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Le patrimoine religieux dans les Afriques

The religious heritage of the Africas - heritage and religious mobilisation through the mirror

Mobilisations patrimoniales et religieuses en miroir

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Publié le mardi 28 novembre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque interrogera la fabrique du patrimoine religieux dans les Afriques. Depuis la fin des années 1970, le patrimoine s'entend comme « une notion (…) qui couvre de façon nécessairement vague tous les biens, tous les “trésors” du passé » (Babelon et Chastel 1980). Le patrimoine n’est plus seulement monumental : il se démultiplie et se décline de mille et une manières. Ainsi les Afriques sont-elles traversées par des mouvements multiples qui mobilisent leurs acteurs sociaux autour de questions aussi diverses que patrimoine religieux et identité ethnico-raciale, patrimoine religieux et imaginaire national, mise en patrimoine de lieux saints, d’archives locales et orales, patrimoine religieux et arts contemporains, patrimoines religieux immatériels, patrimoine religieux et plateformes numériques, mais également un refus iconoclaste des mises en patrimoine du religieux par certains mouvements fondamentalistes.

Annonce

Argumentaire

Ce colloque interrogera la fabrique du patrimoine religieux dans les Afriques. Cette question d’éclaircissement s'impose du fait que le patrimoine s'entend de nos jours comme « une notion toute récente, qui couvre de façon nécessairement vague tous les biens, tous les ‘trésors’ du passé », comme le notaient pertinemment Babelon et Chastel [1980]. Or auparavant, la notion de patrimoine et plus spécifiquement de patrimoine religieux rimait avec architecture monumentale, notamment dans les sociétés européennes, continuant d'y évoquer et d'y célébrer l'époque des affinités électives entre pouvoir divin et monarchie. Depuis la fin des années 1970, le patrimoine n’est plus seulement monumental : il se démultiplie et se décline de mille et une manières. Ainsi les Afriques sont-elles traversées par des mouvements multiples qui mobilisent leurs acteurs sociaux autour de questions aussi diverses que patrimoine religieux et identité ethnico-raciale, patrimoine religieux et imaginaire national, mise en patrimoine de lieux saints, d’archives locales et orales, patrimoine religieux et arts contemporains, patrimoines religieux immatériels, patrimoine religieux et plateformes numériques, mais également un refus iconoclaste des mises en patrimoine du religieux par certains mouvements fondamentalistes.

Ce colloque sera donc un espace de discussion pour scruter les différentes déclinaisons du patrimoine du religieux. Les communications les analyseront les unes en relation aux autres, leur sens ne pouvant être saisi que de manière globale. Pour ce faire, le colloque visera à rendre compte, en relation avec les expériences patrimoniales du religieux, du régime d’historicité qui configure l’ordre contemporain du temps.

François Hartog [2003] analyse les crispations identitaires et les processus de mise en patrimoine des cultures matérielles et immatérielles comme un signe des temps ou plutôt, pour reprendre sa formulation, d’un nouveau régime d’historicité. Il nomme ce dernier régime  « présentisme" : les événements du passé ne sont plus mémorisés à l’échelle d’un pays par des monuments commémoratifs afin de construire le futur, mais à travers une multitude d’éléments mis en patrimoine pour se prémunir d’un futur incertain et vivre le présent. Le patrimoine s’articule désormais à la question de la mémoire comme témoignage.

Dans cette nouvelle configuration, alors que les frontières s’effacent grâce notamment aux nouvelles technologies, permettant à chacun d’accéder à l’universel et au mondial, les patrimoines se démultiplient et se décentralisent : culturel, de proximité, naturel (paysage), vivant (animaux et végétaux), immatériel (savoir-faire et folklore), génétique, éthique, etc. Les grandes créations y sont intégrées, tout comme les œuvres modestes, les valeurs, les témoignages. Aux mémoires nationales et universelles s’ajoutent les mémoires partielles, sectorielles et particulières. Les lois nationales sont encadrées par une série de chartes internationales : d’Athènes (1931), de Venise (1964), de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), visant à la protection du patrimoine culturel et naturel (1971) et désormais aussi immatériel (2001). Les États se font les promoteurs de la sauvegarde et de la préservation de ce qui appartient désormais au patrimoine de l’humanité. Le rôle des organismes internationaux devient central comme en témoigne, par exemple, l’inclusion en 2005 des danses et chants des masques Gèlèdé du Bénin dans le patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.

En quoi le tournant patrimonial touche-t-il le religieux dans des formes non conventionnelles et non monumentales ? Pour y répondre les intervenants seront invités à privilégier au moins deux axes.

(1) La question du ré-enchantement du monde. L’effervescence religieuse qui a accompagné, notamment dans un certain nombre de pays du Sud, les transitions politiques vers une démocratisation à l’occidentale a, dans un premier temps, pu faire penser que le désenchantement du monde annoncé par Max Weber était en train d’être contredit. De même que l’analyse de Marcel Gauchet [1985] du christianisme comme la religion de la sortie de la religion : à l’inverse, une re-sacralisation semblait s’opérer au vu du retour de ce christianisme sur la scène publique un peu partout dans le monde. André Mary [2000, p. 281] parle de « ré-enchantement postmoderne des métissages » dans son analyse de la fabrique chrétienne des identités africaines. Patrick Michel [1994] quant à lui évoque un ré-enchantement du politique via l’instrumentalisation du religieux, qui comme cet auteur le souligne [1994, p. 40] « devient, en situation de recomposition globale, l’un des lieux privilégiés du politique ». Mais le monde a-t-il jamais été désenchanté en Afrique ? Stephen Ellis et Gerrie ter Haar [2004] sont de ceux qui soulignent la centralité pérenne du religieux en Afrique : si le religieux fut un temps moins visible, il est resté tout ce qu'il y a de plus primordial, par-delà son apparence d'invisibilité. Le colloque interrogera, au travers de l'objet patrimoine, la pluralité des formes du retour du religieux à une plus grande visibilité, en explorant continuités, ruptures et réinventions.

(2) La question de la participation citoyenne par le prisme du religieux. Dans ce contexte historique, au-delà d’une certaine dialectique qui oppose mouvements réformistes universalistes et cultes polythéistes et néo-traditionalistes, l’espace de la société civile s’ouvre également aux formations religieuses non universalistes afin de questionner leur rôle social, d’y affirmer leur spécificité en termes raciaux ou ethniques, selon le contexte, et enfin de s’inclure dans le débat autour de la démocratie participative, en particulier dans les sociétés précédemment muselées par des gouvernements autoritaires.

Programme

Vendredi 9 décembre

  • 9:00-9:30 Accueil des invités et ouverture officielle par Eric Jolly, directeur de l’IMAF
  • 9:30-11:00 Kadya Tall, IRD-IMAF Introduction
  • Conférence d'ouverture : Souleymane Bachir Diagne, Columbia University, Y a-t-il un sens à parler d’un patrimoine islamique ouest-africain ?

Pause café

  • Ramon Sarro, University of Oxford, Patrimoine chrétien et prophétisme kongo au nord de l’Angola
  • Marie Miran-Guyon, EHESS-IMAF, L’enchantement et la discipline. Patrimonialisation protéiforme du prophétisme « Papa Nouveau » en Côte d’Ivoire
  • Aboubacar Adamou, Université Abdou Moumouni de Niamey, Niger, La mosquée d’Agadez, élément central du premier bien culturel nigérien inscrit sur la liste du patrimoine mondial
  • Cheick Anta Babou, University of Pennsylvania, La patrimonialisation de la mouridiyya au Sénégal : Le magal comme espace

Pause café

  • Maud Lasseur, PRODIG, Accès à l’espace et à la patrimonialisation : les lieux cultuels en contexte urbain camerounais
  • Jean-Marie Bouron, IMAF, De briques et de tôles. Les enjeux idéels et matériels des édifices missionnaires en Afrique de l’Ouest

Cocktail dînatoire 17:30-19:00

Samedi 9 décembre 2017

  • Romuald Tchibozo, Université d’Abomey Calavi, Bénin, Esthétisation différenciée d’un patrimoine religieux : le cas du Gèlèdè au Bénin
  • Eric Jolly, CNRS, directeur de l’IMAF, De la stigmatisation à la patrimonialisation du hogon, chef politico-religieux des Dogon (Mali)

Pause café

  • Gaetano Ciarcia, CNRS-IMAF, Les origines missionnaires d’un héritage culturel contemporain. L’œuvre filmique et éditoriale du père Francis Aupiais au Dahomey
  • Ferdinand de Jong, University of East Anglia, The Forbidden Gaze: Enchanted Photographs of Cheikh Amadou Bamba
  • Carlo Celius, CNRS-IMAF, Art, religion et patrimoine en Haïti
  • Carine Plancke, Université de Gand, Sacraliser la Rwandicité : Mobilisations politiques de l’héritage dansé dans le Rwanda de l’après génocide

Pause café

  • Alice Degorce, IRD-IMAF, Ludovic Kibora, INSS-CNRST, Ouagadougou, Burkina Faso, Patrimonialisation et chanson populaire catholique au Burkina Faso
  • Alice Atérianus-Owanga, Université de Lausanne, Des musiciens dans « l’arène patrimoniale ». Création musicale et patrimonialisation des rites initiatiques au Gabon

17:00-17:30 : Synthèse des journées

Lieux

  • Columbia Global Center Reid Hall - 4 rue de Chevreuse
    Paris, France (75006)

Dates

  • vendredi 08 décembre 2017
  • samedi 09 décembre 2017

Mots-clés

  • patrimoine, religion, art, monument, immatériel, Afrique

Contacts

  • Kadya Tall
    courriel : Kadya [dot] Tall [at] ehess [dot] fr
  • Marie Miran
    courriel : Marie [dot] Miran [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Marie Miran-Guyon
    courriel : Marie [dot] Miran [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le patrimoine religieux dans les Afriques », Colloque, Calenda, Publié le mardi 28 novembre 2017, http://calenda.org/423246