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Inégalités, marginalités et solidarités

Inequalities, marginalities and solidarities

2017 - 2018

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Publié le vendredi 13 octobre 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Dans un contexte particulièrement troublé par la radicalisation du processus de mondialisation, par le développement de politiques d’inspiration néolibérale en Europe privilégiant des logiques de compétitivité plutôt que de solidarité et de redistribution équitable des richesses, par le développement d’antimouvements culturels prônant la violence…, nous assistons au retour de l’incertitude de l’existence. Les acteurs de l’intervention sociale doivent donc s’armer intellectuellement s'ils veulent identifier et comprendre les nouvelles questions sociales et culturelles et ainsi renouveler leurs pratiques sans renier les valeurs humanistes émancipatrices intrinsèques du « travail social ».

Annonce

Argumentaire

Dans un contexte particulièrement troublé par la radicalisation du processus de mondialisation, par le développement de politiques d’inspiration néolibérale en Europe privilégiant des logiques de compétitivité plutôt que de solidarité et de redistribution équitable des richesses, par le développement d’antimouvements culturels prônant la violence…, nous assistons au retour de l’incertitude de l’existence. Nous observons, en effet, le délitement des protections collectives ; la responsabilisation individuelle face aux accidents de la vie ; l’injonction faite aux individus de participer à leur autocontrôle ; l’expansion des logiques ségrégatives, de séparatisme social et culturel ; l’ethnicisation, voire la racisation des rapports sociaux dans des territoires ghettoïsés ; la stigmatisation de populations « anomaliques », notamment la jeunesse populaire, les personnes précarisées, les marginaux et les migrants, etc.

Toutes ces transformations réinterrogent les modèles de protection et d’action sociales développés durant le vingtième siècle. Aux avants postes de ces métamorphoses, les intervenants sociaux et éducatifs courent alors le risque de s’inscrire dans un espace « social-sécuritaire » tourné principalement vers la recomposition du contrôle social au détriment du renouvellement de leurs capacités d’émancipation.

Pour éviter de sombrer dans un pessimisme favorable au développement d’une pensée catastrophiste et réactionnaire hostile à tout mouvement, les acteurs de l’intervention sociale doivent donc s’armer intellectuellement s'ils veulent identifier et comprendre les nouvelles questions sociales et culturelles et ainsi renouveler leurs pratiques sans renier les valeurs humanistes émancipatrices intrinsèques du « travail social ». Dans cette perspective, ces séminaires ont pour ambition de montrer la pertinence d’articuler les connaissances produites par des chercheurs et la réflexion d’acteurs engagés dans le champ social et politique.

Nous espérons que les contributions et points de vue proposés lors de ces séminaires constitueront une ressource pour toutes celles et ceux qui souhaitent comprendre pour mieux agir et participer ainsi à la construction d’une société d’individus libres et solidaires à la fois.

Programme

  • Jeudi 2 novembre 2017

14h - 16h30

Les enjeux du travail social face à la crise des États-Providence

Emmanuel JOVELIN

Professeur des Universités en Sociologie à l’Université de Lorraine (site de Metz) et Laboratoire Lorrain des Sciences Sociales (2L2S)

Si la construction du travail social en Europe se confond avec l'évolution des politiques, aujourd'hui ce champ est confronté à la crise des États-providence qui bouscule les anciens modèles. Il s'avère que, sous la pression de la mondialisation, chaque type d'État-providence réagit selon la logique sur laquelle il a été construit et il apporte une réponse différente aux questions sociales. Dans ce cas, quel social pour quelle société au XXIème siècle face à la crise des États-providence ?

  • Jeudi 16 novembre 2017

14h - 16h30

Comprendre le monde actuel à travers les grandes figures des divergences urbaines

Hervé MARCHAL

Professeur des universités à l'université de Dijon

Notre propos consiste à identifier de façon idéal-typique quatre figures socio-urbaines qui nous concernent toutes et tous plus ou moins. Nous dresserons tour à tour, après avoir précisé les tenants et les aboutissants de l’approche idéal-typique proposée, le portrait des hyper-urbains, des intro-urbains, des hétéro-urbains et des extro-urbains. Nous poserons ce faisant la question de savoir si nous assistons à la montée des incompréhensions entre hyper-urbains, intro-urbains, hétéro-urbains et extro-urbains, et si nous ne sommes pas face une nouvelle épreuve sociétale, celle de la divergence sociale et urbaine.

  • Jeudi 11 janvier 2018

14h - 16h30

La prise en charge des condamnés en milieu ouvert par les travailleurs sociaux de l’administration pénitentiaire

Xavier DE LARMINAT

Maître de conférences à l’Université de Rouen

Prévention de la récidive et lutte contre la surpopulation carcérale sont devenues les maîtres-mots des politiques pénales. Dans l’ombre de la prison, dont l’échec n’en finit plus d’être dénoncé, le paysage de l’exécution des peines s’est progressivement transformé pour répondre à ces impératifs de gestion des risques et de gestion des flux. L’essor silencieux des peines de probation en constitue l’évolution la plus remarquable : du travail d’intérêt général à la contrainte pénale, du bracelet électronique au sursis avec mise à l’épreuve, elles concernent aujourd’hui trois fois plus de condamnés que la prison.

À partir d’une longue immersion dans deux services pénitentiaires d’insertion et de probation, cette intervention vise à interroger les conditions de prise en charge des condamnés en milieu ouvert par les travailleurs sociaux qui y travaillent. En analysant les effets de la rationalisation administrative et des recompositions professionnelles sur les méthodes d’évaluation et de suivi, l’auteur souligne les illusions managériales et criminologiques des réformes actuelles : à trop se focaliser sur des modes d’évaluation quantifiables et décontextualisés, ces orientations privilégient le classement des profils et des dossiers à l’ambition de reclassement social des condamnés.

  • Jeudi 15 février 2018

14h - 16h30

Les mobilisations de musulmans dans les quartiers populaires

Julien TALPIN

Chargé de recherche en science politique au CNRS (CERAPS/Université de Lille), il travaille sur l'engagement dans les quartiers populaires

L'islam constitue aujourd’hui un objet conflictuel dans le champ politique français. Il serait vecteur de repli sur soi ou l’objet d’instrumentalisations politiques. Pourtant, à distance des discours globalisants présents dans l’espace public et médiatique, cette intervention entend démontrer que cette religion peut constituer une ressource dans la mobilisation d’acteurs que tout prédisposait à l’apathie, dans un contexte où la laïcité contraint les formes d’engagement s’appuyant sur l’expérience religieuse. Julien Talpin s’intéressera tout particulièrement à défaire les analyses qui feraient agir la « communauté musulmane » comme un seul et même groupe social homogène ; il a suivi les acteurs au plus près dans différents quartiers populaires pour restituer les contraintes très fortes qui pèsent sur l’action collective des groupes minoritaires et ainsi démontrer que les engagements inspirés de l’islam recherchent avant toute chose l’égalité.

  • Jeudi 22 mars 2018

14h - 16h30

Les modes de socialisation des jeunes des quartiers populaires urbains et les inégalités sociales, de ségrégation socio-spatiale et de stigmatisation des territoires

Joëlle BORDET  

Chercheur, Psychosociologue

Depuis de nombreuses années, les populations qui vivent dans les quartiers populaires urbains doivent faire face au risque du chômage, de la ségrégation socio-spatiale et à la stigmatisation. Ces différentes caractéristiques entraînent des risques d'enfermement et de repli dans des formes de marginalités. Face à ces dynamiques, les jeunes femmes et hommes ont développé des modes de socialisations différents; certains jeunes sont aux prises avec ces fixations, d'autres jeunes y échappent ; souvent ils combinent des formes de socialisation complexes à la fois dedans-dehors des quartiers où ils habitent.

Les solidarités, sous des formes multiples permettent aux habitants, dont les jeunes, de faire face aux exigences quotidiennes et d'affirmer des valeurs de reconnaissance positives entre eux et de transformer, en partie, les effets de la stigmatisation. Ces mêmes valeurs peuvent aussi contribuer à l'enfermement entre soi si elles ne sont pas reconnues et relayées par un projet territorial politique et de développement.

En référence à plusieurs exemples de dynamiques urbaines et sociales aux caractéristiques urbaines différentes, Joëlle Bordet visera à montrer le rôle des politiques publiques dans ce contexte spécifique d'inégalités sociales, de marginalités et de solidarité.

  • Jeudi 12 avril 2018

14h - 16h30

Au revoir au travail. Critique d’une forme obsolète d’intégration sociale.

Michalis LIANOS

Professeur à l’université de Rouen, Éditeur “European Societies” Journal of the European Sociological Association

Le travail demeure le socle principal de l’appartenance sociale et de l’identité individuelle adéquate malgré plusieurs décennies de preuves cumulatives et convergentes indiquant que cela est de moins en moins possible. Aucune force politique ne propose encore un paradigme sociopolitique qui ne se fonde pas sur le travail. Cela demande une explication que nous développerons ici en exploitant des travaux précédents sur la socialité institutionnelle, l’altérité et l’égocentrisme compétitif.

La première étape sera d’illustrer comment les inégalités s’appuient sur les représentations. Par exemple, la représentation du « chômage » comme un problème précis contre lequel ‘nous luttons tous’, représentation bien sûr contrôlée par ceux qui …ne sont pas au chômage. Par étapes successives, il s’agit de montrer comment la concurrence rend la condition de la périphérie sociale indicible en maintenant par l’accès au travail la rareté des marqueurs d’adéquation personnelle.

L’obsolescence des formes dont dépend le statut social, en l’occurrence le travail, n’est donc pas une coïncidence mais un processus rendant anormal ce qui est parfaitement normal ; le manque de travail, condition parfaitement normale, se transforme en « chômage », c’est-à-dire en déficit personnel. Il faudra donc développer un discours critique qui rompt avec l’idée de donner du travail aux « exclus » et aux habitants des « quartiers difficiles », et qui revendique une dignité sociale déconnectée du travail.

  • Jeudi 17 mai 2018

14h - 16h30

Conflits et résistances au travail

Ivan SAINSAULIEU  

Sociologue, professeur des universités à l'Université de Lille 1 (Clersé)

Mise en concurrence, différenciation sociale, double marché du travail, migrations, tertiarisation, individualisation et flexibilité : le monde du travail a changé. Les bastions combatifs du salariat et les milieux professionnels protégés sont plus isolés et fragilisés qu'hier.

Pourtant, le conflit au travail est loin d’être absent, comme l’ont rappelé les mobilisations contre la loi Travail en 2016. Il épouse différents contextes et prend de nouvelles formes qui s’apparentent parfois plus à de la résistance qu’à un conflit classique.

C’est cette diversification des oppressions vécues – de classe, de genre, de sexe et de race – comme leurs traductions politiques qu’Ivan Sainsaulieu invite à comprendre. Il montre ainsi combien la contestation au travail conserve tout son potentiel subversif.

Jeudi 14 juin 2018

14h - 16h30

Conflits de génération dans le travail social ? Retour sur une enquête sur la polyvalence de secteur

Pauline MUTUEL et Nicolas DUVOUX

Chercheuse au CRESPPA-LabToP

Professeur de sociologie à l’Université Paris 8, chercheur au CRESPPA-LabToP

A partir d'une enquête qualitative (60 entretiens) et par observation de plusieurs mois dans une collectivité francilienne, Nicolas Duvoux et Pauline Mutuel présenteront un ensemble de réflexions sur les représentations et les pratiques de la polyvalence de secteur.

Ils insisteront notamment sur les diverses formes de déstabilisation des agents et sur les réactions que ces derniers adoptent face à ces évolutions structurelles auxquelles ils font face dans l'exercice de leur métier. Un clivage est notamment apparu entre deux manières de concevoir le métier et notamment le rapport à l'usager. Ce clivage est principalement générationnel, même s'il recouvre d'autres aspects des parcours des professionnels. A partir de ce cas spécifique, les chercheurs s'intéresseront aux conditions sous lesquelles ces observations peuvent être généralisées ou non.

  • Jeudi 13 septembre 2018

14h - 16h30

De la Bienfaisance communale à la Sécurité sociale : les différentes logiques de protection sociale en France (fin du XVIIIe siècle-milieu du XXe siècle)

Yannick MAREC

Professeur émérite d’Histoire contemporaine, Université de Rouen Normandie, Président du conseil scientifique de la Société Française d’Histoire des Hôpitaux, Vice-président du conseil scientifique du Comité d’Histoire de la Sécurité sociale.

Depuis le milieu des années 1980, différents travaux d’historiens, de sociologues et de philosophes ont souligné l’importance de la logique d’assurance sociale dans l’organisation du système de protection sociale, en liaison avec la montée du salariat et la période de reconstruction de l’après Seconde Guerre mondiale.

Cependant, depuis quelques décennies, le thème de la « crise de l’État-providence » a suscité un changement de perspectives et mené les chercheurs de différentes disciplines à s’intéresser à de nouvelles thématiques comme celle des nouveaux pauvres ou, plus récemment, des victimes des vulnérabilités sanitaires et sociales. Cela a conduit à porter davantage d’attention à d’autres logiques de fonctionnement du système de protection sociale, notamment à celles développées en France, du local au national, depuis la fin de la période révolutionnaire.

A partir d’un bilan prospectif de travaux menés à partir des années 1970, notre intervention cherchera à évoquer l’évolution et l’articulation des différentes formes de prise en charge de la précarité sociale au cours du XIXe siècle et du premier XXe siècle.

  • Jeudi 18 octobre 2018

14h - 16h30

Le travail social au risque de l’économie de bazar

Arnaud LE MARCHAND

Maître de conférences en science économique à l’Université du Havre -Normandie

Le développement de formes d'économies de bazar a été repéré dans les villes européennes depuis une vingtaine d'années, les travailleurs sociaux connaissant bien les réalités du continuum entre économie formelle et informelle. Mais la volatilité des financements publics et le management par projets y ont atteint la stabilité de l’emploi. Le sociologue Pascal Nicolas-Le Strat évoque à ce propos un  changement de constitution du métier de travailleur du commun. L’apparition d’agences d’interim spécialisées dans le travail social,  comme de celles spécialisées dans le travail hospitalier d’ailleurs, est l’une des conséquences institutionnelles les plus significatives de cette évolution. Elle se combine avec une remise en cause, partielle, du rôle du diplôme dans l’accès à l’emploi social. Conjugué avec le spectre d'une division quasi-ethnique du travail, sur certains segments, ces évolutions peuvent laisser à penser que le travail social lui-même est concerné par l'économie de bazar.

  • Jeudi 13 décembre 2018

14h - 16h30

Se projeter dans l’avenir, une épreuve parfois insurmontable : pourquoi ?

Aspirations et bien-être au prisme des inégalités sociales

Evelyne BAILLERGEAU

Sociologue, chercheure à l’Université d’Amsterdam et chercheure associée au CESDIP

Les inégalités sociales n’affectent pas seulement le présent mais aussi l’avenir, ou du moins les représentations que l’on s’en fait. Aux jeunes entrés en adolescence se pose avec de plus en plus d’acuité la question de se projeter dans l’avenir, de s’imaginer dans une vie future et de faire des choix d’orientation et d’implication personnelle. Bon nombre de jeunes le font spontanément, et, pour bien des adolescents, se projeter dans l’avenir est un exercice épanouissant qui est vécu avec enthousiasme et entrain. Pour d’autres cependant, il s’agit d’une réelle épreuve, qui s’avère parfois insurmontable. Pourquoi ? Comment expliquer ces difficultés à se projeter dans l’avenir ? Cette conférence visera à analyser les interprétations les plus fréquemment avancées puis ouvrira à une réflexion sur les occasions qu’ont les jeunes de réfléchir au bien-être et à mettre en évidence de fortes inégalités en la matière.

Catégories

Lieux

  • IRTS-IDS Normandie - Route de Duclair, Allée de Flore
    Canteleu, France (76380)

Dates

  • jeudi 02 novembre 2017
  • jeudi 16 novembre 2017
  • jeudi 11 janvier 2018
  • jeudi 15 février 2018
  • jeudi 22 mars 2018
  • jeudi 12 avril 2018
  • jeudi 17 mai 2018
  • jeudi 14 juin 2018
  • jeudi 13 septembre 2018
  • jeudi 18 octobre 2018
  • jeudi 13 décembre 2018

Mots-clés

  • Inégalités, marginalités, solidarités

Contacts

  • Manuel Boucher
    courriel : redaction [at] sas-revue [dot] org

Source de l'information

  • Manuel Boucher
    courriel : redaction [at] sas-revue [dot] org

Pour citer cette annonce

« Inégalités, marginalités et solidarités », Séminaire, Calenda, Publié le vendredi 13 octobre 2017, http://calenda.org/418085