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Experiences éducatives alternatives : réformer l'institution scolaire autrement

Alternative educative experiences - alternative reform for schools

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Publié le vendredi 10 novembre 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Cette journée d’études entend contribuer à une meilleure connaissance de ces mouvements en faveur d’une offre scolaire alternative ou d’expériences éducatives « hors l’école » et a pour objectif de mieux en analyser les effets sur l’économie générale du système d’enseignement.

Annonce

Argumentaire

Les expériences éducatives alternatives au système d’enseignement « classique » sont loin d’être inédites, comme le montre la vitalité des mouvements de l’éducation nouvelle entre le dernier quart du XIXe siècle et l’entre-deux guerres (Raymond 2002 ; Oyahon et al. 2004 ; Schor 2008 ; Gutierrez, Besse et Prost 2012 ; Henry 2012 ; Go 2016 ; Riondet 2016). Il semble toutefois que les critiques visant, depuis quelques années, l’enseignement scolaire public, ainsi que les appels à un renouvellement des apprentissages et des pratiques pédagogiques connaissent un certain renouveau en France, notamment sous l’effet de la promotion de la liberté des familles et du « choix » parental de l’établissement (Gabriel & Alain 1997 ; Barrault 2013 ; Van Zanten 2015), de l’aspiration à un traitement plus « personnalisé » des élèves et de l’accroissement de la concurrence entre établissements (Felouzis et al. 2013). En témoignent le succès des pédagogies dites « alternatives » (Hugon et Viaud, 2015 ; Viaud 2005), l’attrait croissant qu’exercent les établissements privés (Poucet 2009 ; Duval 2009 ; Denecker & Gather Thurler 2011), les appels à la déscolarisation des élèves et le renouveau de l’enseignement à domicile (Guigue et Sirmons 2015, Robert et Séguy, 2015). L’aspect le plus remarquable de ces offres éducatives, très hétérogènes, et animées par des visions du monde et des intérêts parfois contradictoires, réside dans le fait qu’elles se proposent de réformer l’école, non pas de l’intérieur, mais, pourrait-on dire, de l’extérieur, en entreprenant de développer à la lisière des établissements scolaires publics, ou loin d’eux, des expériences éducatives jugées plus en phase avec les aspirations des élèves et des familles. 

Ces pratiques remettent ainsi en cause, directement ou indirectement, la légitimité et la capacité de l’Etat-nation à administrer l’éducation de ses citoyens et enferment, en creux, une critique du « pacte social » que constitue l’institution scolaire dans nos sociétés (Dubet, Duru-Bellat et Vérétout 2010). Cette remise en cause peut prendre la forme d’un exit (Hirschman 1970) discret et muet, à l’instar de ces familles qui font le choix d’instruire leurs enfants, temporairement ou définitivement, en dehors des établissements concourant au service public de l’éducation. Elle peut aussi donner lieu à une voice plus visible et bruyante, comme ces groupes demandant que l’Etat reconnaisse et soutienne financièrement des établissements indépendants. Enfin, elle peut prendre la forme d’une loyauté subie, de la part de parents ayant le sentiment que leur enfant ne bénéficie pas d’un accompagnement éducatif adapté (Van Zanten 2012), mais qui, parce que trop dépourvus de ressources pour se faire entendre ou assumer le coût d’une sortie du « système », s’en remettent à l’offre existante et encouragent leur enfant à s’engager dans des activités extra-scolaires ou des cours particuliers, voire du « coaching scolaire » (Oller 2015 ; Barrère 2011).

Cette journée d’études entend contribuer à une meilleure connaissance de ces mouvements en faveur d’une offre scolaire alternative ou d’expériences éducatives « hors l’école » et a pour objectif de mieux en analyser les effets sur l’économie générale du système d’enseignement. 

Axes thématiques

Les communications proposées pourront s’inscrire dans l’un des trois axes proposés ci-dessous ou à leur croisement : 

I. Genèse, logiques historiques et dynamiques sociales des « nouvelles » formes éducatives 

Sommes-nous face à l’émergence d’offres éducatives radicalement nouvelles, se développant sur fond d’essoufflement de la « forme scolaire » (Vincent 1994 ; Chapoulie 2010) ou face à la réactivation de pratiques beaucoup plus anciennes (Garnier & Kahn 2016), qui bénéficieraient d’une visibilité à la faveur du « déclin » (Dubet 2002) ou de la « mise en crise » de l’institution scolaire (Laval et al. 2012) ? Doit-on voir dans l’apparent succès que rencontrent ces formes alternatives de scolarisation ou dans l’émergence de nouvelles pratiques éducatives hors de l’école la marque de la néo-libéralisation du marché scolaire (Ball 2012, Laval et al. 2012) et de l’accélération de la délégation, par l’Etat, de sa mission éducative à des acteurs privés ? Ou doit-on plutôt y voir l’effet d’un amoindrissement de la croyance des milieux populaires dans les capacités émancipatrices de l’école (Beaud 2002, Garcia et Poupeau 2006) ? Ou, au pôle opposé, un effet de la volonté des familles les plus aisées d’échapper aux écueils d’une école massifiée (Van Zanten 2009) ?

II. Promoteurs, « passeurs » et acteurs des « nouvelles » formes éducatives 

Qui sont les promoteurs, les passeurs et les acteurs de ces nouvelles formes de pratiques éducatives et quelles visions les animent ? Sont-ils les occupants de positions socioprofessionnelles plutôt marginales ou plutôt dominantes ? Sont-ils issus des rangs même de l’institution scolaire ou proviennent-ils plutôt d’autres espaces sociaux, tels que le monde entrepreneurial (Clément 2013, Rozier 2014, Tanguy 2016), la sphère confessionnelle ou les mouvements d’éducation populaire ? Agissent-ils de manière indépendante ou concertée ? De quelles ressources (scolaires, sociales, technocratiques, économiques, etc.) disposent-ils ? Puisent-ils dans un répertoire de pratiques nationales préexistantes ou se réapproprient-ils des manières de faire déjà expérimentées dans d’autres pays ? Ces formes d’éducation sont-elles plutôt prisées par des groupes dominés ou minorisés qui ne trouveraient pas, dans le système existant, une offre adaptée à leurs besoins et à leurs aspirations ? Sont-elles plutôt investies par des familles des classes moyennes cultivées et supérieures souhaitant soustraire leurs enfants aux « risques » d’une trop grande promiscuité avec les enfants issus d’autres milieux sociaux ? Ou sont-elles surtout prisées par des familles très fortement dotées, préférant scolariser leurs enfants dans des établissements d’« excellence », jugés plus en phase avec les exigences d’un monde globalisé (Wagner 2007 ; Nogueira et Aguiar 2008 ; Resnik 2011) ? Et que nous apprennent, au-delà du cas français, les expériences étrangères « hors l’école » (Baronnet 2010, Dutournier 2011, Bertron 2016) ?

III. Ampleur, usages et effets de ces « nouvelles » formes éducatives 

Quelle ampleur revêt ce phénomène multiforme de remise en cause du système public d’enseignement, en France ou dans d’autres pays ? Dispose-t-on de données statistiques ou d’expériences comparées nous permettant d’en prendre la mesure, d’en étudier l’évolution récente et d’en analyser les effets sur le système d’enseignement ? Comment les familles en viennent-elles à recourir à ces nouvelles manières d’éduquer et d’instruire ? Sur la base de quelles relations affinitaires ou, plus globalement, de quels critères ? Comment se déroulent concrètement l’éducation et l’instruction des élèves ? A quelles expériences préexistantes empruntent-elles éventuellement leurs façons de voir et d’agir ? Ces pratiques sont-elles régulées par les pouvoirs publics ou échappent-elles à leur contrôle ? Et que retirent les enfants de cette expérience singulière, située aux marges ou en dehors de l’institution scolaire ?

Journée d’études organisée par l’Irisso 
Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales
 
Le vendredi 24 mars 2018 
à l’Université Paris-Dauphine 
 
Envoi des propositions de communication : 27 novembre 2017 
Envoi des textes : 19 février 2018

Modalités de soumission

Les propositions de communication (une page précisant les objectifs de la recherche, ses ressources théoriques ainsi que les méthodes mobilisées) seront envoyées aux adresses suivantes

au plus tard le 27 novembre 2017 :

samuel.bouron@dauphine.fr, marie.carcassone@dauphine.fr, sabine.rozier@dauphine.fr, elise.tenret@dauphine.fr

Comité scientifique

  • Marianne Blanchard

  • Philippe Bongrand

  • Samuel Bouron

  • Marie Carcassonne

  • Pierre Clément

  • Géraldine Farges

  • Dominique Glasman

  • Sandrine Garcia

  • Marie-Anne Hugon

  • Laurène Le Cozanet

  • Sophie Orange

  • André Robert

  • Sabine Rozier

  • Jean-Yves Seguy

  • Elise Tenret

  • Anne-Elise Vélu

  • Marie-Laure Viaud

Références bibliographiques en pièce jointe.

Dates

  • lundi 27 novembre 2017

Mots-clés

  • Education, sociologie, pédagogie, action publique

Contacts

  • Elise Tenret
    courriel : elise [dot] tenret [at] dauphine [dot] fr

Source de l'information

  • Elise Tenret
    courriel : elise [dot] tenret [at] dauphine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Experiences éducatives alternatives : réformer l'institution scolaire autrement », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 10 novembre 2017, http://calenda.org/420887