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« Corps, espace, pouvoir »

Bodies, space, power

Journée d'étude interdisciplinaire organisée par le laboratoire Analyse Comparée des Pouvoirs de l'l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEM)

Interdisciplinary study day organised by Analyse Comparée des Pouvoirs de l'l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEM)

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Publié le mercredi 18 octobre 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Cette journée ambitionne de saisir les différentes rapports qu'entretiennent ces trois notions dans des champs disciplinaires variés. D’un côté, le « tournant spatial » à l’œuvre dans les sciences sociales dote l’espace d’une dimension culturelle : il n’est plus une surface neutre mais l’étendue perçue par les hommes et construite par eux. Par un autre côté, le corps a perdu son caractère d’évidence naturelle : la psychanalyse le révèle morcelé, l’histoire et la géographie font la chronique de ses usages, l’anthropologie ou la sociologie celle de sa disparition, disséminé dans ses différentes constructions. L’un et l’autre ne sont plus nature mais culture selon un mouvement beaucoup plus vaste qui les unifie en un champ proprement humain où ne règnent plus les forces naturelles, mais le pouvoir.

Annonce

Argumantaire

Le vendredi 20 octobre 2017, le laboratoire Analyse Comparée des Pouvoirs de l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée organise une journée d'étude interdisciplinaire dont le thème est :

« Corps, espace, pouvoir ».

D’un côté, le « tournant spatial » à l’œuvre dans les sciences sociales dote l’espace d’une dimension culturelle : il n’est plus une surface neutre mais l’étendue perçue par les hommes et construite par eux (G. Di Méo). Par un autre côté, le corps a perdu son caractère d’évidence naturelle : la psychanalyse le révèle morcelé, l’histoire et la géographie font la chronique de ses usages, l’anthropologie ou la sociologie celle de sa disparition, disséminé dans ses différentes constructions. L’un et l’autre ne sont plus nature mais culture selon un mouvement beaucoup plus vaste qui les unifie en un champ proprement humain où ne règnent plus les forces naturelles, mais le pouvoir. Corps, espace, pouvoir donc : l’articulation s’impose et, en faisant varier la notion dominante, le trio se reconfigure selon trois axes.

  • Le corps dans l’espace du pouvoir. Alors que dans les régimes modernes le pouvoir semble devoir se désincarner (Cl. Lefort), on assiste depuis plusieurs années à une résurgence des interrogations autour des phénomènes charismatiques, de la question du chef et de son apparence ou encore des symboles de l’autorité. Ce mystère de l’incarnation suppose d’être interrogé selon deux versants, celui d’une incorporation d’un pouvoir déjà-là (intériorisation des normes, apparence codifiée par les insignes) et celui d’une expression neuve du pouvoir par le biais d’une présentation de soi innovante (gestes, paroles, attitudes). Nous souhaiterions néanmoins redoubler cette interrogation par une perspective collective, tant les récents mouvements de rassemblement ou d’occupation de l’espace reformulent le fonctionnement classique des manifestations. Affirmant essentiellement le droit à apparaître (J. Butler), ils doivent nous conduire à ressaisir, dans des contextes ou des situations peu familiers, la mise en visibilité des corps habituellement masqués et disqualifiés dans les rassemblements collectifs, ainsi que les effets symboliques de tels rassemblements sur l’espace.
  • Le corps comme espace du pouvoir. Par ailleurs, le corps lui-même est un espace sur lequel vient mordre le pouvoir. Cette dimension sera étudiée sous l’angle de la domination et de l’émancipation. Domination : le corps est soumis à un certain nombre de marquages à fonction symbolique ou utilitaire (scarifications, tatouages et autres blessures ou bien signes distinguant les esclaves, les bagnards ou toute autre population marginalisée) dans les sociétés, traditionnelles et modernes, qui organisent et signalent la discipline des corps soumis au pouvoir. Nous souhaiterions également observer son émancipation: ces sévices peuvent aussi servir à affirmer un pouvoir plus grand encore que celui imposé depuis l’extérieur par les autres. Cet homme qui subit sans bruit les pires tortures, ce philosophe qui crache sa langue au tyran, cet autre qui se retire dans sa citadelle intérieure devant la mort imminente, cet artiste ou ce sportif qui fait de son corps une arme  ; à divers degrés, tous affirment, en se réappropriant leur corps, leur pleine souveraineté qu’on a qualifié différemment selon les époques, ataraxie ou tranquillité précédemment, esthétique de l’existence (M. Foucault) ou désœuvrement (G. Agamben) plus récemment.
  • Pouvoir sur l’espace, pouvoir sur les corps. On voudrait enfin interroger en deux temps le rapport entre façonnement de l’espace et façonnement des corps. Il s’agira en effet d’éclairer la productivité du pouvoir sur l’espace en tant qu’elle constitue à la fois une discipline pour les corps et une ressource pour les acteurs. D’abord, plutôt que d’étudier certains lieux du pouvoir (la prison, l’asile, le camp) comme paradigmes d’analyse sociale, on voudrait surtout déplacer le débat en s’intéressant aux formes de production des corps permises par la production de l’espace, en s’intéressant aux contraintes (frontières, filtrages, check-points) ou aux pratiques imposées par la forme de l’environnement (modulor, espace défendable). Malgré tout, le corps comme l’espace interagissent selon des négociations permanentes on voudrait faire ressortir les dérobades auxquelles l’espace se prête, l’ironie, l’évitement, ou encore les « pratiques microbiennes » (M. de Certeau) qui permettent aux acteurs sinon de déjouer toujours les dispositifs de domination, du moins de faire avec.

Programme

La journée d'étude se tiendra de 9h30 à 17h30 dans la salle A 212 du Batiment A du Bois de l'Étang, sur le site de la cité Descartes de l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée, à Champs-sur-Marne.

9h45 Accueil des participants

10h - 11h30 Première session : Perspectives disciplinaires

  • Marianne Blidon, Maître de Conférences en géographie, Université Paris I-Panthéon-Sorbonne : « Le poids du corps, lecture géographique du pouvoir ».
  • Raphaël Liogier, Professeur des Universités en sociologie, IEP d'Aix-en-Provence : « Corps libérés et (ou) corps libéralisés par l’interaction/hybridation homme-machine ».

11h30 - 12h30 Deuxième session : Revendications d’espaces

Daphné Bédinadé, Doctorante en anthropologie, EHESS : « Le marché de la beauté dit ethnique en France et au Brésil : entre stratégies d’insertion et revendications d’un espace propre».

Claire Brisson, Doctorante en géographie, Université Paris-Sorbonne (Paris IV) : « Le corps du noir, le corps du crime ? Out of place sur les plages de Rio de Janeiro ».

12h30 - 14h00 Pause déjeuner offerte par le laboratoire ACP

14h - 15h30 Troisième session : Le corps comme incarnation du pouvoir

Adeline Poussin, Docteure en ethno-musicologie, Université de Nice-Sophia-Antipolis : « Les modelages corporels à l'armée : entre pouvoir et soumission ».

Nicolas Leresche, Doctorant-assistant au département de Géographie et Environnement, Université de Genève : « SIDA, corps et militantisme : stratégies figuratives et matérielles en contexte épidémique ».

Benjamin Leboulanger, Doctorant en histoire, Université de Caen Normandie : « L'atimie pour prostitution chez les orateurs attiques ».

15h30 - 16h Pause

16h - 17h30 Quatrième session : Façonner l'espace pour contrôler les corps ?

Marie-Emmanuelle Torres, Doctorante en histoire, Université Aix-Marseille : « Les kraktai, corps sonore de l'empereur byzantin ? ».

Mathilde Girault, Doctorante en géographie, Université Lyon II : « Habiter en périphérie : la composition d’une “forme-de-vie” en réaction aux biopolitiques métropolitaines ».

17h30 Pot à la Maison de l’Étudiant

Lieux

  • Bâtiment A du Bois de l’Étang, salle A 212 - Université Paris-Est Marne-la-Vallée 5 Boulevard Descartes, 77420 Champs-sur-Marne
    Champs-sur-Marne, France (77420)

Dates

  • vendredi 20 octobre 2017

Mots-clés

  • Corps, espace, pouvoir

Contacts

  • Romain Gustiaux
    courriel : romain [dot] gustiaux [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Romain Gustiaux
    courriel : romain [dot] gustiaux [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« « Corps, espace, pouvoir » », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 18 octobre 2017, http://calenda.org/418168