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Numérisation des espaces

Spatial digitalization

Les Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère (Craup)

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Publié le mardi 07 novembre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Appel à articles pour le numéro 3 des Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, sur le thème "Numérisation des espaces".

Annonce

Argumentaire

Les « horizons d’attente » de l’architecture, de la ville et du paysage sont en partie dessinés voire « configurés » par les moyens de communication et de médiatisation1. On peut constater en effet que les professionnels de la conception et les nombreux acteurs de l’aménagement (architectes, urbanistes, paysagistes, décideurs, opérateurs de services urbains, promoteurs, etc.) sont profondément concernés par l’avènement des technologies de l’information et de la communication (TIC). De même, la transition numérique intéresse les habitants et les usagers, qui voient leurs pratiques évoluer. La mutation est rapide : internet, le téléphone mobile, les services numériques installés dans l’espace public et dans les maisons… sont déjà mobilisés par les citadins comme par les entreprises. Ils induisent des transformations perceptibles dans les usages, ouvrent à des nouvelles formes de participation et d’intervention citoyennes, à des démarches collaboratives plus horizontales. Ils transforment encore notre façon de penser et concevoir l’architecture et la ville de demain.

L’objet de ce dossier des Craup est d’interroger l’impact de la numérisation des espaces, que l’on peut définir comme une opération de modélisation, de projection et de visualisation des pratiques et des acteurs de l’aménagement par un dispositif informatique. Nous proposons trois pistes de réflexion : l’implication du numérique dans les manières de raconter l’architecture, les villes et les territoires ; les expérimentations formelles et paramétriques des espaces ; enfin, l‘impact des outils numériques sur l’organisation du travail.

Visibilités numériques des territoires et des projets

Un premier niveau concerne l’implication des réseaux et des espaces virtuels (Internet, GPS, Facebook, SIG, etc.) dans la manière d’expérimenter, de produire et de communiquer l’espace architectural, urbain et paysager. Les réseaux et les espaces virtuels participent aujourd’hui à la création de récits originaux pour valoriser des bâtiments, des territoires, des politiques de villes et des démarches d’aménagement. Ces narrations spatiales s’appuient sur la mise en ligne de contenus numériques, et sur la définition de stratégies capables de gérer leur visibilité, leur accessibilité et leur durabilité sur Internet, ainsi que leur interaction avec le public. Ces stratégies dites d’éditorialisation2 dont il faudra détailler les contenus et les modalités, visent de nouvelles manières de gérer les paysages, les villes et l'architecture. On pourra se demander quels acteurs s’en saisissent, comment et pour quels objectifs. Comment leur présence, fréquente dans les dispositifs participatifs, se concrétise ? Quels sont les métiers qui y recourent ? De quelle manière ces techniques renforcent ou affaiblissent un projet ? Dans quelle mesure il peut s’avérer changer les pratiques urbaines et les rapports entre les acteurs ? De même, nous assistons à une  transformation profonde des modèles de production et de circulation des idées et des théories. Comment les contenus numériques, qui évoluent en permanence et échappent à l’évaluation et au contrôle d’institutions centralisatrices, influencent-ils le travail théorique des architectes, des urbanistes et des paysagistes ? Quelles places les pratiques et les outils de la narration spatiale tiennent-ils dans la production des doctrines de l’espace ? Comment s’intègrent-elles dans l’enseignement des pratiques de la conception en école d’architecture ?

Expérimentations, représentations

Le thème des expérimentations formelles de l’architecture et de la ville numériques a été largement traité par la littérature scientifique. Si, comme certains l’affirment, les représentations numériques sont stimulatrices d’interprétations et génératrices de formes et de concepts, pour d’autres elles peuvent provoquer une fuite en avant vers l’utopie et l’atopie sans échelles de l’architecture et de la ville mondialisées3. Cette littérature s’est toutefois cantonnée à l’étude de situations innovantes et expérimentales4. Il serait encore intéressant de comprendre l’incidence des procédures automatiques de la machine et de « l’intelligence artificielle » sur le raisonnement de l’architecte et d’autres concepteurs de l’espace dans des situations de projet bien plus ordinaires que celles largement médiatisées et perçus comme fondatrices : dans les petites agences d’architecture, dans les services techniques des collectivités territoriales, dans les bureaux d’études et à leurs interfaces, voire dans l’enseignement du projet. Par ailleurs, d’autres propositions pourraient s’intéresser aux utilisations des bases des données dans les process de projet à l’ère du Big Data et, en particulier, aux expériences de modélisation paramétrique de l’espace architectural et urbain. La capacité à quantifier et paramétrer des aspects du monde et de la vie humaine qui ne l’avaient jamais été est-elle à l’origine de nouvelles démarches architecturales, urbaines et paysagères ? Quelle est la nature de telles démarches ? Quelle est leur pertinence ? Quelles sont leurs limites ?

Organisations du travail de conception

Des contributions pourront porter sur le Building information modeling (BIM) et les outils des « smart cities ». Alors que du côté de la maîtrise d’œuvre, on se demande souvent si ces nouveaux outils ne correspondent pas à l’avènement d’une construction normée, peu d’études envisagent les marges de liberté qu’ils autorisent et pour quel type d’acteur. Mesurer les effets de ces outils en matière d’économie de la construction et du jeu des acteurs est important car il implique d’approfondir ces enjeux en termes d’économie urbaine, de sociologie des organisations mais aussi de géographie. Si on peut se demander dans quelle mesure le jeu des échelles — de l’appartement, au quartier et à la ville — saisis par ces outils influe sur la pratique de la modélisation, on peut aussi s’interroger sur la manière dont la modélisation saisit les pratiques de l’espace et les formalise. Dans la mesure où certains outils s’intéressent aussi à l’entretien des bâtiments, ce qui se passe du côté de la construction numérique n’est pas sans rapport avec l'automatisation des usages de l'habitat. Non seulement cet objectif est clairement indiqué dans les programmes visant à planifier l’entretien des bâtiments mais il est également porté par les exigences de l’habitat durable, économe en énergie. De quelle manière cette nouvelle exigence est-elle communiquée aux collectifs comme les copropriétés ou l’habitat partagé et quelle part a la numérisation dans les processus de rénovation énergétique ? Comment la numérisation s’articule-t-elle aux dispositifs sur la sécurité des biens et des personnes ? Comment s’intègre-t-elle aux pratiques des ménages ? Comment répond-t-elle aux besoins dans certaines localisations périurbaines et rurales ? Quels sont les groupes économiques et sociaux porteurs, prescripteurs et résistants ? Quel est le positionnement des maîtres d’ouvrage et des collectivités locales ? Dans les écoles d’architecture, en France ou à l’étranger, comment ces outils de conception sont-ils enseignés, en référence ou non avec leur contexte d’action ?

Pour ce futur dossier Numérisations des espaces des études concrètes portant sur ces trois niveaux seront privilégiées. Néanmoins ceux-ci ne sont destinés qu’à préciser les attentes thématiques de l’appel à contributions et ne préfigurent nullement l’organisation, qui sera définie ultérieurement, en fonction des contributions retenues.

Modalités de transmission des propositions d’articles

Les propositions d’articles seront envoyées par mail avant le 15 mars 2018

au secrétariat de rédaction des Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère secretariat-craup@culture.gouv.fr

Les articles ne doivent pas excéder 50 000 caractères, espaces compris. Langues acceptées : français, anglais.

Les articles doivent être accompagnés de :

  • 1 notice biobibliographique entre 5 à 10 lignes (nom et prénom du ou des auteur(s), statut professionnel et/ou titres, rattachement institutionnel éventuel, thèmes de recherche, dernières publications, adresse électronique).
  • 2 résumés en français et en anglais.
  • 5 mots clefs en français et en anglais.

Ligne éditoriale

Inscrits dans les champs de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, les Cahiers se sont développés à l'origine dans les laboratoires des écoles d'architecture à partir des années 1970. La revue initie aujourd’hui une nouvelle formule en ligne : revue scientifique internationale, elle s’adresse aux communautés de recherche concernées par les transformations spatiales intentionnelles, quelles que soient les échelles. Les Cahiers visent à répondre aux intérêts et questionnements actuels, mais aussi à les renouveler, et ainsi ouvrir de nouvelles voies de recherche. Trois pôles de questionnement sont plus directement visés : l’un concerne spécifiquement le registre des théories, de manière à développer les échanges et les controverses entre théories du design, du planning, de l’architecture et du paysage. Un second pôle renvoie à la matérialité de la ville, aux savoir-faire constructifs impliqués dans la transformation spatiale, mais aussi à la dimension matérielle des phénomènes de transfert et de mobilisation, régulièrement analysés dans d’autres revues sous des angles a-spatiaux. Enfin, le troisième pôle interroge le projet et sa conception, qui occupe une place toute particulière dans les sciences et pratiques de l’espace (rôles performatifs des projets, théories de la pratique). Ces trois pôles appellent à des travaux pluridisciplinaires, préoccupés de tracer des explications approfondies des transformations des environnements construits à l’âge de l’anthropocène. La production scientifique attendue renvoie aux critères usuels d’évaluation en double aveugle par les pairs. Elle sera particulièrement attentive à l’enjeu des images et du visuel dans un domaine où l’iconique peut tenir lieu de discours.

Dossiers thématiques

Les Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère en ligne publient deux ou trois fois par an un dossier thématique composé d’une dizaine d’articles en français et en anglais, autour d’un thème prédéfini et problématisé.

Un appel à article est diffusé pour chaque dossier thématique. Les propositions d’articles peuvent être rédigées en français ou en anglais. Leur évaluation se fait en double aveugle.

Rubriques

La revue en ligne dispose de 3 rubriques pour accueillir des articles au fil de l’eau, hors dossiers thématiques.

  • Actualités de la recherche : comptes rendus variés : thèses, habilitations à diriger des recherches (HDR), recensions d’ouvrages, d’expositions...
  • Matériaux de la recherche : entretiens, paroles d’acteurs, traductions, textes de référence…
  • Débats : jeunes chercheurs/doctorat, débats et controverses.

Les propositions d’articles peuvent être rédigées en français ou en anglais. Leur évaluation se fait en double aveugle.

Comité de rédaction

Rédacteur en chef : Frederic Pousin

  • Manuel Bello Marcano
  • Franck Besançon
  • Gauthier Bolle
  • Enrico Chapel
  • Benjamin Chavardes
  • Laurent Devisme
  • Yankel Fijalkow
  • Sandra Fiori
  • Francois Fleury
  • Philippe Grandvoinnet
  • Xavier Guillot
  • Caroline Maniaque
  • Beatrice Mariolle
  • Valerie Negre
  • Daniel Siret
  • Helene Vacher

Secrétariat de rédaction

  • Aude Clavel

Notes

1 Paul Ricœur, « Architecture et narrativité », Urbanisme, n° 303, novembre-décembre 1998, pp. 44-51.

2 Michaël E. Sinatra, Marcello Vitali-Rosati (eds.), Pratiques de l’édition numérique, Montréal, Les Presse de l’université de Montréal, 2014.

3 Sur ce débat en France cf., entre autres, Antoine Picon, Culture numérique et architecture. Une introduction, Bâle, Birkhäuser, 2010 ; Jean-François Coulais, Images virtuelles et horizons du regard. Visibilités calculées dans l’histoire des représentations, Geneve, MetisPresses, 2014.

4 Par exemple, l’exposition présentée en 2013 au Centre canadien d’Architecture de Montréal « Archéologie du numérique » et son catalogue édité par Greg Lynn analysent la transition entre pratiques analogiques et pratiques numériques à travers la présentation de quatre projets choisis comme étant des moments charnières des premières étapes du développement de l'architecture numérique : la résidence Lewis (1989-1995), de Frank Gehry, le Biozentrum de Francfort (1987), de Peter Eisenman, la conception de la toiture du complexe sportif municipal d'Odawara et celle du gymnase Galaxy de Toyama   (1990 -1992), de Shoei Yoh, ainsi que la sphère déployable (1991) et le dôme Iris (1994) de Chuck Hoberman.

 

Catégories

Dates

  • jeudi 15 mars 2018

Contacts

  • Aude Clavel
    courriel : secretariat-craup [at] culture [dot] gouv [dot] fr

Source de l'information

  • Aude Clavel
    courriel : secretariat-craup [at] culture [dot] gouv [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Numérisation des espaces », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 07 novembre 2017, http://calenda.org/420768