AccueilLa réalité de la fiction ou des relations entre fiction, narration, discours et récit

La réalité de la fiction ou des relations entre fiction, narration, discours et récit

The reality of fiction or the relations between fiction, narration, discourse and narrative

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Publié le mardi 21 novembre 2017 par João Fernandes

Résumé

La journée d'études sera l'occasion d'interroger la prolifération des récits et des fictions, ainsi que le rapport qu'ils entretiennent avec le réel, alors que l'actualité est marquée par la multiplication d'informations fausses ou fabriquées. De même la fiction semble sortir d'une définition purement littéraire ou artistique pour être présente sous de nombreuses formes et dans de nombreux champs d'activité ou de recherche. Les axes envisagés pour la journée pourront concerner une approche externe cherchant à distinguer les spécificités de la fiction par rapport à d'autres formes d'énoncés, ensuite un second axe permettra d'explorer les éventuelles fonctions de la fiction. Enfin elle pourra être considérée sous un angle méthodologique pour réfléchir à sa capacité contributrice à l'activité de recherche. Toutes les propositions au-delà des ces axes évoqués et de tous horizons disciplinaires seront bien évidemment étudiées.

Annonce

Journée d’études, Jeudi 17 mai 2018, Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) Paris

Argumentaire 

À l’heure des fake news,  et alors que le terme « post vérité » a été désigné mot de l’année 2016, un retour en arrière nous montre que l’utilisation et la fabrication de fausses informations est un phénomène très ancien[1]. Ainsi, au XIVe siècle, l’affaire des Templiers en est-elle une belle illustration (Théry, 2011). Philippe Le Bel et ses conseillers se servirent de la diffusion de rumeurs concernant des crimes et hérésies commis par les templiers (dont les aveux seront obtenus sous la torture) pour éliminer l’ordre du Temple et mettre à bas l’autorité du Pape sur le Royaume de France. Ce faisant, le Roi posait les bases d’un État moderne où nulle autre autorité – même celle de l’église – ne pouvait interférer avec la sienne.

Dans un registre plus récent et plus léger, en 2014, dans la province de Burgos en Espagne, une poignée de bénévoles ont décidé de faire revivre le décor du cimetière de Sad Hill, qui fut le lieu de tournage de la scène finale du film de Sergio Leone Le bon, la brute et le truand[2]. Les bénévoles et leur association ont proposé aux fans du film de faire inscrire un nom sur les croix du cimetière pour financer la restauration de l’endroit, certains ayant même exprimé le souhait d’être enterrés à Sad Hill. Aujourd’hui, afin de protéger le site, une demande auprès du gouvernement, de reconnaissance du lieu comme bien culturel, est également en cours.

Ces deux exemples nous montrent, si cela était nécessaire, que le réel et le discours, la fiction ou le récit, entretiennent des rapports complexes. Il peut s’agir de manipuler le réel et de tromper à des fins politiques, mais ce mélange peut aussi produire des effets inattendus, non anticipés.

Précédemment, nous avions exploré la triche et le mensonge dans une journée d’études en 2016 (Perseil et al., 2017). Régulièrement, cette réflexion nous avait ramenés à la question de la vérité. En effet, le rapport entre triche et mensonge est délicat, faisant appel aux rôles que chacun peut jouer, autant qu’aux normes ou références à une situation idéale. Or la triche et le mensonge renvoient à une vérité, à un réel ou bien à une règle que chacun peut connaître, expérimenter ou définir. Cependant, aujourd’hui, ces références semblent plus contestées que jamais : le rapport avec la réalité apparaît ainsi plus lâche, notamment lorsqu’on évoque la post-vérité ou bien encore les faits alternatifs. Ces notions ont d’ailleurs pris une importance particulière suite au Brexit ou à l’élection présidentielle américaine de 2016, avec des discours « prenant des libertés » avec le réel et une multiplication de fake news. En tout état de cause, les réflexions autour de la triche et du mensonge nous ramènent à la question de la vérité, qui, elle-même, est indissociable de la fiction depuis l’antiquité (Schaeffer, 2005), mais ces discours relèvent aussi en partie de ce que l’on peut simplement qualifier de baratin (Frankfurt, 2006).

La fiction : nécessité d’une définition et d’un périmètre ?

Aujourd’hui, l’espace semble saturé de récits de toutes sortes, présents dans de nombreux champs de la vie et de l’activité humaine, et débordant largement du champ purement littéraire ou artistique. Tout cela occupe peut-être la place laissée par la rétractation des grands récits (Lyotard, 1979). Ces champs semblent très variés et diversifiés. On retrouve ainsi ces discours et récits dans les médias, la politique, les organisations, la publicité… Chacun est même invité à se mettre lui-même en récit par le biais des médias sociaux. De même, des disciplines comme l’histoire ou l’anthropologie s’assimilent parfois au champ de la fiction, alors qu’il s’agit au départ de pratiques discursives non fictionnelles (Schaeffer, 2005). Le récit fictionnel peut aussi se révéler être un moyen de construire du sens, pour qu’une action individuelle/collective soit rendue possible (Weick, 2001).

Les axes envisagés pour la journée de recherche

Le premier axe d’analyse proposé, sous un angle externe par rapport à la fiction, est de voir ce qui distingue celle-ci d’autres énoncés plus factuels. En retenant une vision étendue de la fiction, au-delà du roman et de la littérature, il s’agit de se demander dans quelle mesure les récits, ou d’autres dispositifs ou œuvres (Caïra, 2011 ; Schaeffer, 1999), peuvent être assimilés à des fictions et/ou comment ou quand deviennent-ils des fictions. Ainsi, il s’agira aussi de s’intéresser aux formes que prennent les fictions (propositions de typologie ?). Cette approche externe pose également la question des protagonistes engagés dans l’émission et la réception, mais aussi du chevauchement et de la limite entre le réel et la fiction (Lavocat, 2016). Le questionnement sur la nature de la rumeur, « révélée » vraie ou fausse, fondée ou infondée, partielle ou non, pourra aussi être abordé.

Le deuxième axe de réflexion consistera à adopter une perspective interne, pour se demander quelles sont les fonctions de ces récits, y compris dans une vision plus critique, comme Salmon (2007) le fait. La multiplication des récits sous forme de storytelling relève-t-elle par exemple d’un nouvel ordre narratif et constitue-t-elle autant de formes de dressage, de domestication, des savoirs et des désirs des individus ? Ce déferlement de récits prend à rebours une conception (européenne ?) de l’esprit qui ferait la part belle au raisonnement et à l’argumentation. Désormais, le récit utile, ainsi que l’on peut qualifier le storytelling, est partout : en politique, bien sûr, mais aussi dans l’entreprise, sur le marché, etc.  Se pose donc la question du sens, de l’utilisation, voire de l’instrumentalisation de ces fictions, autant de leur direction que de leur signification.

Enfin une troisième piste envisagée se demandera dans quelle mesure la fiction peut être considérée comme partie prenante de l’activité scientifique (Jablonka, 2014), en tant que méthode pédagogique mais aussi comme véritable outil de recherche. Le basculement entre le réel et la fiction semble être une force que la recherche ne peut ignorer comme source de fécondité pour son activité. Cette réconciliation permet sans doute de sortir d’une pensée uniquement rationnelle et faire une place à d’autres modalités de la connaissance et du savoir.

Toutes les propositions au-delà de ces trois axes proposés et de tous horizons disciplinaires seront bien évidemment étudiées.

Références

  • Besnier C. (2017) La vérité côté cour. Une ethnologue aux assises, La Découverte, Paris.
  • Caïra O. (2011) Définir la fiction, Editions de l’EHESS, Paris.
  • Eiseinhardt K. (1991) « Better stories and better constructs : the case for rigor and comparative logic », Academy of Management Review, vol. 16, N°3, p. 620-627.
  • Frankfurt H.G. (2006) De l’art de dire des conneries, 10/18, Paris.
  • Garçon F. (2006) Enquête sur le cauchemar de Darwin, Flammarion, Paris.
  • Gennette G. (1991) Fiction et diction, Seuil, Paris.
  • Goodman N. (1992) Manières de faire des mondes, Gallimard, Paris.
  • Grimand A. (2009) « De la fiction comme méthode de recherche légitime en gestion des ressources humaines ». Actes du XXème Congrès de l'AGRH Toulouse, 6/9 septembre
  • Jablonka I. (2014) L’histoire est une littérature contemporaine, manifeste pour les sciences sociales, Editions du Seuil, Paris.
  • Lavocat F. (2016) Fait et fiction, pour une frontière, Seuil, Paris.
  • Lyotard JF (1979) La condition post-moderne, Les éditions de minuit, Paris.
  • Mathieu L. (2013) Columbo, la lutte des classes ce soir à la télé, Textuel, Paris.
  • Perseil S., Pesqueux Y., Banaon C. Ben Mansour K. (2017) Un nouveau regard sur la triche et le mensonge, L’Harmattan, Paris.
  • Philips N. (1995) « Telling Organizational Tales : On the Role of Narrative Fiction in the Study of Organizations », Organization Studies, Vol. 16, n°4, p. 625-649.
  • Salmon C. (2007) Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, La Découverte, Paris.
  • Schaeffer (1999) Pourquoi la fiction, Seuil, Paris.
  • Schaeffer JM (2005) « Quelles vérités pour quelle fiction ? », L’Homme, vol 3 n°175-176, p°19-36.
  • Searle J. (1982) Sens et expression, Editions de minuit, Paris.
  • Taïeb E. (2001) « Persistance de la rumeur. Sociologie des rumeurs électroniques », Réseaux, vol. n° 106, no. 2, p. 231-271.
  • Théry J. (2011) « Une hérésie d’Etat. Philippe Le Bel, le procès des « perfides templiers » et la pontificalisation de la royauté française », Médiévales, n°60, p. 157-186.
  • Van Maanen J. (1995) « Style as thoery », Organization Science, Vol 6, n°1.
  • Weick K. (2001) Making sense of the organization, Blackwell Publishing.

Comité scientifique

  • Sophie Agulhon (Université Paris 8 Vincennes St-Denis),
  • François Garçon (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne),
  • Rémi Jardat (Université Paris-Est Créteil Val de Marne, IAE Gustave Eiffel),
  • Jean-Baptiste Legavre (Institut Français de Presse, Université Paris 2 Panthéon Assas),
  • Sonny Perseil (LIRSA / Cnam), Yvon Pesqueux (LIRSA / Cnam),
  • Benoît Petitprêtre (LIRSA / Cnam).

Calendrier et consignes

Les contributions, d’un calibrage compris entre 20 000 et 40 000 signes, seront rédigées en français et/ou en anglais en vue de leur publication dans une revue académique anglophone et/ou dans un ouvrage collectif édité en France.

Envoyez vos propositions de contribution (résumé de 4000 signes maximum)

avant le 1er mars 2018

à Sonny Perseil (jean.perseil@lecnam.net) et Benoit Petitprêtre (benoit.petitpretre@lecnam.net)

Notes

[1] https://theconversation.com/vu-du-moyen-age-philippe-le-bel-un-amateur-de-fake-news-79541

[2] http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2017/08/07/en-espagne-le-cimetiere-du-bon-la-brute-et-le-truand-renait-de-ses-cendres_5169452_4497186.html

Lieux

  • 291 rue Saint Martin
    Paris, France (75)

Dates

  • jeudi 01 mars 2018

Mots-clés

  • fiction, récit, discours, storytelling, sens, réel

Contacts

  • Benoit Petitpretre
    courriel : benoit [dot] petitpretre [at] lecnam [dot] net
  • Perseil Sonny
    courriel : sonny_pers [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Benoit Petitpretre
    courriel : benoit [dot] petitpretre [at] lecnam [dot] net

Pour citer cette annonce

« La réalité de la fiction ou des relations entre fiction, narration, discours et récit », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 21 novembre 2017, http://calenda.org/422830