Calenda - Le calendrier des lettres et sciences humaines et sociales

Industries culturelles dans les Suds à l'heure d’internet. Diversité des acteurs et des reconfigurations locales

Cultural industries of the Global South in the digital age. Diversity of actors and local reconfigurations

Cahiers d’Outre-Mer n°277

Cahiers d’Outre-Mer n°277

*  *  *

Publié le lundi 04 décembre 2017 par Elsa Zotian

Résumé

Ce numéro 277 des Cahiers d’Outre-Mer propose d’interroger l'articulation entre évolutions de l'environnement numérique et reconfigurations locales des industries culturelles dans les Suds. À partir de contributions s'appuyant sur des terrains récents et accordant une attention particulière aux dimensions spatiales et socio-anthropologiques, il s'agira de mieux comprendre la façon dont les nouvelles technologies ont transformé les conditions et modes de création, production, distribution/diffusion des contenus culturels (film, musique, art visuels, arts de la scène, littérature etc.) sur ces dernières décennies dans les Suds et avec quelles conséquences sur différentes formes d'innovations locales mais aussi sur les asymétries sociales et territoriales.
 

This special issue of Cahiers d'Outre-Mer proposes to question the articulation between the development of the digital environment and local reconfigurations of cultural industries in the Global South. It aims at better understanding how new technologies have transformed the conditions and modes of creation, production, distribution / dissemination of cultural content (film, music, visual arts, performing arts, literature, etc.) over the past decades in South countries. It also seeks to comprehend the effects on different forms of local innovation, as well as social and territorial asymmetries. Original contributions based on recent fieldworks with a particular attention to spatial and socio-anthropological dimensions are welcome.

Annonce

Argumentaire

Les industries culturelles ont été marquées par de profondes mutations liées aux développement d’internet et plus largement à celui des technologies de l’information et de la communication (TIC) (Anderson, 2004 ; Benghozi, 2006 ; Bouquillion et al., 2013). Les évolutions dans les modes de création, production et diffusion de contenus culturels locaux et internationaux au cœur de ces industries (film, musique, arts visuels, arts de la scène, littérature) sont en partie repensées à travers les nouvelles possibilités offertes par les TIC : des outils de production numérique (audiovisuel, graphique, imprimantes 3D, services, …), aux réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Youtube Channel) en passant par les plateformes de streaming et téléchargement (Deezer, Netflix), mais aussi par les blogs personnels, applications pour smartphone, etc. Ces technologies se diffusent rapidement à l'échelle mondiale et avec elles l’idée que les TIC seraient le vecteur d’une mondialisation linéaire et inéluctable, entachée par un processus d’homogénéisation culturelle au profit des pays anglo-saxons. Cette approche est critiquée et nuancée dès les années 1980 à travers des travaux qui insistent sur la diversité des structures industrielles nationales et des choix faits en terme de politiques publiques (Mattelart et Schmucler 1983 ; Delapierre et Zimmermann, 1986). Par ailleurs, comme l'on déjà montré des études sur les configurations industrielles liées aux technologies antérieures — le disque en Jamaïque (Power et Hallencreutz, 2002), la musique enregistrée en Inde (Manuel, 1991 ; Parthasarathi, 2013), la radiodiffusion au Brésil, (Rivron, 2010) — les modalités d’appropriation (De Certeau, 1980 ; Appadurai, 1996) des technologies liées au développement d’internet varient elles aussi considérablement d’un pays à l’autre.

Cependant, l'étude de la diversité des politiques de transition numérique et des configurations socio-techniques (Flichy, 2001) qui ont contribué aux mutations récentes des industries culturelles dans les Suds, reste relativement marginale et mérite d'être mieux mise en lumière. Dans la continuité de ces réflexions, il apparaît que les nouvelles technologies dessinent dans les Suds des industries culturelles et créatives qui s’ancrent dans des agencements d’acteurs, de services et d’usages qui diffèrent sensiblement de ce que les discours des institutions centrales du marché ou des médias internationaux sur l’innovation peuvent laisser voir (Harker, 1997). Ainsi d’un côté, nous assistons à une consolidation dans l’espace international des représentations des marchés culturels dans les Suds comme étant toujours entachés d’inefficience due au piratage (Liang, 2009 ; Mattelart, 2011), à la faible application des droits économiques et sociaux des artistes, à la domination de l’économie informelle et aux systèmes de clientélisme ou de corruption (Lobato, 2012 ; Forest, 2012). De l’autre, ces espaces se constituent en marchés et en territoires de plus en plus attractifs pour l’organisation de filières d’industries créatives, en raison de mouvements de libéralisation économique successifs, de la croissance du marché de consommation, du réseau de distribution de biens culturels que constitue l’internet, du nombre croissant de créateurs de contenus culturels en ligne ou encore du coût et de la flexibilité du travail.

Dans ce contexte, des dynamiques nouvelles sont particulièrement intéressantes à explorer, parmi lesquelles :

  • l’essor de la production audiovisuelle au Sud : Bollywood et Nollywood, de même que la production musicale ou télévisuelle du Brésil ou de l’Afrique du Sud, partent de la consommation locale et déploient des hégémonies culturelles Sud-Sud ;
  • le réinvestissement récent des marchés africains ou asiatiques par les opérateurs historiques dominants (Sony Music Entertainment, la Fnac, Newscorp/Murdoch, Bertlesman) ;
  • la compétition entre les plateformes internationales pour s’associer à des acteurs locaux (en Inde, alliances d’Amazon studio avec Yash Raj Films et de Netflix avec Red Chillies appartenant à la star Bollywood Shah Rukh Khan) ;
  • l'utilisation des dernières technologies de communication (Facebook, Instagram, Youtube Channel) dans la réinvention de formes visuelles ou musicales traditionnelles ou appartenant à la culture populaire, la circulation et l’acquisition de savoir-faire et la possibilité de faire émerger des discours, des pratiques culturelles et des circuits alternatifs (Rivron, 2014).

Ce numéro propose de rassembler des contributions permettant de mieux comprendre l'articulation entre évolutions de l'environnement numérique et reconfigurations locales des industries culturelles dans les Suds. Bien que le terme soit contestable, les Suds, constituent une catégorie d’analyse encore féconde aujourd’hui pour penser un certain nombre d’asymétries et d’inégalités à l’échelle du monde, leur construction à l’échelle du temps long, mais aussi leur traduction à des échelles d’analyse plus fine (Bautès et Chiros, 2012). Une attention particulière sera accordée aux formes de structuration émergentes et novatrices qui, même si elles peuvent être marginales, permettraient de montrer que les Suds sont aussi des territoires pour repenser les liens entre le numérique et les industries culturelles, à la fois dans leur autonomie, mais aussi par reflet, pour mieux envisager les mutations à l'œuvre dans les industries au Nord. S’il n’y a pas une mais de nombreuses définitions des industries dites culturelles, nous nous inscrivons dans une approche qui inclue les secteurs les plus communément reconnus ou appartenant aux "core cultural industries" (Throsby, 2001 ; Unesco 2013) : le cinéma, la musique, la radio, la télévision, les arts de la scène, les arts visuels, l’artisanat d'art, l’édition et la presse.

Trois axes de réflexion seront privilégiés dans ce numéro et peuvent éventuellement être combinés :

1. Transitions numériques et politiques de régulation

  • Quels sont les programmes de transition numérique mis en œuvre aux échelles nationales ou régionales (Mercosur en Amérique du Sud, BIMSTEC en Asie Pacifique, CEMAC en Afrique Centrale, mais aussi le groupe des puissances émergentes que constitue le BRICS) et leur impact sur les industries culturelles ? Y a-t-il  circulation de modèles de politiques culturelles numérique entre les Suds ?
  • Comment sont gérés les processus de "mise aux normes" internationales (copyrights, royalties) des industries culturelles aux Suds et quels sont les conséquences de ces régulations ? Sont-elles perçues comme des leviers de développement économique ou comme une menace envers la création et circulation de certaines expressions artistiques ?
  • Quels embrayages technologiques endogènes (Latouche, 1989) peut-on observer et qui permettent l'émergence de nouvelles formes artistiques, pouvant toucher des publics à l’échelle locale ou internationale.

2. Espaces de création et réintermédiation du travail artistique

  • Comment les mutations liées à l'arrivée d'internet affectent-elles les trajectoires d’artistes et d’intermédiaires ? Comment les réseaux de coopérations anciens participant à la réalisation d'œuvres (visuelles, musicales, audiovisuelles etc.) sont-ils repensés avec l'évolution des TIC ? En d'autres termes, y a-t-il une nouvelle géographie de la production ? Ces configurations permettent-elles une certaine émancipation ou au contraire renforcent-elles la précarisation des travailleurs culturels ?
  • Les espaces numériques représentent-ils des arènes de légitimation artistique, des espaces où se créent les carrières ? Les artistes sont-ils confrontés à de nouveaux gatekeepers et/ou à de nouveaux droits d’entrée dans la profession ? Quel rôle attribuer plus particulièrement aux plateformes professionnelles et aux médias sociaux dans la chaîne de valeur, les formes de reconnaissance et les circuits de distributions de biens et de messages ?
  • Quels enjeux soulèvent le déploiement des plateformes locales ou internationales de distribution de films, de musique, ou d’autres biens artistiques, pour les filières des contenus et les acteurs historiques des industries culturelles ? Y a-t-il des évolutions singulières des logiques de financement dans les Suds (logiques de verticalisation, concentration à l’extrême, crowdfunding) ?
  • Dans quelle mesure les smartphones transforment-ils la façon dont les contenus culturels circulent et se valorisent économiquement ? Quels rôles jouent les opérateurs téléphoniques dans l’offre de contenus et les modes de rémunération de la chaîne de production ?

3. Économies culturelles numériques et transformations des territoires des industries culturelles

  • Quelles articulations entre économie numérique et informelle observe-t-on ?
  • Quelles sont les stratégies de territorialisation des acteurs mondiaux (Amazon, iTunes, Deezer etc.) en lien avec de nouveaux publics et nouveaux marchés dans les Suds ?
  • Quelles sont les nouvelles formes d’asymétries sociales et territoriales (chaînes de valeur, marges des marchés et exclus des politiques de transition numérique) ? Les supports numériques permettent-ils vraiment l'intégration et la visibilité de territoires géographiquement en marge dans les dynamiques culturelles “mainstream”.
  • Doit-on considérer ces configurations comme favorables à des formes nouvelles d’autonomie ou de dépendance des périphéries subalternes ? Y a-t-il délocalisation du processus de validation/valorisation par des agences du Nord ou réelle indépendance des industries ? Comment peut-on repenser le modèle classique des oligopoles à frange à l’heure du “cyber-espace” et de la mondialisation (Bénistant, 2017) ?

Ce numéro est ouvert aux contributions originales permettant de mieux répertorier et appréhender la diversité de ces phénomènes à partir de terrains récents et d’analyses qui accordent une attention particulière aux dimensions spatiales et socio-anthropologiques (parcours de vie d'artistes, d'intermédiaires et de startups qui permettent de cartographier les expériences). Une partie comprenant un état de l'art sur l'approche des industries culturelles dans le(s) pays étudié(s) et des principaux enjeux liés à l'arrivée de l'internet sera particulièrement appréciée.

Bibliographie

  • ANDERSON, Chris, “The Long Tail”. Wired, 2004.
  • APPADURAI, Arjun, Modernity at large. The cultural dimensions of globalization. Minneapolis: University of Minnesota Press, 1996.
  • ATERIANUS-OWANGA, Alice et MOULARD Sophie, “Cherchez le politique… Polyphonies, agencéité et stratégies du rap en Afrique”. Politique africaine, vol. 141, no. 1, 2016, pp. 5-25.
  • BAUTES Nicolas et DIT CHIROT Clement Marie, “Pour une géographie de l’action sociale”. Carnets de géographes, nº 4, septembre 2012
  • BECKER, Howard, Art worlds. Univ of California Press, 1982.
  • BENGHOZI, Pierre-Jean, "Mutations et articulations contemporaines des industries culturelles". In GREFFE, Xavier (ed) Création et diversité au miroir des industries culturelles, Paris, La Documentation française, 2006, pp. 129-152.
  • BENISTANT, Alix. "Industrie musicale et (en) jeux d’échelles: les passages du local au global dans la «latin music» produite à Miami." Revista Pós Ciências Sociais 14.28 (2017), pp. 151-166.
  • BOUQUILLION Philippe, MIEGE Bernard, MOEGLIN Pierre, L’industrialisation des biens symboliques. Les industries créatives en regard des industries culturelles. Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2013.
  • DE CERTEAU Michel, L’Invention du quotidien. Paris, 10/18, 1980.
  • DE MARCHI, Leonardo, “Structural Transformations of the Music Industry in Brazil”. In Made In Brazil: Studies In Popular Music, 20.
  • DELAPIERRE Michel, ZIMMERMANN Jean-Benoît, L'informatique du Nord au Sud : un complexe industriel transnationalisé. Paris, La Documentation française, 1986.
  • FLICHY Patrice, L’imaginaire d’Internet. Paris, La Découverte, 2001.
  • FOREST, Claude, “Le cinéma en Afrique : l’impossible industrie”. In Mise au point [En ligne], 4 | 2012.
  • GERSCHENKRON, Alexander, Economic backwardness in historical perspective. The sociology of economic life. Westview Press Boulde, 1992.
  • HARKER, Dave, “The Wonderful World of IFPI: Music Industry Rhetoric, the Critics and the Classical Marxist Critique”. Popular Music, Vol. 16, No. 1. (Jan., 1997),pp. 45-79.
  • LATOUCHE Serge, L'Occidentalisation du monde : essai sur la signification, la portée et les limites de l’uniformisation planétaire, Agalma/la Découverte, Paris 1989.
  • LAURENT, Jeanpierre, ROUEFF, Olivier (dir.), La culture et ses intermédiaires. Dans les arts, le numérique et les industries créatives. Paris, Archives contemporaines, 2014, 267 p.
  • LIANG, Lawrence, “Piracy, Creativity and Infrastructure: Rethinking Access to Culture”. Paper July 20, 2009. Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=1436229
  • LOBATO, Ramon, Shadow economies of cinema: Mapping informal film distribution. Palgrave Macmillan, 2012.
  • MANUEL, Peter, “The Cassette Industry and Popular Music in North India”. Popular Music, Vol. 10,No. 2. (May, 1991), pp. 189-204.
  • MATTELART, Armand et Hector Schmucler, L'Ordinateur et le tiers monde : l'Amérique latine à l'heure des choix télématiques. Édition. Paris : F. Maspero , 1983
  • MATTELART, Armand, Diversité culturelle et mondialisation. Edition La Découverte, Paris, 2009.
  • MATTELART, Tristan (dir.), Piratages audiovisuels. Les voies souterraines de la mondialisation culturelle. Ina-De Boeck, Paris-Bruxelles, 2011.
  • MATTELART, Tristan, PARIZOT Cédric, PEGHINI Julie et al., “Le numérique vu depuis les marges‪”. Journal des anthropologues, 2015/3 (n° 142-143), pp. 9-27.
  • MBAYE, Jenny F., “Musical borderlands: A cultural perspective of regional integration”. In Africa. City, Culture and Society, 6(2), 2015, pp. 19-26.
  • MERCIER, Jeanne. “Vers un déplacement des réseaux de photographes en Afrique”. In Africultures, vol. 88, no. 2, 2012, pp. 106-115.
  • OLIVIER, Emmanuelle, « Musiques et globalisation : « techno-logiques » de la création musicale ». In Le Temps des médias 2014/1 (n° 22), pp. 134-148.
  • PARTHASARATHI, Vibodh, “The Evolution of an Early Media Enterprise: The Gramophone Company in India, 1898-1912”. In R.Sundaram (Ed.) Media Studies from India, OUP, New Delhi, 2013
  • POWER, Dominic et HALLENCREUTZ, Daniel, “Profiting from creativity? The music industry in Stockholm, Sweden and Kingston, Jamaica”. Environment and Planning A, 2002, vol. 34, no 10, p. 1833-1854.
  • RIVRON, Vassili, “Social Media and Linguistic Affirmation in Central Africa. Between Cultural Objectification and Cultural Mutation”. In Linguistic and Cultural Diversity in Cyberspace, IFAP/UNESCO, Yakutsk, 2015.
  • RIVRON, Vassili, “Le goût de ces choses bien à nous: La valorisation de la samba comme emblème national (Brésil, années 1920-1940)”. In Actes de la recherche en sciences sociales, 2010, no 181-182.
  • THROSBY, David, Economics and Culture. Cambridge, Cambridge University Press, 2001.
  • UNESCO, Creative Economy Report. United Nations, 2013.

Conditions de soumission

1er Mars 2018 : envoi de résumés (500 mots) en français ou en anglais comprenant un titre et 5 mots-clés

1e Mai 2018 : date butoir pour la soumission des textes complets en français ou en anglais.

Les textes doivent être au format .doc et à 50 000 signes maximum (comprenant la bibliographie, les résumés, mot clés et présentation du/des auteurs). Plus d’information sur les formats et les recommandations aux auteurs : https://com.revues.org/7501

Procédure d’évaluation des articles soumis : https://com.revues.org/7499

Novembre/Décembre 2018 : date prévisionnelle de la parution du dossier dans les Cahiers d’Outre-Mer.

Les résumés et articles complets seront conjointement envoyés à vassili.rivron@unicaen.fr et christine.ithurbide@gmail.com

Coordination du numéro

  • Christine ITHURBIDE, postdoctorante au Labex Industries Culturelles et Création Artistique (ICCA), Université Paris 13 et affiliée au Centre de Sciences Humaines (CSH), New Delhi et au Centre d’Etude de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS), Paris.
  • Vassili RIVRON, ‎maître de conférences en Sociologie et épistémologie des TIC au Centre de Recherches Risques et Vulnérabilités (CERReV) /  ‎Université de Caen Normandie, (UNICAEN).

Argument

Cultural industries have experienced important changes related to the development of the Internet and more broadly of information and communication technologies (ICT) (Anderson, 2004, Benghozi, 2006, Bouquillion et al., 2013 ).The evolutions in the modes of creation, production and distribution of local and international cultural content at the heart of these industries (film, music, visual arts, performing arts, literature) are partly rethought through the new possibilities offered by the ICT:  digital production tools (audiovisual, graphic, 3D printers, services, ...) social networks (Facebook, Instagram, Youtube Channel) streaming and download platforms (Deezer, Netflix), but also personal blogs, apps for smartphones etc.

These technologies have rapidly spread worldwide and with them the idea that ICT would be the vector of a linear and inevitable globalization, tainted by a process of cultural homogenization for the benefit of the Anglo-Saxon countries. This approach has been criticized and nuanced since the 1980s through research emphasizing the diversity of national industrial structures and of choices made in terms of public policies (Mattelart and Schmucler 1983, Delapierre and Zimmermann, 1986). Moreover, studies on industrial configurations related to earlier technologies — the recorded music in Jamaica (Power and Hallencreutz, 2002) or in India (Manuel, 1991, Parthasarathi, 2013), the broadcasting in Brazil (Rivron, 2010) — have highlighted the fact that the modalities of appropriation (DeCerteau, 1980, Appadurai, 1996) of technologies linked to the development of the Internet vary considerably from one country to another.

However, the study of the diversity of digital transition policies and socio-technical configurations (Flichy, 2001) that contributed to the recent changes in cultural industries of the Global South remains relatively marginal and deserves to be better highlighted. In the continuity of these reflections, it appears that the new technologies in the Global South have led to cultural and creative industries anchored in arrangements of actors, services and uses that differ significantly from what the discourse of central market institutions or the international media on innovation can reveal (Harker, 1997). Hence, on the one hand, we observe a consolidation of representations of cultural markets in the Global South still tainted by inefficiency due to piracy (Liang, 2009, Mattelart, 2011), clientelism or corruption systems (Lobato, 2012, Forest, 2012), weak enforcement of artists' economic rights and the domination of the informal economy, while on the other hand, these spaces are becoming increasingly attractive for the creative industries due to successive rounds of economic liberalization, their large consumer population, the internet as a distribution network for cultural goods, or the cost and flexibility of labor along with a growing number of creators of cultural content.

Hence, new dynamics are particularly interesting to explore, among which:

  • The development of audiovisual production and rising South-South hegemonies as in the case of Bollywood and Nollywood, as well as the music or television production of Brazil and South Africa, which emerge from local consumption;
  • The recent reinvestment in Asian and African markets by the dominant historic operators like Sony Music Entertainment, Fnac, Newscorp/Murdoc, or Bertlesman ;
  • The growing competition between international online platforms to partner with leading local players which surfaced in India with Amazon Prime partnering with Yash Raj Films and Netflix with Red Chillies Entertainment;
  • The use of the latest communication technologies (facebook, instagram, Youtube Channel) in the reinvention of traditional or popular forms of visual or musical forms, the circulation and acquisition of skills, and the possibility of discourse, practices and alternative circuits (Rivron, 2014).

This special issue seeks to gather contributions to better understand the articulation between developments in the digital environment and local reconfigurations of cultural industries in the Global South. Although being a questionable term, the "South", constitutes a category of analysis that is still fertile today to consider a certain number of asymmetries and inequalities on a world scale, their construction throughout history but also their translation to finer analysis scales (Bautès and Chiros, 2012). The issue will focus on emerging and innovative forms of organization, even if they may be marginal, which allow us to consider the South as a territory to explore the relationship between digital and cultural industries, to rethink them in their autonomy, and by reflection effect, to reconsider the changes taking place in the North. While there is not one but many definitions of the cultural industries, we propose an approach that includes the most commonly recognized sectors or those belonging to the "core cultural industries" (Throsby, 2001, Unesco 2013): film, music, radio, television, performing arts, visual arts, arts and crafts, publishing and the press.

Accordingly, this issue will draw attention to three interrelated themes:

1. Digital transitions and regulatory policies

What are the digital transition programs implemented on national or regional levels (Mercosur in South America, BIMSTEC in Asia-Pacific, CEMAC in Central Africa, or the BRICS group, etc.) and what is their impact on cultural industries? Is there a circulation of digital cultural policies models between Global South countries? What are the different regulatory processes (Copyrights, royalties etc.)  in cultural industries from the South and what are the consequences of this regulation? Are they seen as levers for economic development or as a threat to the creation and circulation of certain artistic expressions? What endogenous technological clutches (Latouche, 1989) can be observed, allowing the emergence of new artistic forms which can reach local or international audiences?

2. Spaces of creation and reintermediation of artistic work

How does this changing digital landscape affect the trajectories of artists and intermediaries? How are the previous networks of cooperation involved in the production of artworks (visual, musical, audiovisual, etc.) being rethought with the evolution of ICT? In other words, is there a new geography of production? Do these configurations promote the emancipation or, on the contrary, reinforce the precariousness of cultural workers? Are digital spaces representing arenas of artistic legitimization, spaces where careers are created? Have artists faced new gatekeepers and/or barriers to entry into the profession? What is the role of digital platforms and social media in the value chain, forms of recognition and channels of distribution of cultural goods and messages? How do the development of local or international distribution platforms for films, music, or other cultural goods impact content producers and the historic players in the cultural industries? Are there any changes in the ownership and financing patterns in the South (concentration, differentiation, consolidation, verticalization, crowdfunding)? To what extent do smartphones transform the way cultural contents circulate and are economically valued? What role do telephone operators play in the supply of content and modes of remuneration of the production chain?

3. Digital cultural economies and territorial transformations

What are the links between digital and informal economy? What are the territorializing strategies of the global players (iTunes, Deezer etc.) with respect to the new markets and audiences in the South? What are the new forms of social and territorial asymmetries (value chains, margins and exclusions of digital transition policies)? Does digital media lead to the integration and visibility of marginal territories into mainstream cultural dynamics? Should we consider these configurations as favorable to new forms of autonomy or dependence of the subaltern peripheries? Is there a relocation of the validation / valuation process by Northern agencies or actual independence of the industries? How can we rethink the classic model of oligopoly and fringes at this time of "cyber-space" and globalization (Bénistant, 2017)?

This special issue welcomes original contributions which will enable us to apprehend the diversity of the phenomena described above, based on recent fieldwork and with attention to their spatial and socio-anthropological dimensions (artists trajectories, mapping of different actors experiences etc.). A brief contextualization on cultural industries in the country(ies) studied and of the main issues related to the arrival of the Internet will be particularly appreciated.

Bibliography

  • ANDERSON, Chris, “The Long Tail”. Wired, 2004.
  • APPADURAI, Arjun, Modernity at large. The cultural dimensions of globalization. Minneapolis: University of Minnesota Press, 1996.
  • ATERIANUS-OWANGA, Alice et MOULARD Sophie, “Cherchez le politique… Polyphonies, agencéité et stratégies du rap en Afrique”. Politique africaine, vol. 141, no. 1, 2016, pp. 5-25.
  • BAUTES Nicolas et DIT CHIROT Clement Marie, “Pour une géographie de l’action sociale”. Carnets de géographes, nº 4, septembre 2012
  • BECKER, Howard, Art worlds. Univ of California Press, 1982.
  • BENGHOZI, Pierre-Jean, "Mutations et articulations contemporaines des industries culturelles". In GREFFE, Xavier (ed) Création et diversité au miroir des industries culturelles, Paris, La Documentation française, 2006, pp. 129-152.
  • BENISTANT, Alix. "Industrie musicale et (en) jeux d’échelles: les passages du local au global dans la «latin music» produite à Miami." Revista Pós Ciências Sociais 14.28 (2017), pp. 151-166.
  • BOUQUILLION Philippe, MIEGE Bernard, MOEGLIN Pierre, L’industrialisation des biens symboliques. Les industries créatives en regard des industries culturelles. Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2013.
  • DE CERTEAU Michel, L’Invention du quotidien. Paris, 10/18, 1980.
  • DE MARCHI, Leonardo, “Structural Transformations of the Music Industry in Brazil”. In Made In Brazil: Studies In Popular Music, 20.
  • DELAPIERRE Michel, ZIMMERMANN Jean-Benoît, L'informatique du Nord au Sud : un complexe industriel transnationalisé. Paris, La Documentation française, 1986.
  • FLICHY Patrice, L’imaginaire d’Internet. Paris, La Découverte, 2001.
  • FOREST, Claude, “Le cinéma en Afrique : l’impossible industrie”. In Mise au point [En ligne], 4 | 2012.
  • GERSCHENKRON, Alexander, Economic backwardness in historical perspective. The sociology of economic life. Westview Press Boulde, 1992.
  • HARKER, Dave, “The Wonderful World of IFPI: Music Industry Rhetoric, the Critics and the Classical Marxist Critique”. Popular Music, Vol. 16, No. 1. (Jan., 1997),pp. 45-79.
  • LATOUCHE Serge, L'Occidentalisation du monde : essai sur la signification, la portée et les limites de l’uniformisation planétaire, Agalma/la Découverte, Paris 1989.
  • LAURENT, Jeanpierre, ROUEFF, Olivier (dir.), La culture et ses intermédiaires. Dans les arts, le numérique et les industries créatives. Paris, Archives contemporaines, 2014, 267 p.
  • LIANG, Lawrence, “Piracy, Creativity and Infrastructure: Rethinking Access to Culture”. Paper July 20, 2009. Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=1436229
  • LOBATO, Ramon, Shadow economies of cinema: Mapping informal film distribution. Palgrave Macmillan, 2012.
  • MANUEL, Peter, “The Cassette Industry and Popular Music in North India”. Popular Music, Vol. 10,No. 2. (May, 1991), pp. 189-204.
  • MATTELART, Armand et Hector Schmucler, L'Ordinateur et le tiers monde : l'Amérique latine à l'heure des choix télématiques. Édition. Paris : F. Maspero , 1983
  • MATTELART, Armand, Diversité culturelle et mondialisation. Edition La Découverte, Paris, 2009.
  • MATTELART, Tristan (dir.), Piratages audiovisuels. Les voies souterraines de la mondialisation culturelle. Ina-De Boeck, Paris-Bruxelles, 2011.
  • MATTELART, Tristan, PARIZOT Cédric, PEGHINI Julie et al., “Le numérique vu depuis les marges‪”. Journal des anthropologues, 2015/3 (n° 142-143), pp. 9-27.
  • MBAYE, Jenny F., “Musical borderlands: A cultural perspective of regional integration”. In Africa. City, Culture and Society, 6(2), 2015, pp. 19-26.
  • MERCIER, Jeanne. “Vers un déplacement des réseaux de photographes en Afrique”. In Africultures, vol. 88, no. 2, 2012, pp. 106-115.
  • OLIVIER, Emmanuelle, « Musiques et globalisation : « techno-logiques » de la création musicale ». In Le Temps des médias 2014/1 (n° 22), pp. 134-148.
  • PARTHASARATHI, Vibodh, “The Evolution of an Early Media Enterprise: The Gramophone Company in India, 1898-1912”. In R.Sundaram (Ed.) Media Studies from India, OUP, New Delhi, 2013
  • POWER, Dominic et HALLENCREUTZ, Daniel, “Profiting from creativity? The music industry in Stockholm, Sweden and Kingston, Jamaica”. Environment and Planning A, 2002, vol. 34, no 10, p. 1833-1854.
  • RIVRON, Vassili, “Social Media and Linguistic Affirmation in Central Africa. Between Cultural Objectification and Cultural Mutation”. In Linguistic and Cultural Diversity in Cyberspace, IFAP/UNESCO, Yakutsk, 2015.
  • RIVRON, Vassili, “Le goût de ces choses bien à nous: La valorisation de la samba comme emblème national (Brésil, années 1920-1940)”. In Actes de la recherche en sciences sociales, 2010, no 181-182.
  • THROSBY, David, Economics and Culture. Cambridge, Cambridge University Press, 2001.
  • UNESCO, Creative Economy Report. United Nations, 2013.

Submission guidelines

March 1st 2018 : Deadline for abstracts submission in French or English (500 words maximum, including title and 5 keywords)

May 1st  2018 : Deadline for full article submission in French or English

The article must be within the limit of 50,000 words (including the abstract, keywords, bibliography and author’s biography) and should be sent in .doc format.

For more information on recommendations to authors’, you may visit: https://com.revues.org/7501

For more information on the evaluation process, you may visit: https://com.revues.org/7499

November / December 2018: Expected date of publication of the issue in Cahiers d’Outre-Mer.

The abstracts and articles will be sent to: vassili.rivron@unicaen.fr and christine.ithurbide@gmail.com

Scientific coordinators

  • Christine ITHURBIDE, postdoctoral researcher at Labex Industries Culturelles et Création Artistique (ICCA), University Paris 13 and affiliated at Centre de Sciences Humaines (CSH), New Delhi and with the Centre d’Etude de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS), Paris.
  • Vassili RIVRON, lecturer in Sociology and epistemology of TIC at the Centre de Recherches Risques et Vulnérabilités (CERReV) /  ‎Université de Caen Normandie, (UNICAEN).

Dates

  • jeudi 01 mars 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • industries culturelles, Suds, TIC, espaces numériques, artistes, reconfigurations locales

Contacts

  • christine Ithurbide
    courriel : christine [dot] ithurbide [at] gmail [dot] com
  • Vassili Rivron
    courriel : vassili [dot] rivron [at] unicaen [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • christine Ithurbide
    courriel : christine [dot] ithurbide [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Industries culturelles dans les Suds à l'heure d’internet. Diversité des acteurs et des reconfigurations locales », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 04 décembre 2017, http://calenda.org/424308