AccueilAux sources de la variation culturelle

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Publié le jeudi 07 décembre 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Il existe, semble-t-il, trois et seulement trois modèles de production de la différenciation culturelle. Le premier est celui du diffusionnisme classique [...] Le deuxième est celui de la transformation logique telle qu’elle a été mise au jour par Lévi-Strauss dans Mythologiques [...] Le troisième modèle est dit transactionnel [....] L’objectif du projet est précisément d’approfondir la nature — et la spatialisation respective — de ces trois modèles et de mieux comprendre leur articulation. Sont-ils totalement indépendants ou non ? Comment s’explique leur distribution différentielle à travers l’espace ? Y aurait-il des facteurs qui font de l’un un préalable nécessaire de l’autre ?

Annonce

Argumentaire

Programme ANR SOURVA

Un diagnostic sert de point départ à ce programme : il existe, semble-t-il, trois et seulement  trois modèles de production de la différenciation culturelle. Le premier est celui du  diffusionnisme classique : une innovation est adoptée de proche en proche, mais au fur et à mesure que l’on s’éloigne de son lieu de surgissement, son attractivité décroît jusqu’à devenir nulle. Le deuxième est celui de la transformation logique telle qu’elle a été mise au jour par Lévi-Strauss dans Mythologiques: une polarité s’installe dans un champ (qui est à la fois sémantique et géographique), produisant des formes extrêmes inversées et des formes intermédiaires qui sont autant de synthèses de l’opposition dont les pôles sont porteurs. Le troisième modèle est dit transactionnel: il illustre le compromis entre volonté d’expression originale et conformité à la norme au sein d’une économie symbolique des productions et des homologations de formes. L’ethnographie et l’histoire nous enseignent que ces trois modèles n’ont pas été également prévalant à la surface du globe et à travers les époques. Par exemple, le modèle diffusionniste classique semble plus adapté à décrire les cultures de l’ancien monde, celle de la transformation logique, celle du nouveau monde, tandis que le modèle transactionnel semble échapper à une territorialisation. L’objectif du projet est précisément d’approfondir la nature — et la spatialisation respective — de ces trois modèles et de mieux comprendre leur articulation. Sont-ils totalement indépendants ou non ? Comment s’explique leur distribution différentielle à travers l’espace ? Y aurait-il des facteurs qui font de l’un un préalable nécessaire de l’autre ?

La réflexion théorique s’appuiera sur cinq enquêtes singulières en Europe (élargie à l’Asie Mineure) et en Amérique : l’architecture alpine et la poésie improvisée de l’Italie centrale, les transformations internes de la monnaie en Asie Mineure, le façade nord-ouest du continent nord-américain comme Sprachbund, en dépit de langues génétiquement non reliées en première apparence, et enfin une analyse comparative et systématique des formes esthétiques (graphiques et musicales) nord-américaines. L’intérêt de divers chantiers tient à leur capacité à illustrer les différents modèles, mais aussi à examiner leur émergence dans des contextes inattendus (par ex. la transformation logique dans l’architecture alpine ou dans la poésie improvisée italienne ; le transactionnel comme motif de transformation de la monnaie ; l’Amérique du Nord comme espace produisant des formes esthétiques ou linguistiques différenciées qui relèvent à la fois de la transformation logique et de la diffusion simple, voire de la transaction. La réflexion s’appuiera également sur une recherche épistémologique spécifique consacrée au diffusionnisme allemand, creuset de la problématique d’ensemble.

Bien que la finalité du projet soit d’ordre fondamental, les enquêtes de terrain (notamment dans les Alpes et en Italie où les éléments pertinents sont, paradoxalement, pauvrement documentés) et les recherches en archives permettront de constituer des corpus. A ce titre, le projet possède une dimension de patrimonialisation culturelle qui excède la simple durée du projet. En termes de débouchés à court et moyen terme, outre les retombées habituelles en termes de publications, de colloques et d’enseignement ; à plus long terme, des expositions destinées à un public plus large présenteront les corpus tels qu’ils auront été constitués et le site web permettra de trouver sur internet une visibilité en général déniée à ce type de documentation.

Programme

Jeudi 14 décembre

Institut des Systèmes Complexes, 113 Rue Nationale, 75013 Paris (salle1.1)

Session 1 : 9h - 12h 30

Accueil et introduction : Emmanuel Désveaux (EHESS - IMM)

  • Przemyslaw Urbanczyk (Cardinal Wyszyński University – Warsaw/Varsovie) : « Archaeologists' problem with cultural differentiation »
  • German Dziebel (Global Head of Cultural Sciences at Initiative Media) : « Relationship Terminologies, Language Families and Genetic Diversity: Three "Kinship" Ways of Looking at Modern Human Origins. »
  • Jean Lassègue (EHESS - IMM) : « Variabilité de la forme écrite en Grèce ancienne: alphabet, monnaie, gamme, géométrie. »
  • Carlotta Santini (Alexander von Humboldt Post-Doctoral Fellow  Technische Universitaet Berlin)  : « Aby Warburg and Leo Frobenius. Persistence and variation of images in cultural systems»

Session 2 : 14h - 18h

  • Michel de Fornel (EHESS - IMM) : « Language areas and linguistic (and cultural) convergence in Native North America »
  • Gerrit J. Dimmendaal (Universität zu Köln) : « Areal diffusion and self-organisation as explanatory mechanisms for linguistic (and cultural) convergence : An African perspective »
  • Alain Peyraube (EHESS - CRLAO) : « Languages in contact in Northwestern China: Convergence, mixed languages or linguistic area ? »
  • Alexander Vovin (EHESS - CRLAO) : « The Altaic languages : Convergence or Divergence ? »
  • Jean Léo Léonard (Université Paris-Sorbonne) : « Modèles diffusionnels, gnoséologiques et transactionnels de diversification dialectale en Méso-Amérique. De quelques langues otomangues »

Vendredi 15 décembre

PSL, 60 rue Mazarine, 75006 Paris (salle du conseil, rez-de-chaussée)

Session 3 : 9h - 12h 30

  • Hugo Ferran (chercheur postdoctoral associé CREM-LESC Université Paris Nanterre) « Les chants de jeux nord-amérindiens. Un exemple de géographie musicale relationnelle ? »
  • Jean-Michel Beaudet (Université Paris Nanterre) : « Peut-on comparer une musique amazonienne et une musique océanienne ? »
  • Philippe Boissinot (EHESS - TRACES): « L'approche archéologique de la culture : est-il possible de se passer du culturalisme ? »
  • Emmanuel Désveaux (EHESS - IMM) : « L’architecture alpine : variation ou transformation ? »
  • Ingrid Kofler (Center for Advanced Studies - Eurac Research, Bolzano) : « LeTyrol du Sud en Italie : un modèle de distinction et de protection des cultures. »
  • Session 4 : 14h - 17h30
  • Victor Rosenthal (EHESS - IMM) : « D’une variation à l’autre : la diversité culturelle aux prises de la variation individuelle. »
  • Lorenzo Bartalesi (EHESS - CRAL) : « La source esthétique des variations culturelles. »
  • Yves-Marie Visetti (EHESS - IMM) : « Sémiotique et anthropologie : quelques mots sur la nature de leurs croisements, aujourd'hui »

Conclusion et discussion finale

Lieux

  • Salle du conseil (rez-de-chaussée) - 60 rue Mazarine
    Paris, France (75006)

Dates

  • jeudi 14 décembre 2017
  • vendredi 15 décembre 2017

Fichiers attachés

URLS de référence

Source de l'information

  • Marion Robinaud
    courriel : sourva [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Aux sources de la variation culturelle », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 07 décembre 2017, http://calenda.org/425667