AccueilPensées de droite et modernité technique en France au XXe siècle

Pensées de droite et modernité technique en France au XXe siècle

Thoughts of law and technicological modernity in France in the 20th century

Année 2 du séminaire « Histoire d'une critique de la modernité technique »

Year 2 of the History of the criticism of technological modernity

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Publié le lundi 06 novembre 2017 par João Fernandes

Résumé

Nous travaillerons en cette 2e année sur le thème : « Les “pensées de droite” face à la modernité technique, en France au XXe s.» C’est en effet assez naturellement que l’on croise, dans cette histoire de la critique de la modernité technique (et notamment dans la 2e catégorie, celle des penseurs isolés), des penseurs « de droite », en tant qu’individus aux idées plutôt conservatrices, et peu impliqués dans une action ou une pensée collectives (nous en avons évoqué deux au cours de la 1e année, Bernanos et Ramuz). Ils tiennent un discours critique de la modernité technique, mais aussi de la science, au fondement de cette modernité. Comme l’année précédente, nous étudierons aussi, dans ce même courant de pensée, l’exaltation de la science et de la modernité.

Annonce

Histoire d’une critique de la modernité technique, Année 2

Argumentaire

La pensée critique de la modernité n’a jamais été autant d’actualité. Elle a aussi une histoire, notamment depuis la fin du xviiie s. Ses acteurs peuvent avoir été soit des mouvements (des luddites de 1810 aux surréalistes de la fin des années 1950, et d’autres mouvements de nos jours), soit des penseurs relativement isolés, et plus impliqués dans l’écriture (parfois le pamphlet) que dans l’action politique transformatrice.

Ces pensées critiques sont aussi à mettre en perspective avec certains discours d’exaltation de la modernité technique souvent dominants qu’elles critiquent, notamment dans la période des années 1930 et celle des années 1960-1980. Il est aussi utile d’analyser comment elles évoluent à travers l’histoire, si leur argumentaire se renouvelle : ce qui a déjà été dit (sous une autre forme) dans les périodes précédentes, l’adaptation – voire le recyclage – de ces pensées à de nouveaux objets techniques contemporains.

Nous travaillerons en cette 2e année sur le thème : « Les “pensées de droite” face à la modernité technique, en France au xxe s.» C’est en effet assez naturellement que l’on croise, dans cette histoire de la critique de la modernité technique (et notamment dans la 2e catégorie ci-dessus, celle des penseurs isolés), des penseurs « de droite », en tant qu’individus aux idées plutôt conservatrices, et peu impliqués dans une action ou une pensée collectives (nous en avons évoqué deux au cours de la 1e année, Bernanos et Ramuz). Ils tiennent un discours critique de la modernité technique, mais aussi de la science, au fondement de cette modernité. Comme l’année précédente, nous étudierons aussi, dans ce même courant de pensée, l’exaltation de la science et de la modernité.

 (NB :rappel du programme 1e année)

I – Déroulé indicatif des cours

1. Présentation du programme de l’année.

Focus sur Léon Daudet (1867-1942) : son discours sur la science et la modernité (jeudi 9 novembre à 14h)

Cet homme de lettres polygraphe et polémiste, mais qui avait fait des études de médecine, a été peu étudié sous l’angle de son rapport à la science et à la modernité, ainsi que de sa critique virulente de l’institution et des théories scientifiques (la théorie de l’évolution notamment).

Intervenant : Alexandre Moatti (Paris-Diderot) ;

Bibliographie :

  •  Daudet, Léon, Les Morticoles, 1894 [rééd. Grasset, 1984].
  •  Daudet, Léon, Le Stupide xixe siècle. Exposé des insanités meurtrières qui se sont abattues sur la France depuis 130 ans 1789-1919, 1922 (notamment le long chapitre ‘Marottes scientifiques’).
  •  Daudet, Léon, Courrier des Pays-Bas, tome 2 : Les Horreurs de la guerre, Paris, Bernard Grasset (notamment les chapitres sur la biologie).
  •  Daudet, Léon, Souvenirs et polémiques, éd. établie par B. Oudin, préface d’A. Compagnon, rééd. ‘Bouquins’, Robert Laffont, 2015.

2. Autres figures de l’Action Française, dont Georges Valois (1878-1945) (jeudi 14 décembre à 14h)

Cet auteur, dès 1906 dans son livre L’Homme qui vient, se montre pénétré de l’importance de la technique et de ses potentialités, tout comme du rôle nouveau à conférer à ceux qui sont alors dénommés les « techniciens » et qui annoncent les technocrates. Il sera aussi rappelé les positions de Ch. Maurras : on connaît son attachement à la pensée d’Auguste Comte, moins son intérêt pour Darwin et la sélection naturelle.

Intervenant : Olivier Dard (Paris-IV-Sorbonne)

Bibliographie :

  •  Valois, Georges, L’Homme qui vient. Philosophie de l’autorité, Librairie nationale, 1906.
  •  Maurras, Charles, L’Avenir de l’intelligence, 1905.
  •  Dard, Olivier, Charles Maurras. Le Maître et l'action, Armand Colin, 2013.
  •  Dard, Olivier, (dir.), Georges Valois, itinéraire et réceptions, Bruxelles, Peter Lang, coll. « Convergences » (n° 59), 2011

3. Retour sur la notion de « modernisme réactionnaire », de 1935 à 1945.

L’historien D. Lindenberg a proposé cette notion dans un ouvrage de 1990, avec notamment les exemples de G. Le Bon et d’A. Carrel. Réactionnaires car leur pensée était située à droite ; modernistes car, à rebours de la tendance majoritaire dans leur camp politique, ils étaient positivistes et d’une certaine manière « progressistes ». Il est proposé de discuter de cette fertile notion de « modernisme réactionnaire », et le cas échéant de l’amender.

Intervenants : Daniel Lindenberg (honoraire Paris VIII) [à confirmer] ; Olivier Bosc (sur G. Le Bon).

Bibliographie :

  •  Lindenberg, Michel, Les Années souterraines (1937-1947), Paris, La Découverte, 1990.
  •  Bosc, Olivier, « Gustave Le Bon, un mythe du xxe siècle ? », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, vol. 28, no. 1, 2010, pp. 101-120.
  •  Carrel, Alexis, L’Homme, cet Inconnu, Plon, 1935.

4. Le régime de Vichy : dualité entre conservatisme et technocratie.

Vichy, « le régime le plus réactionnaire qu’ait connu la France au xxe siècle qui a porté la critique la plus vive contre la modernité technicienne » (Belot). L’ambiguïté du régime de Vichy : critique de la modernité technique, mais aussi importance et exaltation de la technocratie.

Intervenant : Robert Belot (UTBM Belfort-Montbéliard) ; Alain Drouard (sur A . Carrel) ; M.-O. Baruch [à confirmer]

Bibliographie :

  •  Belot, Robert, « Une réinterprétation de l'idéologie vichyste comme posture technophobe et anti-artificialiste », in Prométhée et son double. Craintes, peurs et réserves face à la technologie, Co-éditions Alphil/presses universitaires suisses/ Méridiennes, université Toulouse II-Le Mirail, FRAMESPA (UMR 5136), 2009.
  •  Drouard, Alain, Une inconnue des sciences sociales, la Fondation Alexis Carrel, 1941-1945, éditions Maison des sciences de l’Homme, 1992.
  •  Lindenberg, Michel, Les Années souterraines (1937-1947), Paris, La Découverte, 1990.
  •  Vallery-Radot, Robert, Sources d'une doctrine nationale, de Joseph de Maistre à Charles Péguy, Paris, Sequana, 1942.

5. Modernité, science et fiction : étude de cas, 1940-1990.

La fiction, parfois la science-fiction, est une source intéressante de critique ou d’exaltation de la modernité. Divers cas et parcours seront présentés, comme : René Barjavel (1911-1985), de Vichy, son roman Ravage (1943), à sa critique du nucléaire naissant dans les années 1970 ; Pierre Boulle (1912-1994) ; on reviendra aussi sur le « réalisme fantastique » de la revue Planète, et certaines des orientations politiques de ses fondateurs (signature du manifeste Juin de 1961, p. ex.)

Intervenant : Alexandre Moatti (Paris-Diderot) ; autre [à définir]

Bibliographie (indicative, à compléter) :

  •  Barjavel, René, Ravage, Denoël, 1943.
  •  Barjavel, René, Béni soit l’atome et autres nouvelles, 1974, J’ai Lu.
  •  Barjavel, René, Lettre ouverte aux vivants qui veulent le rester, Albin Michel, 1978.
  •  Moatti, Alexandre, « Sciences et théories scientifiques au prisme de la revue Planète », Politica Hermetica, L’Âge d’Homme, 2015.

6. Parcours croisés d’une droite libérale écologiste : Bertrand de Jouvenel (1903-1987) et Denis de Rougemont (1906-1985)

Le second a déjà été évoqué l’année dernière avec son article de 1928, « Le péril Ford » ; retour sur son orientation vers l’écologie dans les années 1970. Quant au premier, son parcours, de Vichy jusqu’à la fondation de la prospective (avec la revue Futuribles), mais aussi l’écologie (avec Arcadie, cité très positivement par Ellul).

Intervenants : Olivier Dard (Paris-IV-Sorbonne) [pour Jouvenel] ; Nicolas Stenger (Unige) [pour Rougemont]

Bibliographie :

  •  Jouvenel (de), Bertrand, Arcadie, essais sur le mieux-vivre. Futuribles, 1968 [rééd. TEL Gallimard, 2002]
  •  Rougemont (de), Denis, L’Avenir est notre affaire, Stock, 1977.
  •  Dard, Olivier, Bertrand de Jouvenel, Perrin, 2008.
  •  Dard, Olivier, « Bertrand de Jouvenel et l’écologie », Écologie et Politique, 2012/1, n°44 (lien).
  •  Stenger, Nicolas, « Denis de Rougemont et l’écologie : une crise spirituelle d’abord », Écologie et Politique, 2012/1, n°44 (lien).
  •  Stenger, Nicolas, Denis de Rougemont. Les intellectuels et l'Europe au xxe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.

7. Notre contemporanéité : les mouvements de droite de décroissance et « d’écologie intégrale ».

L’inspirateur Alain de Benoist, son évolution du « positivisme » à l’adhésion à la décroissance ; sa vision et son utilisation de la biologie darwinienne. La revue Limite et « l’écologie intégrale » ; la théorisation de leur opposition au transhumanisme.

Intervenants : Olivier Dard (Paris-IV Sorbonne) + un invité, éventuellement parmi ces mouvements.

Bibliographie (indicative, à compléter) :

  •  Benoist (de), Alain, Vu de droite. Anthologie critique des idées contemporaines, Copernic, 1977.
  •  Gaultier Bès, Marianne Durano, Axel Rokvam, Nos limites pour une écologie intégrale, Le Centurion, 2014.
  •  Revue Limite.

II- Modalités pratiques (dates, évaluation)

(calendrier provisoire des 7 séances)

Un jeudi a.m. par mois, de 14h à 17h (les dates 2018 seront données par la suite, en fonction de l’emploi du temps des intervenants pressentis).

Le séminaire est ouvert à des auditeurs externes, étudiants ou non (pour les étudiants qui souhaiteraient une validation via ce séminaire : à voir préalablement avec leur directeur).

Évaluation : assiduité au séminaire et exposé sur un thème à définir avec l’intervenant (exposé à faire en séance + mémoire de 20 à 40 pages)

III – Porteurs du séminaire

Catégories

Lieux

  • Université Paris Diderot, bâtiment Condorcet, Salle Kandinsky 631-B - 4, rue Elsa Morante
    Paris, France (75013)

Dates

  • jeudi 09 novembre 2017
  • jeudi 14 décembre 2017

Mots-clés

  • science, modernité, Action française, modernisme réactionnaire, conservatisme, technocratie, écologie intégrale

Contacts

  • Alexandre Moatti
    courriel : alexandre [dot] moatti [at] mines [dot] org

Source de l'information

  • Alexandre Moatti
    courriel : alexandre [dot] moatti [at] mines [dot] org

Pour citer cette annonce

« Pensées de droite et modernité technique en France au XXe siècle », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 06 novembre 2017, http://calenda.org/422187