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La victime émissaire dans l’hypermodernité

The emissary victim in hypermodernism

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Publié le vendredi 29 septembre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

La revue Recherches et éducations pour son numéro 20 sous la direction de Mme Garnier Alix et de Mme Martinez Marie-Louise, s'ouvre au sujet de la victime émissaire dans l'hypermodernité. Victime émissaire expiatoire, sacrificielle, fondatrice,victime consentante, don de soi, boucs – émissaires sont des notions devenues concepts dont les transformations opèrent grandement des transformations dans les champs les plus divers que nous appelons de leurs savoirs, expertises, pratiques pour que la notion victimaire dans l'hypermodernité se rende à sa visibilité sociale comme champ constitué.

Annonce

Revue Recherches & Educations.

N°20 Octobre 2018

Responsables scientifiques du projet

  • Alix Garnier

Maître de Conférences en sciences de l'éducation et psychologie sociale Université Lille3

Laboratoire : Profeor Cirel Lille3 (EA 4354)

  • Marie – Louise Martinez

Professeure en sciences de l'éducation Université de Rouen Normandie

Laboratoire : CIRNEF (EA 7454) Normandie Université

Argumentaire

Une thématique d’actualité

Victime émissaire, expiatoire, sacrificielle, fondatrice, victime consentante, don de soi, bouc émissaire, sont des notions très travaillées aujourd’hui. Au moment où les victimes de catastrophes, d’attentats, de violences de toutes sortes se déplorent, ces notions, loin d’être cantonnées au domaine religieux, ou de simples expressions populaires et métaphoriques, ont acquis un statut de concept. Elles ont migré vers les sciences et autres discours savants (droit, philosophie, politique) où elles produisent des savoirs. Ces notions ne sont pas anodines, elles opèrent des transformations dans les champs les plus divers de la pratique, quand les acteurs y réfléchissent ou même à leur insu. Malgré des succès récents en éducation, notamment dans les recherches sur les violences éducatives (victime, victimation, victimaire, etc.) la notion y est cependant perçue comme tabou, encore trop marginalement reconnue, il importe aujourd’hui de lui donner plus de visibilité comme champ constitué.

La question de la victime sacrificielle, expiatoire ou émissaire : une question épistémologique à l’ordre du jour :

Elle a, en effet, été élaborée depuis très longtemps, dans le champ du sacré ou du religieux, d’où la notion est originaire, dans le droit où elle est centrale, mais même depuis quelques décennies dans d’autres champs de la pratique institutionnelle (famille, travail, santé, art, politique, économie, éducation, etc.) et scientifique (anthropologie, psychologie, sociologie) où elle est développée avec pertinence. Cette question dans son émergence récente, depuis un siècle, a donné lieu à des découvertes philosophiques et scientifiques, voir ici le corpus théorique de l’anthropologie du symbolique et du sacré, à l’initiative d’Emile Durkheim et de Marcel Mauss (Tarot 1999). L’anthropologie mimétique, comme paradigme, à l’initiative de René Girard et de nombreux chercheurs aux Etats-Unis d’Amérique, en France ou ailleurs, explore, depuis plus de 50 ans, des hypothèses fécondes qui amènent à revisiter la compréhension des domaines la culture (religion, art, droit, sciences, etc.) autour de la découverte de la mimésis désirante chez l’homme et de la fonction fondatrice de la victime sacrificielle. Diverses disciplines, selon des points de vue épistémologiques différents, se sont impliquées, dans l’analyse de la victime, non seulement la théologie et l’anthropologie religieuse, mais aussi, l’anthropologie générale, la philosophie, la sémiologie, la psychologie, la psychanalyse, la sociologie, la psychosociologie, l’économie, la politique et le droit. Des disciplines plurielles comme les sciences du langage et du texte, les sciences politiques, les sciences criminologiques s’y sont attelées avec des succès divers, contribuant à engendrer une discipline récente qui lui est toute entière adonnée, la victimologie. Et si, depuis longtemps, les sciences humaines et sciences de l’éducation se sont penchées sur la victime, « l’enfant victime » (Eliachef, 1997) et le sacrifice (« ce qui vaut la peine exige le sacrifice » Reboul, 1992), démontrant la fécondité de la notion, il est désormais indispensable de reconnaitre, d’approfondir, et de conforter un champ de recherche prometteur, rassemblant et croisant les directions épistémologiques, théoriques, méthodologiques, d’études encore trop dispersées.

A travers la mise en lumière de faits et processus, sociaux, sociétaux, interpersonnels et même intrasubjectifs, la question euristique de la victime émissaire a permis de révéler des manifestations du mécanisme victimaire, comme violences qu’elle a contribué à rendre perceptibles (Martinez, in Gaillard, 2017). En effet, ce simple dévoilement est difficile, si comme l’a signalé René Girard tout au long de son œuvre « le mécanisme victimaire disparait nécessairement derrière les significations mythiques qu’il engendre » (Girard, 1999, 244). « Le souci moderne des victimes » (Girard, 1999) en lien avec l’interdit de faire des victimes et avec les droits de l’homme, a généré des changements d’une grande fécondité culturelle, éthique et politique, quoique non dénués d’ambivalence, qu’il importe de repérer. Par les dévoilements favorisés, elle a contribué à engendrer des mutations historiques, culturelles et sociétales majeures dans la transformation de la modernité elle-même et dans la manière de concevoir et vivre la subjectivité et la socialisation. Il est urgent d’analyser ces processus en relation avec la vie des institutions et des cultures, mais aussi avec l’éducation.

La victime à l’origine des institutions culturelles et au cœur de l’éducation :

La culture, dans ses premières manifestations mythico-magiques, n’est-elle pas sous-tendue par des catégories comme celle du bouc émissaire (Cassirer, 1923) ? Les plus diverses institutions de la culture (le langage, la royauté, la guerre, la monnaie, etc.) ne prennent-elles pas naissance dans la victime sacrificielle et dans le rite (Hocart, préfacé par Scubla, 2005) ? L’institution de l’éducation et du sport ne sont-elles pas engendrées dans le rite et la victime sacrificielle (Martinez, 2005) ? S’il est de plus en plus possible de percevoir la victime à l’œuvre dans la genèse de la culture et de ses institutions, il faut voir la place qu’y joue l’éducation. Celle-ci touche, en effet, par ses trois grandes finalités (socialisation, subjectivation, accès aux savoirs et aux codes symboliques), au cœur du processus d’humanisation, or chacune de ces finalités est puissamment arrimée à la victime.

La socialisation n’est–elle pas, dès l’origine, rendue possible par la réconciliation sacrée par et autour de la victime (Durkheim, 1912, Girard, 1972) ? Le symbolique qui permet le langage et les savoirs, n’est-il pas le produit subtil de l’effervescence sacrificielle (Durkheim, 1912 ; Girard, 1976 ; Gans, 1997 ; Tarot, 1999) ? La place du tiers personnel, avatar du tiers victimaire, son éviction et son retour ne sont-ils pas la clef de l’accès au langage (Benveniste, 1966 ; Jacques, 1982) et au savoir (Serres, 1991 ; Martinez, 1997) ? La subjectivation n’est-elle pas autorisée, à la fois, par l’éviction du tiers précédemment exclu de la victime fondatrice, la personnification par son intégration (Martinez, 2002) ? Enfin, la culture pour sortir de la violence archaïque, ne doit-elle pas dépasser le mythico-magique et le bouc émissaire, par la conversion éthico-éducative (Durkheim, 1916), éthico-politique (Cassirer, 1946) ou judéo-chrétienne (Girard, 1972) ? Après avoir découvert le processus pharmakologique[1] qui restaure la communauté autour de l’éviction de la victime (Girard, 1972, 1982, 1999) n’est-il pas temps de repérer comment se transforme vers moins de violence sacrificielle ou non la fonction pharmakologique (Tarot, 2008) des grandes institutions de la culture, comme l’art, la médecine, l’éducation, etc. ? Par vocation, les sciences de l’éducation devront s’emparer, elles ont commencé à le faire, de ces grandes questions qui concernent l’hominisation.

Repérer la victime et les processus victimaires, dévoiler leur place et leurs fonctions :

Dès lors, il importe de discerner précisément, par des études minutieuses, comment la victime émissaire, sa place relationnelle centrale (Mauss, 1950), ses processus avec leurs phases significatives (Girard, 1982, et à sa suite, Martinez, 2005, 2009[2] ; et d’autres) opèrent dans la fabrique éducative de l’humain. Et s’il importe de montrer l’incidence de la victime dans tous les fonctionnements du processus éducatif, il est tout aussi prioritaire de repérer la prééminence de la victime et de son éviction, ses causes et ses conséquences dans les dysfonctionnements éducatifs, violence (hétéro ou auto engendrée), pathologies psychiques et physiologiques, indifférenciation, ségrégation, harcèlement, conduites alimentaires destructrices, conduites suicidaires, radicalisation violente, etc.

Avant toute chose, nous aurons soin de manifester, avec objectivité l’omniprésence et l’omnipuissance de la victime (Martinez, 2011) (Garnier, 2016) mais nous aurons le souci de le faire en évitant la complaisance victimaire.

Repérer les dérives du victimaire et de l’hypermodernité :

Devant la montée et la banalisation du harcèlement et d’autres mécanismes, en lien avec le processus du bouc émissaire, comme les diffamations, les faits alternatifs ou les nouvelles fallacieuses qui se développent dans l’entreprise ou la société en crise, ce travail éditorial veillera à ne pas identifier son point de vue à ceux des courants relativistes qui dénient la victime et sa souffrance. Mais devant la prolifération de courants victimaires nihilistes, de radicalisations religieuses ou politiques, comme autres manifestations de la crise du lien social, il évitera tout autant la tentation de magnifier avec complaisance, dans un élan esthétique, politique ou mystique, telles victimes et leurs revanches au détriment d’autres victimes.

Le « victimaire » n’est pas seulement l’adjectif usuel qui correspond à victime, il a aussi été défini par (Girard 2004) comme un concept pour désigner un type de réaction violente à la violence du processus du bouc émissaire. La réaction victimaire se manifesterait quand la victime qui est réellement à plaindre et qui a toujours raison de demander réparation, par exemple par le droit, en vient à crier vengeance et s’enferme dans le ressentiment et la haine de l’autre. Elle revendique alors son statut de victime au risque de le substantialiser pour justifier une vengeance violente. Si cette réaction peut aisément se comprendre sur le plan psychologique, elle ne doit pas être légitimée, il faut la prévenir, l’éviter, sur le plan de l’éducation, car elle est contre-productive. Elle ne permet pas de sortir de la violence, elle engendre de nombreuses difficultés psychiques et morales et engendre des dégâts considérables chez le sujet et autour de lui. Le modèle du victimaire se retrouve dans diverses violences (géo)politiques, sociétales, psychiques, chez les adultes mais aussi dans de nombreuses figures de la violence juvénile : le harcèlement, le décrochage, les conduites alimentaires, addictives, pathogènes, ou autres tentations comme les radicalisations meurtrières, jusqu’au terrorisme, etc…. Dans notre problématique nous convoquons aussi une autre notion récente en sciences humaines et sociales ;

L’hypermodernité comme désignation nouvelle étape dans les alea de la modernité et l’adjectif hypermoderne rencontrent un succès croissant, pour caractériser les mutations actuelles de l’individualisme. Ces notions donnent lieu à des analyses très éclairantes chez de nombreux auteurs en philosophie et en sciences humaines et sociales, depuis les années 2000 (Castel & Haroche 2001 ; Gauchet, 2002 ; Aubert, 2004 ; Lipovetsky et Charles, 2004, etc.). L’hypermodernité peut s’analyser comme une époque distinguée par une série de processus anthropologiques caractéristiques. La critique de l’ancien régime et de la tutelle religieuse, avait donné lieu avec la Révolution française, à la « Modernité des Lumières ». Depuis le XVIIIè siècle, cela avait contribué à opérer un grand basculement social, sociétal et psychique, autour de la critique de l’hétéronomie, l’aspiration à l’autonomie, et à l’émancipation, accélérant l’avènement de l’individualisme. La modernité avec l’aspiration à l’égalité universelle et aux droits de l’homme, dans son ensemble pourrait s’interpréter comme un immense mouvement historico-social en faveur des victimes, au nom desquelles elle se serait efforcée d’« engager des combats qui se poursuivent de nos jours : les femmes doivent être les égales des hommes devant la loi ; l’esclavage aboli, l’aliénation de la liberté d’un être humain ne pouvant jamais être légitime ; les pauvres, les sans-grade, les marginaux, reconnus dans leur dignité, et les enfants perçus en tant qu’individus. » (Todorov, 2006, 18). Pourtant, il faut bien reconnaitre que cet élan généreux et sans pareil sur le plan civilisationnel, censé permettre le recul des obscurantismes, l’avancée des explications scientifiques, le triomphe des droits de l’homme et du progrès social et humain, ne s’est pas développé sans contradictions et que sa postérité n’est pas dépourvue d’ambivalences.

La sécularisation accrue par la modernité aurait entraîné, selon Marcel Gauchet (1985) qui attribue la paternité de l’expression au sociologue Max Weber, un véritable « désenchantement du monde ». Mais après la critique des illusions superstitieuses vint le tour des idéaux des Lumières eux-mêmes. A la modernité désenchantée on a reproché d’avoir perverti ses propres valeurs. L’universalisme n’aurait-il pas fourni un cheval de Troie aux colonialismes ; la liberté, un feu vert aux déchaînements du marché néolibéral ; l’égalité, un prétexte aux totalitarismes ; et l’individu, un alibi aux ruptures des solidarités ? On a ensuite parlé de la postmodernité, comme du triomphe des utopies hédonistes et libertaires mais aussi de la relativisation de toutes les valeurs, particulièrement celles de la rationalité et de la vérité. Période somme toute brève (1950-1960) et éphémère, qui débouche aujourd’hui, sur l’hypermodernité comme dystopie aux conséquences funestes qui capitalise le lot des désillusions. Les constats qui la caractérisent sont amers : les impasses de l’individu et de l’individualisme comme « individu incertain » (Ehrenberg, 1995, 1998), « individu désaffilié » (Castel, 1995), « individu négatif » (Castel & Haroche 2001). Pour d’autres, l’hypermodernité coïncide avec le règne de l’hyperlibéralisme mondialisé, l’indifférenciation globalisée, la concurrence généralisée (Fabre & Gohier, 2015). Ils y voient l’aboutissement des « détournements modernes des acquis des Lumières, qui ont pour nom scientisme, individualisme, désacralisation radicale, perte de sens, relativisme généralisé… » (Todorov, 2006, 142). On peut y repérer un emballement sériel de la victime émissaire, avec l’éviction violente des « boucs émissaires » multipliés, à toutes les échelles, jusqu’à celles, apocalyptiques, de l’environnement et de la planète (Martinez, in Fabre & Gohier). On peut y lire, les effets de gouvernances idéologiques entre un bio-ethos et le spectre d’un thanatopouvoir (Foucault) lui – même à identifier. Comment, dès lors, comprendre et sortir de cet accroissement de mécanismes de victimes émissaires ? Comment comprendre et affronter ces manifestations pathologiques et/ou délinquantes et/ou déviantes et/ou fabrique d’une réponse identitaire meurtrière ?    

Vue d’ensemble du projet éditorial

Ce travail éditorial, de mise en lumière de la complexité du sujet et des pistes de recherche les plus diverses devra se faire en toute objectivité dans un souci d’objectivation bienveillante et de respect des personnes, sans céder aux tentations injonctives et prescriptives mais sans basculer dans le relativisme moral. Il visera à prendre de la distance avec les croyances idéologiques et avec les réflexes sociétaux actuels, pour mieux les donner à voir et à comprendre. Ce travail d’édition valorisera les recherches qui opèrent à partir d’outils théoriques et méthodologiques précisés, le dévoilement ou la déconstruction lucides, sur les processus de la réalité objective dans la vie institutionnelle (famille, santé, travail, éducation, justice, politique, etc.) et aussi intersubjective et intrasubjective. Il encouragera les démarches qui mettent en œuvre une pensée réflexive et un agir préventif servant l'humain dans tous les secteurs institutionnels, associatifs y compris celui de la formation.

Les cadres dans lequel cette thématique pourra se penser et se mouvoir restent ouverts aux institutions plurielles, aux milieux associatifs accueillant des personnes victimes et même aux lieux et places désinstitutionnalisés, ou encore aux réseaux ou contextes polymorphes qui se multiplient et dans lesquels les processus de boucs émissaires prolifèrent. On soulignera l’impact théorique mais aussi praxéologique de ces thématiques (pour l’enseignement, l’éducation et la formation) vers des pistes pour l’émergence de la personne comme sujet plus autonome et solidaire. On insistera sur leur impact en éducation et formation pour l’accompagnement des identités personnelles, sociales et professionnelles.

Les recherches scientifiques et réflexions épistémologiques sur la victime émissaire dans l’hypermodernité et sur les champs abordés, selon les axes dessinés, attendues par la revue R&E, retenues à publication par des experts en double aveugle, offriront en ouvrage, la lecture de travaux sur la question de la victime objet d’études sur le plan national et international.

Les recherches scientifiques ou philosophiques pourront être ouvertes quant aux choix des approches épistémologiques, des cadres théoriques et des démarches méthodologiques. Elles pourront porter sur la conscientisation des actions des professionnels comme des chercheurs, sur la prévention des conduites à risques par la formation, l’information sur l’éducation à la santé du sujet (Garnier 2017). Elles pourront insister sur les pratiques et praxéologies en lien avec un travail réflexif de biographisation de l’expérience. 

Chercheurs, professionnels, vos travaux viendront rendre compte d’une réalité que nous souhaitons comprendre et analyser avec les ressources scientifiques ou philosophiques aux combinaisons possibles disciplinaires, interdisciplinaires et transdisciplinaires. Que ce thème du processus émissaire et de la victime, porteur de sens par le dévoilement qu’il opère des relations aux autres et à soi – même permette d’engager des recherches sur la réalité des processus éducatifs mais aussi sur les valeurs dont ils sont porteurs, vers un agir réflexif, éthique et praxéologique en éducation. Que ce questionement favorise l’élaboration d’outils descriptifs, théoriques, épistémologiques, en complément des ressources théoriques habituelles, sociologiques, psychobiologiques, psychanalytiques, anthropologiques, historiques, philosophiques, chez les professionnels de l’éducation, de la santé en générale et de la santé mentale.

Trois axes seront privilégiés, sans exclusive :

I. Nous chercherons comment, à partir des sciences de l’éducation ou plus largement sciences de l’homme, donner une forme d’intelligibilité à ces processus et à ces phénomènes de la victime émissaire qui sans être nouveaux se manifestent sous des formes très actuelles, en lien avec des mutations caractéristiques de l’individu, du lien social, de la subjectivité et du vivre ensemble.

II. Nous chercherons à éclairer la compréhension des changements identitaires de la victime et des mutations qu’elle opère dans le social.

Comment penser et agir les conscientisations de l'état du bouc émissaire en prise avec la subjectivation par l'analyse réflexive ? Comment penser l'action vers une éducation à la santé par l'objet tiers qui est objet du conflit et de fait objet de régulation de celui – ci ? Comment reconnaitre les violences subies par les uns et soumises par les autres et accepter des différends vers une réparation des corps fragilisés et parfois des agresseurs qui manifestent post-conscientisation l'urgence rédemptrice d'être pris en charge à de nombreux niveaux ? Les pistes éducatives pourront traiter du renversement pharmacologique et éthique de la victime : du poison au remède. La réflexion pourra s’appuyer sur des concepts voisins comme celui de la vulnérabilité ou de capabilité en insistant sur les devoirs des citoyens face aux menaces des gouvernances sur les plus vulnérables (Nussbaum M., 2016), quelle responsabilité de l’autre dans « l’agir moral » dont certains théoriciens du care font mention (Paperman P., Molinier P. 2001), Butler (2010) et Le Blanc (2011). Quels éclairages sur la reconstruction de soi par la victime pour sortir de cette condition ?

III. Nous chercherons à modéliser la question du tiers dans sa relation à la victime et au processus victimaire

Entre la mimesis triangulaire qui accroît l’indifférenciation concurrentielle des doubles, avec la régulation violente de l’éviction sacrificielle de la victime, comment penser la réification souffrante du sujet en objet tiers (Garnier 2000, 2016) ?

Entre le don de soi, le dessaisissement de soi, le sacrifice consenti et le martyr infligé à la victime comment comprendre cette part corporelle, psychique, sociale, volée à la victime, la décorporéïté de l'être blessé dans son entièreté ?

Entre le tiers exclu et les tiers symbolique ou personnel intégrés, comment penser, sur les plans didactique, pédagogique, éducatif, la transformation du moi blessé en sujet réflexif de réappropriation, en personne ? Par quelles démarches praxéologiques privilégier l’émergence de la personne, accompagner la différenciation des identités personnelles ou professionnelles ? 

Modalités de soumission

La publication de l'ouvrage : La victime émissaire dans l‘hypermodernité est arrêtée pour Octobre 2018.

Les communications à expertiser devront donc être envoyées à Madame Alix Garnier (alixgarnier64@yahoo.fr) et à Madame Marie–Louise Martinez (marie.louise.martinez@gmail.com)

au plus tard le 08 Janvier 2018 (dernier délai).

Madame Garnier Alix accusera réception des articles et gérera le suivi des navettes correctives.

Les articles feront l'objet d'une double expertise à l'aveugle (1 à 2 mois en principe). Certains articles retenus feront l’objet de navettes correctives pour valider en tout dernier point leur contenu. (Avril 2018).

Les auteurs seront informés de la recevabilité ou non de leur proposition, ou de la correction et type de correction de celle–ci: début Mars 2018 selon retour des experts.

Les 1eres corrections pourront être apportées aux communications le nécessitant au plus tard fin mars 2018. Elles devront–être envoyées à alixgarnier64@yahoo.fr et à marie.louise.martinez@gmail.com

Les corrections suscitant analyse au cas par cas pourront faire l'objet de deux navettes correctives. Retour attendu le 27 avril 2018.

Nous vous remercions de respecter cette progression de travail commun dans le temps, afin que nous puissions opérer au montage final de ce travail dans les temps avant les délais d'impression.

Normes éditoriales

  • Titre de l’article (Trebuchet MS 14, Gras, centré / ap.6)
  • Sous-titre (Trebuchet MS 14, Gras, italique, centré ap. 6)
  • Auteur : prénom, nom (Trebuchet, 12, gras, aligné à droite)
  • Appartenance institutionnelle, laboratoire (Trebuchet 11, aligné à droite, ap. 6)
  • Résumé : En TNR 10, interligne simple, italique, maximum de 10 lignes.
  • Mots-clés: en TNR 10, interligne simple, italique, maximum de 10
  • Abstrat: résumé en anglais même règle
  • Keywords : mots-clés en anglais même règle  

Ce document est conçu pour servir d’exemple à la mise en page de la revue Recherches & Educations éditée par la Société Binet-Simon. Les explications qui y sont données indiquent explicitement les normes à suivre.

L'article doit comporter maximum 35 000 signes (espaces compris) y compris avec les notes et la bibliographie.

Pour un article proposé à un dossier thématique, fournir un fichier Word (en .doc ou .rtf) attaché à un mail envoyé au coordonnateur du numéro, dont le nom devra contenir le nom et prénom de l'auteur.

Ici aux deux CoResponsables scientifiques et coordinatrices scientifiques de la Revue n°20, Mme Garnier Alix. Mail : alixgarnier64@yahoo.fr et Mme Marie–Louise Martinez. Mail : marie.louise.martinez@gmail.com

Pour un article proposé en varia, fournir un fichier Word (en .doc ou .rtf) attaché à un mail envoyé au secrétariat de la revue  recherches.et.educations@gmail.com, dont le nom devra contenir le nom et prénom de l'auteur.

Règles de mise en page pour chaque article proposé à la revue:

Le corps du texte (style normal) est en times new roman 11, justifié, interligne simple, avec un retrait positif de première ligne de 0,5. Pas d’espacement avant ni après. Il est préférable d’accepter les coupures de mots (deux consécutives).

Le texte fait 245 mm dans sa hauteur et 160 mm dans sa largeur, ce qui correspond aux marges suivantes :

  • haut, 2 cm ;
  • bas, 2 cm ;
  • gauche, 2,5 cm ;
  • droite, 2,5cm

Le texte revient complètement à gauche dans un alinéa, il ne doit être en retrait (éviter les puces, peu esthétiques, et préférer les tirets cadratin touches “ ctrl, - du pavé numérique ” sur un pc).

Les alinéas sont dans le même style que le corps de texte, mais sans retrait positif de première ligne. On peut juger utile d’attribuer un espacement de 6 points à la dernière ligne d’une suite d’alinéas.

Titre de niveau 1

Les titres de niveau 1 sont en TNR 12, gras, espacement avant 12, espacement après 12, paragraphes solidaires.

Titre de niveau 2

Les titres de niveau 2 sont en TNR 12, gras, retrait positif de 0,5cm, espacement avant 6, espacement après 6, paragraphes solidaires.

Titre de niveau 3

Les titres de niveau 3 sont en TNR 11, gras, italiques, retrait positif de 1cm, espacement avant 6, espacement après 6, paragraphes solidaires.

Titre de niveau 4 (et suivants)

Les titres de niveau 4 (et suivants) sont en TNR 11, italiques, retrait positif de 1,5cm, espacement avant 6 espacement après 6, paragraphes solidaires. Pour ce qui concerne la numérotation des intertitres, cela est laissé à l’appréciation du rédacteur.

Les notes de bas de pages

L’appel de notes de bas de pages[4] est en TNR 10, exposant.

Les citations

Dans la mesure où elles sont brèves les citations sont insérées dans le corps du texte, entre guillemets français de préférence (Nom Auteur, année, p. 6). Si deux auteurs (Nom auteur 1 et Nom auteur 2, année, p. 7), si plus de deux auteurs (Nom auteur 1 et al., année, p.) 

Quand plusieurs auteurs sont cités dans la même phrase (Nom auteur, année, p. 6 ; Nom auteur, année, p. 8).

Tous les auteurs cités dans le texte doivent être présents dans la bibliographie.

Lorsque l’auteur est déjà cité dans la phrase, ne pas réitérer son nom entre parenthèses, indiquer seulement entre parenthèses l’année et la page si besoin, n’indiquer dans la phrase que le nom de l’auteur et non ses initiales : exemple selon Foucault et non selon M. Foucault.

Si la citation est longue, on la fera figurer dans une forme particulière pour la faire ressortir :

« cette citation est longue au sens où elle fait plus d’une phrase, par exemple. Elle est placée hors du corps de texte en TNR 10, espacement avant 6, espacement après 6, retrait positif de première ligne 0,5 » (Nom Auteur, 2000, p. 6).

Les tableaux et figures

Il est impératif de les fournir dans des fichiers séparés et de haute qualité (un fichier par document, portant le numéro du document à insérer et le nom de l'auteur principal de l'article, autrement dit un tableau sur une feuille = un fichier). Signaler leur place dans le corps de texte en mentionnant "insérer ici le document X", y compris s'il s'agit d'un document à insérer en annexe.

ATTENTION respecter impérativement ces points svp:

"Insérer ici le tableau 1"

Tableau 1. Les textes sont en TNR 10, italiques, centré, avant 6, après 6 et paragraphe solidaire pour éviter que la légende soit sur une page et le tableau sur une autre (style “ légende_tab ”).

-          Fournir les tableaux en format excel ET Jpeg

-          Fournir les photos et graphiques en format jpeg ou tiff  

-          OBLIGATOIREMENT : Tous les tableaux, graphiques et photos seront en noir et blanc.

Si on livre des extraits de séquences conversationnelles ou autres corpus, on peut utiliser le style corpus, en forçant un espacement avant de 6 points à la première ligne et un espacement après de 6 points à la dernière ligne.

A    Ceci est un exemple en TNR 9, italiques, retrait à gauche de 0,5 cm et retrait de première ligne négatif de 0,5.

B    D’accord.

A    Toutefois, les conventions livrées ici sont adaptables.

Pour les formules diverses

 a + b = c (TNR 9, avant 6, après 12, retrait à gauche de 1 cm)

Enfin, les divers exemples de références placés ci-après devraient donner une assez bonne idée des normes de présentation de la bibliographie. Elle est en TNR 10, retrait négatif de première ligne : 0,5 cm.

Bibliographie

Aubert, N. (2004). L'individu hypermoderne. Toulouse : ERES.

Butler, J. (2007). Le récit de soi, PUF.

Castel, R. (1995). Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat. Paris : Fayard.

Castel, R. et Haroche, C. (2001). Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi. Entretiens sur la construction de l'individu moderne. Paris : Fayard.

Charles, S. (Automne 2005-Hiver 2006). De la postmodernité à l’hypermodernité. Paris : Revue Argument.

Cassirer, E. (1972)[3], La philosophie des formes symboliques 2 : La pensée mythique (1925), Paris : Éditions de Minuit.

Cassirer, E. (1993) Le mythe de l’État (1946). Paris : Éditions Gallimard.

Durkheim, E. (1991/ 1912). Les formes élémentaires de la vie religieuse. Paris : Le livre de poche.

Durkheim, E. (2014/ 1916). Sociologie et philosophie. Paris : PUF.

Ehrenberg, A. (1995). L'individu incertain. Paris : Hachette.

Eliachef, C. (1997). Vies privées, De l’enfant roi à l’enfant victime. Paris : Ed Odile Jacob.

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Notes

[1] De pharmakon grec., (gr. ancien : φαρμακος) remède et poison, la victime sacrificielle d’un rite ancien. « La ville d'Athènes entretenait un certain nombre de miséreux, criminels, vagabonds, infirmes, et en cas de calamité réelle ou possible, on procédait à un sacrifice en choisissant un de ces individus comme pharmako , (Girard, 1972).

[2] 1) Une crise mimétique surgit avec indifférenciation et conflits rivalitaires;

   2) Le rassemblement de tous se fait contre une victime choisie selon certains traits particuliers;

   3) L'imaginaire persécuteur invente des accusations pour l'éviction de la victime;

   4) De la victime jaillissent les règles culturelles, du désordre jaillit l’ordre;

   5) La victime qui était chargée de tous les maux est alors positivée voire sanctifiée.

[3] Sont parues la même année, chez le même éditeur, les traductions des deux autres volumes : Le langage (1923)et La phénoménologie de la connaissance (1929).

[4]Les notes de bas de pages sont en TNR 9, interligne simple, justifiée. Word reporte la numérotation de bas de page en exposant. Dans un souci d’esthétique, il est préférable de forcer l’édition en normal (non exposant).

Catégories

Dates

  • lundi 08 janvier 2018

Mots-clés

  • victime, victime émissaire, hypermodernité, épistemologie, methodologie plurielle

Contacts

  • Alix Garnier
    courriel : alixgarnier64 [at] yahoo [dot] fr

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  • Alix Garnier
    courriel : alixgarnier64 [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La victime émissaire dans l’hypermodernité », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 29 septembre 2017, http://calenda.org/416622