AccueilPeine et utopie. Représentations de la sanctions dans les œuvres utopiques

*  *  *

Publié le mardi 05 décembre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque propose d’interroger les ambiguïtés de l’utopie, ce « jeu destiné à stimuler l'imagination critique » (Baczko, 1978) dans une perspective historique large, afin de mesurer son influence rémanente, et peut-être puissante, sur les législations positives et les pratiques judiciaires les plus actuelles. L’utopie est-elle prisonnière des conditions d’énonciation qui bornent le débat public ou parlementaire, comme prise dans l’argile de son époque ? Ou, à l’inverse exprimant mieux que toute autre source, l’état de nos représentations sociales, parvient-elle à les dépasser ?

Annonce

Argumentaire

Le châtiment a-t-il vraiment sa place en utopie ? A priori, la chose ne va guère de soi dans la mesure où une société parfaitement ordonnée n’a nul besoin de recourir à la peine pour organiser le contrôle social de sa population. Comme l’écrit Morelly dans sa fameuse Basiliade (1753), « les arrangements malentendus de vos sociétés causent des désordres qui ne regardent qu'elles (…) ; elles en punissent les hommes, parce qu'elles ne peuvent les rendre bons ; elles s'en délivrent ; ainsi le châtiment est une marque d'impuissance en elles ».

Toutefois, les œuvres qui forment le corpus utopique, depuis celle fondatrice de Sir Thomas More, conservent à la peine, en particulier en matière pénale, toute sa place dans le processus de régulation sociale. Dans certains récits, l’appareil judiciaire est l’une des clés de voûte du bonheur collectif. Parfois, la peine est même différenciée, selon qu’elle s’applique aux enfants de la cité radieuse ou aux étrangers. Dès lors, il faut se poser mesurer le poids du contexte politique, idéologique et même institutionnel sur la production des auteurs qui s’engagent sur les chemins de la cité idéale. La peine serait-elle un mal nécessaire, une conséquence de la nature même de l’Homme ?

L'horizon de la sanction est vaste dans nos sociétés, et ne s’entend pas uniquement de la matière pénale. Les domaines administratifs, économiques, et fiscaux participent aussi de ces interrogations. Les épisodes révolutionnaires et les réformes judiciaires ou fiscales ne sont-ils pas portés par un élan utopique ? N’y a-t-il pas une « utopie de la peine », inscrite en filigrane dans nos contrats sociaux ? L’emprisonnement, la composition pécuniaire, le travail continu comme peine, solution plébiscitée par nombre d’utopies, montrent que la recherche de lois justes s’accompagne d’une réflexion sur les modalités mêmes d’application de la sanction.

Ce colloque propose d’interroger les ambiguïtés de l’utopie, ce « jeu destiné à stimuler l'imagination critique » (Baczko, 1978) dans une perspective historique large, afin de mesurer son influence rémanente, et peut-être puissante, sur les législations positives et les pratiques judiciaires les plus actuelles. L’utopie est-elle prisonnière des conditions d’énonciation qui bornent le débat public ou parlementaire, comme prise dans l’argile de son époque ? Ou, à l’inverse exprimant mieux que toute autre source, l’état de nos représentations sociales, parvient-elle à les dépasser ?

Programme

Jeudi 7 décembre

  • 9 h 00 : Accueil des participants
  • 9 h 30 : Allocution des directeurs des laboratoires ERMES (Université Côte d’Azur) et CERDAP2 (Université Grenoble Alpes-Sciences Po Grenoble)
  • 9 h 45 : Allocution d’ouverture par Philippe Audegean (Université Côte d’Azur)

Matinée observatoire

10 h 00 – 11 h 00 : Les contre-champs de la peine en utopie

Président de séance : Jérôme Ferrand

  • 10 h 00 : Kevin Ladd (Université de Bourgogne) : De quoi l’utopie est-elle la connaissance ? Politique et peine autour d’Orwell.
  • 10 h 15 : Jean-François Brégi (Université Côte d’Azur) : Crime et châtiment dans l’univers de Platon 
  • 10 h 30 – 11 h 00 : Discussions

Pause-café

11 h 30– 12 h30 : Les champs de la peine en utopie (2)

Président de séance : Philippe Audegean

  • 11 h 30 : Karine Deharbe(Université Côte d’Azur, ERMES) :La sanction fiscale en utopie ou la critique d'un système inique.
  • 11 h 45 : Christine Peny (Université Aix-Marseille, LID2MS) : Le médecin, législateur, juge et bourreau dans Les Morticoles de Léon Daudet.

12 h 00 – 12h30 : Discussions

Pause déjeuner

Après-midi exploratoire

14 h 00 – 15 h 15 : Les plateformes chrétiennes de l’utopie

Président de séance : Marc Ortolani

  • 14 h 00 : Alberto Lupano (Université de Turin) : In Ecclesia omnia spiritualia sunt ? L'utopie et la peine canonique dans la pensée des Canonistes de l'université de Turin face à l'Orthodoxie romaine.
  • 14 h 15 : Liêm Tuttle (Université de Bourgogne, CREDESPO) :Les peines dans le Livre de Blaquerne de Raymond Lulle (fin XIIIe siècle) : fonctions et représentations.
  • 14 h 30 : Ida Ferrero (Université de Turin) : La profonde correction du délinquant dans la régénérée société chrétienne : utopie et droit pénal dans la pensée de Tancredi Canonico.

14 H 45 – 15h15 : Discussions

Pause-café

15 h 45 - 16 h 45 : Trajectoires anarchistes et libertaires de la peine

Président de séance : Jean-Luc Gautero

  • 15 h 45 : Anne-Sophie Chambost (Université Saint Etienne) : L'économie de la peine dans le socialisme utopique à travers le regard de Proudhon.
  • 16 h 00 : Claire Vachet (Université de Bordeaux, IRM-CAHD) : La peine dans la pensée libertaire à la charnière des XIXe et XXe siècles.
  • 16 h 15 : Alain Brossat (Université Paris 8) : L’hétérotopie terrible. Michel Foucault et la justice populaire.

16 h 30 – 17 h 00 : Discussions

17 h 00 – 18 h 00 : Marco Candore (Comédien) : Songe rouge

Vendredi 8 décembre

Matinée observatoire

9 h 30 - 10 h 45 : Laboratoires utopiques de la peine au XVIIIème siècle

Président de séance : Laurent Reverso

  • 9 h 30 : Philippe Audegean (Université Côte d’Azur, CRHI) : Critique sociale et critique juridique : la peine de mort en utopie au XVIIIe siècle.
  • 9 h 45 : Yan-Erick Fajon (Université Côte d’Azur, ERMES) : Les représentations du juge dans l’utopie aux XVIIIe siècle.
  • 10 h 00 : Jérôme Ferrand (Université Grenoble-Alpes, CERDAP2) : Les frontières de l’imaginaire : le topos de la peine dans la littérature utopique du XVIIIesiècle.

10 H 15 – 10 H 45 : Discussions

Pause-café

11 h 15 - 12 h 15 : Les utopies législatives au XIXème siècle

Président de séance : Éric Gasparini

  • 11 h 15 : Mario Riberi (Université de Turin) : De la thérapie provisoire du crime à la régénération de la société : la vision utopique de Michel Lepeletier de Saint-Fargeau.
  • 11 h 30 : Marc Ortolani (Université Côte d’Azur, ERMES) : Le rejet des utopies de la Convention dans les discours relatifs à l’élaboration du code pénal de 1810.
  • 11 h 45 : Luigi Delia (Université de Genève) : Aux sources de l’utopie carcérale : le cas Scipion Bexon.

12 h 00 – 12 h 30 : Discussions

Pause déjeuner

Après-midi exploratoire

13 h 45 – 15 h 00 : Par-delà les frontières de l’utopie

Président de séance : Karine Deharbe

  • 13 h 45 : Diane Bernard (Université Saint-Louis, Bruxelles) : Sens de la peine, radicalité et silence dans la dystopie nord-américaine. À partir d’Huxley, Wolfe, Bradbury, Rand et Atwood.
  • 14 h 00 : Yannick Rumpala (Université Côte d’Azur, ERMES) : (Ré)imaginer les normes et sanctions contre les crimes environnementaux par la science-fiction ? Sur l’utopie d’un « conservationnisme autoritaire » et ses ambiguïtés.
  • 14 h 15 : Ugo Bellagamba(Université Côte d’Azur, ERMES) : De l'invisibilité au bagne temporel : l'arsenal des peines pénales dans la fiction spéculative américaine du XXe siècle, à travers l’exemple de Robert Silverberg.

14 h 30 – 15h00 : Discussions

Pause-café

15 h 30 – 17 h 00 : Demain, l’utopie sans peine ?

Président de séance : Yannick Rumpala

  • 15 h 30 : Aude Giuglaris (Université Côte d’Azur, ERMES) : La peine, un mal nécessaire pour éviter un mal plus grand ? Étude d’une vision utopique de la peine et de la nécessité de proportionner la sanction.
  • 15 h 45 : Margaux Coquet (Université Lyon III) : Utopie versus idéologie. Pour un abolitionnisme à l’épreuve de la raison critique.
  • 16 h 00 : Olivier Razac (Université de Grenoble, PPL) : Contre l’abolitionnisme. 
  • 16 h 15 : Jean-Luc Gautero (Université Côte d’Azur) : L’Utopie sans peine.

16 H 30 – 17 H 00 : Discussions

17 h 00 :  Clôture du colloque

Lieux

  • Salle 401 Laboratoire ERMES, faculté de droit et science politique de Nice - Avenue Doyen Louis Trotabas
    Nice, France (06)

Dates

  • jeudi 07 décembre 2017
  • vendredi 08 décembre 2017

Mots-clés

  • utopie, peine, sanction

Contacts

  • Amale Ziad
    courriel : amale [dot] ziad [at] unice [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Amale Ziad
    courriel : amale [dot] ziad [at] unice [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Peine et utopie. Représentations de la sanctions dans les œuvres utopiques », Colloque, Calenda, Publié le mardi 05 décembre 2017, http://calenda.org/425563