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Corps et beauté

Bodies and beauty - rethinking research on aesthetic practices

Repenser la recherche sur les pratiques esthétiques

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Publié le vendredi 17 novembre 2017 par João Fernandes

Résumé

Le séminaire de recherche « Corps et beauté » est consacré aux études portant sur les pratiques esthétiques. Son ambition est de fournir un espace de réflexion ouvert autour des enjeux socio-anthropologiques, politiques et thérapeutiques des pratiques corporelles à visée esthétique. Les atouts de ce séminaire résident dans le caractère international et itinérant de l’événement : les sessions ont lieu dans plusieurs villes en France et en Suisse (Paris, Rouen, Strasbourg, Lyon, Genève). Les différentes séances visent à fédérer des chercheur·e·s et des « acteurs de terrain », dans les deux cas, des spécialistes dont l’esthétique est au cœur de leurs recherches, de leur profession ou de leurs centres d’intérêts. L’objectif est également de participer à formaliser et visibiliser les études sur la beauté en France et en Europe.

Annonce

Argumentaire

Des études sur la beauté sont actuellement menées dans de multiples disciplines et explorent une pluralité de sujets traversant de nombreux débats contemporains. Ce domaine d’étude est toutefois encore peu institué en Europe. Ce séminaire souhaite donc fournir un espace de réflexion ouvert autour des enjeux socio-anthropologiques, politiques et thérapeutiques des pratiques corporelles à visée esthétique. Dans ce but, nous choisissons de donner la voix à des chercheur.e.s qui, à l’instar de figures telles que Ruth Holliday1 ou encore Kathy Davis2, privilégient une vision compréhensive en s’appuyant, de préférence, sur de l’observation de terrain et du recueil de matériaux empiriques abondants relatifs aux phénomènes d’embellissement. Cette posture inductive de recherche permet, nous semble-t-il, de faire la lumière sur le sens psycho-socio-anthropologique profond sous-jacent aux pratiques esthétiques.

Dans cette perspective, il ne s'agit pas de poursuivre la tradition académique de dénonciation des pratiques esthétiques menée par certaines approches féministes. Ces dernières ont mis l’accent sur l’existence d’une industrie de la beauté au caractère oppressif, presque dictatorial, qui promouverait de fausses aspirations émancipatrices. Nombre de travaux envisagent en effet le travail esthétique comme une forme « d'esclavage » sournois, auquel seraient soumises les femmes dans les sociétés contemporaines. Or, la compréhension des pratiques esthétiques et de la beauté nécessitent en réalité de les appréhender d’un point de vue multifocal car il s’agit d’un objet complexe.

L’archéologie semble nous confirmer que, depuis la préhistoire, les humains ont recours à des pratiques d’embellissement dont l’analyse se révèle être riche de symboles et de codes. Ceux-ci requièrent d’être étudiés afin de mieux les comprendre, non pas seulement sous les aspects de séduction, de compétition et de reproduction mais aussi pour leurs liens avec le bien-être, la socialité et la manière dont les individus habitent le monde. Pour Francesco Remotti3, il convient d’envisager la beauté pour sa valeur anthropo-poïétique et donc plutôt comme un « façonnement d’humanité ». L'esthétisation du corps peut être lue comme une forme d’expression particulière, qui se sert de codes et de signes indiquant l’inscription du sujet dans un système de valeurs propre au groupe social d’appartenance ou de référence.

Le corps serait ainsi, grâce aux messages exprimés par l’apparence,  un « relieur », selon les mots de David Le Breton4, un « pont » entre le sujet et son environnement. Le regard compréhensif adopté dans ce séminaire visera donc à saisir les significations socio-anthropologiques y compris au sens large liées aux symboles et aux pratiques esthétiques dans différents contextes socioculturels.

Les différentes séances (11 sont prévues à ce jour, s’étendant de février 2018 à mars 2019) visent à faire se rencontrer des chercheur.e.s et des « acteurs de terrain », dans les deux cas, des spécialistes dont l’esthétique est au cœur de leur profession ou de leurs centres d’intérêts. Les atouts résident dans le caractère international et itinérant de cet événement : les sessions ont lieu dans plusieurs villes en France et en Suisse (Paris, Rouen, Strasbourg, Lyon, Genève). Afin de décloisonner le débat, des rencontres seront occasionnellement organisées en dehors des cadres classiques de la recherche académique : dans des librairies, des musées, des centres sociaux, ou encore dans les locaux de partenaires privés. Lors de nos rencontres, les supports visuels seront privilégiés : nous prévoyons la projection de documentaires ou de courtes vidéos à but pédagogique afin de nourrir les imaginaires et les débats. De plus, chaque séance du séminaire sera enregistrée et disponible gratuitement en podcast sur les plateformes des universités partenaires. Nous ouvrirons aussi un carnet de recherche Hypothèses spécialement dédié au champ des études sur les pratiques esthétiques. Ces supports pédagogiques virtuels garantiront une diffusion et une pérennisation des savoirs produits et mis en commun lors des différentes rencontres. Ils contribueront à visibiliser et formaliser, nous l’espérons, les études sur les pratiques esthétiques en France et en Europe.

Ce séminaire peut voir le jour grâce au soutien de plusieurs partenaires, universitaires et non universitaires. Nous leur adressons notre reconnaissance et veillerons à les remercier nominativement lors de la diffusion des affiches propres à chaque séance, sur les pages web que nous consacrerons au projet, ainsi que lors de la présentation écrite et orale de chaque séance thématique à laquelle ils ont accepté de contribuer.  

La séance introductive intitulée « Les pratiques esthétiques au défi des frontières » accueillera comme conférencier.e.s Ruth Holliday, Professeure et sociologue à l’université de Leeds (Royaume-Uni) et Francesco Remotti, Professeur émérite en anthropologie sociale et culturelle à l’université de Turin (Italie). Cette séance sera également l'occasion de présenter la genèse de ce séminaire et les questionnements qui l'ont fait émerger. Elle se tiendra le lundi 05 février 2018 de 14h à 17h à l’université de Rouen Normandie.

Le programme détaillé ci-après est en cours d’élaboration. Les invitations sont actuellement envoyées aux différent.e.s conférencier.ère.s et les lieux et horaires des séances sont sur le point d’être finalisés. L’actualisation du programme sera disponible en ligne tout au long de l’année sur notre Carnet Hypothèses (en cours de création : https://corpsbeaute.hypothèses.org) et sur notre page Facebook « Corps et Beauté. Séminaire de recherche » (@CorpsetBeaute).

Programme

Rouen – 5 février 2018

Introduction

Ces dernières années, en Europe, nous avons pu observer l’émergence de différentes manifestations qui ont ouvert la porte aux études prenant pour objet la beauté. L’Interdisciplinary Team, de l'Université d’Oxford (Angleterre), organise depuis 2009 des rencontres interdisciplinaires autour, entre autres thèmes, de la beauté et de la mode. Depuis 2014, le réseau Beauty Demands de l’Université de Birmingham (Angleterre), centre son attention sur les normes, technologies et les routines de beauté avec une approche interdisciplinaire. En 2016, l’Université de Cambridge (Angleterre) a organisé les journées d’étude « Politics of beauty », accueillant un réseau international de chercheur.e.s spécialistes du sujet. La même année, à l’Université de Bayreuth (Allemagne) le colloque « Beauty and the norm » soulevait des questionnements sur la standardisation des pratiques de beauté tandis qu'à l'Université de Strasbourg, à l’occasion du colloque « Corps meurtris, beaux et subversifs», était prévu un axe de recherche centré sur les modifications corporelles à visée esthétique. Enfin, en octobre 2017, l’Université de Paris Créteil et l’EHESS ont organisé les journées d’étude « Grandes et petites mains de la beauté », qui ciblaient les opérateurs de beauté et privilégiaient une entrée par le travail.

Cette première séance nous permettra d’expliciter les raisons pour lesquelles nous avons souhaité créer cet espace de réflexion. L’objectif est en particulier de fédérer les chercheur.e.s, jeunes et confirmé.e.s, afin de créer des projets de plus grande ampleur. Avec l’aide de nos invité.e.s nous reviendrons sur l’historique propre à ce champ de recherche en voie de formalisation et nous présenterons un bref « état de l’art » autour des différents terrains et des lignes théoriques qui sont en train de se dessiner.

Enfin, avant de présenter l’ensemble des séances du séminaire, nous vous ferons part de nos intérêts de recherche : l’expérience esthétique des individus au prisme du genre (Marion Braizaz), la figure du chirurgien esthétique en France et Mexique (Eva Carpigo) ainsi que les logiques enchevêtrées de classe et de genre sous-jacentes à la pratique des élections de Miss (Camille Couvry). En dernier lieu, nous donnerons la parole à des invité.e.s d’exception, internationaux, afin de mettre en contexte quelques perspectives théoriques qui nous semblent fondamentales. Pour conclure, nous demanderons aux auditeur.trice.s de partager leurs centres d'intérêt et leurs attentes vis-à-vis de ce séminaire.

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Ruth Holliday, Professeure (Sociologie), Université de Leeds, Angleterre
  • Francesco Remotti, Professeur (Anthropologie), Université de Turin, Italie

Genève – 22 fév. 2018

  • Les pratiques esthétiques au prisme de l’âge

« La beauté n’a pas d’âge ». Si cette affirmation courante dans le monde social semble séduisante et bienveillante, elle se heurte dans la réalité de notre quotidien à de multiples questionnements et tensions. Tout d’abord, de quel âge parle-t-on ? Car entre l’âge civil, relatif à une durée précise mesurée en années, et l’âge social, qui lui renvoie à des pratiques, statuts, apparences corporelles dont la perception peut varier selon les situations, les enjeux esthétiques ne sont guère les mêmes. A titre d’exemple, l’usage de l’âge comme catégorie d’analyse des rapports sociaux de sexe prend une résonance particulière dès lors que l’on choisit comme objet de recherche les pratiques d’embellissement. Des transitions entre enfance et adolescence, aux passages vers la vieillesse, hommes et femmes ne développent pas une expérience uniforme de leur apparence. Ces étapes de vie, à la fois réflexives et encadrées par des conventions esthétiques, nous invitent à considérer les pratiques de beauté comme des modalités importantes d'identifications, et ceci quelle que soit l’ampleur et l’orientation de leur sollicitude esthétique. C’est pourquoi nous leur consacrerons ce séminaire.

Tandis que l'apparence des enfants et adolescent-e-s est au cœur de nombreux débats contemporains (uniforme scolaire, troubles alimentaires, concours de beauté, etc.), nous chercherons à apporter une analyse qui s'éloigne des jugements moraux. Comment l’étude des pratiques de beauté à l’enfance et à l’adolescence peut-elle participer à la compréhension des enjeux liées à ces âges de la vie (relations aux pairs et relations familiales) ? Quant à l'enjeu du vieillissement, nous nous demanderons de quelle manière les parcours esthétiques, les techniques du corps et de soi des individus fluctuent avec l'avancée en âge. Il s’agira surtout d’interroger quelles sont les incidences de l'injonction contemporaine au « bien vieillir » (qui résonne particulièrement dans l'espace médiatique) sur l'expérience esthétique des individus. Alors que les cheveux gris sont décrits comme le « must have » de la fin d'année, que l'éloge de la sexy « cougar » est à la une de nombreux magazines, que la virilité vieillissante est une grande absente des débats dans le monde social comme académique, qu'en est-il des représentations des hommes et femmes ordinaires sur le vieillissement esthétique de soi ? Voici un large éventail de questions qui seront au cœur de nos réflexions.

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Virginie Vinel, Professeure (Sociologie, Anthropologie), Université de Franche-Comté, France

Strasbourg– 26 mar. 2018

  • Les esthétiques du monde

Les symboles et les codes de l'esthétique changent selon les époques et les groupes humains. Ces choix d'affiliation esthétique sont influencés par plusieurs facteurs : la culture ou « subculture » de référence, mais aussi par des phénomènes de mode (ou d’exotisme) qui se « propagent » de plus en plus suivant les biais virtuels comme les blogs ou les réseaux sociaux. Lors de cette séance nous discuterons la croyance d’une unimorphisation (uniformisation des morphologies humaines) ou « occidentalisation » de l’apparence humaine à l’époque de la globalisation. Aucune perte de la « biodiversité » n’est en train de se produire ; au contraire, le terrain nous révèle que les modèles esthétiques s’enchevêtrent et les pratiques s'hybrident de manière souvent imprévisible, spontanée et créative. Dans un monde globalisé, la passion pour l'autre peut se traduire dans un désir d’imitation et d’incorporation des styles esthétiques propres à d’autres traditions culturelles.

En outre, une constante anthropologique indique que tous les peuples investissent une énergie considérable dans les pratiques esthétiques et, pour la plupart, entretiennent régulièrement leur apparence y compris dans des situations d’extrême détresse. Les invités qui nous accompagneront ont ainsi parcouru les cinq continents, l’une en tant que reporter de guerre et l’autre comme médecin en mission humanitaire. Ils nous aideront à comprendre que la nécessité de « s’embellir » accompagne - et traduit parfois - l’envie de « survivre » et donc de « rester humain » malgré tout.

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Françoise Spiekermeier, Photojournaliste et diplômée en anthropologie sociale, Paris, France
  • Patrick Knipper, Chirurgien spécialiste en Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, Paris, France

Paris – 26 avr. 2018

  • Les territoires virtuels de la beauté

Les sites internet relatifs aux pratiques esthétiques, les blogueur.se.s, les youtubeur.se.s, les instagramers, les tutoriels de soins en libre accès et les plateformes de discussion encouragent une transmission plus horizontale (de pair à pair) des techniques, des modes et des connaissances autour de la beauté. Sans qu’ils n’échappent à des usages socialement segmentés, ces nouveaux territoires accélèrent, pour les internautes, un processus de démocratisation de la beauté dans le sens d’un accès de plus en plus aisé à des savoirs et des techniques de plus en plus nombreux. Internet a aussi ouvert un nouveau terrain de visibilité, en particulier, pour les jeunes qui assument le statut de blogueur.se et d’influenceur.se. Un processus de démocratisation s’opère donc également par la participation croissante des acteurs et actrices à la vie sociale au travers de leurs activités développées dans les espaces virtuels et des échanges, sous une forme souvent gratuite, qui s’effectuent entre internautes. Les youtubeur.se.s et les blogueur.se.s investissent en effet la toile pour s’exprimer, se montrer, agencer leur apparence et développer une sociabilité numérique dans laquelle la beauté constitue une part essentielle, voire centrale pour certain.e.s. On peut ainsi s’interroger sur les raisons de cette place privilégiée et sur les manières qu’ont les internautes d'utiliser le ressort de la beauté : pourquoi la sociabilité numérique repose-t-elle autant sur des aspects esthétiques ? Quels sont les éléments performatifs et les stratégies (les types de discours produits, les tons, les touches d’humour utilisées, les traits de personnage, les environnements, les images et les mises en scène créés) pouvant contribuer au succès d’un.e blogueur.se ?

En outre, on s’aperçoit que le phénomène des blogueur.se.s et des youtubeur.se.s tend à donner le jour à de nouveaux métiers notamment par le recours croissant des marques de cosmétiques à ces influenceurs dans un but de stratégie marketing. On questionnera donc comment ces marques s’associent à ces derniers pour bénéficier de leur aura et étendre leur propre audience. D’ailleurs, après un engouement et des médiatisations intenses, comment ces partenariats se modulent-ils dans le temps ? Enfin, il s’agira surtout d’interroger dans quelle mesure l’utilisation de la beauté digitale peut être bénéfique à ces internautes et nouveaux promoteurs de beauté en termes de mobilité sociale, de professionnalisation et de reconnaissance.

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Susanne Richter, Doctorante (Bielefeld Graduate School for Sociology and History), Université de Bielefeld, Allemagne

Lyon - 24 mai 2018

  • Les esthétiques « punk »

Les tatouages, les piercings et autres types de bodmods sont des modifications corporelles communes à plusieurs cultures. Depuis quelques décennies, ils se popularisent énormément en Europe en multipliant les styles, les formes, les motifs, les matériaux et en faisant preuve d’une créativité exceptionnelle. Nous questionnons, par le biais de cette séance, le caractère subversif que ces pratiques ont eu - et ont encore dans une certaine mesure - dans nos sociétés contemporaines.

Il arrive parfois des chroniques de presse qui relatent des cas d'accusation d’exercice illégal de la médecine ciblant des bodmoders, ceci témoigne combien ce type de modifications corporelles défie encore les frontières de l’« esthétiquement » et du « médicalement » correct. Il nous intéresse donc de comprendre comment se redéfinissent les territoires de la subversion, à la lumière des changements qui traversent les sociétés. Quels sont les éléments qui définissent une apparence esthétique « subversive » aujourd’hui ? Que se passe-t-il lorsque les codes esthétiques du « punk » classique sont réappropriés par des acteurs du monde publicitaire ? Pouvons-nous parler de la survivance d’une esthétique punk au XXIème siècle, ou bien, ne reste-t-il que l’attitude ?

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Philippe Liotard, Maître de conférence (Anthropologie), Université Claude Bernard Lyon 1, France

Strasbourg – 25 oct. 2018

  • La beauté thérapeutique

« Prendre soin de soi », « se soigner », implique une dimension esthétique proportionnelle à la valeur que revêt pour nous les types d'événement ou de rencontre pour lesquels on s’apprête. Le moment de s'embellir ou de « se préparer » avant de sortir en public, lors d'une festivité ou d'une rencontre spéciale, se structure le plus souvent comme un véritable rituel. On ne s’embellit pas seulement pour les autres, mais aussi avec les autres : entre pairs, les techniques se partagent, les conseils et « trucs » s’échangent, tout comme les accessoires et les instruments. Par une sorte de correspondance symbolique, l'apparence est souvent révélatrice de l'état « intérieur » de la personne que nous côtoyons, que ce soit l’humeur, la disposition émotionnelle. Mais elle peut aussi fournir de nombreux indices manifestant une manière particulière d'être intégré.e à une société ou signalant un état de marginalisation. Elle peut d’ailleurs produire de l'exclusion ou au contraire de l'inclusion vis-à-vis d'un groupe/d’une société et elle participe à créer des formes d'adéquation entre les personnes, des liens de proximité ou des affinités. Certaines personnes qui se sentent personnellement concernées par ces enjeux sociaux liés à l'apparence ainsi que de plus en plus de professionnel.le.s se saisissent de cette question en initiant des pratiques d’esthétisation et de modification de l’apparence avec pour objectif d’agir sur le degré d'inclusion sociale et d’influencer l’état de bien-être.

Les opérateurs de beauté qui se dédient au bien-être de l’humain (esthéticiennes, coiffeurs, maquilleurs, chirurgiens plasticiens, etc.) reconnaissent tous la valeur thérapeutique de l’entretien esthétique. Depuis quelques décennies, les psycho-socio-esthéticiennes ou les coiffeurs solidaires sont engagés pour apporter du soutien à des sujets vivant des situations de détresse. Lors de cette séance, ces acteurs et actrices nous accompagneront, fortes de leur expérience professionnelle, pour nous raconter le lien étroit entre apparence, bien-être et inclusion sociale.

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Lucie Boudaud, Réalisatrice et Journaliste, Paris, France

Paris – 22 nov. 2018

  • Les parures et les vêtements qui font débat

Le vêtement et les autres accessoires de la « parure » (bijoux, chapeaux, chaussures, etc.) sont à la fois marqueurs de différenciation sociale (sexe, âge, classe sociale, etc.) mais ils constituent aussi de véritables moyens pour communiquer à autrui une affiliation culturelle, une intention, une attitude, une personnalité. De tout temps, ces attributs esthétiques ont été assemblés, combinés et ajustés en styles toujours changeants en fonction des variables historiques, socio-culturelles et du choix individuel de leurs porteurs.

Plus particulièrement, lors de ce séminaire, c’est une focale singulière dont nous avons fait le choix. Le vêtement et la parure sont des outils privilégiés d’expressivité des valeurs d’un groupe social et revêtent, dans certains cas, une dimension « politique » de résistance et de lutte pour une reconnaissance. Ils sont en effet des étendards de nombreuses revendications, politiques, féministes, religieuses, culturelles qui n’en finissent plus de susciter le débat dans les sphères publiques comme privées. Se montrer « trop » vêtu.e.s (comme dans le cas du burkini et des « jupes longues » d’affiliation islamique) ou à l’inverse « trop » dévêtu.e.s (à l’instar des Femen), scandalise certain.e.s et pose un nouveau débat autour de la liberté d'expression et plus particulièrement de l’affirmation des particularismes par l’apparence esthétique. Ces exemples emblématiques attisent en effet depuis quelques années l’attention des médias et les polémiques dans les domaines académique et non académique. L’ambition de cette séance sera de saisir l’intérêt de l’analyse des parures et des vêtements contestataires dans une Europe qui à l’heure actuelle se confronte à ses propres contradictions en matière de reconnaissance des particularismes.

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Christine Bard, Professeure (Histoire), Université d’Angers, France

Rouen - 17 déc. 2018

  • Poils et cheveux, des supports esthétiques cruciaux

Les poils et les cheveux constituent une partie du corps visible qui a fait l'objet des plus anciens traitements et agencements. La quasi-totalité des cultures a recours à des techniques « traditionnelles » ou « modernes », d'épilation ou de coiffure avec une finalité esthétique. Ces agencements de beauté ne concernent pas uniquement des enjeux liés à la séduction, on compte aussi des usages sociaux rituels, artisanaux, voire magiques des poils et des cheveux, comme a pu le rappeler l'exposition « Cheveux chéris » organisée par le musée du Quai Branly en 2012-2013. L'agencement des poils et des cheveux constitue donc une question d'esthétique, d'hygiène, de sexualité, de séduction mais renvoie également à des enjeux moraux et à l’organisation de la vie sociale.

Tout au long du XXème siècle, les mouvances sociales ou musicales ont fait des coiffures particulières leur étendard (Black Power, punk, hippie, hip-hop, etc.). Au XXIème siècle, après les hommes « metrosexuels » à la tendance épilatoire et imberbe, la mode des barbes longues et soignées « hipster », a contribué à revitaliser toute une économie endormie, et la tradition des coiffeurs « barbiers » a pu reprendre haleine dans un grand nombre de réalités urbaines contemporaines. En même temps, sur les réseaux sociaux, nous voyons apparaître des photographies d'aisselles, de pubis ou de jambes féminines poilus, faisant polémique et suscitant souvent une sorte de malaise ou encore des moqueries, voire des insultes. Autour des poils naissent donc des initiatives qui fédèrent des féminismes « corporelles » (les collectif « La Barbe » et « Ma Colère », etc.). Support de modes, de cultures et de sous-cultures, et suivant leur agencement, expression de conformisme ou d'anticonformisme, les cheveux et les poils font donc encore et toujours scandale, à l’instar de la barbe de la chanteuse autrichienne Conchita Wurst, devenue emblème de la subversion des codes traditionnels de la binarité des genres. Dans quelle mesure ces éléments corporels, constituent-ils des supports esthétiques mais aussi politiques, sociaux et sensoriels ? Qu’est-ce que la pilosité révèle-t-elle de nos sociétés ?

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Anne Monjaret, Directrice de recherche EHESS-CNRS (Ethnologie et Sociologie), Paris

Paris – 24 jan. 2019

  • Odeurs et parfums : indices de présence esthétique

L’odorat a souvent été décrit comme le « parent pauvre » des cinq sens, et pourtant il semble susciter l’intérêt dans les plus récentes recherches en anthropologie des sens ou en neurobiologie. Les études sur la beauté ne peuvent donc se passer de le considérer, car l’odorat est étymologiquement lié au terme esthétique (du grec aísthēsis : perception, sensation). D’ailleurs, ce sens a été culturellement apprivoisé par les peuples pour réguler les dynamiques de sociabilité et plus largement les interactions personne-environnement. Les parfums, essences odorantes de matrice naturelle ou chimique, sont des artefacts aux multiples fonctions : rituelles, thérapeutiques, hygiéniques qui comportent également un objectif de séduction ou encore d’influence sur les autres. Les artisans parfumeurs peuvent ainsi être considérés comme des artistes qui cherchent à (re)produire la « beauté » d’une sensation : ils se concentrent des mois, voire des années ou des décennies, pour parvenir à la “juste” composition moléculaire, celle qui sera apte à traduire au plus près leur idée et leur représentation d’une sensation olfactive produisant un sentiment esthétique.

Le parfum constitue en outre un marché qui, en France, se caractérise par la qualité de sa production faisant référence à l’échelle mondiale. L’industrie de la mode et du marketing règnent aujourd’hui sur la production des parfums, mais les coulisses de cet univers olfactif restent souvent méconnus. Il faut aussi reconnaître que, malgré ce monopole des essences industrielles et des parfums de synthèse, on redécouvre, en Europe et ailleurs, la valeur des huiles essentielles et des eaux florales plus « naturelles ». Mais comment se conjuguent les pratiques esthétiques liées aux parfums et aux odeurs selon les cultures, les groupes et les milieux sociaux ? Quelles sont les dynamiques d’attraction et de répulsion ainsi que les symboliques sous-jacentes aux odeurs et à l’usage de parfums dans les sociétés ? En résumé, ce sujet étant encore si peu traité en sciences humaines, les enjeux et les questionnements sont multiples. Nous choisissons donc d’approcher la question de manière générale : qu’est-ce que les sciences ont à nous apprendre sur les aspects socio-anthropologiques, mais aussi thérapeutiques, des esthétiques sensorielles liées à l’odorat ?

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Annick Le Guérer, Anthropologue, Philosophe, Historienne, Université de Bourgogne, Musée de l’Homme, Paris

Strasbourg – 28 fév. 2019

  • Slow beauty

Depuis quelques années, au sein des sociétés industrialisées, nous observons le développement d'une « conscience » engagée et d’une exigence des consommateurs quant à la qualité et l'éthique des produits d'hygiène ou et des cosmétiques. Les lois européennes se font de plus en plus restrictives pour les entreprises de cosmétiques, en même temps qu'un courant émerge et se diffuse de plus en plus : la Slow beauty. Ce courant qui semble inspiré par le mouvement Slow Food des années 1986, valorise les produits non synthétiques et écologiques (huiles essentielles et végétales, bicarbonate, argile, karité, etc.) fabriqués de manière industrielle ou artisanale. S'opposant à l'utilisation de matériaux potentiellement dangereux pour la santé, cette mouvance s'exprime fondamentalement par une attention particulière accordée aux étiquettes de supermarché et à l’acquisition de savoir-faire pour fabriquer soi-même ses propres cosmétiques.

Des marques s'ouvrent à ce concept et commercialisent tous les outils et ingrédients, achetables « en kit » et « en vrac », à assembler pour produire chez soi, dans la salle de bain, ou avec des ami.e.s, des cosmétiques frais. Des ateliers do it yourself (DIY) se développent pour partager ces savoir-faire, les recettes et les compositions. Ce nouveau marché semble également répondre au besoin des individus de se sentir maître de leur corps. La sensation de devoir se responsabiliser pour sa santé, face à une industrie « sans scrupules » et une société « dégénérescente », semble en effet pousser les personnes à chercher des repères, tels que signalés par exemple dans le label « bio », valorisé tant pour les produits alimentaires, vestimentaires que cosmétiques. Les consommateurs réceptifs qui intègrent les principes de la Slow beauty ou du bio à leurs pratiques esthétiques pourraient bien être à la recherche d’une maîtrise sur leur corps et sur leur vie conduisant à de nouvelles modalités de consommation et à la production de discours particuliers, engagés ou encore recentrés sur la question du bien-être. Nous inviterons des acteurs qui adhèrent à cette mouvance et des chercheur.e.s qui se sont intéressé.e.s à ce thème de brûlante actualité afin de saisir les aspects socio-anthropologiques de ce phénomène social.

Genève - 25 mar. 2019

  • Beauté et empowerment

On observe la diffusion progressive dans toutes les catégories socio-culturelles, d’âge et de sexe, de l’idée selon laquelle chercher à modifier son corps peut constituer un objectif légitime à atteindre pour permettre au sujet de s’accomplir. Certains individus considèrent ainsi le travail esthétique comme un rituel quotidien et parfois même comme un devoir continu qui devient également le centre d’intérêt et la motivation première qu’ils affichent auprès des autres pour exister socialement. En ce sens, l’engagement constant dans un parcours esthétique, quel que soit ses modalités concrètes et les modèles de référence, devient un élément fortement constitutif de l’identité sociale. Que ce soit au travers des élections de Miss, des émissions de relooking, des centres de remise en forme, des revendications de beautés transgenre, on observe la performance de modèles singuliers de beauté suggérant des formes d’empowerment individuel ou collectif.

Modifier son corps, l’embellir ou simplement chercher à effacer un stigmate et à entrer en conformité avec certaines conventions esthétiques peut en effet être synonyme pour les individus d’une plus grande participation sociale et inclusion dans la vie en société. En cela, mettre en oeuvre des pratiques esthétiques peut se comprendre comme une forme d’investissement permettant à certains sujets d’accroître le pouvoir qu’ils ont sur leur existence et entraînant des bénéfices sociaux. Ces derniers, bien qu’ils demeurent pour partie difficilement quantifiables, peuvent être de plusieurs ordres : l’intégration à un groupe, la reconnaissance par les proches, l’accès à un statut socio-économique ou à une qualité de vie meilleure, la prise d’un pouvoir politique, le développement de la confiance en soi et d’une aisance accrue. Ces avantages sont d’autant plus remarquables que la beauté possède une haute valeur d’échange dans les sociétés contemporaines. La manière dont les individus sont socialement acceptés ou marginalisés sur la base de leur apparence doit cependant être interrogée au croisement d’autres catégories comme la classe, la “race”, l’âge, le sexe de même que la fabrication des modèles socialement produits sur lesquels s’appuient ces appréciations. On peut ainsi tenter de délinéer qui sont les sujets légitimes et autorisés à accroître leur pouvoir en utilisant le ressort de l’esthétique. Dans les sociétés contemporaines, la prise de pouvoir des sujets sur leur monde social - empowerment - est un processus qui semble accompagner certaines démarches esthétisantes.. Nous dédions l’espace de cette séance de séminaire pour considérer les divers enjeux liés à cette hypothèse sociologique, qui fait débat dans les études sur la beauté.

Présence confirmée des invité.e.s :

  • Kathy Davis, Chercheure associée (Sociologie), Université VU Amsterdam, Pays-Bas

Notes et références

1Holliday R, Cheung O, Cho JH, Bell D, (2017), “Trading faces: The ‘Korean Look’ and medical nationalism in South Korean cosmetic surgery tourism”, Asia Pacific Viewpoint, 58.2,, 190-202 ; Bell D, Holliday R, Jones M, Probyn E, Sanchez Taylor J, (2011), “Bikinis and Bandages: An Itinerary for Cosmetic Surgery Tourism, Tourist Studies”, Tourist Studies, 11.2, 137-153.

2Davis K, (1994), Reshaping the Female Body: The Dilemma of Cosmetic Surgery, Routledge ; (1997) “Embodied Practices: Feminist Perspectives on the Body”, European Journal of Women's Studies Readers series ; ( 2007) The Making of Our Bodies, Ourselves: How Feminism Travels across Borders, Duke University Press Books.

3Remotti F, (2000) Prima lezione di antropologia, Bari, Edizioni Laterza; (2013) Fare umanitá. I drammi dell'antropo-poiesi, Bari, Edizioni Laterza.

4Le Breton D, (2002) Signes d’identité  : Tatouages, piercing et autres marques corporelles, Paris, Métailié ; (2008), Anthropologie du corps et modernité, Paris, Presses Universitaires de France - PUF ; (2010a), « D’une tyrannie de l’apparence  : corps de femmes sous contrôle », In Éthique de la mode féminine, Michel Dion et Julien Mariette, Paris, Presses Universitaires de France - PUF ; (2010b), « Ingénieurs de soi  : technique, politique et corps dans la production de l’apparence », Sociologie et sociétés, 42(2), 139-151 ; (2012), La sociologie du corps, Paris, Presses Universitaires de France - PUF.

Catégories

Lieux

  • F 207, salle des thèses, Bâtiment Freinet - Place Emile Blondel
    Mont-Saint-Aignan, France (76130)
  • Genève, Confédération Suisse
  • Strasbourg, France (67)
  • Paris, France (75)
  • Lyon, France (69)

Dates

  • lundi 05 février 2018
  • jeudi 22 février 2018
  • lundi 26 mars 2018
  • jeudi 26 avril 2018
  • jeudi 24 mai 2018
  • jeudi 25 octobre 2018
  • jeudi 22 novembre 2018
  • lundi 17 décembre 2018
  • jeudi 24 janvier 2019
  • jeudi 28 février 2019
  • vendredi 29 mars 2019

Mots-clés

  • corps, beauté, pratiques esthétiques, agentivité, individu, empowerment

Contacts

  • Marion Braizaz
    courriel : marion [dot] braizaz [at] gmail [dot] com
  • Corps Beaute Collectif
    courriel : corps [dot] beaute [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Marion Braizaz
    courriel : marion [dot] braizaz [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Corps et beauté », Séminaire, Calenda, Publié le vendredi 17 novembre 2017, http://calenda.org/422466