AccueilAnnées 1950 : aux sources de l'anthropologie française contemporaine

Années 1950 : aux sources de l'anthropologie française contemporaine

1950s - the sources of contemporary French anthropology

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Publié le mercredi 20 septembre 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Cinq ans après la fin de la guerre, la période d’institutionnalisation et de consolidation de l’ethnologie française, ouverte en 1925-1928, se clôt définitivement. La période qui s’ouvre au seuil de ces années 1950 est à la fois riche de promesses et polyphonique. De plus, s’ouvre une période très chahutée avec le début des guerres coloniales et des décolonisations. Le colloque ne saurait prétendre à une quelconque exhaustivité (impossible), mais il espère offrir un tableau suffisamment suggestif de ce tournant des années 1950, en tentant de restituer cet inventaire étourdissant des possibles d’une très riche décennie, décisive pour le paysage actuel de l’anthropologie française contemporaine.

Annonce

Colloque international Bérose - ANR VISA
EHESS, 105, Bd Raspail - Salle 13 & Musée de l'Homme, Place du Trocadéro Auditorium Jean-Rouch

Argumentaire

Cinq ans après la fin de la guerre, la période d’institutionnalisation et de consolidation de l’ethnologie française, ouverte en 1925-1928, se clôt définitivement avec le départ à la retraite de Paul Rivet (remplacé en janvier 1950, à la tête du musée de l’Homme, non par un ethnologue mais par un paléontologue et anthropologue physique, H. V. Vallois), et le décès de Marcel Mauss en février 1950. Après la disparition de Lucien Lévy-Bruhl, en mars 1939, ce sont les deux autres fondateurs de l’Institut d’ethnologie de l’université de Paris, creuset de formation intellectuelle de la première génération d’ethnologues professionnels, qui quittent leurs fonctions ou ce monde. Au tournant de la décennie 1950, la relève est indéniablement assurée, les héritiers – directs et indirects – sont nombreux, plusieurs ethnologues (ou sociologues, la frontière est parfois poreuse) qui joueront un rôle notable dans le champ anthropologique sont rentrés ou vont rentrer des États-Unis, du Mexique, du Brésil, ou de captivité : Claude Lévi-Strauss, Alfred Métraux, Jacques Soustelle, Roger Bastide, Louis Dumont, mais aussi Georges Gurvitch qui, avec Gabriel Le Bras et Henri Lévy-Bruhl, crée en 1946 le Centre d’études sociologiques dont seront proches Bastide, Georges Balandier, Jacques Berque qui hésiteront à se réclamer de l’ethnologie pour lui préférer l’affiliation ou la filiation sociologique, moins suspecte de cantonner les sociétés lointaines sur des rivages archaïques ou essentialistes. Marcel Griaule occupe la chaire d’ethnologie de la Sorbonne depuis sa création, fin 1941 ; André Leroi-Gourhan, celle d’ethnologie coloniale à l’université de Lyon depuis 1944 avant de succéder à Griaule au décès de ce dernier, en 1956.

Pour le champ anthropologique français, la période qui s’ouvre au seuil de ces années 1950 est à la fois riche de promesses et polyphonique – le jeu semble très ouvert. Impossible de ne pas faire preuve d’un regard présentiste quand on considère ces années, a posteriori : les grands laboratoires d'anthropologie (laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France, laboratoire d’ethnologie de Nanterre) ne seront fondés que dix voire dix-sept ans plus tard ; une série de centres d’études régionales ou spécialisées se crée, en métropole et outre-mer ; ni le structuralisme ni le marxisme ne domine les débats théoriques ; les grands noms de l'anthropologie française ne le sont pas encore ; la communauté des enseignants et chercheurs est relativement réduite (environ cent soixante, selon Leroi-Gourhan), le musée de l'Homme exerce encore une certaine force centripète autour de laquelle satellisent plusieurs institutions en métropole et outre-mer ; les premières RCP (recherches coopératives sur programme) ne débuteront que vers 1962. Progressivement, avec des recrutements de personnalités marquantes, la VIe section de l’EPHE monte en puissance et affirme une épaisseur anthropologique inédite jusque-là.

En procédant à un carottage forcément réducteur, l’ambition centrale du colloque est de tenter de cartographier les forces vives en action, d’identifier certains acteurs (installés, émergents) importants, de repérer de nouveaux objets d’études, d’évoquer des terrains ethnographiques marquants, d’observer les frottements sur les frontières disciplinaires (avec la psychologie, la sociologie, le droit, la littérature), les sollicitations d’expertise émanant de l’Unesco, la recomposition de l’ethnologie de la France avec l’exclusion progressive des folkloristes et la mise en place de la pratique ethnographique, les circulations d'idées par-delà les frontières. Il se publie des ouvrages importants, écrits par la génération montante d’ethnologues français, qui vont durablement marquer le champ. Celui-ci est très dynamique, avec une grande pluralité de sensibilités théoriques et ethnographiques ; des voix très originales s’expriment. De plus, s’ouvre une période très chahutée avec le début des guerres coloniales et des décolonisations. 

Le colloque ne saurait prétendre à une quelconque exhaustivité (impossible), mais nous espérons offrir un tableau suffisamment suggestif de ce tournant des années 1950 pour esquisser un panorama intéressant toute la décennie. Nous souhaitons être attentifs à la grande diversité d’ambitions scientifiques et méthodologiques portées par les anthropologues qui vont façonner les trente années suivantes, sans adopter forcément une optique téléologique. Il y a des échecs, des impasses, des tentatives prometteuses qui n’iront pas jusqu’au bout : la science en train de se faire, en somme. L’envie est forte de décloisonner les aires culturelles, de faire dialoguer européanistes et « exotisants », de mêler histoires institutionnelle et scientifique « pure », permettant ainsi une lecture à plusieurs niveaux de la période, tentant de restituer cet inventaire étourdissant des possibles d’une très riche décennie, décisive pour le paysage actuel de l’anthropologie française contemporaine.

Programme

Mardi 17 octobre 2017

EHESS, 105, Bd Raspail - Salle 13
  • 9h00  Accueil par Sophie Wahnich (IIAC)

Christine Laurière (CNRS, IIAC-LAHIC), Le moment 1950

  • 9h30 - 12h45 L’ethnologie africaniste, entre traditions et modernités

Session présidée par Eric Jolly (CNRS, IMAF)

  • 9h30-10h00 Gaetano Ciarcia (CNRS, IMAF) :

Des flux historiques et des reflux ethnologiques. Deux études de Bernard Maupoil et Pierre Verger sur les sociétés dahoméennes (1943-1953)

  • 10h15-10h45 Julien Bondaz (Université Lyon 2, Laboratoire d’anthropologie des enjeux contemporains) :

De l’inventaire à l’enquête. Le tournant « sociologique » de l’Institut français d’Afrique noire (1946-1955)

  • 11h00-11h15 Pause
  • 11h15-11h45 Anaïs Mauuarin (Paris I/MQB) :

L’ethnologue en explorateur. De la filiation à la reconfiguration

  • 12h00-12h30 Damien Mottier (Université Paris Nanterre) :

Inquiétude et métamorphose du cinéma ethnographique

  • 12h45 - 14h15 Pause déjeuner
  • 14h15-18h30 Ethnologies du proche. Expériences italienne et française

Session présidée par Sylvie Sagnes (CNRS, IIAC-LAHIC)

14h15-14h45 Gino Satta (Université de Bari) :

Ernesto de Martino et la refondation de l’ethnologie italienne dans l’après-guerre

15h00-15h30 Arnauld Chandivert (Université de Montpellier, CERCE) :

Par-delà le « fracas des événements ». L’ethnologie de la France autour du musée des ATP dans les années 1950. Réseaux, définitions, ambitions

  • 15h45 - 16h15 Marie-Barbara Le Gonidec (MCC, CNRS, IIAC-LAHIC) :

L’ethnomusicologie de la France à la fin des années 50 : une nouvelle vague venue de Bretagne…

  • 16h30-17h00 Pause
  • 17h00-17h30 Nicolas Adell (Université Jean-Jaurès Toulouse, Ethnologie française) :

Une ethnologie française tous terrains. Marcel Maget en 1950

  • 17h45-18h15 François Gasnault (MCC, CNRS, IIAC-LAHIC) :

Pour une Europe de l’ethnomusicologie : Paul Collaert et les colloques de Wégimont, 1954-1963

Mercredi 18 octobre 2017

Musée de l’Homme, Place du Trocadéro, Auditorium Jean Rouch
  • 9h00 Accueil par André Delpuech (Directeur du Musée de l’Homme)
  • 9h15-12h30 Frottements et frontières disciplinaires

Session présidée par Frédéric Audren (CNRS, École de droit de Sciences-Po)

  • 9h15 - 9h45 Anne Raulin (Université Paris Nanterre) :

Repenser le courant Culture & Personnalité après l’engouement intellectuel des années 50 en France

  • 10h00 - 10h30 Jean-Christophe Marcel (Université de Dijon) :

Les « anthropologues de la Sorbonne » et la reconstruction de la sociologie française

  • 10h45 - 11h00 Pause
  • 11h00 - 11h30 Laetitia Guerlain (Université de Bordeaux) :

La décennie 1950 de l’ethnologie juridique, ou l’âge des possibles

  • 11h45 - 12h15  Eleonore Devevey (Université Lyon 2/Université de Genève) :

Georges Condominas à Sar-Luk : entre-deux et « trait d’union »

  • 12h30-14h00 Pause déjeuner
  • 14h00-17h30 L’héritage maussien en partage

Session présidée par Wolf Feuerhahn (CNRS, CAK)

  • 14h00 - 14h30 Thomas Hirsch (EHESS, CRH) : 

1950. La mort de Marcel Mauss, la fabrique d’un fondateur

  • 14h45-15h15 Vincent Debaene (Université de Genève) : 

Anthropologie structurale zéro

  • 15h30-15h45 Pause
  • 15h45 - 16h15 Philippe Soulier (Université Paris Nanterre) : 

La construction du concept d’ethnologie chez Leroi-Gourhan durant la décade 1945-1955

  • 16h30 - 17h00 Jean-Claude Galey (EHESS, CEIAS), 

L’anthropologie concertante de Louis Dumont : les monographies de fondation. La Tarasque(1951), Une sous-caste de l’Inde du Sud (1957).

Jeudi 19 octobre 2017

Musée de l’Homme, Place du Trocadéro, Auditorium Jean Rouch
  • 9h00 - 12h15 Ethnologues en situations coloniales

Session présidée par Eric Wittersheim (EHESS, IRIS)

  • 9h00 - 9h30 Silyane Larcher (CNRS, URMIS) :

Césaire, Leiris et nous. Regard post-colonial sur un dialogue anticolonialiste et antiraciste à l’épreuve de l’assimilation (1946-1956)

  • 9h45 - 10h15 Sarah Frioux-Salgas (Musée du quai Branly) :

La revue Présence Africaine et Pierre Naville : la question du travail en Afrique noire

  • 10h30 - 10h45 Pause
  • 10h45 - 11h15 Franck Beuvier (CNRS, IIAC) :

Culture contact et situation coloniale. Isaac Schapera et Georges Balandier

11h30 - 12h00 Christine Laurière (CNRS, IIAC-LAHIC) :

Jacques Soustelle, un ethnologue gouverneur général dans l’Algérie en guerre (1956-1957)

  • 12h15 - 14h00 Pause déjeuner
  • 14h00-17h30 Des questionnements communs. Amériques noires et syncrétismes religieux africains

Session présidée par Kali Argyriadis (CNRS, URMIS)

  • 14h00 - 14h30 Stefania Capone (CNRS, EHESS, CESOR) : 

Roger Bastide ou le miroir de l’autre. Réseaux intellectuels et constitution d’un domaine afro-américaniste

  • 14h45 - 15h15 Fernanda Areas Peixoto (Université de São Paulo) : 

Recherche et intervention : Roger Bastide et le programme de l’Unesco à São Paulo, 1951-1952

  • 15h30 - 15h45 Pause
  • 15h45 - 16h15 Julia Vilaça Goyata (Université de São Paulo) :

Collectionner, peindre, lire : Alfred Métraux, l’Unesco et la production d’un Haïti populaire

  • 16h30-17h00 André Mary (CNRS, IIAC), 

Le « carrefour » du « sacré sauvage » ou les courts-circuits de la pensée

Catégories

Lieux

  • Musée de l'Homme, Auditorium Jean Rouch - Place du Trocadéro | EHESS, 105, Bd Raspail - Salle 13 & Musée de l'Homme, Place du Trocadéro Auditorium Jean-Rouch
    Paris, France (75)

Dates

  • mardi 17 octobre 2017
  • mercredi 18 octobre 2017
  • jeudi 19 octobre 2017

Mots-clés

  • anthropologie,France, Années 1950, histoire de l'anthropologie

Contacts

  • Christine Laurière
    courriel : christine [dot] lauriere [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Christine Laurière
    courriel : christine [dot] lauriere [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Années 1950 : aux sources de l'anthropologie française contemporaine », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 20 septembre 2017, http://calenda.org/416291