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Philosophies du sens

Philosophies of meaning

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Publié le jeudi 14 décembre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Le séminaire « Philosophies du sens » se proposera de réfléchir sur l'émergence de la notion de sens comme catégorie directrice de la philosophie, et non plus seulement comme objet de l'herméneutique, à partir de Kant et jusqu'à l'émergence de la pensée contemporaine. Les corpus étudiés privilégieront la philosophie allemande sans exclure d'autres apports.

Annonce

ENS Ulm - UMR 8547 - Transferts culturels

Université Paris Nanterre - Laboratoire IRePh - EA 373

Argumentaire

Le séminaire Philosophies du sens se proposera de réfléchir sur l'émergence de la notion de sens comme catégorie directrice de la philosophie, et non plus seulement comme objet de l'herméneutique, à partir de Kant et jusqu'à l'émergence de la pensée contemporaine. Les corpus étudiés privilégieront la philosophie allemande sans exclure d'autres apports.

Il s’agit donc de s’intéresser à la notion de sens et de signification (Sinn, Bedeutung) hors de leurs usages directement sémiotiques – soit la perspective que «quelque chose ait un sens ». Dans une telle expression, il ne semble pas en effet que nous faisions pour autant de ces «choses » des signes. La structure d’un « sens » dont seraient porteuses soit les choses, soit surtout la façon dont nous les vivons et en faisons des pièces de notre expérience (ce qui rend en fait cette acception du terme très commune), pourrait être décrite plutôt comme le renvoi d’une réalité donnée à l’horizon d’une réalité (ou d’une idéalité) cette fois simplement postulée, que l’on peut certes nommer, mais pas directement connaître. C’est pourquoi on peut penser que c’est notamment avec Kant que s’ouvre la possibilité philosophique de penser cette structure : c’est en effet aussi celle qui lie l’expérience aux « idées de la raison », notamment les idées de la raison pratique. Si en effet, un objet tel que « Dieu », les diverses instances divines, a de tout temps été capable d’aimanter la réalité humaine en la projetant vers un autre ordre que celui qui paraît émaner du donné, Kant pose le geste de rupture par lequel la philosophie ne posera plus Dieu comme être (dont l’attribut est alors la perfection ; objet de la connaissance métaphysique), mais comme idée orientant l’agir pratique, à partir de ce qu’on ne peut pourtant que « penser » (donc cette fois comme simple limite de la connaissance métaphysique). 

Autrement dit, nous sommes désormais renvoyés à ce qui rend pour nous possible l’exercice de la liberté non pas comme à une réalité dont l’effectivité serait certaine en tant qu’antérieure à la nôtre – mais comme à l’objet d’une fin/« telos ». Ce qui fait que quelque chose « fait sens » dans l’existence aurait donc le mode d’effectivité de la cause finale : ce pourquoi on est aussi en droit de penser qu’il agit sur nous, selon la formule aristotélicienne cette fois, « ὤς ἐρώμενος», comme objet d’un/du désir.

Programme

Le séminaire a lieu le jeudi de 17h à 19, en alternance à l'ENS, 45 rue d'Ulm, Paris, et à l'Université de Nanterre, bâtiment L. 

18.01

ENS 45 rue d’Ulm salle Pasteur

  • Jean-François Goubet (ESPE Lille-Nord de France, RECIFES) Les dépositaires du sens chez Fichte

Chez Fichte, le sens et la signification ne se trouvent pas plus comme concepts centraux, voire comme notions attestées, que celui de dépositaire. Dans les deux cas, cependant, on peut les retrouver chez des auteurs qu’il influence notablement - Herbart ou Lotze. Pourquoi introduire ces notions exogènes pour parler de Fichte? Elles permettent d’assurer sans tautologie le renvoi d'une réalité à une finalité, et me permettent aussi d’assumer un changement de perspective dans la compréhension de l'histoire de la philosophie, ainsi que sa fonction dans l'enseignement. L'intérêt de Fichte est de ne pas se contenter d'affirmer l'existence d'une Idée, donnant un point de fuite à un agir pratique extérieur, mais de vouloir dériver, depuis l'Idée, des figures concrètes d'action, des acteurs. Il faut certes des savants pour qu'une communication de l'Idée ait lieu, pour la diffusion de pensées depuis le haut vers le bas, mais le savant est toujours savant in concreto, déterminé. Il se nomme politique, pasteur, artiste, ou savant proprement dit, en particulier philosophe. Ce sont ces figures déterminées, telles qu'elles apparaissent pendant la période d'activité de Fichte à Iéna, que j'aimerais détailler. Le texte de référence sera Le système de la vie éthique, notamment les §§ 28-33.

1.02

Université de Naterre, bâtiment L, salle des Conseils

  • Christian Berner (Université Paris Nanterre, IrePh) Forme symbolique et configuration du sens chez Ernst Cassirer

La « philosophie des formes symboliques » de Cassirer se présente comme une philosophie de la culture en cherchant à montrer comment se constituent les mondes symboliques, irréductibles dans leur diversité. Ces mondes de formes à chaque fois particuliers, configurent le « tout » sensible suivant la « perspective de sens » relative à un regard ou à un « point de vue » spécifique sur le réel. A ce titre, il s’agit pour Cassirer de saisir la « compréhension du monde » à partir des « activités formatrices constituantes du monde ». Par elles, l’esprit produit une structure de sens. Nous présenterons les formes et orientations fonda­mentales de cette activité productrice de l’esprit qui, dirigées vers le donné, font des interprétations par les formes symboliques (le mythe, l’art, le langage et la connaissance…) autant d’ « univers de sens ».

8.03

ENS 45 rue d’Ulm salle Pasteur

  • Olivier Tinland (Université Paul Valéry, CRISES) Que signifie 'Le vrai est le tout ?' Holisme sémantique, holisme épistémologique et holisme ontologique dans la philosophie de Hegel

Au fronton de la pensée hégélienne, on trouve l’inscription célèbre : “Le vrai est le tout”. Mais qu’est-ce que le « tout » ? S’agit-il de l’ensemble de la réalité ? de l’ensemble des énoncés que l’on peut produire à son sujet ? de l’ensemble des croyances ou des connaissances que l’on peut élaborer à son propos ? La philosophie de Hegel repose-t-elle sur un holisme ontologique, un holisme sémantique et/ou un holisme épistémologique ? De telles questions sont décisives, à la fois pour comprendre la conception hégélienne de la vérité, mais aussi pour appréhender certains enjeux centraux de la formation de la philosophie analytique, laquelle, au tournant du XXe siècle, s’est définie, en réaction au holisme hégélien, comme une forme d’atomisme ontologique et épistémologique, et n’a cessé, dans ses développements ultérieurs, de mettre en scène l’opposition du holisme et de l’atomisme.

5.04

Université de Naterre, bâtiment L, salle des Conseils

  • Mildred Galland-Szymkowiak (CNRS, THALIM) Sens, signification, symbole : une approche esthétique, de Schelling à Lipps
La question de la symbolisation, telle qu’elle est pensée par l’esthétique philosophique germanophone tout au long du XIXe siècle, est l’un des lieux privilégiés de la réflexion sur l’accès à un « sens » qui, n’étant pas nécessairement discursivement formulable hors de son expérience immédiate, est irréductible à une signification. Ce qu’il s’agirait alors de comprendre, serait le rapport entre expérience esthétique et esthétique philosophique qui se joue dans cette configuration. Comment qualifier le sens du sens tel qu’il se donne ici ? Comment le discours esthétique sur la symbolisation peut-il à la fois élucider cette expérience de sens et respecter son irréductibilité à une structure de signification ? A quoi tient cette irréductibilité ? Ces questions seront posées à partir d'un corpus large comprenant aussi bien la philosophie schellingienne du symbole dans les premières années du XIXe s. que les esthétiques psychologiques de la fin du XIXe s.

17.05

ENS 45 rue d’Ulm salle Pasteur

  • Christian Bonnet (Université Paris, I, CHSPM)‚Finsternis gibt es nur, weil es Licht gibt‘. Sens et non-sens chez Walter Blumenfeld
Si les analyses philosophiques privilégient généralement le sens sur le non-sens, Walter Blumenfeld estime, quant à lui, qu’on ne peut toutefois véritablement saisir le concept de sens que dans sa relation complexe et multiple à celui de non-sens, tant il est vrai que « tout ce qui est inintelligible n’est pas dépourvu de sens et tout ce qui est intelligible n’est pas doué de sens ». Autrement dit, rares sont les concepts avec lesquels on peut aussi facilement jouer sur les mots qu’avec ceux de sens et de non-sens. D’où la nécessité d’une clarification à laquelle Blumenfeld s’est employé dans « Verstehen und Deuten. Ein Beitrag zur Theorie der Hermeneutik » (1929), puis "Sinn und Unsinn" (Munich, 1933).

14.06

Université de Naterre, bâtiment L, salle des Conseils

  • Olivier Agard (Université Paris IV) Rudolf Eucken: le sens et la valeur de la vie
Rudolf Eucken est aujourd’hui une figure oubliée de l’histoire de la philosophie allemande. Il eut pourtant de son vivant une audience considérable en Allemagne et dans le monde, et reste le seul philosophe allemand à avoir obtenu le prix Nobel (en 1908).  A la confluence de la philosophie de la vie et du néokantisme, il tente dans sa philosophie de répondre au défi de la modernité, sur laquelle il jette un regard de Kulturkritiker, analysant ses pathologies (« culture du travail », « nivellement », « technicisme », relativisme). Au sein même de ce monde mobile et en crise perpétuelle, Eucken veut pourtant fonder la perspective d’un horizon de sens et de valeur, par le biais d’une « noologie » qui lit la réalité historique comme un produit dynamique de la « vie de l’esprit » (« Geistesleben »).  A défaut d’être d’une grande rigueur systématique, la philosophie de Eucken est particulièrement révélatrice de ce que Frédéric Worms a décrit comme le « moment 1900 » en philosophie.

Lieux

  • Bâtiment Pasteur, salle Pasteur, Ecole Normale Supérieure - 45, rue d'Ulm
    Paris, France (75005)
  • Bâtiment L, salle des Conseils, Université de Nanterre - 200 Avenue de la République
    Nanterre, France (92)

Dates

  • jeudi 18 janvier 2018
  • jeudi 01 février 2018
  • jeudi 08 mars 2018
  • jeudi 05 avril 2018
  • jeudi 17 mai 2018
  • jeudi 14 juin 2018

Mots-clés

  • sens, philosophie, philosophie allemande, Fichte, Cassirer, Hegel, Schellings, Lipps, Blumenfeld, Eucken

Contacts

  • Christian Berner
    courriel : christian [dot] berner [at] parisnanterre [dot] fr
  • Charlotte Morel
    courriel : charlotte [dot] morel [at] ens [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Charlotte Morel
    courriel : charlotte [dot] morel [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Philosophies du sens », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 14 décembre 2017, https://calenda.org/425983

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