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Lumière(s) et obscurité(s)

Light(s) and darkness(es)

Numéro thématique de la « Revue d’histoire de l’énergie »

Special issue of “Journal of Energy History” (JEHRHE)

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Publié le lundi 02 octobre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Partant du constant que chez l’historien, la lumière se conçoit souvent sans l’obscurité, ce numéro spécial de Journal of Energy History (JEHRHE) souhaite rompre avec cette vision manichéenne, peut-être trop simpliste au regard de la variété des situations rencontrées, pour explorer tout le nuancier d’ombres et de lumières créé par la bougie, le pétrole, l’huile, le gaz ou l’électricité, sans oublier les diverses significations et expériences de ces lumières et obscurités. Il s’agira donc d’étudier la juxtaposition des lumières artificielles et des obscurités, en inscrivant celles-ci dans un débat plus large relatif à l’histoire de l’énergie, à l’histoire environnementale, mais aussi à l’histoire des techniques, voire à d’autres champs encore.

Annonce

Argumentaire

La lumière, notamment les entreprises d’éclairage, les réseaux d’énergie, voire les techniques, ont bien été étudiés par les historiens (Nye 1990, Hughes 1983, Friedel et Israel 2010, Edensor 2017). Il ressort de ces travaux une disparition progressive de l’obscurité grâce à la maîtrise de la lumière, d’abord dans une visée sécuritaire, puis dans une logique de luxe, de modernité et d’appropriation nocturne de la ville. Cette histoire, commencée dans les métropoles occidentales à partir du 18e siècle, se poursuit encore aujourd’hui dans certaines villes et campagnes d’Afrique ou d’Asie. Des histoires plus récentes de la nuit ont également commencé à sonder la vie sociale et culturelle nocturne, bien que ce champ reste encore peu exploré par les historiens (Schivelbusch 1995, Ekirch 2005).

Pourtant, comme le titre de ce numéro spécial le suggère, lumière(s) et obscurité(s) constituent les deux faces d’un même phénomène et devraient s’étudier l(es) une(s) par rapport (aux) à l’autre(s). Ainsi, la mise en lumière fut créatrice d’une ségrégation spatiale entre les quartiers, voire entre les rues d’une même ville, instaurant une cohabitation de zones lumineuses en centre ville et sur les principaux axes de circulation et de zones plus sombres en périphérie, dans les quartiers plus modestes et dans les rues plus étroites. De plus, aucune de ces notions n’est figée et leur relativité s’exprime en fonction du contexte environnemental, technologique, historique ou encore culturel. La lumière, comme l’obscurité, devraient s’appréhender dans leur pluralité et leur variabilité. Par exemple l’éclairage urbain a résulté de sources d’éclairage, d’intensités et de qualités diverses, qui se sont superposées plutôt que succédées les unes aux autres. À cet égard, la concurrence entre le gaz et l’électricité est bien connue (Beltran 2002, Williot 1999). De même, le développement croissant de l’éclairage n’exclut pas le retour ponctuel aux obscurités (Nye 2010), nombreuses, tant subies (catastrophe naturelle, panne) que délibérées (grève) : en pointillé quand le vandalisme ne touche qu’un réverbère, menaçante dans le cadre d’un black-out de guerre, recherchée dans les législations occidentales réglementant les durées d’allumage des enseignes, des vitrines de magasins ou d’illumination des bâtiments. Par ailleurs, les significations et les expériences des lumières et obscurités de ceux qui vivent dans des espaces moins éclairés, comme les zones rurales par exemple, sont souvent bien différentes de celles expérimentées en ville.

Si les historiens de l’art sont pénétrés de clairs-obscurs, force est de constater que chez l’historien, la lumière se conçoit souvent sans l’obscurité. C’est pourquoi ce numéro spécial de JEHRHE souhaite rompre avec cette vision manichéenne, peut-être trop simpliste au regard de la variété des situations rencontrées, pour explorer tout le nuancier d’ombres et de lumières créé par la bougie, le pétrole, l’huile, le gaz ou l’électricité, sans oublier les diverses significations et expériences de ces lumières et obscurités. Il s’agira donc d’étudier la juxtaposition des lumières artificielles et des obscurités, en inscrivant celles-ci dans un débat plus large relatif à l’histoire de l’énergie, à l’histoire environnementale, mais aussi à l’histoire des techniques, voire à d’autres champs encore.

Quatre questionnements principaux pourront guider cette réflexion :

  • Comment ces obscurités et ces lumières se confrontent-elles, se juxtaposent-elles, cohabitent-elles ? Créent-elles des territoires où l’on passe brutalement – ou au contraire insensiblement – de l’un à l’autre ?
  • Comment les multiples facteurs (politiques, économiques, culturels, environnementaux, technologiques, etc.), façonnent-ils les compréhensions et expériences des lumières et obscurités, en fonction de leurs contextes (urbain/rural, métropole/colonie) et selon les groupes sociaux concernés (classe sociale, sexe, origine ethnique, etc.) ?
  • Comment passe-t-on d’une obscurité crainte, car source de dangers multiples, à une obscurité recherchée et valorisée, au moins pour quelques acteurs historiques et contemporains ?
  • Comment l’examen des lumières et obscurités soulève-t-il de nouvelles interrogations sur l’histoire de l’énergie et, à l’inverse, comment l’histoire de l’énergie pourrait-elle illuminer, pour ainsi dire, notre compréhension des relations complexes entre la lumière et l’obscurité dans des contextes divers ?

Le cadre géographique de ce numéro sera délibérément large, en terme d’échelle (de la rue au continent, voire à l’échelle mondiale) comme en terme de localisation pour offrir un tableau général des lumières et obscurités dans leurs différents contextes.

Calendrier

  • 31 octobre 2017 : réception des résumés des articles

(environ 300 mots), accompagnés d’une courte présentation biographique de l’auteur (pdf ou document Word)

  • 30 novembre 2017 : sélection des résumés
  • 15 mars 2018 : réception des articles (6.000-7.000 mots, notes incluses)
  • 15 juin 2018 : réception du peer-review par les auteurs
  • 1er septembre 2018 : réception de l’article révisé
  • 5 octobre 2018 : réception de la seconde peer-review par les auteurs
  • 15 novembre 2018 : réception des articles finis
  • janvier 2019 : publication du numéro spécial

Coordinateurs

  • Stéphanie Le Gallic, Université de Bordeaux Montaigne (stephanie.legallic@orange.fr)
  • Sara B. Pritchard, Cornell University (sbp65@cornell.edu)

Dates

  • mardi 31 octobre 2017

Mots-clés

  • lumière, obscurité, éclairage, énergie, représentation

Contacts

  • Stéphanie Le Gallic
    courriel : stephanie [dot] legallic [at] orange [dot] fr
  • Sara Pritchard
    courriel : sbp65 [at] cornell [dot] edu

Source de l'information

  • Stéphanie Le Gallic
    courriel : stephanie [dot] legallic [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Lumière(s) et obscurité(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 02 octobre 2017, http://calenda.org/416881