AccueilLes transhumanismes et leurs récits en question(s)

Les transhumanismes et leurs récits en question(s)

Transhumanisms and their narratives in question(s)

*  *  *

Publié le mercredi 15 novembre 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Depuis maintenant quelques années, le transhumanisme fait figure de mouvement de pensée dont on ne peut plus nier l’influence, tant dans l’espace médiatique que dans les mondes académiques, politiques et économiques, des deux côtés de l’Atlantique.

Annonce

Présentation

Du mercredi 20 juin 2018 au vendredi 22 juin, la Chaire Ethique et transhumanisme de l’Université Catholique de Lille organise, avec le soutien de la Région Hauts de France, son premier Colloque international consacré à l’étude des mouvements transhumanistes, intitulé : « Les transhumanismes et leurs récits en questions » (voir argument plus bas). Il s’agira du premier Colloque international sur les transhumanismes organisé en France par la première Chaire de recherche universitaire française dédiée spécifiquement à l’étude du transhumanisme et de ses enjeux sociétaux et éthiques.

La chaire « Ethique et transhumanisme(s) », créée en novembre 2016 avec le soutien de la Région des Hauts de France, a pour objectif l’étude du phénomène humain ainsi que son inscription dans un environnement socioculturel et idéologique bouleversé par l’accélération récente des avancées technoscientifiques. Elle vise en particulier à développer et proposer aux acteurs régionaux, ainsi qu’à ses partenaires nationaux et internationaux, un espace de dialogue et de réflexion ouverts, ainsi qu’une analyse informée de la nébuleuse transhumaniste qui recouvre une diversité de positions et de nuances sur l’échiquier académique, politique et économique. A ce titre, la chaire ne vise pas la défense a priori d’une position militante ou d’une idéologie particulières, mais permet ce qu’offre la tradition universitaire: un espace de travail, d’apprentissage et de discussion accueillant des différences de points de vue, où prime la considération des faits et des raisons comme outil de jugement et d’orientation de l’action.

Le programme du Colloque est globalement arrêté (voir programme). L’originalité de l’événement sera d'articuler une dimension académique classique (conférences, sessions parallèles, panels universitaires), avec une dimension pédagogique et interactive poussée sur certains créneaux d’activités envisagés (ateliers scientifiques public-centrés, forums participatifs, joutes oratoires de "justice prédictive", débat autour d’un film-culte, « escape game » sur le transhumanisme). L'organisation du Colloque permettra donc un vrai brassage inter- publics, en y associant l'ambition et les ingrédients d'un événement académique de haut niveau, avec une offre artistique et culturelle d’envergure (spectacle sur le transhumanisme, témoignage d’artiste, fête de la musique en soirée sur Lille).

L’internationalité du colloque sera manifestée par la diversité des pays d’origine des participants et des keynote speakers. Le comité scientifique est lui aussi composé d’une vingtaine de chercheurs de différentes nationalités ancrés dans des universités françaises et étrangères. Une traduction simultanée anglais-français sera assurée pour les grandes conférences et les activités artistiques et culturelles.

Le fil rouge du colloque se nouera cette année autour des récits déployés par les transhumanistes, ou par leurs interprètes extérieurs qui cherchent à en ressaisir le sens à l’aune des grands récits de la modernité, de l’histoire des idées, ou de l’évolution des sciences et des techniques. La notion de récit est intéressante : elle permet de mettre en intrigue la pensée et l’action : depuis toujours, homo sapiens est un animal narratif. Nous nous racontons des histoires pour inscrire nos actes dans des horizons porteurs de sens et d’orientations sociales, politiques, morales... Or, à ce titre, que nous racontent les transhumanistes et que dit-on à leur sujet ? D’où viennent leurs histoires ? Quels sont les intérêts, les angoisses, les questions qui les font naître ? Quel est leur impact sociétal ? Que penser de leur diversité et comment l’évaluer ? En particulier, quel(s) lien(s) particulier(s) se noue(nt) entre les récits transhumanistes et le rapport à l’action – nos actions en société ? Au-delà de la prospective, l’imaginaire transhumaniste pousse par ailleurs l’effort d’anticipation dans ses possibilités les plus extrêmes. Certains récits transhumanistes n’hésitent pas à déployer des scénarios d’avenir où l’homme a disparu, où les conditions de la vie sur terre ont été profondément modifiées, où les relations que les êtres entretiennent entre eux et les valeurs dans lesquelles ils se reconnaissent sont sans commune mesure avec celles qui les lient aujourd’hui... Quelle est la signification de ces spéculations ? Le colloque permettra ainsi d’interroger la portée des récits transhumanistes, des thématiques qu’ils recouvrent et des alternatives qui leur sont proposées, et d’en évaluer l’impact sur l’action et la connaissance que nous avons aujourd’hui de nous-même.

Le contexte d’accueil du colloque est particulièrement attractif : l’Université Catholique de Lille nourrit depuis sa fondation un débat pluridisciplinaire poussé sur les relations société-sciences-techniques, et dispose d’infrastructures de haute qualité au plan fonctionnel. Récemment classée 2ème plus belle Université de France, l’Université est aussi idéalement située dans l’un des plus beaux quartiers de la capitale des Flandres françaises. De par son positionnement dans les territoires régional, national et européen, la ville de Lille jouit par ailleurs d’une excellente accessibilité à tous points de vue (gare TGV avec lignes directes Londres, Paris, Bruxelles… ; aéroport, réseaux de transports routiers) et constitue un centre d’une attractivité remarquable aux plans architectural, artistique et culturel. Conjointement à la tenue du colloque, les participants auront d’ailleurs la possibilité de sillonner la ville au rythme de la fête de la musique, qui battra son plein au même moment.

Argument du colloque

Depuis maintenant quelques années, le transhumanisme fait figure de mouvement de pensée dont on ne peut plus nier l’influence, tant dans l’espace médiatique que dans les mondes académiques, politiques et économiques, des deux côtés de l’Atlantique.

Une unité problématique

Le mouvement et l’idée transhumanistes embrassent une pluralité de voix, d’acteurs, de réalités depuis son apparition dans la seconde moitié du XXème siècle. Que l’on identifie Julian Huxley ou Teilhard de Chardin comme instigateur du terme « transhumanisme », ou encore, que l’on dresse l’histoire du transhumanisme suivant son résumé souvent présenté à grands traits, avec les seuls noms de Max More, Ray Kurzweil, James Hughes ou Nick Bostrom, la diversité d’expression de ce mouvement et de ses idées interroge quant à sa signification même. Est-ce une nouvelle utopie, une dystopie ? Un nouvel idéal civilisationnel ? Un argument marketing ? Une philosophie ? Un mysticisme séculier ? Un nouveau paradigme anthropologique ? Un mouvement politique ? Un projet de société ? Ou tout celao à la fois ? Au fond, qu’est-ce que le transhumanisme ?

En-deçà de la problématique du statut du transhumanisme, dont il s’agit de penser la nature, il importe aussi de questionner l’existence d’un décalage remarquable entre un certain transhumanisme people, médiatique, et simplifié à outrance, et le bourgeonnement de fait d’une constellation de formes plus ou moins approfondies de courants de pensée aux idées et prospections plurielles - pour ne pas dire parfois divergentes. Si la « Déclaration Transhumaniste » tient toutefois lieu, le plus souvent, d’étendard commun repris par les transhumanistes, il reste que par leurs actions, idées et discours, c’est bien une diversité de visions qui apparaît. Cette diversité mise à jour, la question s’impose: existe-t-il des critères généraux de rassemblement des transhumanismes ? Peut-on dégager une unité de pensée entre le transhumanisme libertarien d’un Max More, la théorie de la super-intelligence d’un Nick Bostrom, la singularité d’un Ray Kurzweil, l’évolution de l’intelligence artificielle de Hans Moravec, les propositions d’amélioration morale de Julian Savulescu et Ingmar Persson, le transhumanisme démocratique d’un James Hughes, le technoprogressisme social d’un Marc Roux, les courants « néo-marxistes » incarnés par T. Negri ou le mouvement accélérationniste (N. Land, N. Srnicek, A. Williams) ? Doit-on par ailleurs lire, dans la diversité des propositions transhumanistes, des productions de futurs possibles sur le mode de la fiction, probablement privés de toute mise en oeuvre pratique, ou faut-il y voir au contraire les anticipations et les reflets particuliers, dans la culture hype, les médias et la littérature, d’une mutation anthropologique fondamentale véritablement en cours de réalisation ?

Les logiques sous-tendant les théories transhumanistes

Le questionnement apparaît d’emblée double, typologique et ontologique : il s’agit non seulement de se demander s’il existe un ensemble d’idées-force, un idéal-type ou une vision du monde (worldview) sur lesquels tout transhumaniste s’accorderait, mais aussi de quelle(s) logique(s) effective(s), à l’œuvre dans l’Histoire, les théories transhumanistes sont le(s) reflet(s).

Si l’on pose à titre d’hypothèse qu’il existe une certaine unité du transhumanisme dans la diversité de ses expressions singulières, certains auteurs voient dans la quête d’amortalité et la revendication transhumaniste d’un droit fondamental à la liberté morphologique, l’aboutissement d’une dynamique d’hyper-individualisation (Deprez) constitutive de la rationalité occidentale et de son histoire (N. Elias, L. Dumont, M. Gauchet). À l’inverse, le transhumanisme est parfois inscrit dans le prolongement de la pensée de Pierre Teilhard de Chardin, où la visée de constitution d’un cerveau planétaire (noosphère) substitue à l’anthropocentrisme et à l’individualisme modernes une attention nouvelle aux écosystèmes qui rendent possible l’émergence d’une pensée « planétaire » (Vidal). D’autres lectures décèlent dans la mouvance transhumaniste la trace, sécularisée, d’une gnose (J.-M. Besnier), ou l’expression d’une dynamique religieuse (R. Geraci, H. Tirosh- Samuelson).

En souhaitant faire de toute entité (bio)physique un donné remplaçable, « upgradable » et fonctionnel ad vitam aeternam, d’autres recherches conduisent à penser que le transhumanisme s’inscrit plutôt dans le prolongement de la logique du biopouvoir et du capitalisme contemporains (F. P. Adorno, C. Lafontaine, E. Sadin, B. Stiegler). Dans cette veine, le transhumanisme est parfois présenté comme l’instrument d’une stratégie de manipulation des imaginaires sociaux, mobilisée et financée par de grands acteurs économiques (GAFA, Microsoft, IBM, Tesla, etc.) soucieux de créer un registre de besoins et d’attentes correspondant à l’anticipation d’un certain type d’offres en préparation. Pour d’autres, les idéaux transhumanistes sont plutôt le contrepoint symptomatique d’une dépression civilisationnelle (G. Anders, A. Ehrenberg, J.-M. Besnier), d’une fatigue d’être soi que traduirait l’attente du posthumain.

Le champ des hypothèses possibles ne s’arrête pas là : contrairement à de nombreux auteurs, Coekelbergh, par exemple, ne voit pas dans la culture et les aspirations transhumanistes  une continuation de la pensée des Lumières, mais l’expression de nombreux thèmes caractéristiques du courant romantique. Pour d’autres chercheurs, les attentes transhumanistes sont plutôt l’effet d’une mutation profonde de la rationalité scientifique ces deux dernières décennies, touchant à l’organisation et aux modes de production du savoir et de l’objet technique (comme on peut le voir dans le domaine des nanosciences ou du traitement des données).

Dans une veine plus métaphysique, certains auteurs n’hésitent pas à voir dans l’hybridation de l’humain et de la machine (figure du cyborg), ou dans les progrès de l’intelligence artificielle (deep learning, machine learning), les traces d’un devenir soi de l’objet technique (R. Kurzweil, M. Alizart). La montée en conscience du vivant au sein de l’évolution biologique se poursuivrait ainsi à travers l’évolution technologique (K. Kelly). À moins qu’à l’ère de l’anthropocène, les aspirations transhumanistes soient en réalité plutôt l’expression, inconsciente d’elle-même, d’une stratégie de survie propre à notre espèce (P. Jorion). De ce point de vue, la quête du posthumain, la mécanisation de l’homme ou la colonisation de l’espace seraient les produits d’une ruse de la nature, ou, pour le dire autrement, d’un ensemble de pressions cosmologiques qui mettraient l’humanité, en raison de la destruction progressive de son milieu de vie naturel, en quête du dépassement de sa condition biologique vulnérable.

Ces différentes tentatives d’élucidation du phénomène transhumaniste soulèvent la question de leur utilité et de leur valeur de vérité. Leur diversité est foisonnante : ces interprétations sont-elles toutes compossibles ? Sont-elles toutes légitimes ? Que nous enseignent-elles ? Qu’en pensent les transhumanistes eux-mêmes ? Qu’ont-ils à nous dire d’eux-mêmes ? Peut-on faire l’économie de leur témoignage ? Il va de soi que la diversité des récits du transhumanisme et de ses clés de compréhension doit être exposée, et évaluée.

Conditions de véracité et contextes d’intérêts sociaux

Que nous dit cette diversité des interprétations du transhumanisme ? Loin de ne chercher qu’un explanans particulier pour satisfaire à l’explanandum, il s’agit d’établir un premier bilan des récits produits à l’occasion du phénomène transhumaniste, et d’en établir la portée, sur deux plans au moins, épistémique et pragmatique.

Premièrement, l’exposition des interprétations possibles du transhumanisme ne peut qu’œuvrer à sa compréhension progressive et à la constitution, à son égard, d’un authentique savoir critique. Si la narration d’un récit visant l’intelligibilité et la généalogie de son objet dépend toujours, pour partie, de la subjectivité du narrateur et de sa position dans un espace épistémique, ledébat critique confronte tout récit au test de l’intersubjectivité. Il permet d’évaluer les conditions de « véracité » d’un discours au sein d’un champ narratif pluriel, ainsi que son niveau de contribution à l’élaboration d’un explanans complexe, multifocal et pluridisciplinaire (économique, sociologique, politique, philosophique, historique, technologique, industriel…). Mais il y a plus : si le dialogue public permet d’évaluer la valeur de vérité et la pertinence d’un récit, il ouvre aussi sur la possibilité de nouvelles « mises en intrigue » du phénomène transhumaniste, grâce à la genèse de conflits d’interprétations ou d’articulations inédites entre les récits en présence – que ceux-ci émanent des sphères académique, scientifique, médiatique, littéraire, cinématographique, ou du storytelling des acteurs économiques ou scientifiques.

La seconde raison pour laquelle place doit être faite, avant toute interrogation sur les conditions de possibilité d’une synthèse, à la diversité des récits et interprétations possibles du transhumanisme, est d’ordre pragmatique : une telle diversité demeurerait en effet incompréhensible en demeurant « hors-sol », restreinte à l’analyse savante des contenus théoriques des medias (ouvrages, materiel cinématographique, supports numériques, etc.) qui en assurent la diffusion à grande échelle. Telle est l’une des leçons du pragmatisme américain (Pierce, Dewey, James), depuis toujours familière à l’historien, à l’anthropologue et au sociologue : il n’existe pas de croyance qui ne trouve son sens, les conditions de sa genèse et sa valeur de vérité indépendamment d’un contexte d’actions et d’intérêts sociaux concrets. La signification réelle de toute conviction, théorie ou récit, y coïncide avec les bénéfices tangibles qu’ils produisent, bref, avec leur fonction d'utilité manifeste du fait des buts pratiques qu’ils permettent de poursuivre.

De ce point de vue, la diversité des récits transhumanistes et de leurs interprétations ne saurait se réduire, ni se laisser subsumer sous une synthèse théorique sans que soient préalablement mise à jour au plan pragmatique, par un travail d’enquête (philosophique, sociologique, anthropologique), la pluralité des contextes d’action qui les font naître. Bref, quelles sont les conditions pragmatiques de la fabrication des idées transhumanistes et de leurs lectures ? Quels sont les réseaux d’actants (« sujets-artéfacts-symboles ») qui en permettent la genèse et y trouvent un intérêt ? À quels besoins concrets les imaginaires transhumanistes – indépendamment de leur réalisabilité, de leur plausibilité ou de leur caractère affabulatoire – permettent-ils de répondre ? Quelles sont les figures sociales, économiques, politiques et culturelles qui en bénéficient, et quelles sont les fonctions d’utilité qu’ils remplissent ? Quels objectifs permettent-ils de poursuivre ? Si le chercheur doit s’emparer de ces questions, elles en appellent aussi aux apports des politiques, des observateurs de la société civile et à l’expérience des acteurs de terrain.

Enjeux éthiques et politiques

Parallèlement à l’analyse des grands récits, histoires et généalogies du transhumanisme, il s’agit enfin d’évaluer au plan éthique, à la jointure du récit et de l’action, les orientations anthropologiques, sociales et politiques qu’engendre la sémantique transhumaniste en visant à donner sens – en termes de « signification » et d’ « orientation » – aux évolutions technologiques contemporaines.

Qu’on lise par exemple dans les prouesses technologiques de ces dernières années (interfaces homme-machine, prothèses intelligentes, intelligence artificielle, techniques d’amélioration des capacités cognitives, etc.) la réalisation pas à pas d’une success story, ou qu’on y décèle un ensemble de « risques existentiels » pour l’humanité, la question du statut de ces avancées interrogee : doit-on consenter à l’avènement d’un futur technologique présenté comme inévitable, ou l’exercice public de la raison critique, d’un « catastrophisme éclairé » (J-P. Dupuy), doivent-ils nous orienter vers d’autres futurs possibles ? Pour quel(s) motif(s) d’ordre éthique privilégierions-nous telle préfiguration de l’avenir plutôt que telle autre ? Comment pourrions-nous peser d’un point de vue pragmatique sur le cours des événements de l’histoire ?

Au plan politique, on ne saurait nier le rapport entre transhumanisme et politique et ce, au premier chef parce que nombre de récits explicitement transhumanistes ou s’en rapprochant par les idées, comprennent eux-mêmes une problématisation de la question politique. Entre les tendances de droite libertarienne (R. Bailey, M. More, J. Harris), ou celles, progressistes (J. Hughes, N. Bostrom ou encore M. Roux), néo-marxistes (T. Negri) ou accélérationnistes (N. Land, N. Srnicek, A. Williams), un débat s’est formé ces dernières années autour du rôle de l’État et de la forme de gouvernement politique la mieux à même de permettre la diffusion des nouvelles technologies et l’accès, pour le plus grand nombre, à une vie augmentée et plus longue, voire à terme immortelle. On est dès lors en droit de s’interroger sur la portée politique des discours « transhumaniste(s) », qu’ils relèvent, suivant l’approche adoptée, de l’« idéologie », du « programme politique » ou encore de l’« utopie technophile ».

Mélioristes, conséquentialistes ou minimalistes au plan moral, la plupart des discours transhumanistes axent par ailleurs leur argumentation normative sur l’amélioration continue des conditions d’existence de la vie humaine et la liberté, pour tout individu, de donner libre forme à son être. Indépendamment de la question de savoir s’il existe une éthique transhumaniste unifiée, une telle visée porte en elle le projet d’une amélioration profonde de la corporéité humaine, vue comme la source des vulnérabilités physiques, psychiques et morales qui affectent l’humanité. Mais n’existe-t-il pas certaines qualités humaines liées à nos vulnérabilités biophysiques, psychiques et morales, que nous ne voudrions pas perdre en dépit des risques qu’elles nous font courir, ou des gains que nous promettent leur effacement ? Quant à l’effort subjectif qui consiste à assumer au cours de sa vie de telles vulnérabilités par un travail intérieur exercé continûment sur soi-même, pourrait-il être techniquement évitable sans certaines conséquences qui demandent d’être évaluées ? À quel type de sujet moral les idéaux transhumanistes nous préparent- ils ? Quelles seraient encore les bases, ou les conditions d’acceptabilité, d’une éthique transhumaniste chargée de corriger les processus naturels et d’en orienter, voire d’en modifier radicalement les accomplissements ? Quelles seraient les valeurs, les atouts et les limites d’une telle éthique, et leur justification ?

Nous avons sans doute de bonnes raisons d’apprécier certaines propositions transhumanistes, et d’en rejeter d’autres. Certaines visées transhumanistes peuvent aussi nous paraître désirables, indépendamment de leur réalisabilité. Mais sont-elles pour autant toutes souhaitables ? Face aux scénarios d’avenir que nous proposent un nombre limité d’individus (chercheurs, acteurs économiques, scientifiques), de sociétés et d’institutions publiques, il est essentiel que l’association des imaginaires transhumanistes aux développements de la technoscience puisse être débattue dans un cadre public où citoyens, chercheurs, acteurs économiques et politiques puissent débattre ensemble. Une analyse rigoureuse de l’éthique transhumaniste doit être encore conduite, de même qu’une évaluation publique des propositions transhumanistes demande encore d’être fondée sur des critères justifiés, explicites et partageables.

Modalités de soumission

Les contributions, en français ou en anglais, peuvent relever :

  • d’une proposition de communication  individuelle (20 minutes). Les propositions individuelles (400 mots) comprennent une présentation du sujet, de la problématique, des hypothèses de travail, de la méthode, des données empiriques ou théoriques analysées, et des principales références bibliographiques. 

  • d’un panel consistant en 3 à 6 communications (20 minutes par communication) articulées autour d’un même thème. Les propositions de panel comprennent les propositions de communications individuelles (400 mots) des intervenants et une présentation générale (800 mots) de la thématique du panel, de la problématique ciblée et de ses enjeux.

  • d’un  atelier  participatif (1h30 max) permettant de croiser les questions des chercheurs, des professionnels et du public sur une problématique spécifique. Les propositions d’ateliers (800 mots maximum) comportent une présentation du dispositif pédagogique choisi et du support logistique requis, des animateurs de l’atelier, des objectifs visés et du public attendu.

Thématiques (liste non-exhaustive) :

Approches théoriques/fondamentales

Histoire(s) du transhumanisme / Avenir, prospective et transhumanisme / Sociologie du mouvement transhumaniste / Economie, travail et transhumanisme / Philosophie et transhumanisme / Ethique et transhumanisme / Théologie, religions et transhumanisme / Imaginaires contemporains et transhumanisme / Critiques du transhumanisme / Posthumanisme et transhumanisme / Technophilie, technophobie, crise de la technè? / Philosophie de la technique et transhumanisme / Science et transhumanisme / Identité personnelle et transhumanisme / Démocratie et transhumanisme / Défense et transhumanisme / Littérature de science-fiction et transhumanisme / Cinéma et transhumanisme / Séries télévisées et transhumanisme / Nouvelles altérités: robots, cyborgs, prothèses...

Approches appliquées/analyse des pratiques

Education, nouvelles technologies et intelligence(s) / Automatisation, langage et innovation culturelle / Interactions agents humains/agents artificiels / Pratiques anthropotechniques, technologies d’augmentation / Prothèses nouvelle génération, hybridation et subjectivation / Défense, robotique et soldat augmenté / Ethique et véhicules automatisés / Ethique, design, politique des objets automatisés / Santé numérique, éducation thérapeutique, éthique du soin / Révolution numérique, droit à la vie privée, sécurité / Neuromarketing, liberté, éthique de l’attention

Calendrier

  • Date limite pour les propositions de communication, de panel ou d’atelier : 20 février 2018

  • Soumettre sur : www.ethconference2018.com (le site sera fonctionnel le 30 novembre 2017)
  • Les décisions du Comité scientifique seront notifiées aux auteurs le 20 mars 2018

Comité scientifique

Le site internet du colloque: www.ethconference2018.com (sur le toile le 30 novembre 2017)

La  page  web  de  la  chaire  Ethique  et  Transhumanisme: http://lillethics.com/chaire-ethique-transhumanisme/

Le site internet de l’Université Catholique de Lille: www.univ-catholille.fr

Du mercredi 20 juin 2018 au vendredi 22 juin, la Chaire Ethique et transhumanisme de l’Université Catholique de Lille organise, avec le soutien de la Région Hauts de France, son premier Colloque international consacré à l’étude des mouvements transhumanistes, intitulé : « Les transhumanismes et leurs récits en question(s) ». Associant l'ambition et les ingrédients d'un événement académique de haut niveau avec une offre artistique et culturelle d’envergure, il s’agit du premier Colloque international sur les transhumanismes organisé en France par une chaire de recherche universitaire dédiée spécifiquement à l’étude des courants de pensée transhumanistes et à leurs enjeux sociétaux et éthiques.

Lieux

  • Université Catholique de Lille - 60, Boulevard Vauban
    Lille, France (59)

Dates

  • mardi 20 février 2018

Mots-clés

  • transhumanisme, posthumanisme, anthropotechnie, amélioration humaine, augmentation, risque existentiel, technoscience

Contacts

  • stanislas.deprez@univ-catholille.fr david.doat@univ-catholille.fr
    courriel :

Source de l'information

  • David Doat
    courriel : david [dot] doat [at] univ-catholille [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les transhumanismes et leurs récits en question(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 15 novembre 2017, http://calenda.org/421858