AccueilStrangers at home. Civilizing immigrants between inclusion and exclusion in ancient Thebes

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Publié le jeudi 17 août 2017 par Céline Guilleux

Résumé

La religion et le mythe en Grèce ancienne ont eu des fonctions historiques et ont été si étroitement reliés à la vie sociale et politique qu’ils ont eu des interactions constantes avec les contextes politiques. Pour cette raison, ils doivent être analysés d’un point de vue grec, qui prenne en considération leurs arrière-plans historique et archéologique. Les mythes étaient considérés comme une narration du passé et les anciens, loin de les considérer comme un corpus stérile de légendes, les voyaient comme un tissu conjonctif de leur société. En particulier, les mythes sur les origines des communautés urbaines comme Thèbes sont intimement associés aux changements sociaux, car ils ont contribué à la définition des lieux où ils se déroulent, et à la construction d’identités culturelles et nationales.

Annonce

GAIA. Revue interdisciplinaire sur la Grèce archaïque

Argumentaire 

La religion et le mythe en Grèce ancienne ont eu des fonctions historiques et ont été si étroitement reliés à la vie sociale et politique qu’ils ont eu des interactions constantes avec les contextes politiques (Bremmer 1996; Cole 1995; Schachter 1981). Pour cette raison, ils doivent être analysés d’un point de vue grec, qui prenne en considération leurs arrière-plans historique et archéologique (Finley 1954; Otto 1929). Les mythes étaient considérés comme une narration du passé (Kirk 1970) et les Anciens, loin de les considérer comme un corpus stérile de légendes, les voyaient comme un tissu conjonctif de leur société (Assman 1992). En particulier, les mythes sur les origines des communautés urbaines comme Thèbes sont intimement associés aux changements sociaux, car ils ont contribué à la définition des lieux où ils se déroulent (Kühr 2006), et à la construction d’identités culturelles et nationales.

La découverte récente d’environ 250 tablettes d’argile sur l’acropole de Thèbes par V. Aravantinos (Aravantinos 2006) a contribué à combler d’importantes lacunes sur l’histoire de cette cité ancienne. Ces tablettes prouvent que Thèbes a été une plaque tournante centrale dans les échanges commerciaux et culturels entre la Méditerranée occidentale et orientale au cours de l’époque mycénienne à laquelle renvoient la plupart des récits mythiques de l’Antiquité, tels la guerre de Troie, les sagas des Argiens ou d’Œdipe (Bernardini 2000). Ces échanges culturels auraient également influencé les mythes de Thèbes, et pourraient être à l’origine des contradictions et des variations narratives, géographiques et chronologiques de ces légendes, dont l’origine historique est loin d’être claire. Les découvertes de V. Aravantinos nous permettraient donc de lire l’histoire mythique de Thèbes comme une confrontation entre deux mondes différents (Occident et Orient) et deux groupes sociaux (natifs et immigrés). Une partie des récits sur l’origine de Thèbes fait en effet allusion à la fondation de cette cité béotienne par des immigrés provenant d’Orient et conduits par un certain Cadmos (dont le nom signifie « l’homme de l’Est » ; Berman 2004). Ces nouveaux venus auraient apporté la civilisation et se seraient mélangés aux indigènes de la région. Cette union de peuples différents aurait créé le paradigme d’une histoire conflictuelle, marquée par le chaos et les désordres civils, modèle qui a largement inspiré le théâtre tragique attique, qui l’a adapté de façon variée, notamment à l’époque de la guerre du Péloponnèse et de l’hégémonie athénienne (Tzanetou 2011). Les drames attiques constituent par ailleurs les sources littéraires les plus complètes sur les mythes thébains mais ils révèlent en même temps les usages politiques des mythes (Markantonatos 2011; Bremmer 1997). Dans ce contexte, le rôle de Cadmos en tant qu’étranger civilisateur mérite d’être davantage approfondi. Les découvertes susmentionnées sur le passé de Thèbes et une meilleure connaissance des sources littéraires plus anciennes permettent aujourd’hui d’examiner la fonction mythologique de l’étranger civilisateur surtout grâce au cas du cycle thébain (Œdipodie, Thébaïde, Épigones, Alcméonis), dont il ne reste que des résumés et quelques fragments. Cadmos est en outre présenté comme le héros civilisateur par excellence : Hérodote (V, 58) lui attribue l’introduction de l’alphabet en Grèce ; il est aussi étroitement lié à la cité qu’il fonde, puisque ses habitants auraient pris de lui le nom de « Cadméens » (Castiglioni 2012 et 2010).

Un autre important aspect à prendre en examen est celui de l’« autochtonie » (Berman 2015; Bremmer 1997), concept bien ancré non seulement dans les mythes thébains. Il permettait aux groupes qui se disaient autochtones de revendiquer une priorité et une continuité dans l’occupation du sol où ils vivaient, en affirmant leur identité et en affichant leur vision du passé contre des « nouveaux arrivants » (Blok 2009). Dans ce contexte, l’arrivée de Cadmos ouvre donc des questionnements intéressants sur sa fonction par rapport à l’autochtonie thébaine en raison de ses origines étrangères (Olivieri 2011).

La tradition historique représentée par l’epos homérique attribue en revanche la fondation de Thèbes aux deux jumeaux béotiens, Amphion et Zéthos, les équivalents parfaits de Cadmos. Ils prirent le pouvoir sur Thèbes, bâtirent ses murailles et donnèrent à la cité son nom actuel. Cela suggère la présence de deux narrations différentes du passé, l’une « globale » (Cadmos) et l’autre locale (Amphion et Zéthos) (Olivieri 2011) et deux groupes sociaux et ethniques : Thébains vs Cadméens, natifs vs immigrés (Hurst 2000). Amphion et Zéthos représentent ainsi une négation de la fonction civilisatrice de l’étranger Cadmos.

Ce dossier a donc pour objectif de solliciter une recherche sur la fonction civilisatrice de l’immigré Cadmos et de ses relations avec Thèbes. Des approches historique, philologique et archéologique seront privilégiées, selon les axes thématiques suivants :

  1. rite de fondation, rite de colonisation: fondation par Cadmos d’un établissement en Grèce continentale;
  2. fondation et civilisation: Cadmos en tant qu’étranger et immigré (à la recherche de sa légitimation en Grèce?) 
  3. une cité, deux fondations: coexistence de mythes différents ou révisionnisme?
  4. Thèbes comme lieu littéraire: caractéristiques de sa présence ;
  5. Thèbes comme lieu archéologique: rôle politique et vie dans la cité ;
  6. Amphion et Zéthos contre les Spartes: une région, deux autochtonies opposées ;
  7. Réception des mythes archaïques à l’époque classique: adaptations et relectures.

Modalités de soumission

Les contributions seront publiées, après double expertise anonyme, sous forme de dossier thématique dans le numéro de 2018 de la revue « Gaia. Revue interdisciplinaire sur la Grèce archaïque » et ne devront pas dépasser les 40 000 caractères (espace compris).

La participation au dossier est subordonnée à l’envoi du titre de l’article et d’un résumé d’un maximum de 2000 caractères e.c. en français, anglais, italien ou allemand à l’adresse megres1983@gmail.com

au plus tard le 15 septembre 2017.

Les auteurs sélectionnés devront transmettre leurs articles au plus tard le 30 novembre 2017.

Pour toute question, contacter Paolo Cecconi : megres1983@gmail.com

Sélection

Le coordinateur du dossier sera Paolo Cecconi (Chemnitz). La responsable du numéro (qui accueillera aussi d'autres articles non inclus dans le dossier) sera Maria Paola Castiglioni (Grenoble).

Les articles seront soumis à double expertise anonyme, dont un volet sera confié au comité de lecture de Gaia (en voie de constitution. Vous trouverez ci-dessous la liste d'une partie de ses membres) sur la base des indications du comité de rédaction.

Voici donc la liste des membres des deux comités:

Comité de rédaction

  • David Bouvier (Université de Lausanne)
  • Pascale Brillet-Dubois (Université de Lyon 2)
  • Maria Paola Castiglioni (Université Grenoble-Alpes)
  • Malika Hammou-Bastin (Université Grenoble-Alpes)
  • André Hurst (Université de Genève)
  • Nadine Le Meur-Weissman (ENS, Lyon)
  • Françoise Létoublon (Université Grenoble-Alpes)
  • Olivier Mariaud (Université Grenoble-Alpes)

Comité de lecture

  • Hélène Aurigny (Université d’Aix-Marseille)
  • Michel Briand (Université de Poitiers)
  • Matteo D’Acunto (Università degli Studi di Napoli L’Orientale)
  • Christiane Louette (Université de Grenoble Alpes)
  • Gabriella Pironti (École Pratique des Hautes Études)
  • Hans van Wees (University College London)
  • Marie-Joséphine Werlings (Université Paris Nanterre),
  • Julien Zurbach (ENS Ulm).

Bibliographie sélective

ARAVANTINOS, V. (2006), Thèbes. Fouilles de la Cadmée (4 vols.), Rome.

ASSMAN, J. (1992), Das kulturelle Gedächtnis, Munich.

BERMAN, D.W. (2015), Myth literature and the creation of the topography of Thebes, Cambridge.

BERMAN, D.W. (2004), « The double foundation of Boeotian Thebes », TAPA 134, 1-22.

BERNARDINI, P. (2000), Presenza e funzione della città di Tebe nella cultura greca, Pise-Rome.

BLOK, J.H. (2009), « Gentrifying Genealogy: On the Genesis of the Athenian Autochthony Myth », in U. Dill – Ch. Walde, Antike Mythen. Medien Transformationen und Konstruktionen, Berlin-New York, 251-275.

BREMMER, J.N. (1997), « Myth as Propaganda: Athens and Sparta », ZPE 117, 9-17.

BREMMER, J.N. (1996), Götter, Mythen und Heiligtümer im antiken Griechenland, Darmstadt.

CASTIGLIONI, M.P. (2012), Sulle tracce di Cadmo metallurgo in Tracia, in T. Alfieri Tonini, G. Bagnasco Gianni, F. Cordano, Culti e miti greci in aree periferiche, Trento, 205-225.

CASTIGLIONI, M.P. (2010), Cadmos-serpent en Illyrie, Itinéraire d’un héros civilisateur, Pise.

COLE, S.G. (1995), « Civic cult and civic identity », in M.H. Hansen, Sources for the ancient Greek-city state, Copenhagen, 292-325.

CORDANO F. (2002), Giornata tebana, Milan.

FINLEY, M.I. (1954), The world of Odysseus, New York.

HURST, A. (2000), « Bâtir les murailles de Thèbes », in BERNARDINI 2000, 63-81.

KIRK, G.S. (1970), Myth. Its meaning and function in ancient and other cultures, Cambridge.

KÜHR, A. (2006), Als Kadmos nach Boiotien kam, Stuttgart.

MARKANTONATOS, A. et alii (2011), Crisis on Stage: Tragedy and Comedy in Late 5th-Century Athens, Berlin.

OLIVIERI, O. (2011), Miti e culti tebani nella poesia di Pindaro, Pise.

OTTO, W.F. (1929), Die Götter Griechenlands, Bonn.

SCHACHTER, A. (1981), Cults of Boeotia, Londres.

TZANETOU, A. (2011), City of Suppliants: Tragedy and the Athenian Empire, Austin.

Dates

  • vendredi 15 septembre 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Thèbes, mythe de fondation, identité culturelle, histoire politique, archéologie, littérature

Contacts

  • Paolo Cecconi
    courriel : megres1983 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Paolo Cecconi
    courriel : megres1983 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Strangers at home. Civilizing immigrants between inclusion and exclusion in ancient Thebes », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 17 août 2017, http://calenda.org/413320