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Temps forts, temps faibles. Le temps en effet(s)

Highlights and lowlights - Time and effect

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Publié le mercredi 25 octobre 2017 par João Fernandes

Résumé

Fruit d’un croisement disciplinaire, ce colloque vise à interroger notre rapport au temps en ce qu’il est vécu et pensé de façon clivée entre deux pôles réversibles ou complémentaires, dans les différentes branches des sciences humaines et sociales. Il s’agira de mesurer le coefficient d’intensité du moment vécu, les oscillations et retournements impliqués par le couple notionnel « temps forts / temps faibles », tant dans sa construction théorique que dans son expérimentation pratique.

Annonce

Université Bordeaux Montaigne, 15-16 mars 2018

Argumentaire

Fruit d’un croisement disciplinaire, ce colloque vise à interroger notre rapport au temps en ce qu’il est vécu et pensé de façon clivée entre deux pôles réversibles ou complémentaires.

Rien n’est moins égal à une heure qu’une autre heure. Le temps apparaît élastique, il se dilate ou se contracte en autant de temps forts qui se distinguent d’apparents temps faibles. Les moments d’une vie sont hiérarchisés en différents degrés d’importance. Chaque découpe temporelle résulte d’un référentiel donné : le point de vue psychologique sélectionne des instants significatifs du ressenti ; le tempo social est rythmé par la routine monotone ou la cadence événementielle ; enfin, chaque discipline adopte une périodisation qui assoit son discours critique. Le temps ne doit donc pas être considéré comme une évidence, mais plutôt comme un construit intime, social et épistémologique dont il s’agit de comprendre les mécanismes.

Ce colloque se donne pour projet de mesurer le coefficient d’intensité du moment vécu, ainsi que les oscillations et retournements impliqués par le couple notionnel « temps forts / temps faibles », tant dans sa construction théorique que dans son expérimentation pratique. Nous faisons l’expérience du temps à travers des cristallisations sensibles et nous établissons des jalons pour le scander. Comment se fabrique la valeur de ces segments tant individuels que collectifs et que dit-elle de ceux laissés dans l’ombre ?

Nous proposons d’analyser cette appréhension binaire du temps en adoptant une approche pragmatique. Il s’agira d’examiner les effets de construction qui, dans une œuvre ou une situation, tendent à créer un contraste entre des temps « forts » et d’autres « faibles ». Autrement dit, quelles stratégies président à la mise en lumière d’un moment ou à son invisibilisation ? On se demandera en outre comment un spectateur, un lecteur, un usager réagissent à ces dispositifs concertés (en mobilisant potentiellement les outils d’une esthétique de la réception) ou au contraire, lorsqu’ils ne se conforment pas à un effet qui avait été programmé pour eux, comment ils s’investissent dans un temps singulier. Comprendre ces effets de sens permettra d’infléchir, de déconstruire ou d’effectuer de nouvelles appropriations temporelles.

I. Faire de l’effet : stratégies de création

La composition d’une œuvre littéraire, plastique, musicale, théâtrale ou encore cinématographique, peut reposer sur la complémentarité des temps faibles et des temps forts. L’artiste dose leur proportion pour ménager ses effets, que ce soit sur un plan thématique (scène de première vue, meurtre, détail anodin) ou structurel (climax dramatique, coup de théâtre, chute narrative, cliffhanger, ellipse, installation ou performance rythmées). Si la polarisation vers une fin marquante (le « clou du spectacle ») est courante, certaines œuvres, comme Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez, bousculent ce schéma. Comment les perturbations de l’ordre du récit (analepse, prolepse, etc.) reconfigurent-elles l’intrigue en temps sémantiquement forts ou faibles ? Soulignons que cette partition peut se penser autrement qu’en termes de rupture (les peintres conduisent par exemple le regard vers le point d’orgue du tableau en usant de la composition pyramidale).

Le commissaire d’exposition, lui aussi, conçoit la scénographie des œuvres selon un parcours temporel. Pause, coup d’éclat, mise en lumière, sont autant d’effets visant à susciter l’émotion chez le récepteur au sein d’un itinéraire donné. Par ailleurs, la sphère politique connaît également la logique spectaculaire ou tout du moins des processus de ritualisation collective qui mettent à l’honneur un temps de mémoire. La société se rassemble ainsi lors de temps forts (minute de silence, journée commémorative).

II. Jouir du temps faible ?

La tendance est à la valorisation du temps fort comme si l’existence se mesurait à l’aune d’un film d’action. Mais dans un monde en constante accélération, certains préfèrent l’éloge de la lenteur. À l’image de tous les dérivés de l’adjectif anglais slow (slow motion, slow food, slow reading, etc.), de nouveaux rythmes à contre-courant émergent.

La contemplation esthétique apprécie depuis longtemps ces moments de respirations. Les artistes fin-de-siècle ont privilégié l’évocation de l’ennui, de l’inertie ou du temps mort, tandis que la relative faiblesse évènementielle laisse la place chez Marcel Proust ou Virginia Woolf à l’analyse des variations intimes d’une conscience hyperesthésique. Aujourd’hui, certains créateurs choisissent de même délibérément le « temps faible » comme modalité esthétique à l’exemple des poses longues du photographe Hiroshi Sugimoto ou du vidéaste Bill Viola, qui s’inspire du zen.

On pourra aussi se pencher sur les temps intermédiaires, ces laps de temps entre moments « forts » et moments « faibles » ? En se consacrant aux territoires de l’attente, de la simple file d’attente aux camps de migrants, Laurent Vidal et Alain Musset rappellent que le temps faible de l’attente est tramé de rêves et de projets, tendu vers une réalisation. Mais cette attente du temps fort peut créer un malaise lorsque l’intervalle s’éternise. C’est le cas chez l’artiste Douglas Gordon qui dilue dans 24 Hour Psycho (1993) les 1h49 du film Psycho en un spectacle ralenti de 24 heures. Les effets de rythme du film initial laissent place à une suspension éprouvante.

III. Relectures : donner du sens au temps

Certains effets de sens nous précèdent. De fait, nous pensons le temps dans un cadre spatiotemporel et idéologiquement situé. L’historiographie nous permet de prendre conscience des présupposés inhérents à la sélection de moments-clés par une société donnée.

Nous apprenons aussi dans une langue dont le système grammatical constitue déjà une représentation du temps. Sans équivalence stricte avec le passé composé français, le present perfect anglais ainsi que le pretérito perfecto compuesto espagnol reflètent la singularité de l’usage des temps verbaux propre à chaque langue.

Le temps fort peut se renverser en temps faible et vice versa. La réversibilité qui s’opère alors est aussi une reconstruction. En effet, les théories se périment, les œuvres et les concepts connaissent des vagues d’appropriation et de déshérence. Que nous apprend la nouvelle faveur du has been ou le succès du vintage ? Le phénomène d’après-coup en psychanalyse réinterprète en différé un moment longtemps resté dans l’angle mort de la conscience comme un temps fort de la vie psychique. Songeons que l’historiographie travaille souvent à une réévaluation.

Il faut encore se souvenir que le temps est un construit social. Le travailleur dépend d’un régime temporel légalement fixé. Là s’articulent décisions politiques (congés payés, 35 heures, rémunération des heures supplémentaires…) et choix existentiels : où situer l’accomplissement des individus et des sociétés ? Comment les constructions implicites du temps nous affectent-elles ? Quelle marge de manœuvre existe-t-il pour transformer un temps idéologiquement subi en un temps voulu et réinvesti ?

Relire la bipartition entre temps fort et temps faible, l’infléchir ou inverser les polarités du majeur et du mineur sont des procédés sémantiques autant qu’identitaires. Puisque qualifier un temps de « fort » ou « faible » n’est pas un acte innocent, considérer le temps en effet(s) reviendra à se demander ce qui s’effectue dans chaque appropriation temporelle. Nous chercherons donc à décrypter les processus d’intelligibilité et les dynamiques de (dé)construction à l’œuvre dans notre conception clivée au temps. Nous serons de même attentifs aux nouvelles effectuations du temps, œuvres ou discours, qui entendent formaliser un autre rapport au temps.

Modalités de soumission

Ces rencontres organisées au sein de l’École doctorale Montaigne-Humanités se veulent éminemment interdisciplinaires ; les jeunes chercheurs y seront les bienvenus.

Les projets de communication d’une page maximum, assortis d’une courte présentation de l’auteur, seront envoyés

avant le 26 novembre

à colloquetemps@gmail.com

Les présentations devront justifier leur inscription dans les axes proposés et indiquer une bibliographie sélective.

Les réponses seront notifiées au plus tard le 8 janvier 2018.

Comité scientifique et d’organisation

  • Ninon Huerta, doctorante en géographie (UMR 5319 - Passages) ;
  • Julie Lageyre, doctorante en histoire de l’art (Centre François-Georges Pariset - EA 538) ;
  • Chloé Morille, doctorante en littérature comparée (TELEM - EA 4195) ;
  • Vanessa SaintMartin, doctorante en études hispaniques (AMERIBER - EA 3656).

Lieux

  • Domaine Universitaire, Université Bordeaux Montaigne - 19 esplanade des Antilles
    Bordeaux, France (33607)

Dates

  • dimanche 26 novembre 2017

Mots-clés

  • temps fort, temps faible, temps

Contacts

  • Julie Lageyre
    courriel : colloquetemps [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Julie Lageyre
    courriel : colloquetemps [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Temps forts, temps faibles. Le temps en effet(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 25 octobre 2017, http://calenda.org/418745