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Philippe Garrel, le temps incorporé

Philippe Garrel, time incorporated

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Publié le vendredi 27 octobre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

L'université Paris 8 et l'université Paris Nanterre organisent le premier colloque international en France consacré à l'œuvre du cinéaste Philippe Garrel. Il se déroulera les 29 et 30 novembre 2018. À l’occasion des soixante-dix ans de Philippe Garrel, ce colloque propose de faire un état de l’art sur l’ensemble du parcours et de la filmographie du cinéaste, et souhaite apporter de nouveaux éclairages sur cette œuvre exigeante, qui reste en partie « hors saisie ».

Annonce

29 et 30 novembre 2018

Argumentaire

Banc d’essai, l’émission produite par la seconde chaîne de l’Ortf destinée à promouvoir la jeune création française, reçoit Philippe Garrel, le 27 mars 1967. Tenue mod, hauteur de ton, distance contradictoire, construisent « la distinction » qui sera le trait dominant du jeune cinéaste pour les années à venir. Philippe Garrel, à peine 18 ans, s’apprête à créer une œuvre dense et radicale. Évoluant dans les cercles de l’utopie collective que fut Mai 68, ses premiers films de télévision et de cinéma reflètent avec acuité la société et la jeunesse des années soixante : entre autres, Les Enfants désaccordés (1964), Anémone (1967), Marie pour Mémoire (1967). Il s’écarte de cette expérience commune, à partir d’Actua 1 (1968) et affirme sa singularité à travers des films où la fable subversive se mêle au portrait critique de tous les mouvements de la société contemporaine. Financés en partie par le mécénat, Le révélateur (1968), La concentration (1968) et Le Lit de la vierge (1969), sont réalisés depuis la constellation underground et érigent Philippe Garrel en figure de l’avant-garde française. Dans les années soixante-dix, soulignant son retrait du monde, le cinéaste vit une longue expérience intérieure avec Nico, sa compagne, ex-égérie warholienne. Dans ce décentrement, il conduit progressivement sa pratique vers une économie de moyens et révèle un art du portrait intime qui dialogue avec l’histoire de la peinture et du cinéma des premiers temps. La cicatrice intérieure (1970-71), Athanor (1972), Le Berceau de cristal (1975), Un ange passe (1974), Les Hautes solitudes (1974) sont un chant d’amour à Nico et à la beauté. Le poétique et l’extase amoureuse s’imposent comme un défi au politique.

Dès les années quatre-vingt Philippe Garrel travaille la forme de son art à partir de réécritures qui puisent dans sa biographie et creusent les thèmes majeurs de son cinéma, notamment, le couple, les sentiments, la liaison et la déliaison, la parentalité, le suicide. L’enfant secret (1979-82), œuvre-pivot, amorce cette nouvelle période et cristallise avec Elle a passé tant d’heures sous les sunlights (1984) l’invention d’un récit minimal et poétique où le réel, la fiction et le rêve se contaminent. Cette opération se fonde sur une matérialité de l’image aux intensités saisissantes : noir et blanc neigeux ou graphiques, subtil travail sur la couleur, avec des développements de nuances de ton, des effets de contrastes ou de complémentarités très marqués. Philippe Garrel renoue alors avec la direction d’acteurs, dont il dit aujourd’hui qu’elle constitue l’essentiel de son travail de cinéaste. Puis il accorde une place nouvelle aux processus d’écriture des scénarios avec Muriel Cerf, Arlette Langmann et Marc Cholodenko, plus récemment avec sa partenaire Caroline Deruas, et façonne ses partitions musicales avec John Cale, Barney Wilen, Jean-Claude Vannier. Les collaborations avec Marc Cholodenko, auteur de Métamorphoses autobiographie d’un autre (1992), associées à l’image de grands chefs opérateurs (W. Kurant, W. Lubtchansky, R. Coutard, J. Loiseleux, C. Champetier) marquent la filmographie de Philippe Garrel d’œuvres majeures : Les Baisers de secours (1989), J’entends plus la guitare (1990), La Naissance de l’amour (1993), Les Amants réguliers (2005), Un été brûlant (2010), La jalousie (2013).  

En dépit des évolutions, sous le découpage en grandes périodes esthétiques (revendiquées par Garrel lui-même), la cohérence plastique et thématique de l’œuvre, qui se poursuit aujourd’hui, est remarquable. Mais c’est également depuis ses tracés fragiles et dispersés, ses retours sur elle-même, qu’elle pose question et que nous souhaitons donc l’interroger. L’œuvre de Garrel rencontre et traverse différentes époques qu’elle représente tout en leur résistant. Appartenant déjà à l’histoire du cinéma, elle reste éminemment actuelle : Philippe Garrel ou le temps incorporé. Si en novembre 2015, Le Musée National d’Art Moderne et Contemporain de Séoul inaugurait une rétrospective et une exposition : « Philippe Garrel, a dazzling despair » [5 nov. 2015 – 28 fév. 2016], si les programmations et commentaires des films se multiplient aux États-Unis ou en Europe, il faut noter une certaine discrétion du monde de la recherche universitaire française à l’égard de cette œuvre. Il convient cependant de mentionner le premier colloque sur Garrel qui s’est tenu à Dublin en juin 2001, à l’initiative de Fergus Daly : « Garrel éternel ». Il est important aussi de mentionner la journée d’étude « Philippe Garrel, l’expérience intérieure/extérieure » le 8 novembre 2017 à Grenoble, organisée par Robert Bonamy et Didier Coureau. À l’occasion des soixante-dix ans de Philippe Garrel, ce premier colloque international en France propose de faire un état de l’art sur l’ensemble du parcours et de la filmographie du cinéaste, et souhaite apporter de nouveaux éclairages sur cette œuvre exigeante, qui reste en partie « hors saisie ».

Toutes les approches méthodologiques pourront être concernées, avec un intérêt marqué pour les études pluridisciplinaires capables de rendre compte de différentes dimensions de l’œuvre. On pourra, en particulier, mener une réflexion à partir des axes suivants, qui restent volontairement ouverts :

  • L’expérience médiatique et l’origine de l’œuvre
  • Philippe Garrel et l’histoire politique
  • L’expérience des limites et les horizons transgressifs de Mai 68 
  • Réception critique
  • Ecritures et réécritures
  • Dramaturgie et tension dialectique
  • Matière, lumière, figure
  • Parole, voix et composition sonore
  • Poétique de la couleur
  • Le paradigme pictural
  • Conjugalité et parentalité

Propositions de communication

Propositions de 700 signes maximum, accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique.

Date limite pour l’envoi des communications : 31 janvier 2018

À envoyer à : valjottreau@gmail.com et fabien.boully@parisnanterre.fr

Comité scientifique

  • Fabien Boully (Université Paris Nanterre)
  • Nicole Brenez (Université Paris 3, Fémis)
  • Fergus Daly (Critique indépendant)
  • Valérie Jottreau (Université Paris 8)
  • Adrian Martin (Monash University)
  • Dork Zabunyan (Université Paris 8)

Organisation

Colloque organisé par : Fabien Boully et Valérie Jottreau

Universités :

  • Université Paris 8 / ESTCA
  • Université Paris Nanterre / UFR PHILLIA / HAR 

Catégories

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • mercredi 31 janvier 2018

Mots-clés

  • Philippe Garrel, cinéma, cinéma post-nouvelle vague, underground, avant-garde

Contacts

  • Fabien Boully
    courriel : fabien [dot] boully [at] parisnanterre [dot] fr
  • Valérie Jottreau
    courriel : valjottreau [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Valérie Jottreau
    courriel : valjottreau [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Philippe Garrel, le temps incorporé », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 27 octobre 2017, http://calenda.org/419668