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Les mondes de 1848

The worlds of 1848

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Publié le mercredi 04 octobre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Des révolutions de 1848 et du « printemps des peuples », tout semble avoir été dit. On en connaît les chronologies, les discontinuités, les espoirs, les luttes, les flux et les reflux. La dimension transnationale de la « plus européenne des révolutions du XIXe siècle » a été maintes fois soulignée. Pourtant, alors que l’âge des révolutions (années 1770-1840) est de plus en plus pensé à l’échelle globale, et que la domination coloniale et informelle de l’Europe croît dans la première moitié du siècle, la dimension globale de 1848 reste relativement méconnue. Ce colloque international, qui coïncide avec le 170e anniversaire de la Révolution de 1848, entend faire le point sur les dimensions coloniale, impériale et globale du moment révolutionnaire qui entoure 1848. Aussi entend-il exhumer et identifier les « mondes de 1848 », dans leur pluralité.

It may seem as if there is nothing left to say about the 1848 Revolutions and the ‘Springtime of the Peoples’. Their chronologies and discontinuities, hopes, struggles, and ebbs and flows are all well known. The transnational dimension of the “most European of 19th-century revolutions” has been underlined many a time and its medium-term geopolitical effects studied. Yet, while the Age of Revolutions (1770-1840) has increasingly been considered on a global scale, and colonial and informal domination of Europe expanded during the first half of the century, the global dimension of 1848 remains relatively unknown. 

Annonce

Paris, 12, 13 et 14 décembre 2018

Société d’histoire de la Révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle

Argumentaire

Des révolutions de 1848 et du « printemps des peuples », tout semble avoir été dit. On en connaît les chronologies, les discontinuités, les espoirs, les luttes, les flux et les reflux. La dimension transnationale de la « plus européenne des révolutions du XIXe siècle » a été maintes fois soulignée, tout comme ont été étudiés ses effets géopolitiques à moyen terme. Pourtant, alors que l’âge des révolutions (années 1770-1840) est de plus en plus pensé à l’échelle globale, et que la domination coloniale et informelle de l’Europe croît dans la première moitié du siècle, la dimension globale de 1848 reste relativement méconnue.

Dans un article séminal, Miles Taylor avait montré qu’alors même que la Grande-Bretagne avait, Irlande exceptée, été relativement épargnée par la vague révolutionnaire de 1848, son immense empire colonial en avait ressenti de profonds échos, liés notamment à la fiscalité et aux migrations forcées[1]. De même, la place de l’abolition de l’esclavage dans les révolutions de 1848 a été réévaluée dans l’historiographie récente, au-delà même de ses effets locaux dans les Caraïbes. Dans les Amériques, les échos rencontrés par les révolutions de 1848 ont aussi été réexaminés, parfois autour d’espaces bien circonscrits, tel le Pernambouc au Brésil[2]. A une échelle plus globale, des perspectives stimulantes ont été ouvertes par Christopher Bayly[3] ou Jürgen Osterhammel[4].

Échos, effets, appropriations, réemplois restent cependant encore largement à établir. Ce colloque international organisé par la Société d’histoire de la Révolution de 1848, fondée en 1904, entend faire le point sur les dimensions coloniale, impériale et globale du moment révolutionnaire qui entoure 1848, dans la diversité de ses expressions et de ses connexions. Exhumer et identifier les « mondes de 1848 », dans leur pluralité, telle est donc l’ambition de cette manifestation, qui coïncide avec le 170e anniversaire de la Révolution de 1848. L’arc chronologique envisagé, premier effet de cette ouverture de focale, couvrira la période 1846-1851.

Plusieurs pistes mériteraient d’être approfondies :

  • Tout d’abord une étude des connexions entre les différents terrains européens et extra-européens (ou entre terrains extra-européens), à partir des circulations internationales et intercontinentales d’hommes, d’idées, de courants de pensée, de pratiques associatives, de symboles et d’images.
  • Sont également attendues des études plus serrées, à la fois sociales, politiques et culturelles, d’expériences insurrectionnelles ou contestataires sur des territoires extra-européens, afin de saisir la multiplicité des éclats alors à l’œuvre
  • Il est également souhaitable de mettre au jour des configurations globales, capables d’expliquer les logiques communes aux mouvements révolutionnaires à une échelle extra-européenne (crise économique, emprise croissante de l’État, aspiration à la souveraineté populaire, abolitionnisme, etc.).
  • Enfin, seront pris en considération les temps de reflux révolutionnaire, les échecs et la vague de répression qui mobilise parfois d’autres espaces (telle l’Algérie pour la France). La question de l’éventuelle cécité européenne face à cette dimension impériale et globale pourra également être étudiée.

Si les territoires les plus immédiatement offerts à l’analyse paraissent se situer dans l’espace atlantique (notamment autour des Caraïbes, des républiques latino-américaines et du Brésil), nous souhaitons pouvoir explorer un cadre plus vaste, fût-ce pour souligner la faiblesse des connexions ou, mieux, pour offrir des possibilités élargies de comparaison, en couvrant l’Afrique (du nord, de l’ouest, et du sud), l’Empire ottoman, l’espace méditerranéen, l’Asie du sud-est, mais aussi l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

La diversité des thèmes envisagés, à l’image de celle de ces mouvements révolutionnaires, est grande : la fiscalité et les résistances qu’elle suscite ; les abolitions de l’esclavage et leurs effets, notamment le développement du coolie trade et de l’engagisme ; les circulations d’exilés et de migrants, mais aussi de volontaires armés internationaux ; la dimension cosmopolitique des luttes (autour de la « République universelle ») ; la question plus précise des projets politiques (diversité des républicanismes, pensées de l’utopie, expériences concrètes de colonies agraires, etc.) ; l’expérience du suffrage, des gardes civiques et de l’associationnisme ; les reconfigurations de l’idée de liberté ; la question du genre, du féminisme et des masculinités ; les répertoires d’action mobilisés (barricades, rituels, images en action, conspirations, etc.) ; et enfin les peurs sociales et les violences répressives.

Modalités de soumission

Les communications pourront se faire en français ou en anglais. Les propositions sont à rendre

pour le 15 décembre 2017 ;

elles expliciteront le projet de communication (5 à 6 000 signes environ) et présenteront également une bio-bibliographie. Elles seront examinées par le comité scientifique, et une réponse sera donnée autour du 15 janvier 2018. Les frais de transport, sauf exception, ne pourront pas être pris en charge par les institutions organisatrices.

Comité scientifique

  • Sylvie Aprile (Université Paris-Ouest Nanterre),
  • Fabrice Bensimon (Université Paris-Sorbonne / University College London),
  • Chris Clark (University of Cambridge),
  • Michel Cordillot (Université Paris 8- Vincennes Saint-Denis),
  • Myriam Cottias (CNRS),
  • Quentin Deluermoz (Université Paris 13),
  • Delphine Diaz (Université de Reims),
  • Céline Flory (CNRS),
  • Alexandre Frondizi (Sciences Po),
  • Emmanuel Fureix (Université Paris Est-Créteil),
  • Pilar González (Université Paris-Diderot),
  • Catherine Hall (University College London),
  • Martha Jones (Johns Hopkins University),
  • Axel Körner (University College London),
  • Clara Lida (El Colegio de México),
  • Hebe Mattos (Universidade Federal Fluminense),
  • Paul Pickering (Australian National University),
  • James Sanders (Utah State University),
  • Jennifer Sessions (University of Iowa),
  • Sujit Sivasundaram (University of Cambridge),
  • Miles Taylor (University of York),
  • Clément Thibaud (EHESS),
  • Ibrahima Thioub (Université de Cheikh Anta Diop).

Comité d’organisation 

  • Sylvie Aprile,
  • Fabrice Bensimon,
  • Myriam Cottias,
  • Quentin Deluermoz,
  • Delphine Diaz,
  • Alexandre Frondizi,
  • Emmanuel Fureix,
  • Clément Thibaud

Institutions partenaires 

Société d’histoire de la Révolution de 1848, Université Paris-Est Créteil, Université Paris 13, Institut universitaire de France, CNRS, Université de Reims, Université de Nantes.

Contacts : efureix@free.fr  ; quentin.deluermoz@gmail.com 

 

 

 

 


 



[1] Miles Taylor, "The 1848 Revolutions and the British Empire", Past & Present, février 2000, n°166, p. 146-180.

[2] Guy P. C. Thomson, The European revolutions of 1848 and the Americas, London, Institute of Latin American Studies, 2002.

[3] Christopher Bayly, La naissance du monde moderne, (1780-1914), Paris, Les éditions de l’Atelier, 2007, p. 255-271

[4] Jürgen Osterhammel, Die Verwandlung der Welt. Eine Geschichte des 19. Jahrhunderts, München, C.H. Beck, 5e édition 2010

[5] Miles Taylor, "The 1848 Revolutions and the British Empire", Past & Present, February 2000, n°166, pp. 146-180.

[6] Guy P. C. Thomson, The European Revolutions of 1848 and the Americas, London, Institute of Latin American Studies, 2002.

[7] Christopher Bayly, The Birth of the Modern World 1780–1914. Global Connections and Comparisons, Oxford, Blackwell, 2004.

[8] Jürgen Osterhammel, The Transformation of the World: A Global History of the Nineteenth Century, Princeton, Princeton University Press, 2015.

[9] Miles Taylor, «The 1848 Revolutions and the British Empire», Past & Present, février 2000, n°166, p. 146-180.

[10] Guy P. C. Thomson, The European revolutions of 1848 and the Americas, London, Institute of Latin American Studies, 2002.

[11] Christopher Bayly, La naissance du monde moderne, (1780-1914), Paris, Les éditions de l’Atelier, 2007, p. 255-271

[12] Jürgen Osterhammel, Die Verwandlung der Welt. Eine Geschichte des 19. Jahrhunderts, München, C.H. Beck, 5e édition 2010.

Paris, 12, 13 & 14 December 2018

Société d’histoire de la Révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle

Argument

It may seem as if there is nothing left to say about the 1848 Revolutions and the ‘Springtime of the Peoples’. Their chronologies and discontinuities, hopes, struggles, and ebbs and flows are all well known. The transnational dimension of the “most European of 19th-century revolutions” has been underlined many a time and its medium-term geopolitical effects studied. Yet, while the Age of Revolutions (1770-1840) has increasingly been considered on a global scale, and colonial and informal domination of Europe expanded during the first half of the century, the global dimension of 1848 remains relatively unknown. 

In a seminal article, Miles Taylor showed that while the United Kingdom, excluding Ireland, was itself relatively unaffected by the 1848 revolutionary wave, repercussions were deeply felt throughout its immense colonial empire, notably in terms of fiscality and forced migration.[5] The importance given to the abolition of slavery in the 1848 Revolutions has moreover been reassessed in recent historiography, going beyond its local effects in the Caribbean. Repercussions of the 1848 Revolutions throughout the Americas have likewise been reevaluated, with an occasional focus on clearly circumscribed geographical areas such as Pernambuco in Brazil.[6] Christopher Bayly[7] and Jürgen Osterhammel have also opened up stimulating perspectives on a more global scale.[8]

Repercussions and effects, appropriation and reuse remain, however, largely to be established. This International Symposium, organized by the Société d’histoire de la Révolution de 1848 founded in 1904, aims to take stock regarding the colonial, imperial and global dimensions of the revolutionary moment surrounding 1848, in the diversity of its expressions and connections. Unearthing and identifying the plurality of the “worlds of 1848” is therefore the objective of this event, which coincides with the 170th anniversary of the 1848 Revolutions. As part of widening the scope, the intended chronological timespan will cover the period from 1846 to 1851.

Several topics merit further consideration:

  • First, the study of connections between the various European and non-European territories (or between territories outside Europe), based on the international and intercontinental movements of people, ideas, lines of thought, associational practices, symbols and images.   
  • Thorough and detailed studies of a social, political and cultural nature, dealing with insurrectional and protest experiences in non-European territories, are also welcomed, in order to grasp the multiple fragmentation underway at the time.
  • It is likewise of interest to reveal global configurations conducive to explaining the common rationales for revolutionary movements outside Europe (economic crisis, growing empire of the state, aspirations for popular sovereignty, abolitionism, etc.).
  • Finally, consideration will be given to times of revolutionary ebb, failures and the wave of repression which, on occasion, mobilized other territories (such as Algeria for France). The issue of Europe’s possible blindness in the face of such an imperial and global dimension may also be examined.    

While the territories lending themselves most readily to study seem to be located within the Atlantic area (in particular around the Caribbean, Latin American republics and Brazil), the aim is to explore a broader framework, in order to analyze even the weakest of connections and, more particularly, offer wider possibilities of comparison by including Africa (north, west, south), the Ottoman Empire, the Mediterranean Region, South-East Asia, as well as Australia and New Zealand.

In the same way as that of the revolutionary movements concerned, the diversity of the topics envisaged is wide and includes:

  • fiscality and related resistance;
  • abolition of slavery and its effects, in particular development of the coolie trade and indentured servitude;
  • movements of exiles and migrants, as well as of international armed volunteers;
  • the cosmopolitical dimension of the struggles (surrounding the “Universal Republic”);
  • the specific issue of political projects (diversity in republicanism, utopian thought, concrete exposure to agrarian colonies, etc.);
  • experience of the suffrage movement, civic guards and associationism;
  • redesigns of the idea of freedom;
  • the issue of gender, feminism and masculinities;
  • the range of actions undertaken (barricades, rituals, images in action, conspiracies, etc.);
  • social fears and oppressive violence.

Submission guidelines

Papers may be presented in French or English. Proposals must be submitted

by 15 December 2017;

they should give details of the proposed contribution (roughly 5 to 6 000 characters) and include a biobibliography. Proposals will be examined by the Scientific Committee and a reply given around 15 January 2018. Travel expenses will not be covered by the organizers, except in certain specific cases.

Contacts: efureix@free.fr ; quentin.deluermoz@gmail.com

Scientific Committee

  • Sylvie Aprile (Université Paris-Ouest Nanterre),
  • Fabrice Bensimon (Université Paris-Sorbonne / University College London),
  • Chris Clark (University of Cambridge),
  • Michel Cordillot (Université Paris 8- Vincennes Saint-Denis),
  • Myriam Cottias (CNRS),
  • Quentin Deluermoz (Université Paris 13),
  • Delphine Diaz (Université de Reims),
  • Céline Flory (CNRS),
  • Alexandre Frondizi (Sciences Po),
  • Emmanuel Fureix (Université Paris Est-Créteil),
  • Pilar González (Université Paris-Diderot),
  • Catherine Hall (University College London),
  • Martha Jones (Johns Hopkins University),
  • Axel Körner (University College London),
  • Clara Lida (El Colegio de México),
  • Hebe Mattos (Universidade Federal Fluminense),
  • Paul Pickering (Australian National University),
  • James Sanders (Utah State University),
  • Jennifer Sessions (University of Iowa),
  • Sujit Sivasundaram (University of Cambridge),
  • Miles Taylor (University of York),
  • Clément Thibaud (EHESS),
  • Ibrahima Thioub (Université de Cheikh Anta Diop).

Organizing Committee

  • Sylvie Aprile,
  • Fabrice Bensimon,
  • Myriam Cottias,
  • Quentin Deluermoz,
  • Delphine Diaz,
  • Alexandre Frondizi,
  • Emmanuel Fureix,
  • Clément Thibaud

Partner institutions

Société d’histoire de la Révolution de 1848, Université Paris-Est Créteil, Université Paris 13, Institut universitaire de France, CNRS, Université de Reims, Université de Nantes.

Catégories

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • vendredi 15 décembre 2017

Mots-clés

  • révolution, 1848, histoire connectée, histoire globale, histoire impériale

Contacts

  • Emmanuel Fureix
    courriel : efureix [at] free [dot] fr
  • Quentin Deluermoz
    courriel : quentin [dot] deluermoz [at] univ-paris13 [dot] fr

Source de l'information

  • Quentin Deluermoz
    courriel : quentin [dot] deluermoz [at] univ-paris13 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les mondes de 1848 », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 octobre 2017, http://calenda.org/417041