modèle fondateur. Autour de cette question centrale, se posent d’autres questions, quant à leur genèse, leur évolution, leur reconversion économique, leur inscription dans un redéveloppement territorial d’ensembles plus larges (anciennes vallées ou bassins industriels), leur patrimonialisation, le jeu des différents acteurs de ces territoires marqués par l’industrie…

Si les fondements théoriques et la genèse des villes-usines planifiées sont bien connus, le développement lent et chaotique des villes-usines non-planifiées, notamment en milieu plus rural, sont peu étudiées. Parallèlement, la thématique de la reconversion, largement évoquée à propos des friches industrielles elles-mêmes, notamment autour de la thématique culturelle (Poggi, Van Hamme, 2004 ; Janin, Andres, 2008), a été beaucoup moins abordée à l’échelle de l’ancienne ville-usine entière en tant qu’ancien système productif industriel, l’intérêt pour l’objet ville-usine semblant avoir disparu avec l’usine elle-même… De plus, la patrimonialisation, présentée comme un aboutissement porteur de fierté identitaire, n’est-elle pas finalement qu’un levier d’action pour enclencher un véritable redéveloppement territorial (Del Biondo, 2014) ? Enfin ces villes-usines, présentes sur tout le continent européen, ont été développées dans des cadres politiques différents et ont ensuite évolué à des vitesses variées vers une désindustrialisation dont l’intensité, d’un bout à l’autre du continent, est elle-même très variable. Toutes ces questions peuvent être abordées par des études de cas, mais aussi s’inscrire dans des travaux plus larges sur les différentes trajectoires des anciennes villes-usines européennes.

Modalités de soumission

Les articles sont à envoyer, en document attaché (format.doc), à Simon Edelblutte (simon.edelblutte@univ-lorraine.fr) et doivent répondre aux normes de la Revue Géographique de l'Est (RGE) (http://rge.revues.org/6005).

Les articles seront soumis à une double évaluation anonyme, pour une parution au second semestre 2018.

Coordinateurs du numéro :

  • Michel Deshaies, professeur de géographie à l’université de Lorraine – LOTERR
  • Simon Edelblutte, professeur de géographie à l’université de Lorraine – LOTERR
  • Raymond Woessner, professeur de géographie à l’université de Paris - Sorbonne – ENeC

Bibliographie

  • Borsi F. (1975), Le paysage de l’industrie. In : Coll., Le paysage de l’industrie. Région du Nord – Wallonie – Ruhr, Bruxelles, Éditions des archives d’architecture moderne a.s.b.l., p. 7-17.
  • Bruyelle P. & Dézert B. (1983), Les relations entre la ville et l’industrie : formes anciennes et formes nouvelles, Hommes et Terres du Nord, n° 1, p. 19-23.
  • Del Biondo, L. (2014), Les stratégies de recomposition urbaine soutenable des anciens territoires industrialo-urbains,
  • Thèse de doctorat, Université de Lorraine, 425 p.
  • Del Biondo L., Edelblutte S. (2016), Le paysage des anciennes villes-usines européennes : un nouveau patrimoine entre négation, alibi, reconnaissance et complexité des jeux d’acteurs, Annales de Géographie, n° 711, p. 466-489.
  • Doyen J.-P. (1983), Les villes-usines de la moyenne Moselle, Annales de la Société d’Émulation des Vosges, p. 52-71.
  • Edelblutte Simon (2010a), La reconversion des anciennes villes-usines européennes ou la question de la survie urbaine, Géographies – Bulletin de l’Association de Géographes Français, n°3, p. 353-367.
  • Edelblutte Simon (2010), Paysages et territoires de l’industrie en Europe : héritages et renouveaux, Paris, Ellipses, 272 p.
  • Fol S. & Cunningham-Sabot É. (2010), « Déclin urbain » et Shrinking Cities : une évaluation critique des approches de la décroissance urbaine, Annales de Géographie, n° 674, p. 359-383.
  • Jalabert G. & Grégoris M. (1987), Turin : de la ville-usine à la technopole, Annales de Géographie, n° 538, p. 680-704.
  • Janin Cl. & Andres L. (2008), Les friches : espaces en marge ou marges de manoeuvre pour l’aménagement des territoires ?, Annales de Géographie, n° 663, p. 62-81.
  • Morisset Lucie K. (2011), Arvida, Cité industrielle made Real, Architecture au Canada, vol. 36, no 1.
  • Poggi M.-H., Van Hamme M. (2004), Les friches culturelles, genèse d'un espace public de la culture, Culture et Musées, Vol. 4, n°1, p. 37-55.
  • Roth H. (2011), Les villes « rétrécissantes » en Allemagne, Géocarrefour, n° 2/75, p. 75-80.

Catégories

Dates

  • jeudi 30 novembre 2017

Mots-clés

  • Ville-usine, reconversion industrielle, redéveloppement territorial, patrimoine industriel, culture industrielle, ville en décroissance, Europe

Contacts

  • Simon Edelblutte
    courriel : simon [dot] edelblutte [at] univ-lorraine [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Simon Edelblutte
    courriel : simon [dot] edelblutte [at] univ-lorraine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Ville(s)-usine(s) européennes », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 02 août 2017, http://calenda.org/412977