AccueilLes utilisations des MOOC dans le cadre de la formation professionnelle continue

Les utilisations des MOOC dans le cadre de la formation professionnelle continue

The uses of Massive Open Online Courses (MOOC) in the framework of professional adult training

Réflexions au prisme des « capabilités »

Reflection through the prism of "capabilities"

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Publié le lundi 02 octobre 2017 par Elsa Zotian

Résumé

L’objectif de ce séminaire est de créer un espace de discussion/ réflexion entre des travaux réalisés par des chercheurs du champ de la formation (sociologie, ergonomie, sciences de l’éducation, droit, économie) et par d’autres s’intéressant particulièrement à l’objet « Massive Open Online Courses » (MOOC). Nous proposons l’approche par les capabilités comme élément de convergence des interventions. Etant donné l’aspect très actuel de ces réflexions, nous allons également associer les acteurs privés et politiques influents dans le domaine.

Annonce

Argumentaire

Conçus pour accueillir simultanément des dizaines de milliers de participants, gratuits ou « accessibles », et potentiellement certifiants (moins de 100€), les Massive Open Online Courses (MOOC) ont rapidement rencontré un indéniable succès auprès du public (Pappano, 2012). Si originellement ces cours numériques ont été conçus dans un esprit académique ciblant en particulier les étudiants en « formation initiale », les résultats d’enquêtes à grande échelle montrent que les utilisateurs sont plutôt des trentenaires diplômés du supérieur, en emploi, et en quête de compétences, de promotion sociale ou de mobilité professionnelle (Christensen, 2014 ; Cisel, 2016 : Vrillon, 2016). D’autres études nous apprennent que les individus suivent le MOOC le soir, en dehors du temps de travail pour la grande majorité d’entre eux (Bachelet, 2017).

Tout laisse à penser, même si pour le moment les recherches à ce sujet sont presque inexistantes, que les MOOC et leurs certificats sont utilisés pour se signaler sur un marché de l’emploi volatile et concurrentiel, dans lequel les compétences sont rapidement obsolètes et demandent à être entretenues, complétées en permanence (Carré, 2005). En revanche sur le plan juridique, l’investissement que leur suivi représente (temporel ou financier), n’est pas encadrée. Le CPF (Compte Personnel de Formation) et le CIF (Compte Individuel de Formation) ne prennent en compte que les formations longues et diplômantes, les formations financées par les OPCA dans le cadre du plan de formation devant respecter des contraintes de mise en œuvre écartant d’emblée ce type de dispositif auto-administré et non accompagné (cf. loi de mai 2014, relative à la formation professionnelle continue). A l’heure actuelle, les MOOC utilisés dans le cadre de la formation professionnelle continue sont pour ainsi dire « hors cadre juridique » et ne peuvent être financés que par les individus euxmêmes ou par les entreprises sur des fonds supplémentaires aux prélèvements obligatoires. Alors que dans la perspective libérale émanant de la Commission Européenne (CE, 1995; CE, 2000), la formation professionnelle repose plus que jamais sur la responsabilité individuelle (Dubar, 2008; Dubar, 2015 ; Caillaud, 2007...), les MOOC semblent incarner un outil idéal pour satisfaire les injonctions d’adaptation permanentes et de flexibilité des individus sur le marché de l’emploi (Carré, 2005).

Toutefois, l’accessibilité formelle des MOOC n’induit pas une égalité réelle d’appropriation et comme le soulignaient Bonvin et Farvaque « il ne saurait y avoir de responsabilité si les moyens de la liberté réelle ne sont pas donnés » (2007). L’approche par les capabilités développées par Sen (2000) semble être une voie heuristique pour analyser les modes d’appropriation à la fois individuels, collectifs, mais également organisationnels des MOOC dans le contexte de la formation professionnelle. Pour que les MOOC ne deviennent pas un nouveau point de cristallisation des inégalités existantes en matière de formation (Frétigné, 2013), on peut se demander quels sont les « facteurs de conversion » permettant aux individus d’exprimer pleinement leur liberté de choix dans l’accès au MOOC et leur « pouvoir d’agir » dans et à l’issue de leur suivi. Sur le plan sociétal et juridique, comment les instances collectives et paritaires, ainsi que les pouvoirs publics peuvent-ils contribuer à faire des MOOC une ressource de formation égalitaire ? Quelle valeur et reconnaissance accorder aux « micro-crédits » offerts par les MOOC dans l’écosystème des certifications, titres et diplômes existants ? Sur le plan organisationnel, on peut questionner les modes d’appropriation des MOOC par les entreprises, acteur central de la FPC. Comment peuventils être intégrés aux circuits traditionnels de formation ? Quels rôles peuvent jouer les acteurs aujourd'hui désintermédiés par les plateformes ? Sur le plan individuel, on peut se demander quelles sont les dispositions nécessaires et compétences implicites à l’utilisation et l’appropriation des MOOC ? En quoi la temporalité des trajectoires biographiques et professionnelles des individus peuvent influencer la nature de leur utilisation des MOOC et les modalités de leur suivi?

L’objectif de ce séminaire est de créer un espace de discussion/ réflexion entre des travaux réalisés par des chercheurs du champ de la formation (sociologie, ergonomie, sciences de l’éducation, droit, économie) et par d’autres s’intéressant particulièrement à l’objet MOOC. Nous proposons l’approche par les capabilités comme élément de convergence des interventions. Etant donné l’aspect très actuel de ces réflexions, nous allons également associer les acteurs privés et politiques influents dans le domaine.

Programme

Mercredi 11 octobre

13h30 : Café d’accueil, pavillon des jardins

Session 1

Présidence Éric Bruillard

14h00 : Propos introductifs

  • 14h15 : Paul Santelmann
  • 14h45: Pascal Caillaud : La FTLV entre individualisation et personnalisation.
  • 15h15 : Jean Condé : Modalités d’appropriation et d’utilisation des MOOC en entreprise

15h45 : Discussion collective

Session 2

Présidence : Jean Condé

  • 16h30 : Anca Boboc : Penser la place du numérique dans la formation en entreprise : apports de la notion d'environnement capacitant : Le cas d'un COOC
  • 17h00: Eleonore Vrillon : Quels usages des MOOC pour quels effets sur les situations professionnelles ?

17h30 : Table ronde : L’avenir de la formation “accessible” dans le cadre de la FTLV

Jeudi 12 octobre

9h00 : Accueil, café

Session 3

Présidence : Sonia Huguenin

9h15 : Propos introductifs

  • 9h45 : Fabienne Maillard : Du diplôme à la micro-certification : pour certifier tout et tou.te.s ?
  • 10h15 : Rémi Bachelet : Quel avenir pour les MOOC en entreprise ?

10h45 : Discussion collective

Session 4

Présidence : Françoise Tort

  • 11h15 : Sonia Huguenin et T. Charpentier: La place des interactions humaines/ sociales dans le cadre de formation de type SPOC en milieu professionnel
  • 11h45 : Jean-François Orianne : Retour sur les propositions des doctorants

12h15 : Discussion collective

12h30 : Conclusion

Programme détaillé

Mercredi 11 octobre (14h-18h)

13h30 : Café et thé d’accueil au Pavillon des Jardins

Introduction générale (10mn)

Par Éric Bruillard, Professeur des Universités, directeur du laboratoire Stef.

Session 1 (14h00 -15h40)

Président de séance : Éric Bruillard

  • Paul Santelmann, directeur de la Veille “Emploi et Qualifications” à l’AFPA

Le concept de formation professionnelle tout au long de la vie (FPTLV) se différencie des notions d’éducation permanente et de formation continue en ce qu’il ne se borne pas au système organisé de formation post-scolaire. La FPTLV recouvre plus largement tous les processus de développement des savoirs durant la vie adulte qui vont des différents modes d’autoformation (autodidaxie, apprentissages informels, etc.) à l’entreprise qualifiante ou apprenante. Le concept de FPTLV favorise une approche à la fois plus globale et plus individualisée du rapport aux savoirs qui déstabilise l’univers institutionnel complexe et ambigu qui s’est construit depuis la loi de 1971 : droit universel ou politiques publiques prioritaires, service public ou marché libre, volet des politiques économiques ou appendice des politiques sociales… De ce point de vue, l’émergence des différents espaces numériques d’apprentissage individuels ou collaboratifs, décloisonne toutes les organisations de la formation qu’elles soient publiques ou marchandes. Ce développement est aussi un révélateur d’impasses institutionnelles comme le CPF.

  • Pascal Caillaud, chargé de recherche CNRS en Droit Social, Directeur du centre associé au Céreq de Nantes, Laboratoire “Droit et Changement Social” (UMR CNRS 6297), Université de Nantes

La formation professionnelle tout au long de la vie entre individualisation et personnalisation.

La consécration juridique de la notion de formation tout au long de la vie, en 2004, s’est accompagnée, au fil des réformes de ces vingt dernières années, d’un mouvement croissant d’individualisation des droits et obligations des individus, quel que soit leur statut professionnel, en matière de formation professionnelle. Depuis quelques années, on assiste également à l’émergence d’un mouvement de personnalisation de ces mêmes droits. La loi du 5 mars 2014 traduit cette évolution en substituant au Droit Individuel à la Formation (DIF qui bien qu’individuel ne fut jamais un droit), un Compte Personnel de Formation (CPF dont on annonce déjà, trois seulement après la création, une réforme par sa monétisation). Ne s’agit-il que d’une évolution sémantique ou y a-t-il derrière ces deux notions, des différences quant aux responsabilités des différentes parties à la formation ? quelles sont les obligations des travailleurs, des employeurs ? Demeure-t-il des garanties collectives que ce soit au niveau légal ou conventionnel ? Enfin, que deviennent la stabilité et la cohérence de dispositifs juridiques face à la frénésie législative de ces deux décennies ?

  • Jean Condé, doctorant à l’ENS Paris-Saclay, laboratoire du Stef

Modalités d’appropriation et d’utilisation des MOOC en entreprise

Cette intervention vise à décrire certaines modalités d’utilisation des MOOC en entreprise à l’aune de l’approche par les capabilités. Une enquête de terrain réalisée dans 3 différentes entreprises, montre que les utilisations de MOOC que l’on appréhende en termes de “pouvoir d’agir effectif”, peuvent-être favorisées ou freinées par un certain nombre de facteurs (“de conversion” selon la théorie de Sen). Nous tâchons ainsi de mettre en évidence l’influence de l’environnement organisationnel sur les modes d’accès et de suivi au MOOC.

Discussion avec la salle

15h40 Pause et café

Session 2 (16h-18h)

Présidente de séance : Françoise Tort

  • Anca Boboc, sociologue au laboratoire des sciences sociales (SENSE), d'Orange Labs

Penser la place du numérique dans la formation en entreprise : apports de la notion d'environnement capacitant : Le cas d'un COOC

En nous appuyant sur l'approche par les capacités d'Amartya Sen, nous analyserons les usages d'un COOC par les salariés au sein d'une grande entreprise. Les facteurs de conversion individuels, sociaux et environnementaux nous permettront de mieux comprendre l'abandon dans le suivi du COOC. Nous montrerons la diversité des rapports que les salariés entretiennent vis-à-vis de la formation, un abandon n'étant  pas toujours un échec. Les résultats souligneront également l'entrelacement des dimensions pédagogiques, organisationnelles et collectives dans les dynamiques d'apprentissage à distance et pointeront les risques d'inégalité d'apprentissage entre salariés vis-à-vis des formations numérisées.

  • Eléonore Vrillon, doctorante à l’UBFC, à l’IREDU

Quels usages des MOOC pour quels effets sur les situations professionnelles ?

Grâce à la mise en place d’une enquête longitudinale auprès d’inscrits dans 12 MOOC diffusés sur la plateforme nationale française FUN, nous montrons qu’il existe plusieurs registres d’usages des MOOC. L’appartenance à chacun de ces registres est déterminée par des caractéristiques individuelles et professionnelles variables. Nous chercherons à savoir si les usages formatifs identifiés sont à l’origine de changements réels des situations professionnelles tout en mettant au jour les représentations subjectives associées.

Table ronde : Dans quelle mesure les MOOC ne cristallisent-ils pas les évolutions de la formation professionnelle continue de ces 20 dernières années ? Dans quelle mesure le rôle des acteurs de la FPC n’est-il pas redistribué ? Que faire, lutter ou s’adapter ?

Cette première journée d’échange sera suivie d’un apéritif puis d’un dîner (réservé aux intervenants et invités)

Jeudi 12 octobre (9h00 - 16h00)

Introduction de la journée (10mn)

Par Eric Bruillard

Session 3 (9h10-12h00)

Présidente de séance : Sonia Huguenin

  • Fabienne Maillard, Professeur des Universités au CIRCEFT, Université Paris 8 /UPEC, Du diplôme à la micro-certification : pour certifier tout et tou.te.s ?
  • Rémi Bachelet, Maître de conférences à Centrale Lille, Quel avenir pour les MOOC en entreprise ?

Avec le recul de quelques années, les questions se multiplient à propos de l’avenir des MOOC dans les entreprises. Notamment : leur positionnement par rapport au format plus “classique du SPOC”, la viabilité du modèle économique, les réceptions différenciées du format selon les catégories d’entreprises, l’expérience utilisateur et les modalités de suivi par les RH. Nous ferons également un point rapide sur les autres publics des MOOC : individuel et établissements d’enseignement, afin de suivre leur poids relatif.

10h20 Pause et café      

Session 4

Président de séance : Françoise Tort, Maître de conférence à l’ENS Paris-Saclay

  • Thierry Charpentier, Directeur associé chez First Finance et Sonia Huguenin, doctorante à l’ENS Paris-Saclay, laboratoire du Stef, La place des interactions humaines/ sociales dans le cadre de formation de type SPOC en milieu professionnel

Au travers cette présentation la place des interactions humaines/ sociales dans le cadre de formation de type SPOC en milieu professionnel sera questionnée. Il sera alors question de l’usage des ressources disponibles dans les formations, mais aussi de la question de l’hybridation des formations (une partie digitale et une partie présentielle). Pour questionner cela, la présentation se basera sur plusieurs entretiens, menés avec des personnes ayant suivi des formations en présentiel ou des formations digitales de type SPOC, et sur les retours d’expériences suite à des initiatives mises en place.

  • Jean-François Orianne, professeur à l’Institut des sciences humaines et sociales de l’Université de Liège

Discussion

J-F Orianne se propose de revenir sur les interventions des doctorants afin de les discuter à la lumière de ses travaux dans le champ de la formation et de sa connaissance de l’approche par les capabilités.

Conclusion et clôture du séminaire        

13h00 : Déjeuner

Inscriptions

Le nombre de place étant limité, nous vous prions de nous confirmer votre présence par l'envoi d'un mail à jconde@ens-cachan.fr.

Organisateurs

  •  Jean Condé
  • Eléonore Vrillon
  • Eric Bruillard

Bibliographie

  • Bachelet, R., & Chaker, R. (2017, May). Toward a Typology of MOOC Activity Patterns. In European Conference on Massive Open Online Courses (pp. 134-139). Springer, Cham.
  • Bonvin J-M et Farvaque, N. (2007). L’accès à l’emploi au prisme des capabilités, enjeux théoriques et méthodologiques. Formation Emploi, 98, 9-22.
  • Caillaud, P. (2007). 5: La construction d'un droit de la formation professionnelle des adultes (1959- 2004). In Former pour réformer (pp. 171-210). La Découverte.
  • Carré, P., & Lebelle, M. (2009). Apprenance (pp. 75-76). ERES.
  • Cisel, M. (2016). Utilisations des MOOC: éléments de typologie (Doctoral dissertation, Université Paris-Saclay).
  • Christensen, G., Steinmetz, A., Alcorn B., Bennett A., Woods D. & Ezekiel J. E. (2013). The MOOC Phenomenon: Who Takes Massive Open Online Courses and Why?. SSRN Scholarly Rochester, NY: Social Science Research Network.
  • CONSEIL, D. M. (1995). Le livre blanc sur l’éducation et la formation: enseigner et apprendre, vers la société cognitive. Bruxelles: Commission européenne.
  • Dubar, C. (2015). La formation professionnelle continue. 6ème ed. Paris, La découverte.
  • Dubar, C. (2008). Les changements possibles du système français de formation continue. Formation Emploi, 101, 167-182.
  • Frétigné, C. (2013). Ce que former les adultes veut dire. Editions Publibook.
  • Pappano, L. (2012). The Year of the MOOC. The New York Times, 2(12), 2012.
  • Vrillon, E. (2016, octobre). Vers une démocratisation de l’enseignement supérieur par les MOOC? Étude de 12 MOOC de France Université Numérique (FUN). Communication présentée au Colloque doctoral international de l’éducation et de la formation, Nantes. Repéré à http://cren.univnantes.fr/colloques-manifestations/colloque-doctoral-international-de-leducation-et-de-la-formation/
  • Sen, A. K. (2000). Repenser l’inégalité. Paris : Seuil.

Catégories

Lieux

  • Pavillon des Jardins - 61 Avenue du Président Wilson
    Cachan, France (94)

Dates

  • mercredi 11 octobre 2017
  • jeudi 12 octobre 2017

Mots-clés

  • MOOC, formation professionnelle, employabilité, capabilité

Contacts

  • Eléonore Vrillon
    courriel : eleonore [dot] vrillon [at] u-bourgogne [dot] fr
  • Jean Conde
    courriel : jconde [at] ens-cachan [dot] fr

Source de l'information

  • Jean Conde
    courriel : jconde [at] ens-cachan [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les utilisations des MOOC dans le cadre de la formation professionnelle continue », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 02 octobre 2017, http://calenda.org/416867