AccueilQue reste-t-il du projet ? Approches, méthodes et enjeux communs

Que reste-t-il du projet ? Approches, méthodes et enjeux communs

What remains of projects? Approaches, methods and shared issues

XXe Rencontres internationales de l'Association pour la promotion de l’enseignement et de la recherche en aménagement et urbanisme (APERAU)

20th internation conference of the Association for the promotion of teaching and research in urban and regional planning (APERAU)

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Publié le mercredi 22 novembre 2017 par Elsa Zotian

Résumé

« Projet ». On se prendrait à rêver d’un monde existant sans ce terme aussi chargé de sens que mécaniquement reproduit et peu questionné. De quoi le projet n’est-il donc pas le nom, d’ailleurs ? Tantôt ou tout à la fois urbain, métropolitain, de développement (durable), de territoire, agricole, grand, structurant, multi-acteur, multi-dimensionnel, négocié, complexe, emblématique, etc, le projet ne manque pas de qualificatifs. De quoi le projet n’est-il donc pas le nom, d’ailleurs ? Un outil, une catégorie autant qu’un dogme, mais surtout une étonnante métaphore plurielle, dont l’incroyable succès tient entre autre à sa très grande plasticité.

Annonce

Présentation

Les Rencontres internationales en urbanisme de l’Association pour la Promotion de l’Enseignement et de la Recherche en Aménagement et Urbanisme (APERAU) rassemblent chaque année des chercheurs et des praticiens qui débattent des enjeux urbanistiques contemporains de l’aménagement des villes et des territoires, notamment lors du colloque international annuel de l’association. Internationale et francophone, celle-ci regroupe 41 institutions adhérentes au sein de trois sections régionales : Amérique du nord, Afrique et Moyen-Orient, Europe. L’APERAU représente l’un des réseaux scientifiques francophones les plus dynamiques, qui joue pleinement le jeu de la francophonie et des échanges multiculturels dans une thématique, la ville, et plus largement l’aménagement et le développement durable, un enjeu considérable à l’échelle planétaire. L’APERAU bénéficie du soutien de l’Agence Universitaire de la Francophonie et de l’association internationale des maires francophones.

Chaque année, ces rencontres sont organisées par un membre du réseau APERAU, à travers le monde francophone.  La  1ère édition s’est déroulée à Bordeaux en 1999. Lille a déjà accueilli les 7 èmes rencontres en 2005. Les dernières éditions ont eu lieu à Brest (2010), Constantine (2011), Lausanne (2012), Aix-en-Provence (2013), Montréal (2014), Rennes (2015), Bruxelles (2016) et Byblos (2017) au Liban.

L’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de Lille et le laboratoire TVES organisent la 20ème édition de ces rencontres internationales en urbanisme du 18 au 22 juin 2018, sur l’un des campus de l’Université de Lille, la Cité scientifique à Villeneuve d’Ascq.

Les 20èmes Rencontres internationales de l'APERAU, organisées par l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de Lille (IAUL) et le laboratoire Territoires, Villes, Environnement et Société (TVES EA 4477), mettront en question l’un des termes omniprésents dans le champ de l’urbanisme, de l’aménagement, de la recherche urbaine : le projet. L’objectif sera à nouveau de faire dialoguer à cette occasion les universitaires, les praticiens, les mondes du privé, les institutions publiques, le grand public.

Argumentaire

« Projet ». On se prendrait à rêver d’un monde existant sans ce terme aussi chargé de sens que mécaniquement reproduit et peu questionné. De quoi le projet n’est-il donc pas le nom, d’ailleurs ? Tantôt ou tout à la fois urbain, métropolitain, de développement (durable), de territoire, agricole, grand, structurant, multi-acteur, multi-dimensionnel, négocié, complexe, emblématique…le projet ne manque pas de qualificatifs. De quoi le projet n’est-il donc pas le nom, d’ailleurs ? Un outil, une catégorie autant qu’un dogme, mais surtout une étonnante métaphore plurielle, dont l’incroyable succès tient entre autre à sa très grande plasticité.  

Renouvellement

Métaphore, le projet l’est d’abord de l’injonction à la dynamique, au mouvement, tenant à la valorisation sociale de la flexibilité. (Se) mettre en projet : sa très forte valorisation traduit l’impératif constant de renouvellement du capitalisme dans ses phases successives de valorisation et de dévalorisation des espaces. Efficace métaphore de l’injonction au renouvellement au point de faire oublier derrière ses promoteurs le fait qu’il puisse aussi être synonyme de survie dans certains espaces et territoires.

Conditions de l’action

Métaphore également brillante, par ailleurs, le projet l’est aussi des nouvelles conditions de l’action, que cette action soit urbaine ou plus largement collective. Son pouvoir est de venir effacer les caractéristiques d’une action dominée par la fragmentation (des acteurs, des enjeux…), les divergences d’intérêts et de temporalités propres à la gouvernance comme processus instable. Plus encore en urbanisme, le projet sous un registre « pragmatique », est une des manières de sublimer ou (se) rassurer face à un contexte de très fortes contraintes économiques exigeant d’avancer avec prudence, défiance, d’agir dans un contexte instable, en situation critique. Derrière le projet comme processus permanent se dégage davantage une figure de style incantatoire permettant d’euphémiser ou de conjurer la généralisation des conditions imposées par des crises successives, dissimilant les épreuves de la construction de « communs », les incertitudes de conjoncture économique, l’instabilité croissance des conditions de l’action, autant que la vie sociale.

Jeux de périmètre(s)

Autre  métaphore,  là  encore,  d’une  bonne  échelle  en  quelque  sorte  spontanée  dont le champ de l’urbanisme et de l’aménagement n’est pas exempt. Il est de coutume de lui prêter les vertus espérées du « local » et d’une « proximité » qui se serait enfin affranchie d’une culture jugée autoritaire et surplombante de la planification étatique. Telle cette légende couramment reproduite dans le petit monde de l’urbanisme, qu’à une ère forcément dictatoriale de la planification top-down aurait succédé l’ère heureuse de «l’urbanisme de  projet » de type bottom-up celle-ci étant même désormais en passe à son tour d’être périmée à en croire les prophéties technophiles circulant autour du numérique. Mort du projet et règne du tactique, pourraient-on paraphraser, illustrant l’avènement de ses formes « participatives », « collaborative », « co-productives ».  Projeter c’est d’abord découper : le « projet » renverrait alors à ce petit monde enchanté du local, échelle spontanée parce que périmétrée (en ZAC, en plan de zone…) de par une vieille récurrence du zonung allemand du 19ème siècle dont les champs professionnels ont le secret. Projeter, c’est aussi avoir la prétention d’organiser le territoire, à travers des outils de planification, normatifs et réglementaires, mais aussi prospectifs et projectuels, supports du
débat local et qui donnent aussi à voir ce territoire. Le projet de territoire devient alors en soit un support de mobilisation pour ses acteurs, où le processus devient au moins aussi important que les représentations.

Certification

Dans ces temps d’un urbanisme que l’on dit plus ménageur qu’aménageur, animateur plutôt que concepteur, dans un cadre plus large de constellation post-idéologique –, injonction avant d’être un outil, un cadre d’action voire une méthode, le projet s’est aussi fait gage de certification d’un enseignement. Jouant de son ambiguïté autant que de sa proximité avec « l’objet », ou produit architectural (mais aussi paysager), le projet s’exprimerait et s’évaluerait donc sous ses méthodes, ainsi que, là encore, ses figures, images, de représentations. Derrière lui se dégageraient des compétences à lire, analyser, raconter des histoires de territoires autant qu’à les (re-)concevoir, brouillant les frontières entre paysage, projet territorial, urbanisme…autant qu’engageant des rivalités entre disciplines.

Axes de communication

Derrière ces quelques premières et plutôt vertigineuses occurrences des figures de style exprimées par le projet, cinq questionnements peuvent être dégagés.

Axe 1 : Projet en partage, partage sans projet : dimension sociale et territoriale du projet

Projet en partage, partage comme projet, partage sans projet : quelle est la dimension
sociale du projet ? Comment pense-t-on le partage avant le projet, quels acteurs sociaux y participent, quand en sont-ils absents ? Ces éléments peuvent indiquer la direction que prendra le projet et augurer de ses effets. Et quels effets ? Effets de sens, effets de pouvoir, effets sociaux et décalages effectifs entre objectifs affichés et réalités sociales parfois tenaces ? Au nord comme au sud, pour mettre en œuvre le projet les moyens sont variés, les outils sont divers, de la suggestion à la contrainte,  des « bonnes pratiques »  aux processus autoritaires.

Axe 2 : Cadres, pratiques et processus

Dans le champ de la production dite « opérationnel » domine toujours le « mode pro -
jet  ».  A  côté  de  celui-ci,  un  certain  nombre  de  thématiques  constituent  régulièrement les  attracteurs  de  la  fabrique  urbaine  et  des  territoires,  comme  le  temporaire,  le  transitoire, sous l’effet de nouveaux facteurs très différents les uns des autres (contexte de récession  économique,  exilés,  érosion  littorale…).  Quels  sont  aujourd’hui  les  statuts  du projet  ?  Reste-t-il  un  mode  opératoire  de  conception,  d’intervention,  de  programmation ou de gestion des territoires ? Constitue-t-il un cadre ou une séquence d’un processus ? Quelles en sont les caractéristiques et mutations en particulier dans une période qui  voit  revenir  la  prospective  et  les  études  ?    Comment  s’y  imposent  des  standards  ? 

Axe 3 :  Enseigner le projet ou par projet

L’aménagement-urbanisme est parfois défini comme une science de l’action et de la conception relative aux villes et aux territoires, mais il constitue aussi un champ disciplinaire vers lequel convergent de nombreuses disciplines. Son identité est aussi fortement déterminée par la formation aux métiers pour lesquels la dimension du projet occupe une centrale aussi bien comme objet que comme méthodologie. Il s’agit à la fois d’enseigner le projet (urbain, de territoire…) et d’enseigner par le projet (ateliers, réponses à des commandes « grandeur nature »…). Quelles méthodes mobiliser ? A quels outils recourir ? Comment combiner les savoirs ? Avec quelles adaptations face aux nouvelles technologies ? Comment évaluer les apports du projet et à quels stades ? Mais aussi, quelles sont les limites de l’apprentissage par projet face à d’autres approches (apprentissage par résolution de problème – problem-basedlearning ; ou par études de cas – case-basedlearning) ? Quelle place donner
aux ateliers dans les programmes des formations ? Le projet peut-il même s’enseigner ? Quel contenu mettre derrière l’idée de conception, qui distingue l’urbaniste de l’architecte ? Autant de pistes de réflexions qui permettront aux enseignants et praticiens de confronter leurs points de vue.

Axe 4 :  Numérique : quelles intelligences du projet ?

Les univers de la conception, de la gestion, de l’aménagement ne sont par restés étanches à la numérisation grandissante de nos environnements, urbains tout particulièrement. Big data, Smart city, jeux à réalité augmentée, généralisation du BIM, etc. En quoi l’usage du numérique est-il venu modifier certaines pratiques autant que la manière même de concevoir l’espace, d’en produire les connaissances par et pour le projet ? Dans quelle(s) mesure(s) les pratiques vidéo-ludiques contribuent-elles à l’acceptabilité sociale de ces villes numérisées et de ces projets, soutenus et promus tant par la puissance publique que par de puissants groupes privés?

Axe 5 : Adaptation, résilience, réversibilité, transition :  de nouveaux enjeux pour le projet ?

Le projet se trouve bouleversé par de nouveaux impératifs écologiques, juridiques et sociaux invitant à la durabilité à l’échelle internationale, européenne (Paquet Energie Climat) et nationale (ex. en France, lois POPE 2, Grenelle 1 & 2 ou relative à la transition énergétique pour la croissance verte). Leur traduction selon de nouveaux objectifs à atteindre ou de nouvelles normes ont des incidences sur les pratiques de l’aménagement et de l’urbanisme et sur la nature séquentielle du projet. Ainsi, le projet se trouve de plus en plus complexifié par l’évolution des problématiques urbaines et environnementales et par le besoin de répondre à l’articulation des enjeux globaux et locaux ou encore à des besoins de structuration et d’évaluation des démarches de projet. La thématique des « transitions » (écologique, sociale…) accompagne-t-elle la généralisation d’une inflexion du projet vers la préfiguration comme nouveau mode opératoire ? La notion même a-t-elle encore du sens ou n’est-elle plus qu’une fiction, lorsque domine la vulnérabilité, l’inégalité, l’instabilité, l’incertitude ?  Le projet n’apparaîtrait-il pas comme une opportunité à saisir pour engager les villes sur le chemin de la transition énergétique ? A l’image de la transition, quelles sont les nouvelles figures de l’action, quelles sont les méthodes qui s’imposent en parallèle du projet (résilience, adaptation…) ?

Conditions de soumission

Les personnes qui souhaitent soumettre une proposition de contribution devront se rendre sur le site https://aperau2018.sciencesconf.org et remettre :

  • un résumé en français et un résumé en anglais de 1 000 caractères espaces compris chacun, assortie 3 à 6 mots clés en français et en anglais.
  • un résumé long (en français) de 10 000 à 15 000 signes espaces compris, ainsi qu'une bibliographie avec 5 à 10 références (appelées dans le résumé long).

En utilisant le formulaire proposé.

Date limite de réceuption des propositions : lundi 22 janvier 2018

Web : https://aperau2018.sciencesconf.org

  • Réponse fin février – début mars 2018
  • Colloque : Université de Lille, 18 au 22 juin 2018

Comité d'organisation

  • Pauline BOSREDON, IAUL, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Élodie CASTEX, IAUL, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Philippe DEBOUDT, IAUL, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Frédéric DUMONT, IAUL, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Marc DUMONT, IAUL, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Annette GROUX, IAUL, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Christine LIEFOOGHE, IAUL, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Ana Maria MELO, Relations Internationales, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Philippe MENERAULT, IAUL, Professeur, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Didier PARIS, IAUL,Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Maryvonne PREVOT, IAUL,Laboratoire TVES EA 4477 Université de Lille
  • Helga SCARWELL, IAUL,Laboratoire TVES, Université de Lille
  • Guillaume SCHMITT, Laboratoire CALHISTE EA 4343, Université de Valenciennes et du
  • Hainaut Cambrésis

Comité scientifique

  • Sabine BARLES (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • Samia BENABBAS (Université de Constantine)
  • Pauline BOSREDON (Université de Lille)
  • Élodie CASTEX (Université de Lille)
  • Naima CHABI-CHEMROUK (Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme, Alger)
  • Philippe DEBOUDT (Université de Lille)
  • Bernard DECLÈVES (Université Catholique de Louvain)
  • Alexandre DINIZ (Université Pontificale Catholique du Minas Gerais)
  • Nicolas DOUAY (Université Paris Diderot)
  • Frédéric DUMONT (Université de Lille)
  • Marc DUMONT (Université de Lille)
  • Hervé FLANQUART (Université du Littoral Côte d’Opale)
  • Annette GROUX (Université de Lille)
  • Carine HENRIOT (Université Technologique de Compiègne)
  • Christine LIEFOOGHE (Université de Lille)
  • Divya LEDUCQ (Université François Rabelais, Polytech Tours)
  • Philippe MENERAULT (Université de Lille)
  • Gilles NOVARINA (Université Grenoble Alpes),
  • Sylvie PARÉ (Université du Québec à Montréal)
  • Didier PARIS (Université de Lille)
  • Florence PAUILLAC (Université du Québec à Montréal)
  • Pascale PHILIFERT (Université Paris Nanterre),
  • Maryvonne PRÉVOT (Université de Lille)
  • Lionel PRIGENT (Université de Bretagne Occidentale)
  • Helga SCARWELL (Université de Lille)
  • MichelMax RAYNAUD (Université de Montréal)
  • MarcusZEPF (Université Paris Est Marne la Vallée)

Comité d'organisation administratif

  • Elsa DELFORT, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Nadège DEVAUX, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille
  • Colette MORICE, I.A.U.L., Université de Lille
  • Christine VANDENBOSCH, Laboratoire TVES EA 4477, Université de Lille

Lieux

  • Campus cité scientifique - Université de Lille
    Villeneuve-d'Ascq, France (59)

Dates

  • lundi 22 janvier 2018

Mots-clés

  • APERAU, urbanisme, aménagement, projet, processus, territoire, enseignement, numérique, adaptation, résilience

Contacts

  • Didier Paris
    courriel : didier [dot] paris [at] univ-lille1 [dot] fr
  • Philippe Deboudt
    courriel : philippe [dot] deboudt [at] univ-lille1 [dot] fr
  • Colette Morice
    courriel : colette [dot] morice [at] univ-lille1 [dot] fr

Source de l'information

  • Philippe Deboudt
    courriel : philippe [dot] deboudt [at] univ-lille1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Que reste-t-il du projet ? Approches, méthodes et enjeux communs », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 22 novembre 2017, http://calenda.org/423128