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Le sang

Blood - family, relations, and transmission from the Middle ages to the present day

Famille, parenté, transmission du Moyen Âge à nos jours

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Publié le mercredi 22 novembre 2017 par João Fernandes

Résumé

Le sang est devenu un objet d’histoire sociale et culturelle depuis une vingtaine d’années. Si les métaphores du sang sont inhérentes aux représentations de la famille et de la parenté en Occident, la catégorie du sang n’est pas intemporelle. Ancrant la famille dans le corps, la référence aux liens du sang est l’enjeu de croyances, de gestes, de savoirs juridiques ou médicaux en constante évolution suivant les espaces, les sociétés, les périodes considérées. À la croisée de la démographie et de l’histoire de la famille, convoquant l’histoire de l’art, l’histoire politique et religieuse, le droit, la médecine et l’anthropologie, ce colloque pluridisciplinaire a pour but de cerner les manières dont les imaginaires du sang impactent ou s’expriment dans des discours, des normes, des représentations, ainsi que dans des pratiques et des comportements, pour documenter les reconfigurations de la famille et de la parenté dans les espaces européens et coloniaux depuis le Moyen Âge.

Annonce

Colloque international de la Société de Démographie Historique

Argumentaire

Le sang est devenu un objet d’histoire sociale et culturelle depuis une vingtaine d’années (Collard, 2011). Si les métaphores du sang sont inhérentes aux représentations de la famille et de la parenté en Occident, la catégorie du sang n’est pas intemporelle (Sabean, Teuscher et. al., 2013). Ancrant la famille dans le corps, la référence aux liens du sang est l’enjeu de croyances, de gestes, de savoirs juridiques ou médicaux en constante évolution suivant les espaces, les sociétés, les périodes considérées.A la croisée de la démographie et de l’histoire de la famille, convoquant l’histoire de l’art, l’histoire politique et religieuse, le droit, la médecine et l’anthropologie, ce colloque pluridisciplinaire a pour but de cerner les manières dont les imaginaires du sang impactent ou s’expriment dans des discours, des normes, des représentations, ainsi que dans des pratiques et des comportements, pour documenter les reconfigurations de la famille et de la parenté dans les espaces européens et coloniaux depuis le Moyen Âge.

Unissant les vivants et les morts dans la chaîne des générations, la rhétorique du sang donne corps aux liens de parenté inscrits dans la nature (Klapisch-Zuber, 2000, 2003). Historiquement contingente, la catégorie n’est pourtant pas réductible à un donné biologique. On pourra examiner comment elle est définie, exaltée, légitimée ou contestée, quels en sont les acteurs et les supports (généalogies, tables de consanguinité, dispenses matrimoniales, livres de cérémonies, sources littéraires et iconographiques, écrits du for privé…), à quelles significations idéologiques, politiques, esthétiques ou religieuses elle renvoie, à quels rituels, pratiques sociales ou comportements démographiques elle donne lieu. Un véritable « culte du sang » (A. W. Lewis, 1986) s’affirme en Europe avec l’émergence des grands lignages aristocratiques ou princiers forgeant des stratégies conservatoires (contrôle des alliances, lutte contre les mésalliances, exclusion progressive des bâtards…), des pratiques rituelles et classificatoires (princes du sang, sang-mêlé, métis, Cosandey, 2008 ; Gourdon et Ruggiu, 2011) ainsi que des rapports de domination fondés sur la pureté ou l’impureté du sang, à l’instar du système de stratification « raciale » que la Péninsule ibérique exporte dans les sociétés du Nouveau Monde à l’époque moderne (Carrasco et. al., 2011).

Source de légitimité, de puissance ou de tabou, le sang a partie liée avec la distribution des honneurs, des pouvoirs, des droits et des devoirs. Différentes traditions juridiques (droits canonique, civil, coutumier ; législations royale, impériale, ecclésiastique…) définissent les interdits de parenté, prohibent l’inceste, aggravent les homicides entre consanguins. Dans le même temps, sont affirmés des droits (dévolution des biens) et des devoirs (d’entraide et de solidarité) reposant souvent, sinon exclusivement, sur la consanguinité et sa mesure (degrés de parenté). La régulation des liens du sang est-elle comparable à celle dont d’autres types de parenté (spirituelle, naturelle, par alliance) font l’objet ? Au Moyen Age dans le discours ecclésial, les rapports de parenté sont plus identifiés à la chair qu’au sang (Barry, 2008 ; Guerreau, 2013). Dès lors, la consanguinité forme-t-elle le modèle de parenté par excellence (Dumont, 1997) ? On pourrait aussi se demander dans quelle mesure les règles de la prohibition de l’inceste sont respectées en Europe et dans les mondes coloniaux. Quelle est la marge de manœuvre des acteurs ? Quelles sont leurs stratégies de contournement, légal ou non (dispenses matrimoniales, redoublements ou renchaînements d’alliances…) ? On pourrait enfin évoquer l’évolution de ces pratiques qui tendraient à s’amplifier dès la fin de l’époque moderne (Delille,2007 ; Sabean, 1998). Autour de la question du sang, l’illégitimité, les mariages mixtes, le métissage mettent notamment à jour, dans les sociétés coloniales, la construction de liens familiaux éloignés des modèles dominants en Europe.

« Véhicule de l’âme » dans les sociétés traditionnelles, le sang est un fluide corporel associé au pouvoir de vie ou de mort (Pouchelle, 1988). Il inscrit la parenté dans le corps sexué que focalisent de multiples théories sur la génération. Le rôle du sang menstruel dans la formation du fœtus intéresse par exemple les savoirs médicaux, permettant de revisiter les frontières de genre dans le processus d’engendrement en contexte chrétien comme juif (McClive, 2015 ; Marienberg, 2003 ; Rabello, 2002). Ainsi la question du sang se pose pour les hommes dans le cas de la circoncision (Heynmann et Perez, 1997). Entre ruptures et continuités, ces cultures familiales du sang doivent être examinées dans la longue durée. Avec le déclin politique et social des aristocraties qui accompagne l’émergence des bourgeoisies libérales en Europe, la mystique du sang vecteur de la pureté de la « race » semble refluer dans les savoirs positifs émergeant au XIXe siècle (médecine, psychiatrie, anthropologie criminelle, théories biologiques, idéologie darwinienne racialiste…). Du lignage à la race, les notions d’hérédité et de dégénérescence reposent sur une lecture organiciste du sang vecteur de la santé ou des pathologies familiales contaminant le corps social et national. Fondée sur de nouvelles rationalités scientifiques, la pureté du sang motive des politiques familiales exclusives dans les Etats totalitaires, à l’instar du nouveau droit matrimonial, de l’eugénisme et de l’antisémitisme que légitime la « loi du sang » dans l’Allemagne nazie (Chapoutot, 2014). Au XXIe siècle, les nouvelles techniques de procréation, la révolution des biotechnologies et le rôle de l’ADN pour établir la paternité et la filiation manifestent le retour de définitions physiologiques de la parenté fondées sur le sang (Edwards, 2015 ; Porqueres i Genè, 2015). In fine, historiciser la catégorie du sang devrait permettre de réfléchir à la porosité des conceptions sociales ou biologiques de la parenté saisies dans la longue durée.

Programme

Jeudi 23 novembre 2017

Salle de conférence, CNRS, 27 Rue Paul Bert, 94204 Ivry-sur-Seine

10h. Accueil des participants et ouverture du colloque

Atelier 1 : la chair et le sang

Julie Doyon et Isabelle Robin

  • 10h30. Simon Teuscher, Substantializing Kinship
  • 10h55. Carole Avignon, Cognation, chair et sang à l'épreuve de la bâtardise : théorie canonique, pratiques sociales, représentations médiévales (XIIe-XVe siècles)
  • 11h20. Florentin Briffaz, La consanguinitas comme facteur de légitimité. Autour de l'exemple d’Odon de Villars (†1415) un Thoire-Villars à la cour de Savoie

11h45-12h. Discussions

Déjeuner

  • 13h30.Noémie Marijon, Iconographie de la circoncision au Moyen Age : la marque de l’alliance d’Abraham au Christ
  • 13h55. Aïcha Salmon, Sang et nuits de noces (France, XIXe-premier XXe siècles)

14h20-14h35. Discussions

14h35-14h50. Pause

  • 14h50. Roxana Iancu, Le sang, la chair et l'âme : représentations de l’hérédité dans la pratique juridique (Valachie, XVIIIe-XIXe siècles)
  • 15h15. Sylvie Perrier, Le ventre entre chair et sang : le posthume dans le discours juridique d’Ancien Régime
  • 15h40. Marina Garbellotti, « Si le sang ne le permet pas... » : filiations adoptives à l’époque moderne
  • 16h05. Isabel Côté et Kévin Lavoie, La réification des liens biologiques au sein de familles homoparentales grâce au tiers de procréation

16h30-17h. Discussions

18h. Assemblée générale de la Société de Démographie Historique

20h dîner

Vendredi 24 novembre 2017

Salle de conférence, CNRS, 27 Rue Paul Bert, 94204 Ivry-sur-Seine

Atelier 2 : mariages au plus proche et systèmes de transmission : sang et patrimoine

Michaël Gasperoni et Cyril Grange

  • 9h. Lilian Illiades et Agustin Grajales, La naturaleza de la conyugalidad en la ciudad de Puebla, Nueva España, bajo el reinado de Felipe IV
  • 9h25. Francisco Chacón Jiménez et Juan Francisco Henarejos López, El matrimonio campesino en el Sur de Europa (el ejemplo del Reino de Murcia : 1780-1850). Hipótesis de interpretación
  • 9h50. Raquel Tovar Pulido, Consanguinity and marital dispensations in remarriages in the interior of the Iberian Peninsula (rural Ávila, XVIIth-XVIIIth centuries)

10h15-10h30. Discussions

10h30-10h45. Pause 

  • 10h45. Laura Graziani Secchieri, Il potere del sangue e il sangue del potere. Matrimoni endogamici nella Ferrara ebraica di antico regime
  • 11h10. Marie Guérin, Mariages consanguins en Morée franque (XIIIe-XVe siècles)
  • 11h35. Luca Rappo, Alliances matrimoniales en Suisse (Corsier-sur-Vevey) aux XVIIIe et XIXe siècles : une évolution vers la parenté proche ?

12h-12h15. Discussions

Déjeuner

Atelier 3 : Le sang mêlé

Carole Avignon, Vincent Cousseau et Vincent Gourdon

  • 14h. Maaiike Van der Lugt et Charles de MiramonSang et hérédité au Moyen Âge : modèle biologique et modèle social
  • 14h25. Marie-Lise Fieyre« La grant prouchaineté qu’il a à nous qui est notre frere naturel » : bâtards nobles, sang et parenté à la fin du Moyen Âge
  • 14h50. Claire SoussenLes juifs, les chrétiens et le sang, les aléas d’un discriminant en péninsule Ibérique à la fin du Moyen Âge

15h15-15h30. Discussions

15h30-15h45. Pause

  • 15h45. José Antonio Salas Auséns, Encarna Jarque Martinez et F-José Perez, La familia morisca aragonesa :  Comportamientos endogámicos y diferenciación social
  • 16h10. Juan Hernandez Franco et Pablo Ortega del CerroA favor y en contra, el doble rostro de la macula : posiciones confrontadas sobre los estatutos de limipeza de sangre en los anos 1630.

16h35-17h00. Discussions

Samedi 25 novembre 2017

Salle Le Verrier, université Paris-Sorbonne, 1 rue Victor Cousin, 75005 Paris

Atelier 4 : Hérédité et maladies, la transmissions par le sang

Nathalie Sage-Pranchère et Fabrice Cahen

  • 9h30. Laetitia Loviconi, Réflexions autour des maladies héréditaires aux XIVe et XVe siècles : L’apport de Practicae et de commentaires au Canon d’Avicenne
  • 9h55. Sarah Pech-Pelletier, Rôles et pouvoirs du sang féminin selon les médecins et anatomistes espagnols des XVIe et XVIIe siècles
  • 10h15. Jacques Gélis, Les médecins et les maladies sanguines héréditaires à la fin du XVIIIe siècle

10h35-11h. Discussions

11h00-11h15. Pause

  • 11h20. Fabrice Cahen et Elodie Richard, Enquêter sur la consanguinité : de l’hygiénisme à la génétique (XIXe-XXe siècles)
  • 11h45. Giovanni Cerro, La paura della contaminazione. Il razzismo fascista e il problema del sangue

12h10-12h30. Discussions

Déjeuner

  • 14h00. Nathalie Sage-Pranchère, Les voix discordantes du sang. Compréhension et prise en charge d’un problème de santé publique : les incompatibilités fœto-maternelles (France, 1940-années 1970)
  • 14h25. Jacques Chiaroni, Impact de la diversité de la population française sur le don de sang et la transfusion sanguine

14h45-15h Discussions

  • Sylvie Steinberg, Conclusions

Colloque de la Société de Démographie Historique organisé avec le soutien de l’UMR 8596 CNRS-université Paris-Sorbonne, de l’université Paris-Sorbonne, du Centre de Recherches Historiques de l’Ouest (CERHIO), du laboratoire Pléiade de l’université Paris-13 (EA7338), du CRIHAM de l’université de Limoges, de l’Institut National d’Etudes Démographiques, de l’IUF et de l’Établissement Français du Sang.

Lieux

  • Salle de conférence - 27, rue Paul Bert
    Ivry-sur-Seine, France (94)
  • Université Paris Sorbonne, Salle Le Verrier - 1 rue Victor Cousin
    Paris, France (75005)

Dates

  • jeudi 23 novembre 2017
  • vendredi 24 novembre 2017
  • samedi 18 novembre 2017

Mots-clés

  • sang, famille, parenté, transmission, patrimoine, hérédité

Contacts

  • Michael Gasperoni
    courriel : michael [dot] gasperoni [at] cnrs [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Michael Gasperoni
    courriel : michael [dot] gasperoni [at] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le sang », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 22 novembre 2017, http://calenda.org/422518