AccueilLa Grande Guerre des gens « ordinaires ». Correspondances, récits, témoignages

La Grande Guerre des gens « ordinaires ». Correspondances, récits, témoignages

The Great War of “ordinary” people. Correspondences, narratives, testimonies

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Publié le mardi 28 novembre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque prend pour objet d’étude les carnets de guerre, journaux intimes, correspondances, testaments etc., laissés par les femmes, les hommes, les enfants « ordinaires » pris dans la tourmente de la guerre, mais aussi les mémoires et récits laissés, au-delà de 1918, par ou sur eux, témoignant a posteriori de la vie d’après, décrivant l’expérience quotidienne, le parcours du deuil, la reconstruction. Il s’interroge aussi sur les traces laissées par ces archives dans les récits collectifs.

Annonce

Université Paul-Valéry Montpellier, 15-16 juin 2018

Site Saint-Charles, salle des colloques 2

Argumentaire

Le Centenaire de la Grande Guerre a suscité de vastes collectes d’archives. La plateforme Europeana 14-18 compte à présent près d’un million de ressources numérisées ; prévue pour durer quelques semaines, la Grande Collecte a rencontré un tel succès qu’elle se poursuit encore, quatre ans après son lancement en novembre 2013. Des initiatives plus spécialisées ont rassemblé les correspondances des familles peu lettrées (projet Corpus 14, labellisé Mission Centenaire), ou encore les testaments de soldats (projet Testaments de guerre des Poilus parisiens : 1914-1918). En 2018, la Révolution numérique met à disposition des chercheurs et du grand public un trésor d’archives jusqu’ici inaccessibles (projet Cendari, Feldpost, Letters from the First World War 1916-1916, par exemple).

On peut dès lors faire l’hypothèse que le Centenaire marque un tournant qui ne tient pas seulement à la symbolique des dates. Les archives inédites qui ont été découvertes débordent désormais le patrimoine privé, familial : elles deviennent un bien commun (Roynette, Siouffi, Steuckardt, 2017) ; et leur publicisation revêt un caractère de nouveauté singulier lorsqu’elles émanent de ces « gens ordinaires », mis en lumière à partir des années soixante par la vogue des récits de vie comme par les recherches anthropologiques et sociologiques (Bourdieu, 1993), linguistiques ou littéraires. Parfois nommés « les anonymes », « les sans-grade » (Descamps, 2005) – voire les « sans » tout court (Guilhaumou, 1998) –, ces « gens ordinaires » sont d’abord catégorisés par ce qu’ils ne sont pas : l’élite ; à défaut d’être définis, ils ont bénéficié de l’attention des historiens (par exemple, Caffarena, 2005 ; Cazals, 2003, 2013, Rousseau, 2011), des sociolinguistes et analystes de discours (Branca-Rosoff, 1994 ; Martineau, 2012 ; Rutten, Van der Wal, 2014 ; Steuckardt, 2015), ou encore des écrivains, qui, comme Pierre Michon avec ses Vies minuscules, Annie Ernaux ou Jean Echenoz - pour la seule littérature française contemporaine - en ont esquissé, après Barbusse, Céline ou Giono, la représentation littéraire.

Que nous apprennent alors les écrits, désormais aisément accessibles, des gens ordinaires de la Grande Guerre ? Quelles sont leurs spécificités, dans leur appropriation de la langue et des genres discursifs, mais aussi dans le témoignage qu’ils donnent de l’événement ? En quoi diffèrent-ils de ceux des élites lettrées (Allorant & Résal, 2014) ? En quoi leur ressemblent-ils (Vidal‑Naquet, 2014) ? Modifient-ils aujourd’hui notre perception de l’événement ? Comment contribuent-ils à construire, pour les nouvelles générations, la mémoire de la Grande Guerre ? Dans quelle mesure dessinent-ils une autre histoire de la langue française ?

Écritures du « quotidien » (de Certeau, 1980), du « for privé » (projet Les écrits du for privé, de la fin du Moyen‑Âge à 1914 et Ruggiu, 2014), de l’intime (projets First Person Writings in European Context ; Letters as Loot), de la subjectivité, des émotions, constructions et reconstructions langagières du souvenir, de la mémoire, des histoires et de l’Histoire : autant de pistes pour entrer dans ces textes, et interroger cette qualité d’« ordinaire » dont les guillemets signalent l’approximation. « Le monde de la vie quotidienne s’offre […] à la fois comme un ordre centré (« normal »), où l’attendu domine, et comme un système à la marge, où il y a toujours place pour de l’inattendu : c’est-à-dire que tradition et innovation y sont en confrontation permanente. De ce point de vue, le quotidien, ce n’est pas exactement la même chose que l’ordinaire, c’est-à-dire un ensemble systématique de pratiques soumises à des régularités figées : le quotidien est en effet exposé en permanence au risque de l’irrégularité, qui, sans transition, le fait basculer dans l’extraordinaire » (Macherey, 2005) :  dans quelle mesure la pratique quotidienne de l’écrit pendant la première guerre mondiale nous donne‑t‑elle à voir les puissances de l’irrégularité ou le basculement dans l’extraordinaire ?

Écritures du passé, ces archives composent un instantané, source d’informations pour la didactique de l’écrit et l’histoire de son enseignement (Prost, 1968 ; Bishop 2006 ; Chervel 1992, 2006 ; David, 2011 ; Doquet 2012 ; Garcia‑Debanc, 2016 ; Plane, 2016) : quelles sont leurs caractéristiques linguistiques et scripturales ? Que disent-elles de l’enseignement de l’écriture et des usages particuliers de l’écrit en temps de guerre (Fraenkel, Mbodj, 2010) ? 

Ces écrits rendent compte de la Grande Guerre, par le biais, non pas de l’histoire hors du commun des héros, mais de l’histoire du commun des hommes et des femmes. À côté des documents historiques et des récits de fiction travaillés dans les classes, en français comme en histoire (Masseron 1991 ; Reuter, 2007 ; Jaubert et alii, 2014), comment sont ou pourraient être exploités ces écrits d’archives, à l’école, au collège ou au lycée ? En quoi l’étude de ces écritures épistolaire, diaristique, autobiographique peut-elle enrichir le regard des élèves sur les questions de genres, d’énonciation, de structuration textuelle, de lexique ou de supports de l’écriture ? En quoi ces écrits des gens ordinaires de la Grande Guerre suscitent-ils chez les élèves une appréhension spécifique de l’écriture, de la langue et du passé ? Selon quelles transversalités et pour quelles finalités ?

Ce colloque prend pour objet d’étude les carnets de guerre, journaux intimes, correspondances, testaments etc., laissés par les femmes, les hommes, les enfants « ordinaires » pris dans la tourmente de la guerre, mais aussi les mémoires et récits laissés, au-delà de 1918, par ou sur eux, témoignant a posteriori de la vie d’après, décrivant l’expérience quotidienne, le parcours du deuil, la reconstruction. Il s’interroge aussi sur les traces laissées par ces archives dans les récits collectifs.

Partant d’un matériau langagier, il s’adresse à tous les analystes du texte – linguistes, littéraires, historiens –, aux spécialistes des archives et des humanités numériques, relais essentiels pour la transmission contemporaine de ces documents, et, conjointement, aux didacticiens, qui prennent appui sur ces nouveaux vecteurs de transmission pour faire mémoire de la Grande Guerre.

Modalités de participation

Les langues du colloque seront le français et l’anglais.

Une sélection des communications fera l’objet d’une publication.

Calendrier

  • Soumission des propositions : à compter du 1er novembre 2017
  • Date limite de réception des propositions : 15 janvier 2018

  • Notification d'acceptation : 1er mars 2018
  • Publication du programme : 30 mars 2018

Modalités de soumission

Les propositions, comprendront un titre, les noms et qualités de leurs auteurs, un résumé de 500 mots maximum, bibliographie incluse ; elles préciseront le type de ressources utilisées, ainsi que leur accessibilité. Elles seront envoyées à l’adresse suivante : colloque3go@univ-montp3.fr

Conférenciers invités (confirmés)

  • Pierre Allorant (Université d’Orléans) ;
  • Rémy Cazals (Université de Toulouse) ;
  • France Martineau (Université d’Ottawa) ;
  • Odile Roynette (Université de Franche-Comté)

Comité d’organisation

  • Agnès Steuckardt, Université Montpellier 3 ;
  • Corinne Gomila, Université de Montpellier ;
  • Chantal Wionet, Université d’Avignon

Comité scientifique (confirmé)

  • Pierre Allorant, Université d’Orléans ;
  • Nathalie Auger, Université Montpellier 3 ;
  • Hélène Blondeau, Université de Floride ;
  • Marie-France Bishop, Université de Cergy-Pontoise ;
  • Sonia Branca-Rosoff, Université de la Sorbonne Nouvelle ;
  • Fabio Caffarena, Université de Gênes ;
  • Rémy Cazals, Université de Toulouse ;
  • Florence Clavaud, École nationale des Chartes ;
  • Jacques David, Université de Cergy-Pontoise ;
  • Claire Doquet, Université de la Sorbonne Nouvelle ;
  • Gerhard Ernst, Université de Regensburg ;
  • Jacques Guilhaumou, CNRS ;
  • Claudine Garcia-Debanc, Université de Toulouse ;
  • Sybille Grosse, Université de Heidelberg ;
  • France Martineau, Université d’Ottawa ;
  • Caroline Masseron, Université de Lorraine ;
  • Christine Nougaret, École nationale des Chartes ;
  • Sylvie Plane, Université Paris Sorbonne ;
  • Frédéric Rousseau, Université Montpellier 3 ;
  • Odile Roynette, Université de Franche-Comté ;
  • Gilles Siouffi, Université Paris Sorbonne ;
  • Clémentine Vidal-Naquet, Université de Picardie

Références bibliographiques

ALLORANT, Pierre, RESAL, Jacques (2014). Femmes sur le pied de guerre. Villeneuve d’Ascq : Presses du Septentrion.

BARDET, Jean-Pierre, RUGGIU, François-Joseph (dir.) (2014). Les écrits du for privé en France de la fin du Moyen Âge à 1914, Paris : Éditions du CTHS.

BRANCA-ROSOFF, Sonia, SCHNEIDER, Nathalie (1994). L’écriture des citoyens. Une analyse linguistique des peu-lettrés pendant la période révolutionnaire. Paris : Klincksieck.

BRANCA-ROSOFF, Sonia (1990). « Conventions d'écriture dans la correspondance des soldats », Mots, Paroles de la grande guerre, n° 24, 21-37.

BISHOP, Marie-France (2006).  « Les écritures de soi à l’école primaire : bref historique d’un genre scolaire », Repères, n°31, 21-40.

CAFFARENA, Fabio (2005). Lettere della Grande Guerra. Scritture del quotidiano, monumenti della memoria, fonti per la storia. Il caso italiano. Milano : Unicopli.

CAZALS, Rémy (2003). Préface et notes, avec Nicolas Offenstadt, « Si je reviens comme je l'espère » : Lettres du front et de l'arrière, 1914-1918, Paris : Grasset.

CAZALS, Rémy (2013). 500 témoins de la Grande Guerre, Moyenmoutier : Éditions pyrénéennes / Edhisto.

CERTEAU, Michel de (1990). L’invention du quotidien. Paris : Gallimard.

CHERVEL, André (1992). « Devoirs et travaux écrits des élèves dans l’enseignement secondaire du XIXe siècle. Une source non exploitée : les enquêtes ministérielles et rectorales », Histoire de l’éducation, vol. 54, 13-38.

CHERVEL, André (2006). Histoire de l’enseignement du français du XVIIe au XXsiècle. Paris : Retz.

DAVID, Jacques (2011). « Quels apports linguistiques pour l’enseignement-apprentissage de la litéracie ? », J.‑L. Chiss, H. Merlin-Kajman & C. Puech (dir.), Le français, discipline d’enseignement : histoire, champ et terrain, Paris : Riveneuve éditions, 149-168.

DESCAMPS, Florence (2005). L’historien, l’archiviste et le magnétophone : De la constitution de la source orale à son exploitation. Paris : Institut de la gestion publique et du développement économique.

DOQUET, Claire (2013). « Ordre scriptural et boucles (méta)énonciatives : remords, reprises, retours dans l’écriture », S. Branca, C. Doquet, J. Lefebvre, E. Opperman, F. Sitri (éds), L’Hétérogène à l’œuvre. Mélanges offerts à Jacqueline Authier-Revuz. Limoges, Lambert-Lucas, 80-93.

ECHENOZ, Jean (2012). 14. Paris : Minuit.

ERNAUX, Annie (2011), Écrire la vie. Paris : Gallimard, collection « Quarto ».

FRAENKEL, Béatrice, MBODJ-POUYE, Aïssatou (2010). « Les New Literacy studies, jalons historiques et perspectives actuelles », Langage et société, n° 133, 7-24.

GARCIA-DEBANC, Claudine (2016). « Les recherches en didactique du français langue première sur l’enseignement de la production écrite de 1974 à 2014 dans les revues Pratiques et Repères : consensus, controverses et points aveugles », Pratiques, n° 169-170 (en ligne, consulté le 01/09/2017).

GUILHAUMOU, Jacques (1998). La parole des sans. Paris : ENS éditions.

HÄMMERLE, Christa (dir.) (1995). Plurality and individuality : autobiographical cultures in Europe, Wien : Internationales Forschungzentrum Kulturwissentschaften.

JAUBERT, Martine, LALAGÜE-DULAC, LOUICHON Brigitte (dir.) (2013). « Fictions historiques en classe de français », Repères, n° 48 (en ligne, consulté le 01/09/2017).

MACHEREY, Pierre (2005). « Le quotidien, objet philosophique ? », Articulo. Journal of Urban Research, 1.

MASSERON, Caroline (dir.) (1991). « Textes et Histoire ». Pratiques, n° 69 (en ligne, consulté le 01/09/2017).

MARTINEAU, France (2012). « Les voix silencieuses de la sociolinguistique historique », Cahiers de linguistique. Construction des connaissances sociolinguistiques. Variation et contexte social, vol. 38, no 1, 111-135.

MICHON, Pierre (1984). Vies minuscules, Paris : Gallimard.

PLANE, Sylvie (2017). « Dynamique de l’écriture et processus de resémantisation », Pratiques, n° 173-174 (en ligne, consulté le 01/09/2017).

PLANE, Sylvie (2016). « Enseigner l’écriture, comprendre ses fonctionnements et ses évolutions ». S. Plane et alii (dir.), Recherches en écriture : regards pluriels. Nancy : Université de Lorraine, 11-20.

PROST, Antoine (1968). Histoire de l’enseignement en France (1800-1967). Paris : Armand Colin.

ROYNETTE, Odile, SIOUFFI, Gilles, STEUCKARDT, Agnès (dir.) (2017). La langue sous le feu. Mots, textes, discours de la Grande Guerre. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

STEUCKARDT, Agnès (dir.) (2015). Entre village et tranchées. L’écriture des poilus ordinaires. Uzès : Inclinaison.

ROUSSEAU, Frédéric (2011). « Communicable experience and the History of Combattants 1914-1918. An indipensable Trove of Witnesses ». S. Dimitrova et alii (dir.), Witness and Archive. Between Microhistory and Sociology, Sofia, Sociological ProblemsSpecial issues, 174-188.

RUTTEN, Gijsbert, Van der WAL Marijke (2014). Letters as Loot. A sociolinguistic approach to seventeenth- and eighteenth-century Dutch. Amsterdam / Philadelphia: Benjamins.

VIDAL-NAQUET, Clémentine (2014). Correspondances conjugales 1914-1918. Paris : Robert Laffont.

VIDAL-NAQUET, Clémentine (2014). Couples dans la Grande Guerre. Le tragique et l'ordinaire du lien conjugal. Paris : Belles Lettres.

Références sitographiques

(consultées le 01/09/2017)

Bardet, Jean-Pierre, Ruggiu, François-Joseph (2009). Les écrits du for privé de la fin du Moyen Âge à 1914. http://ecritsduforprive.huma-num.fr/

Edmond, Jennifer (2015). Cendarihttp://www.cendari.eu/

Martineau, France (1995). Corpus du français familier ancien. http://polyphonies.uottawa.ca/fr/corpus/i-corpus-de-francais-familier-ancien/

Europeana Collections 14-18 (2011). http://www.europeana.eu/portal/fr/collections/world-war-I

First Person Writings in European Context (2008). http://firstpersonwritings.huma-num.fr/

National Archives. Letters from the First World War 1916-1918. http://www.nationalarchives.gov.uk/education/resources/letters-first-world-war-1916-18/

Nougaret, Christine, Clavaud, Florence (2017). Testaments de guerre des Poilus parisiens : 1914-1918http://elec.enc.sorbonne.fr/testaments-de-poilus/

Rutten, Gijsbert, Van der Wal, Marieke (2013).  Brieven as Builthttp://brievenalsbuit.inl.nl/

Schwender, Clemens (2008). Feldpost-Archivhttp://www.feldpost-archiv.de/

Steuckardt, Agnès, Luxardo, Giancarlo (2014). Corpus 14http://corpus14.ortolang.fr/ ;  https://www.univ-montp3.fr/corpus14/

Lieux

  • Université Paul-Valéry Montpellier. Site Saint-Charles, salle des colloques 2
    Montpellier, France (34)

Dates

  • lundi 15 janvier 2018

Mots-clés

  • Grande Guerre, correspondance, récit, témoignage, gens

Contacts

  • Corinne Gomila
    courriel : colloque3go [at] univ-montp3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Corinne Gomila
    courriel : colloque3go [at] univ-montp3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La Grande Guerre des gens « ordinaires ». Correspondances, récits, témoignages », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 novembre 2017, http://calenda.org/423348