AccueilNégocier un terrain

Négocier un terrain

Negotiating the field - ethnography and negociation, accessing and maintenance in fieldwork

Ethnographie et négociation : accéder et se maintenir sur le terrain d’enquête

*  *  *

Publié le lundi 06 novembre 2017 par Elsa Zotian

Résumé

Ce colloque explore la question de la « négociation » de l’accès aux terrains de recherche en sciences sociales, à partir d’ancrages disciplinaires et de thèmes d’enquête variés. Alors que certains terrains deviennent sensibles aux regards extérieurs et réactifs aux sollicitations des chercheur-euse-s, il semble impératif d’aborder cette question de la négociation et de « l'art de convaincre ». Cela aussi afin de ne pas laisser dans l’ombre certaines dimensions de la pratique de recherche pourtant capitales du point de vue du déroulement de la relation sociale d’enquête. Le colloque encouragera le traitement de cette thématique au moyen d’exemples concrets et de descriptions de situations d’enquête ethnographique.

 

Annonce

Argumentaire

Cette troisième édition des Ateliers Lausannois d'Ethnographie (ALE) se donne pour objectif d’explorer la question de la « négociation » de l’accès aux terrains de recherche en sciences sociales, à partir d’ancrages disciplinaires et de thèmes d’enquête variés. Les dernières années ont vu paraître (ou être réédités) plusieurs manuels réputés et des collections d’ouvrages académiques à visée méthodologique pour les étudiant-e-s et chercheur-euse-s souhaitant conduire une enquête de terrain. Ces différentes publications ont traité extensivement les méthodes de recueil des données (observation directe, entretien, conversation ethnographique, focus groups, etc.), les modes de codage et de traitement de celles-ci, ainsi que la restitution des résultats aux enquêté-e-s. Les conseils dispensés font souvent l’ellipse des hésitations, des appréhensions, des compromis, voire des renoncements, qui caractérisent en amont le démarrage de la recherche, par exemple lorsqu’on décroche pour la première fois le téléphone ou que l’on envoie le premier courriel dans le but d’initier un possible contact.

Dans le même temps où l’enquête ethnographique est devenue une pratique répandue et enseignée dans les cursus universitaires, persiste donc souvent chez les étudiant-e-s ou les chercheur-e-s (jeunes et moins jeunes) une incertitude concernant les phases liminaires de la recherche. Les premiers pas sur un terrain d’enquête sont souvent les plus hésitants : à qui s’adresser, comment se présenter, quelle forme doit prendre la demande, que faut-il formaliser, que faut-il dire et/ou taire, jusqu’où faut-il négocier, pendant combien de temps, quels sont les risques d’une négociation serrée pour l’autonomie des chercheur-e-s, et avec quel impact sur les résultats de recherche ? Cette nouvelle édition des ateliers lausannois se donne pour objectif d’ ouvrir la « boîte noire » de la négociation et mettre ainsi au cœur du questionnement la manière dont se construit et s’élabore « l’art de convaincre » afin d’accéder, rapidement et avec le plus de libertés possibles, au monde social que l’on souhaite étudier.

Le relatif silence sur l’ « art de convaincre » en sciences sociales contraste fortement avec des formations voisines, en gestion et en communication notamment, qui fourbissent leurs participant-e-s avec des outils pour argumenter et « séduire » leurs futurs partenaires ou client-e-s. Les sciences sociales semblent plutôt réticentes à développer de telles compétences et techniques pour « vendre » les recherches, au sens de savoir les présenter, les mettre en valeur et ainsi accroître la probabilité d’accéder aux sites d’observation qui les intéressent. Des dilemmes éthiques et épistémologiques sont évidemment en jeu dans ces manières stratégiques de persuader (ou de forcer, selon les points de vue) l’ouverture d’un site d’observation.

Il existe également des contraintes externes à l’enquêteur-e, et à ses interlocuteur-trice-s sur le terrain, qui posent la question du cadre de la négociation. Les comités d’éthiques de la recherche universitaire en sont un bon exemple. Dans quelle mesure le contrôle des aspects éthiques de la recherche par ces comités a des effets sur les pratiques de « négociation » des chercheur-euse-s en sciences sociales ?

Alors que certains terrains deviennent sensibles aux regards extérieurs et réactifs aux sollicitations des chercheur-euse-s (y compris sous la forme de menaces de poursuites judiciaires), il nous semble impératif d’aborder cette question de la négociation. Cela aussi afin de ne pas laisser dans l’ombre certaines dimensions de la pratique de recherche pourtant capitales du point de vue du déroulement de la relation sociale d’enquête. La négociation constitue de ce point de vue un moment crucial : entre annonces des chercheur-e-s et naissance d’éventuelles craintes ou attentes chez les personnes enquêtées quant à cette présence, se joue déjà la possibilité ou l’impossibilité de récolter certaines données ou encore certaines tensions liées à la restitution future des observations.

L’atelier s’organisera autour de cas exemplaires, potentiellement de recommandations, issus d’expériences – positives ou négatives – de négociation pour l’accès aux terrains d’étude. Cet appel à communication se veut ainsi pratique : source de partage et d’élaboration d’expériences communes en matière d’accès aux terrains d’enquête. Il vise à montrer ce que des chercheur-euse-s ont fait et font concrètement dans le domaine de la négociation d’accès aux terrains des sciences sociales. Au-delà d’un certain relativisme (« tout dépend du terrain ») et d’un encouragement à « s’adapter » et « improviser » durant la relation d’enquête, nous souhaitons également faire émerger des discussions davantage théoriques et épistémiques sur la place et la légitimité des « pratiques de négociation » dans le processus de l’enquête ethnographique.

Parmi les dimensions que nous intéressent, mentionnons :

  • L’éthique de la négociation : Que peut-on promettre ? Que faut-il cacher ou éluder au stade de la négociation d’accès ? Comment joue-t-on sur l’“utilité” potentielle de la recherche ? Peut-on à l’inverse promettre qu’elle sera “inoffensive” ?
  • Les aspects rhétoriques : Quelles stratégies argumentatives orales ou écrites utilise-t-on pour gagner un accès au terrain ? Existe-t-il des arguments qui font mouche à coup sûr ? Quels sont les mots utilisés pour convaincre ? Comment réagir à un refus ?
  • Les aspects formels et juridiques : Faut-il solliciter des autorisations écrites ? Qui peut réellement concéder l’accès à des organisations fermées et hiérarchisées ? Qui le peut dans une organisation informelle et décentralisée ? Avec qui et dans quel ordre négocie-t-on pour accéder à une structure hiérarchisée ou non hiérarchisée ? A quoi et à qui sert un « contrat de recherche » ? Quelles formes prend-il et sur quoi porte-t-il dans des approches ethnographiques en sciences sociales ?
  • Les aspects techniques et pratiques de la négociation : Est-il préférable d’établir un contact initial par courrier postal, par téléphone ou par email ? Faut-il utiliser le papier à en-tête de son université ou de son laboratoire de recherche ? Faut-il solliciter plusieurs personnes ou institutions simultanément ? Quels sont les (dés)avantages de passer par des réseaux informels/privés? Et ceux d’une partique « incognito » ? Quelles sont les temporalités de la négociation : combien de temps faut-il attendre avant d’envoyer un message de rappel, après combien de temps et de tentatives abandonner la négociation ?

Nous encourageons les traitements de ces dimensions au moyen d’exemples concrets et de descriptions de situations d’enquête. Les participant-e-s pourront également formuler des conseils pratiques qui suggèrent des manières de faire portant sur l’une ou l’autre de ces dimensions de la négociation d’accès.

Cette thématique s’arrime avec la préparation d’un ouvrage par Morgane Kuehni et Michaël Meyer dans le cadre d’un projet de la Haute école de travail social et de la santé EESP, HES-SO à Lausanne.

Conditions de soumission

Merci de nous envoyer vos propositions sous forme d'un résumé d’une à deux pages à l’adresse suivante : ale18.negocier@gmail.com

jusqu’au 15 janvier 2018

Les documents indiqueront :

  • les noms, prénoms, affiliation(s), statuts et coordonnées des auteur.e.s ;
  • le ou les terrains d’enquête
  • la ou les méthodes de collecte des données (observation, photo, film, entretien)
  • le choix (même indicatif) des données qui seront présentées (film, extraits d’entretien audio ou retranscrit, extrait de carnet de notes de terrain)
  • la ou les questions en lien avec la négociation de l’accès au terrain que la communication entend traiter.

Comité d’organisation

  • Agnès AUBRY (Agnes.Aubry@unil.ch),
  • Morgane KUEHNI (morgane.kuehni@eesp.ch),
  • Michaël MEYER (Michael.Meyer@unil.ch),
  • Marc PERRENOUD (Marc.Perrenoud@unil.ch),
  • Laure SCALAMBRIN (Laure.Scalambrin@eesp.ch)

Comité scientifique

  • Alexandra Afsary,
  • Martina Avanza,
  • Sébastien Chauvin,
  • Arnaud Frauenfelder,
  • Solène Froidevaux,
  • Philippe Gonzalez,
  • Francis Mobio,
  • Pierre-Nicolas Oberhauser,
  • Yannis Papadaniel,
  • Isabelle Zinn.

Organisé avec le soutien de l'Université de Lausanne et de la Haute Ecole Spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), ce colloque constituera la 3ème édition des Ateliers Lausannois d'Ethnographie (ALE)

À propos des ALE

Créés en 2015, les Ateliers Lausannois d’Ethnographie sont un lieu de réflexion sur les modalités de l’enquête ethnographique et sur ses enjeux théoriques, pratiques, éthiques. Le format « atelier » privilégie des présentations courtes suivies d’échanges avec les discutant·e·s et le public. Les interventions des participant·e·s doivent mobiliser des matériaux de première main, issus d’un travail de terrain avancé ou terminé. Ces matériaux doivent permettre d’articuler des réflexions de nature méthodologique ou épistémologique avec des données situées. Nous invitons les chercheur.e.s à proposer des communications originales qui se fondent sur une pratique ethnographique rigoureuse. Les matériaux peuvent se présenter sous différents aspects: séquences ethnographiques, compte-rendu d’une situation d’enquête, extrait(s) d’entretien, séquence vidéo, bande-son, photographie(s) etc.

Lieux

  • Université de Lausanne
    Lausanne, Confédération Suisse (1015)

Dates

  • lundi 15 janvier 2018

Mots-clés

  • ethnographie, négociation, terrain, accès, méthode, convaincre, négocier, argumenter, relation d'enquête, éthique

Contacts

  • Marc Perrenoud
    courriel : Marc [dot] Perrenoud [at] unil [dot] ch
  • Michaël Meyer
    courriel : michael [dot] meyer [at] unil [dot] ch
  • Agnès Aubry
    courriel : Agnes [dot] Aubry [at] unil [dot] ch
  • Morgane Kuehni
    courriel : morgane [dot] kuehni [at] eesp [dot] ch
  • Laure Scalambrin
    courriel : Laure [dot] Scalambrin [at] eesp [dot] ch

Source de l'information

  • Michaël Meyer
    courriel : michael [dot] meyer [at] unil [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Négocier un terrain », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 06 novembre 2017, http://calenda.org/420359