Página inicialLes friches en montagne : un sujet peu étudié

Les friches en montagne : un sujet peu étudié

Mountain fallow lands: a little-studied topic

Revue de géographie alpine

Journal of Alpine Research

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Publicado Quarta, 13 de Setembro de 2017 por João Fernandes

Resumo

L’idée d’un numéro sur les « friches en montagne » est venue en discutant les effets du changement climatique dans les Alpes, particulièrement dans les stations de moyenne montagne. Une friche, un terrain en friche (fallow land ou wasteland) ou zone en friche (brownfield), est généralement un objet laissé à l’abandon, sans entretien et sans une fonction précise : elle signale un changement, économique, politique ou culturel, tels les sanatoriums de la fin du XIXe siècle. On peut donc observer des friches comme les vestiges d’une vague d’urbanisation de la montagne (l’abandon des villages au profit de la ville de fond de vallée) ou alors comme témoignage d’une époque industrielle (par exemple les villages fantômes des Andes Chiliennes, suite à l’abandon de l’extraction du salpêtre ou les usines sidérurgiques abandonnées dans l’arc alpin) ou encore comme signal d’une situation politique révolue (par exemple casernes et forts abandonnés sur les frontières des Alpes italiennes). 

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Contexte

La proposition d’un numéro sur les « friches en montagne » s’inscrit dans la continuité du numéro sur les effets du changement climatique dans les Alpes[1], en particulier, changement semblant désormais condamner le ski et les sports de neige dans les stations de moyenne montagne et dont la presse s’est fait l’écho[2]. Une friche, un terrain en friche (fallow land ou wasteland) ou zone en friche (brownfield), est généralement un objet laissé à l’abandon, sans entretien et sans une fonction précise. Néanmoins du point de vue épistémologique l’expression « friche en montagne » n’est pas fixée. Non seulement il n’y a pas une littérature de référence, mais il n’y a pas non plus d’entente sur ce que « friche » veut dire. Il y a une douzaine d’années un groupe d’architectes bâlois de l’ETHZ (Studio Basel) dressaient un Portrait urbain de la Suisse dans lequel l’expression « friches alpines », (Alpine Brachen en allemand ou Alpine fallow lands en anglais) était utilisée pour signifier « (…) des régions en proie au déclin et à l’affaiblissement de leur substance [ayant] pour trait commun une émigration permanente. Il s’agit de régions qui ne sont pas raccordées à l’économie urbaine par l’intermédiaire d’un réseau de villes et qui n’ont pas pu développer une industrie touristique notable. L’effet d’aspiration des réseaux urbains y a déclenché une dynamique négative d’absorption des énergies » (Diener, Herzog, Mieli, de Mauron, Schmid, 2006, p. 930). En Suisse cette notion de friche fut immédiatement critiquée, entre autres dans le Programme National de Recherche (PNR) 48 sur les paysages et l’habitat en montagne : « La désignation de "friche" signifie qu’un espace n’est pas utilisable en tant que ressource économique aux yeux de la société urbaine. (…) Dans son étymologie agronomique, la notion de friche signifie aussi le repos et le renouvellement des ressources. Dans ce sens, la friche alpine peut être considérée comme un espace de compensation pour les espaces urbains, car la population urbaine recherche des lieux naturels pour se ressourcer. Parallèlement à l’utilisation directe, comportant une plus-value individuelle immédiate – comme c’est par exemple le cas pour le ski – les espaces offrent également des valeurs d’existence. Celles-ci s’expriment dans le souhait de conserver si possible des écosystèmes intacts et de préserver la nature pour les générations futures. » (Lehmann, Steiger, Weber, 2007, pp. 42-43). Le rapport concluait : « Il n’y a pas une friche alpine. L’espace alpin est très hétérogène. On ne peut donc pas traiter toutes les régions périphériques des Alpes de la même façon » (ibid., p. 76).

On le voit, le mot peut être problématique et nous invitons les chercheurs à se poser la question, également du point de vue de la théorie. En ce qui nous concerne la catégorie « friche » ne nous semble pas pouvoir désigner des espaces périphériques, aussi marginaux soient-ils, mais plutôt des espaces obsolètes, qui n’ont pas ou plus une fonction dans la vie sociale et économique d’une collectivité de montagne (ville, vallée, région, etc.). Un espace en friche signale un changement – « la friche étant un statut temporaire de l’espace » (Lévy&Lussault, 2003) –, économique, politique ou culturel, tels les anciens sanatoriums, de la fin du XIXe, ou bien aujourd’hui le changement climatique qui met fin à l’exploitation des remontées mécaniques pour les sports d’hiver en moyenne montagne. La friche est donc plutôt liée au potentiel économique local ou régional : dans les Alpes et plus particulièrement en France depuis des années on s’inquiète pour le modèle économique alpin adossé pour partie aux retombées économiques des sports d’hiver (Gauchon, 1997 ; Vlès, 2014). Presque naturellement, la friche alpine est souvent une friche touristique aux multiples déclinaisons. Entre installations abandonnées – surtout dans les stations de moyenne montagne (Bachimon & alii 2014) – et dégradation de l’hébergement de loisir dans les grandes stations, dans de nombreuses régions des Alpes l’obsolescence menace la dynamique économique locale, souvent monofonctionnelle et à présent fragilisée par le changement climatique et l’évolution du mode de consommation du produit touristique.

On peut donc observer des friches comme les vestiges d’une vague d’urbanisation de la montagne (l’abandon des villages au profit de la ville de fond de vallée), ou alors comme témoignage d’une époque industrielle (par exemple les villages fantômes des Andes Chiliennes, suite à l’abandon de l’extraction du salpêtre ou les usines sidérurgiques abandonnées dans l’Arc alpin) ou encore comme signal d’une situation politique révolue (par exemple casernes et forts abandonnés sur les frontières des Alpes italiennes). Seulement ces quelques « cas » montrent que le sujet « friches en montagne » est très prometteur, non seulement parce qu’il n’y a pas de typologie et qu’il faudrait peut-être l’inventer, mais aussi parce qu’il rejoint une problématique jusque-là surtout urbaine (Clément, 1994) : celle de la valorisation des « biens communs » qu’ils soient d’ordre patrimonial, architectural, historique ou culturel (immatériel). La friche inscrit les territoires de montagne dans le temps long  embrassant tout à la fois leur histoire[3] et leur gouvernance déterminant  ainsi leur devenir.

Problématiques et thèmes potentiels d’articles

Si la question des friches en montagnes reste ouverte, voici quelques questions, absolument non exhaustives, qui pourraient constituer la matière d’un prochain numéro de la revue :

  • La friche comme marqueur de l'obsolescence de l’espace en montagne : les friches ne sont-elles  alors que des témoignages de modèles historiques d’exploitation de la montagne et, dans le cas de l’industrialisation et de la mise en tourisme, de la domination ville-montagne ?
  • Un phénomène processuel et cyclique ? Existe-t-il des différences régionales et des régularités dans les processus d’abandon de l’habitat / de l’activité en montagne au XXe siècle et en ce début du XXIe siècle ? La notion de friche climatique révèle-t-elle un nouveau type de friche spécifique aux espaces montagnards et si oui quelles en seraient les particularités infra montagnardes ?  Exemple et cas d’études. Études comparatives bienvenues !
  • Enfin la friche comme opportunité : comment sont réutilisés les espaces en friches ? Quels  changements de destination récents.  Sont-elles l’objet d’une identification et de propositions de valorisation culturelle / patrimoniale en montagne aussi ?  La valorisation des friches alpines, est-ce un   témoignage du passage des « communaux » aux « biens communs » ? Études comparatives bienvenues !

Calendrier 

Les propositions d’articles d’environ 1000 mots sont à envoyer en anglais pour le 15 décembre 2017 à Gian Paolo Torricelli (gianpaolo.torricelli@usi.ch) et Sylvie Duvillard (sylvie.duvillard@univ-grenoble-alpes.fr) ainsi qu'à la coordination éditoriale : Olivier Vallade, olivier.vallade@msh-alpes.fr. Les articles défintifs sont attendus pour avril 2018. L'article doit être soumis dans une des langues de la revue : langues alpines – français, italien, allemand –, espagnol ou anglais. L’auteur doit au préalable prévoir la traduction dans la seconde langue après expertise. L’une des deux versions doit être en anglais. Si l’article est proposé en anglais au départ, la traduction doit être faite en français. La publication est prévue pour mars 2019.

Références bibliographiques indicatives

Bachimon P., Bourdeau P., Corneloup J., et Bessy O. (2014).– « Du tourisme à l'après-tourisme, le tournant d'une station de moyenne montagne : St-Nizier-du-Moucherotte (Isère) », Géoconfluences, mis en ligne le 15 avril 2014 ; URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/les-nouvelles-dynamiques-du-tourisme-dans-le-monde/articles-scientifiques/du-tourisme-a-l-apres-tourism

Bealu F., Clément G., (1994). – Éloge de la friche, Hors collection, 38 p.

Clément G., (1997).– « Jardins en mouvement, friches urbaines et mécanismes de la vie », Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 1997, Vol. 39, n°2 pp. 157-175,  numéro thématique : « Sauvages dans la ville. De l'inventaire naturaliste à l'écologie urbaine ».

Coriat B. (2013).– Le retour des communs. Sources et origines d’un programme de recherche, Revue de la régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs, ‎ 12 décembre 2013. (http://regulation.revues.org/10463)

Diener R., Herzog J., Meili M., de Meuron P., Schmid C. (2006).– Switzerland, An Urban Portrait, 3 vol., Birkhäuser Verlag, Basel.

Gauchon C. (1997).– « Anciennes remontées mécaniques dans les montagnes françaises : pour une géographie des friches touristiques/Old ski lifts and telphers in French mountains : for a geography of touristic waste lands. » In : Bulletin de l'Association de géographes français, 74e année, 1997-3 ( septembre). « Didactique de la géographie. Aménagement et moyennes montagnes. » pp. 296-310; doi : 10.3406/bagf.1997.1986
http://www.persee.fr/doc/bagf_0004-5322_1997_num_74_3_1986

Lehmann B., Steiger U., Weber M. (2007).– Paysages et habitats de l’arc alpin. Entre valeur ajoutée et valeur appréciée, FNRS / Rapport final du PNR 48, vdf Hochschulverlag AG, Ecole polytechnique fédérale, Zurich.

Moret, J.-P. (2013).– « Revitalisation d'un village alpin en friche, le cas de Mase, Val d'Hérens » (VS), Travail de Master, EPFL, Lausanne.

Vlès V., (2014).– « Mutations urbaines des stations de montagne, Pessac ». Presses universitaires de Bordeaux, 171 p. (mai 2014).


[1] Numéro 103-2 | 2015 Impact du changement climatique sur les dynamiques des milieux montagnards. Impact of climate change on mountain environment dynamics

[2] Articles parus successivement dans le quotidien Le Monde daté du 7 jnvier 2017 “A Borée (Ardèche) on pleure les neiges d’antan”, puis dans M Le magazine du Monde daté du 11 mars 2017 intitulé “Fausses pistes”

[3] Appel à article paru en mai 2017 intitulé  « Trajectoires de vulnérabilité des territoires de montagne face aux changements globaux ».

Comité de rédaction

Le Comité de rédaction se compose des co-directeurs(trices), des membres du comité et du secrétariat. Il se réunit en moyenne six fois par an à l’Institut de Géographie Alpine.

Co-directrices des publications

  • Dominique Baud, Maître de conférence en géographie et géomatique, Laboratoire PACTE, UMR 5194 CNRS / Institut de Géographie Alpine / Université Grenoble Alpes, Grenoble, France

  • Sylvie Duvillard, Maître de Conférence, Université Grenoble Alpes, et chercheur au laboratoire PACTE, Grenoble, France

  • Coralie Mounet, Chargée de Recherches, CNRS, Laboratoire PACTE, UMR 5194, Grenoble.

Membres du comité

  • Anne-Laure Amilhat Szary, Professeure à l’Université Grenoble Alpes / Directrice du laboratoire PACTE / Membre de l'Institut Universitaire de France

  • Anouk Bonnemains, docteur en géographie, chercheur associé au Laboratoire EDYTEM

  • Jörg Balsiger, Professeur boursier FNS, Département de géographie et environnement et Institut des sciences de l’environnement, Université de Genève, Genève, Suisse

  • Jean-Baptiste Bing, Université de Genève, département de géographie et environnement

  • Winfried E. H. Blum, Professor Emeritus, Institute of Soil Research, University of Natural Resources and Life Sciences (BOKU),Vienne, Autriche

  • Sophie Bonin, Maître de conférences, École Nationale Supérieure de Paysage de Versailles, France

  • Axel Borsdorf, Professeur à l’Université d’Innsbrück, Autriche

  • Philippe Bourdeau, Professeur à l’Université Grenoble Alpes / Institut de Géographie Alpine / UMR PACTE, à Grenoble, France

  • Federica Corrado, Politecnico di Torino, Italie

  • Anne Dalmasso, Professeure d'histoire contemporaine, Université Grenoble Alpes
    Responsable de l'axe Territoires, économie, enjeux sociétaux
    Axe(s) / transversalité(s) : Territoires, économie, enjeux sociétaux

  • Bernard Debarbieux, Professeur à l’Université de Genève, Suisse

  • Cristina Del Biaggio, chercheuse invitée (post-doc) à l’Instituts of European Studies de l’Université d’Amsterdam, Pays-Bas

  • Pierre Derioz, Maître de Conférences HDR en Géographie, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, UMR Espace-Dev 228 IRD (Maison de le télédétection), Montpellier, France

  • Marie Forget, Maître de Conférences en Géographie, Université Savoie Mont Blanc, laboratoire EDYTEM, France

  • Monique Fort, Professeure Émérite (Géographie, Géomorphologie), UFR de Géographie, Histoire, Économie et Sociétés, UMR 8586 PRODIG, Université Paris Diderot, France

  • Marie-Christine Fourny, Professeure à l’Université Grenoble Alpes, France

  • JC Gaillard, PhD, Associate Professor & Associate Dean (Postgraduate Taught and Masters), Faculty of Science, The University of Auckland / Te Whare Wānanga o Tāmaki Makaurau, New Zealand/Aotearoa

  • Stéphane Gal, Maître de conférences en histoire moderne, Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA), Université Lumière Lyon 2.

  • Franck Giazzi, enseignant-chercheur au laboratoire PACTE territoires (UJF/CNRS) et à l’Institut de Géographie alpine, Grenoble, France

  • Emmanuelle George-Marcelpoil, Directrice de l’unité de recherche Développement des territoires Montagnards, Irstea Grenoble, Saint Martin d’Hères

  • Luc Gwiazdzinski, Université Grenoble Alpes / Institut de Géographie Alpine / UMR PACTE, Grenoble (France)

  • Stéphane Héritier, Maître de Conférences, Université Jean Monnet (Saint-Etienne) COMUE de Lyon / UMR Environnement, Ville, Société (5600), équipe ISTHME, France

  • Lauranne Jacob, Doctorante au Labex ITEM, laboratoire PACTE, Grenoble, France, et au Département de géographie et environnement et IGEDT, Université de Genève

  • Mari Oiry-Varacca, Maîtresse de conférence en géographie, Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Laboratoire Analyse Comparée des Pouvoirs

  • Martin Price, Professor of Mountain Studies, Director of the Centre for Mountain Studies, Chairholder, UNESCO Chair in Sustainable Mountain Development, Perth College, University of the Highlands and Islands, Royaume-Uni.

  • Manfred Perlik, Professeur, Centre pour le développement et l'environnement (CDE) de l’Université de Berne (Suisse) ; associé au Laboratoire PACTE, UMR 5194 CNRS, Grenoble (France)

  • Léa Sallenave, Doctorante-Assistante, Université de Genève, Département Géographie et Environnement et IUFE (Institut universitaire de formation des enseignants).

  • Thomas Scheurer, Directeur de l’ISCAR (International Scientific Committee on Alpine Research) et de l’ICAS (Commission interacadémique recherche alpine des Académies Suisses des Sciences), Suisse.

  • Anne Sgard, professeure à l’Université de Genève, Suisse 

  • Gian Paolo Torricelli, Professeur (Géographie urbaine et  Développement territorial), Responsable de l’Observatoire du développement territorial du Canton du Tessin, Accademia di Architettura, Università della Svizzera italiana, Mendrisio, Suisse.

Secrétariat

Secrétariat d'édition : Olivier Vallade, Maison des Sciences de l'Homme-Alpes. olivier.vallade@msh-alpes.fr

Secrétariat de publication : Christine Hoyon christine.hoyon@orange.fr

Secrétariat de l’ADRA : Marina Soubirou, UMR PACTE - LabEx ITEM, Université Grenoble Alpes marina.soubirou@umrpacte.fr

Fonctions

Le Comité de rédaction reçoit tous les articles, les appels à avis, les comptes rendus détaillés des réunions.

Les membres du comité sont proposés par le bureau au Comité de rédaction, puis confirmés par le Conseil d’administration.

Les membres du Comité de rédaction assistent aux réunions, ou réagissent par voie de mail après réception de l’ordre du jour ou à l’occasion de sollicitations précises sur un article, un projet.

Ils se font le relais de la revue auprès de leur institution, réseau, région ou pays : faire connaître la revue, mettre en contact la rédaction avec des partenaires éventuels, solliciter des auteurs pour des articles, des expertises, des équipes pour des numéros thématiques.

Ils fournissent à la revue des informations susceptibles de figurer dans les rubriques : notes de lecture, informations sur la recherche, sur les programmes en cours, sur l’actualité, événements, publications.

Datas

  • Sexta, 15 de Dezembro de 2017

Palavras-chave

  • montagne, friche, changement climatique, bien commun, patrimoine

Contactos

  • Olivier Vallade
    courriel : olivier [dot] vallade [at] msh-alpes [dot] fr
  • Sylvie Duvillard
    courriel : sylvie [dot] duvillard [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr
  • Gian Paolo Torricelli
    courriel : gianpaolo [dot] torricelli [at] usi [dot] ch

Fonte da informação

  • Christine Hoyon
    courriel : christine [dot] hoyon [at] orange [dot] fr

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« Les friches en montagne : un sujet peu étudié », Chamadas de trabalhos, Calenda, Publicado Quarta, 13 de Setembro de 2017, http://calenda.org/416019