AccueilEffervescence spirituelle en chrétienté au temps de Luther

Effervescence spirituelle en chrétienté au temps de Luther

Spiritual effervescence in Christianity in the age of Luther

Dans les pays gagnés par la Réforme

In countries affected by Reform

*  *  *

Publié le lundi 11 septembre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Organisé par la Société montalbanaise d'étude et de recherche sur le protestantisme, à l'occasion du cinquième centenaire de la publication des Quatre-vingt-quinze thèses de Martin Luther (31 octobre 1517), ce colloque invite à s’interroger sur cette période clé où s’est affirmée la Réforme luthérienne, à réfléchir sur l’évolution des sensibilités religieuses au moment où se diffusent les idées nouvelles dans une multitude de livres imprimés. Le foisonnement des courants spirituels a-t-il contribué à rejeter les pratiques traditionnelles ? L’humanisme a-t-il été précurseur de la Réforme ? Pourquoi Luther a-t-il choisi de rompre avec l’Église ? Autant de questions auxquelles les intervenants seront appelés à répondre par leurs analyses et leurs regards de chercheurs.

Annonce

Présentation

A la fin du XVe siècle, la chrétienté européenne est confrontée à de grands bouleversements qui ébranlent les conceptions philosophiques et religieuses héritées du Moyen Âge. Avec la découverte des Amériques qui ouvre de nouveaux horizons économiques et les progrès de l’imprimerie qui fait exploser la diffusion des livres et des idées, les Européens ont définitivement rompu avec le passé ; une nouvelle vision du monde et de l’homme s’impose et, avec elle, on observe une recomposition des croyances. Si l’inquiétude spirituelle préoccupe les chrétiens depuis le XIVe siècle, lorsque des mouvements jugés hérétiques naissent autour de théologiens influents (notamment John Wycliff et Jean Huss), une nouvelle sensibilité religieuse éclot, en rompant avec la philosophie scolastique et en critiquant sévèrement le fonctionnement d’une Église à laquelle on peut reprocher son éloignement des vertus bibliques. Les remontrances mettant en cause la conduite des papes et des évêques ont gagné la chrétienté occidentale ; les prélats sont accusés de ne pas respecter le célibat, même à la cour de Rome, de pratiquer la simonie et de manquer de morale. Erasme s’empare de ce thème dans son Eloge de la Folie.Dès les prémices de la Renaissance, la devotio moderna permet aux laïcs de devenir acteurs de leur salut, en dehors des voies traditionnelles, en proposant de revenir à la pureté évangélique et en définissant l’Église comme l’assemblée des fidèles dont seule « l’imitation de Jésus-Christ » (l’ouvrage portant ce titre sert alors de référence) peut permettre de faire leur salut.

Si l’on connaît relativement bien les processus des changements qui se sont produits à la Renaissance, des questions se posent quant au cheminement des nouvelles façons de croire et de prier. Faire son salut, voilà une préoccupation majeure pour le croyant dont on peut se demander à quel point elle est devenue prioritaire ; se demander aussi à quel point le foisonnement des courants spirituels a grandement influencé les milieux dévots et contribué à rejeter les pratiques traditionnelles.

Sans conteste, le facteur décisif de la diffusion des idées nouvelles est l’invention, par Gutenberg, de l’imprimerie à caractères mobiles et de l’utilisation de la presse. En quelques décennies, la mise au point de techniques qui permettent de fabriquer des livres, de plus en plus vite et de moins en moins cher, rend possible la publication de millions d’ouvrages. Toutes les grandes villes, en France, accueillent, au XVIe siècle, des imprimeurs qui vulgarisent des livres en langue française.

Cette vulgarisation des savoirs a-t-elle favorisé une soif d’apprendre, de comprendre et de communiquer ? A-t-elle déterminé une nouvelle façon de croire ? La multiplication des imprimés a-t-elle été le vecteur déterminant de la diffusion des idées nouvelles ou celles-ci se sont-elles imposées en profitant de ce formidable moyen d’accroître leur impact ?

Les humanistes appliquent également aux corpus des textes sacrés les outils forgés pour rétablir les textes de l’antiquité gréco-latine dans leur pureté originale. Grâce à eux, la théologie échappe aux clercs et commence à sortir des universités médiévales. Le premier d’entre eux en France, Jacques Lefèvre d’Étaples, écrit en 1523 dans sa préface des Évangiles, en langue vernaculaire : « Maintenant le temps est venu que nostre Seigneur Jésuchrist, seul salut, vérité et vie, veult que son Évangile  soit purement annoncée par tout le monde. Et affin que ung chascun qui a cognoissance de la langue gallicane et non point du latin soit plus disposé à recevoir ceste présente grâce… »

L’humanisme a-t-il été précurseur de la Réforme ? Cette question que l’historiographie a souvent posée devrait s’appliquer à l’étude de penseurs moins connus qu’Erasme, mais tout aussi influents dans les milieux lettrés et dans le clergé.

Les interrogations sur la piété et les vives critiques à l’encontre d’un clergé, peu enclin aux dévotions et davantage soucieux de ses prébendes, ont touché des prêtres et des moines exaspérés par leurs confrères. Les ordres religieux mendiants, en particuliers, se divisent par l’apparition de courants plus exigeants, favorables au rétablissement des règles conventuelles comme les franciscains. Né en 1483, un moine augustin doit être placé au premier rang des ecclésiastiques contestataires, il s’agit de Martin Luther, professeur de théologie à l’université de Wittenberg en Saxe, particulièrement hostile aux indulgences décidées par la papauté afin de financer des travaux à Rome.

Son cheminement et ses interrogations qui l’ont conduit à la rupture avec l’Église institutionnelle (Les 95 thèses affichées à Wittenberg, le 31 octobre 1517) pourraient être approfondis comme le rôle joué par Melanchthon dans l’élaboration d’une doctrine.

La naissance de la Réformation et la mise en place des Eglises dans le Saint Empire a été rapide tant le message de Martin Luther, dans sa simplicité biblique a conquis les foules. Dès les années 1530, des divergences avec la théologie luthérienne ont surgi dans des villes, telles Strasbourg avec Bucer, Zurich avec Zwingli, Bâle avec Oecolampade, puis Genève avec Calvin. Ces quatre théologiens ont adopté une doctrine plus radicale dans la théologie de la cène, puis dans la liturgie, dans l’aménagement des lieux de culte et la structuration même des nouvelles Eglises qui abandonnent le système épiscopal au profit d’une direction synodale. Ils rejettent toutes les manifestations traditionnelles, toutes les représentations visuelles des saints et du Christ et acceptent de jouer un rôle politique au sein de la cité.

Des questions se posent sur la multiplication des églises réformées dans une diversité qui tient aussi à des choix politiques, en vrtu de la règle du cujus regio ejus religio telle que Luther voulait qu’elle s’applique.

Un autre courant contestataire refuse de rompre avec l’Église catholique, mais entreprend de la réformer, de l’intérieur, dans le cadre du royaume de France. Au premier rang se trouve Guillaume Briçonnet, l’évêque de Meaux qui entend combattre la dépravation des mœurs et le relâchement de la discipline du clergé. Cet ami de Jacques Lefèvre d’Etaples devient le directeur spirituel de la sœur du roi de France, la reine Marguerite de Navarre. Il met en application, dans son diocèse, un programme de réformes de l’Église qu’élabore le Cénacle de Meaux, un groupe où se retrouvent, autour de Briçonnet, des proches comme Lefèvre d’Etaples et d’autres prélats tels l’évêque Gérard Roussel, l’hébraïsant François Vatable, les prédicateurs Guillaume Farel et Martial Mazurier

Autant d’ecclésiastiques lettrés que l’on peut considérer comme des humanistes et qui affichent des positions novatrices soucieuses de s’appuyer sur la connaissance approfondie des Saintes Écritures. A partir de leurs expériences, on peut s’interroger sur les projets de réforme, sans rupture ouverte avec Rome, et par conséquent sur l’existence éventuelle d’une troisième voie (« ni Rome, ni Genève »).

Axes thèmatiques

Ce colloque, consacré à « l’effervescence spirituelle en chrétienté au temps de Luther  dans les pays gagnés par la Réforme »,  abordera 4 thématiques :

  • Luther et ses prédécesseurs
  • Les premières manifestations réformées et leurs conséquences
  • A côté de Luther
  • La Réforme, les livres et les images

Programme

Vendredi 17 novembre 

  • 9 h Accueil des participants
  • 9h 30 Ouverture du colloque : Madame Brigitte Barèges, maire de Montauban, Monsieur Christian Astruc, président du Conseil départemental de Tarn-et-Garonne
  • 9 h 45 Présidence :  Anne-Marie Cocula

Luther et ses prédécesseurs

  • Daniel Larangé, docteur en Langue et Civilisation françaises, membre du CIRCÉ (Paris 4) et du CRIST(Université de Montréal), « Jan Hus et l’Unitas Fratrum au regard de Luther et du luthéranisme » 
  • Andreas Nijenhuis-Bescher, maître de conférence à l’Université de Lorraine, « De Geert Groote à Érasme : une spiritualité « néerlandaise » préréformatrice ? »

11 h 15 Pause

  • 11 h 30 Gabriel Audisio, professeur émérite d’histoire moderne à l’Université de Provence, « Les vaudois et la Réforme : quelle rencontre ? (1530-1560) »

12 h 15 Repas

14 h 15 Présidence : Philippe Chareyre

Les premières manifestations réformées et leurs conséquences

  • Yves Krumenacker, professeur à l’Université de Lyon III, « Les premières attestations de Luther en France »
  • Ghislain Tranié, docteur en histoire Université de Paris-Sorbonne, « Des couvents féminins en effervescence face à Luther, entre France et Empire (années 1520-années 1540) »

15 h 45 Pause

16 h Présidence : Gabriel Audisio

  • Georges Passerat, professeur émérite à l’Institut catholique de Toulouse, « Le passage du prédicateur Thomas Illyricus à Montauban » 
  • Anne-Marie Cocula, professeur émérite Université Michel de Montaigne, Bordeaux, « Montaigne et les "nouvelletés" de Luther »

17 h 30 fin des travaux

18 h Visite de la faculté quai Montmurat et présentation de livres du fonds ancien de la SMERP

Samedi 18 novembre

9 h Présidence : Eckart Birnstiel

A côté de Luther

  • Paul Wells, professeur émérite de théologie systématique à la Faculté Jean Calvin d’Aix-en-Provence, « Erasme, Luther et Calvin. Le libre arbitre, de l’humanisme à la Réforme »
  • Philippe Chareyre, professeur à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, « Gérard Roussel, l'évêque réformateur du roi de Navarre »

10 h 30 Pause

10 h 45 Présidence : Yves Krumenacker

  • Gianclaudio Civale, Études humanistes, Université de Milan, « Le réformateur et le mercenaire. Réflexions sur la relation entre Calvin exilé à Strasbourg et le comte Guillaume de Fürstenberg, colonel des lansquenets (1539 -1540) »
  • Claire Moutengou Barats de l'Université de Genève, « Pierre Viret et le culte des saints, l'utilisation de l'argument social dans la critique de l'idolâtrie (1534-1545 »

12 h 15 Repas

14 h 15 Présidence : Paul Wells

La Réforme, les livres et les images

  • Geneviève Gross, chercheur attachée à l'université de Fribourg, « Diffuser la Réforme dans l'espace francophone: des prédicants et l'imprimerie (1526-1535) ».
  • Hélène Guicharnaud, conservateur en chef au Palais du Louvre, « L’artiste et le réformateur : Lucas Cranach l’Ancien et Martin Luther »
  • Eckart Birnstiel, maître de conférences émérite, Université Jean Jaurès de Toulouse, « L'image au service de la révolte. Réflexions sur l'iconographie de la Réforme luthérienne »

16 h 30 Synthèse :  Guy Astoul, président de la SMERP

16 h 45 Fin des travaux

Lieux

  • Salle Pierre Bayrou, Ancien Collège - Rue du Collège
    Montauban, France (82)

Dates

  • vendredi 17 novembre 2017
  • samedi 18 novembre 2017

Mots-clés

  • luther, spiritualité, reformation

Contacts

  • Guy Astoul
    courriel : astoul [dot] guy [at] orange [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Guy Astoul
    courriel : astoul [dot] guy [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Effervescence spirituelle en chrétienté au temps de Luther », Colloque, Calenda, Publié le lundi 11 septembre 2017, http://calenda.org/415504