AccueilLe corps politique de l’enfant : Dispositifs de recherche, dispositifs d’intervention

Le corps politique de l’enfant : Dispositifs de recherche, dispositifs d’intervention

The political body of the child - research programs and modes of intervention

Revue internationale « Enfances familles générations »

Enfances familles générations international journal*

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Publié le jeudi 14 décembre 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

L’enjeu de ce dossier thématique consiste à interroger la manière dont la recherche en sciences humaines et sociales influence les politiques et les formes d’intervention accompagnant la croissance de l’enfant. Ce numéro propose ainsi d’explorer : 1. la contribution des programmes de recherche sur notre regard sur l’enfant; 2. la manière dont les connaissances entourant la prise en charge du corps de l’enfant sont incorporées dans l’évaluation et l’orientation de l’action familiale et éducative; et 3. la manière dont les enfants, les parents, les éducateurs s’approprient le discours sur la corporéité.

Annonce

Argumentaire

Comment la recherche en sciences sociales modifie-t-elle ou influence-t-elle les politiques publiques et les formes d’intervention qui accompagnent la croissance des enfants? De quelle manière le corps de l’enfant est-il actuellement étudié et quelles en sont les conséquences sociales et politiques sur les dispositifs d’enquête mis en œuvre? Enfin comment les nouveaux savoirs sur l’enfance contribuent-ils à reformuler le regard qu’une société donnée porte sur «ses » enfances?

L’enfant est, depuis longtemps, un objet de préoccupation sociale et d’intervention des politiques publiques (Donzelot, 1977; Meyer, 1977). À partir de la seconde moitié du 19e siècle, « l’enfant doit être désormais fait et bien fait par et pour l’État » (Segalen, 2010 : 47). La croissance des enfants, leur bien-être, leur réussite et leurs performances sont progressivement placés sous le contrôle de nombreuses institutions. Au seuil du 21e siècle, ce mouvement de fabrication de l’enfant pour la Nation se complexifie et il croise d’autres figures de l’enfance (l’enfant vulnérable, l’enfant garant de la réussite du projet familial, l’enfant-acteur, l’enfant porteur de droits spécifiques).

Ainsi, le développement de l’enfant devient-il un enjeu politique et social comme jamais auparavant. Ce mouvement de sacralisation de l’enfance (Zelizer, 1985) en croise un autre qui fait du corps l’élément central qui singularise l’individu et l’intègre à une collectivité. Le corps constitue aussi bien l’expression de reformulations identitaires (Memmi, 2014) que l’instrument d’une reconnaissance dans l’espace public (Fassin, 2004) et d’une citoyenneté dite « biologique » (Rose et Novas, 2004). Comme l’affirment Bourdelais et Fassin à propos des frontières de l’espace moral dans la société contemporaine, « le lieu sacré est aujourd’hui le corps en ce qu’il est le point de jonction entre ce qui fait l’homme et ce qui est la vie. […] Le corps donne ainsi existence à des personnes en quelque sorte morales – l’enfant, le mort, le malade, la victime – auxquelles des droits sont reconnus au titre de leur intégrité corporelle » (Fassin et Bourdelais, 2005 : 11-12).

Cette double sacralisation permet de comprendre toute une série d’inquiétudes qui animent les débats sociétaux contemporains au-tour de l’enfance : le traitement du trouble de l’hyperactivité (TDH/A), les controverses sur les vaccins, les appels à contrer le surpoids et l’obésité chez l’enfant et l’adolescent, la définition de l’obésité infantile, les débats sur la puberté précoce et ceux sur l’hypersexualisation des filles, les appels au contrôle des hexis corporelles dans l’espace scolaire et public, les polémiques sur le genre et leur articulation à des programmes d’éducation à la sexualité ou à la santé. Ces inquiétudes semblent cristalliser une forme de panique morale qui, par le corps, remet en question les bornes de l’enfance et engendre des interrogations sur le statut de l’enfant dans la société contemporaine et sur les critères adoptés pour le définir (Prout, 2000). La manière de produire et de former de futurs citoyens est en jeu, car s’occuper de la santé, du corps et de la « vie » constitue un des enjeux politiques du contemporain.

Mais comment la recherche en sciences sociales intervient-elle dans ces débats en les orientant, les encourageant ou encore en les endiguant?

En effet, l’enfance n’est plus « le petit sujet » des sciences sociales : de nombreux sociologues et anthropologues ont participé non seulement à l’établissement d’un champ de recherche spécifique, faisant des enfants des acteurs à part entière, mais ils se sont engagés dans des réseaux et des programmes de recherche susceptibles d’intéresser les politiques publiques.

Dans de nombreux pays, plusieurs programmes de recherche sur financements publics ou privés témoignent, depuis une dizaine d’années, d’une combinaison féconde entre des préoccupations scientifiques et des modalités concrètes de prise en charge, d’accompagnement et de gestion du corps et de la santé des enfants. À travers ce numéro d’Enfances Familles Générations, il nous semble important de faire le point sur les effets d’influence réciproque entre dispositifs de recherche et dispositifs d’intervention, à travers trois entrées possibles :

1) Qu’est-ce que ces programmes de recherche ont apporté comme contribution? Comment ont-ils contribué à renouveler le regard sur l’enfant? Quelle est leur traduction dans des politiques publiques? Quels sont les aspects de la corporéité enfantine — santé, croissance, propreté, sexualité, etc. — qui suscitent actuellement des modes d’accompagnement et de contrôle et quels sont, à contrario, les domaines « oubliés », « invisibles » ou qui renouvellent d’autres formes d’inégalités? Qu’est-ce que les dispositifs mis en œuvre actuellement nous racontent des déplacements, des ruptures, des nouveaux agencements entre savoirs et pouvoirs? Et comment, par la construction de leurs objets et de leurs cadres d’analyses, les sciences sociales participent-elles à de nouvelles formes de catégorisation sociale des enfants?

2) La bonne santé, le corps propre, performant ou décemment vêtu, le poids désiré, le carnet de vaccins à jour, l’adolescent qui maîtrise sa sexualité peuvent être mobilisés pour fournir des preuves de compétences parentales ou, à l’inverse, pour justifier des déplacements d’autorité et des remises en question des manières d’exercer le métier de parent, d’éducateur ou de politique. Comment ces dispositifs de connaissance, de soin et de prise en charge de l’enfant dans sa corporéité, surveillent-ils, évaluent-ils et orientent-ils l’action familiale et éducative?

3) Normes, savoirs, politiques et institutions ne constituent pas des dispositifs surplombants qui ne laissent aucune marge de manœuvre. Au contraire : les enfants, les parents, les éducateurs, les professionnels de santé s’approprient, modifient, réélaborent de manière active et réfléchie les discours produits sur eux. Ce numéro thématique nous permettra également d’interroger comment les savoirs et les interventions se traduisent dans la vie des enfants, comment les enfants les interprètent, les détournent et s’en saisissent. L’articulation entre échelles d’observation et d’analyse, entre perspectives macro et micro sociologiques, peut également être interrogée.

Modalités de soumissions

Les propositions (résumés) doivent être envoyées par courriel (efg@ucs.inrs.ca) pour le

8 janvier 2018

Veuillez mentionner le titre du numéro thématique dans l’objet de message.

  • La proposition doit comprendre un titre provisoire, un résumé (1 500 à 2 000 caractères, espaces compris) et les coordonnées de tous les auteur.e.s.
  • Les auteur.e.s des propositions retenues devront remettre leur manuscrit au plus tard le 22 juin 2018.
  • Pour consulter les règles d’édition de la revue : http://www.efg.inrs.ca/index.php/EFG/about/submissions#authorGuidelines.
  • Les manuscrits sont acceptés ou refusés sur la recommandation de la direction de la revue et des responsables du numéro après avoir été évalués à l’aveugle par deux ou trois lecteurs externes.

Comité de rédaction

Bibliographie

  • Donzelot, J. 1977. La police des familles, Paris, Editions de Minuit.
  • Fassin, D. 2004. « Le corps exposé. Essai d’économie morale de l’illégitimité », dans Le gouvernement des corps, sous la dir. de D. Fassin et D. Memmi, Paris, Ed. de l’EHESS, p. 237-266.
  • Fassin, D. et P. Bourdelais. 2005. « Introduction. Les frontières de l’espace moral », dans La construction de l’intolérable, sous la dir. de D. Fassin et P. Bourdelais, Paris, la Découverte, p. 7-15.
  • Memmi, D. 2014. La revanche de la chair. Essai sur les nouveaux supports de l’identité, Paris, Seuil.
  • Meyer, Ph. 1977. L’enfant et la raison d’Etat, Paris, Seuil.
  • Prout, A. 2000. « Childhood Bodies: Construction, Agency and Hybridity », dans The Body, Childhood and Society, sous la dir. de A. Prout, London & New York, MacMillan St. Martin’s Press, p.1-18.
  • Rose, N. et C. Novas. 2004. « Biological citizenship », dans Global Assemblages: Technology, Politics, and Ethics as Anthropological Problems, sous la dir. de A. Ong et S.J. Collier, Oxford, Blackwell, p.439-463.
  • Segalen, M. 2010. A qui appartiennent les enfants? Paris, Tallendier.
  • DOI : 10.3917/talla.segal.2010.01
  • Zelizer, V. 1985. Pricing the Priceless Child: the Changing Social Value of Children, Princeton, Princeton University Press.

Dates

  • lundi 08 janvier 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • corps, enfant, famille, sociologie, parentalité, politiques publiques

Contacts

  • Béatrice Lefebvre
    courriel : efg [at] ucs [dot] inrs [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Béatrice Lefebvre
    courriel : efg [at] ucs [dot] inrs [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Le corps politique de l’enfant : Dispositifs de recherche, dispositifs d’intervention », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 14 décembre 2017, http://calenda.org/425923