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Les valorisations territoriales et touristiques du « street art »

Promotion of street art for territorial and tourist ends

Revue « EchoGéo » n°44 - avril-juin 2018

“EchoGéo” journal isse 44 - April-June 2018

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Publié le mercredi 03 janvier 2018 par João Fernandes

Résumé

La notion de street art recouvre des pratiques performatives d’essence éphémère qui s’inspirent ou s’appuient sur les supports de l’espace de la ville. Parce qu’il se déploie dans l’espace, parce qu’il mobilise des ressources urbaines, le street art mérite d’être appréhendé comme un objet ou un prisme d’étude de la géographie, capable de mettre en évidence la dimension spatiale de la pratique artistique aussi bien que les processus de fabrication des villes contemporaines par l’art et consécutivement par le tourisme. Le numéro 44 d’EchoGéo propose ainsi d’explorer la question du lien entre le street art et ses valorisations.

Annonce

Argumentaire

En 2016, les Parisiens ont voté en faveur de la création d’un chemin de Grande Randonnée du street art entre Arcueil, Paris et Vitry, dans le cadre des budgets participatifs de la Ville de Paris, tandis qu’à Plaine Commune, une avenue du street art est mise en place, coordonnée par l’Office du Tourisme. Ainsi se pose la question des valorisations dont le street art fait l’objet de façon croissante, dans des logiques tant directement marchandes que de construction d’image, d’animation ou d’esthétisation territoriale, notamment à des fins d’attractivité.

La notion de street art est protéiforme et évolutive (Génin, 2013). Parue en France au début des années 2000 et consacrée par les médias dans les années 2000, elle recouvre des pratiques performatives d’essence éphémère qui s’inspirent ou s’appuient sur les supports de l’espace de la ville. Conduites d’abord majoritairement dans l’illégalité, de nombreuses réalisations sont à présent autorisées et commandées par les autorités publiques. Le monde académique s’est progressivement emparé de cet objet hybride qui questionne les catégories de l’art et la fabrique culturelle de la ville. Des séminaires et des colloques internationaux se multiplient pour tenter de mieux cerner les contours de la pratique artistique et conceptualiser son influence sur l’espace public ainsi que les mondes de l’art (Street art, contours et détours en 2015, État de l’art urbain, Oxymore III en 2016, etc.). Néanmoins, la question du lien entre le street art et ses valorisations, qu’elles soient urbaines ou touristiques, reste encore à explorer en géographie et plus particulièrement en géographie des villes, de la culture ou du tourisme. Parce qu’il se déploie dans l’espace, parce qu’il mobilise des ressources urbaines, le street art mérite en ce sens d’être appréhendé comme un objet ou un prisme d’étude de la géographie, capable de mettre en évidence la dimension spatiale de la pratique artistique aussi bien que les processus de fabrication des villes contemporaines par l’art et consécutivement par le tourisme.

Fort de son succès, le street art fait en effet l’objet d’une diffusion par les institutions (de l’État aux collectivités ou aux professionnels de l’aménagement et du tourisme ) dans un contexte de métropolisation par l’événement et la culture (Gravari-Barbas, 2009). Le street art participe ainsi de la fabrique des métropoles contemporaines. Il se retrouve à l’affiche de nombreux festivals à travers le monde et fait l’objet d’expositions dans des institutions culturelles relativement prestigieuses. L’appellation street art elle-même s’est imposée en lien avec ces diverses applications et valorisations. Elle bénéficie d’une forte résonance médiatique et constitue un outil marketing efficace pour les territoires (McAuliffe, 2012). Cette connexion s’opère notamment souvent par le biais du tourisme : le terme street art est alors employé par les institutions pour labelliser des projets touristiques dans des contextes géographiques variés (les nouvelles capitales du street art, GR street art, itinéraire du street art contemporain de la Nuit Blanche 2014, etc.), tandis que divers produits touristiques ont le street art pour objet (Contrat de destination Paris Ville Augmentée en 2014, création d’itinéraires touristiques, visites guidées, etc.).

Face à ces constats, l’ambition de cet appel à communications est d’appréhender l’articulation entre, d’une part, le street art tel qu’il est mis en valeur sur le plan territorial et touristique et, d’autre part, l’espace urbain. En quoi ces valorisations territoriales et touristiques transforment-t-elle les contenus et l’organisation de la pratique artistique ? Induisent-elles de nouveaux usages et représentations dans et de l’espace de la ville ? Dans quelle mesure alimentent-elles la structuration des politiques touristiques, dans les centres et les périphéries urbaines ? S’effectuent-elles à des échelles (hyper)locales, métropolitaines ou mondiale ? La valorisation institutionnelle du street art agit-elle sur son contenu, sur son ancrage territorial, sur sa dimension potentiellement subversive, jusqu’à faire de cet art un simple élément du décor urbain ? A l’inverse, que fait la valorisation institutionnelle de l’espace urbain à la dimension illégale ou « off » (Vivant, 2006) du street art, et à ses valorisations ? Plus généralement, il s’agira de se demander en quoi l’étude des valorisations territoriales et touristiques du street art permet de mieux comprendre les modalités contemporaines de production de la ville, tant dans ses pratiques que ses représentations.

Axes thématiques

Les axes qui pourraient être plus particulièrement abordés sont les suivants :

Axe 1 : Les lieux du street art

Le street art anime la régénération urbaine (Fagnoni et Gravari-Barbas, 2013), révèle des interstices et renouvelle la médiatisation des opérations d’aménagement. Au service des discours de l’attractivité, il est utilisé par les institutions pour développer le tourisme dans des territoires périphériques et pour modifier les regards sur ce qui est perçu comme des échecs esthétiques de la rénovation urbaine (Epstein, 2014). En parallèle, il s’invite dans les centres historiques métropolitains, dont il habille certains monuments emblématiques, investit des axes de circulation de plus en plus visibles et accompagne les grands événements métropolitains. Quels sont alors les types d’espace préférentiellement valorisés par les politiques institutionnelles et les initiatives privées via le street art ? Quels en sont les objectifs ? Le développement de projets en périphéries peut-il être perçu comme catalyseur de gentrification ou s’inscrit-il dans des démarches de développement local plus endogène ? Les types de valorisations du street art varient-ils selon leur localisation, leurs objectifs ou bien encore leur inscription dans une circulation mondiale de modèles ? Les espaces urbains valorisés tendent-ils à être singularisés ou, au contraire, à se normaliser (Guinard, 2014) ?

Axe 2 : Les acteurs de la valorisation du street art

Le street art est devenu une forme malléable du point de vue de ses formes, de ses objectifs, de ses modalités de valorisation et de ses publics. Comment les outils propres à la valorisation du tourisme en ville sont-ils repris (de la balade urbaine au guide touristique) par cette forme artistique ? Entre interventions in situ et diffractions numériques, quelles sont les médiations privilégiées et pour quels objectifs et publics ? Par ailleurs, de nouveaux opérateurs disposant de connaissances à la croisée des mondes de l’art et de l’aménagement urbain sont apparus pour organiser et médiatiser les projets dédiés au street art (Kullmann, 2015). On pourra se demander si leur profil et leur rôle se sont transformés avec le succès de la pratique artistique. Le street art a-t-il fait émerger des figures urbaines incontournables de la promotion de cet art, indépendamment des nombreux acteurs qui s’étaient déjà tournés vers des démarches de valorisation (associations, collectifs, galeristes, collectivités, etc.) ? Enfin, les caractéristiques performatives du street art ont donné la possibilité de faire intervenir les publics de différentes manières au cours du processus créatif. En quoi ces nouvelles tendances nourrissent-elles de formes de tourisme inédites, notamment dans leur rapport à l’espace, qui sont plus participatives et expérientielles ?

 Axe 3 : Les temporalités du street art

Les dimensions relativement labile et éphémère du street art en ont fait un outil privilégié de la mise en scène des processus de fabrication de la ville (démolition d’un immeuble, construction d’un espace public, occupation de la vacance d’un chantier, etc.). Les caractéristiques de cette pratique permettent de renouveler et de rythmer l’offre notamment touristique sur un même espace, tout en suscitant l’idée de mutations en acte. Pourtant, la valorisation de l’espace urbain par le street art peut également s’inscrire dans un temps urbain plus long, comme en témoignent les fresques monumentales placées en hauteur, qui sont, de fait semi-pérennes. Ces rapports à la temporalité sont en outre modifiés par l’utilisation des nouvelles technologies qui médiatisent des réalisations cachées, voire disparues (voir par exemple : http://www.tourparis13.fr), et posent ainsi la question de la sauvegarde de pratiques emblématiques et de la patrimonialisation dans la ville. Quels sont donc aujourd’hui les temps et temporalités du street art ? En quoi ces temporalités sont révélatrices d’un nouveau type d’urbanisme et d’aménagement des territoires qui ne se conçoit plus seulement sur le temps long mais aussi et de plus en plus de façon éphémère, le temps de l’intervention urbaine ou en accompagnement des mutations d’un quartier ?

Bibliographie

  • Epstein R., 2014. La Rénovation urbaine, Démolition-reconstruction de l'État. Paris, Presses de Sciences Po | Académique.
  • Fagnoni E. et Gravari-Barbas M., 2013. Métropolisation et Tourisme : Comment le tourisme redessine Paris. Paris, Belin.
  • Génin C., 2013. Le street art au tournant, reconnaissance d’un genre. Bruxelles, Les impressions nouvelles.
  • Gravari-Barbas M., 2009. « La "ville festive" ou construire la ville contemporaine par l’événement », Bulletin de l’Association de Géographes Français (BAGF), (3).
  • Guinard P., 2014. Johannesburg : l’art d’inventer une ville. Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
  • Kullmann C., 2015. « De l’exposition de la Tour Paris 13 au concept de musée à ciel ouvert », Téoros [En ligne], 34 (1-2), http://journals.openedition.org/teoros/2776
  • McAuliffe C., 2012. “Graffiti or Street Art? Negotiating the Moral Geographies of the Creative City”, Journal of Urban Affairs, 34 (2), p. 189-206.
  • Vivant E, 2006. Le rôle des pratiques culturelles off dans les dynamiques urbaines, thèse de doctorat en Études urbaines, urbanisme et aménagement, Université Paris 8, sous la direction de François Ascher.

Coordination du dossier

  • Pauline Guinard est Maître de conférences à l’École Normale Supérieure, Paris ;
  • Sébastien Jacquot est Maître de conférences en Géographie à l’IREST, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne ;
  • Clotilde Kullmann est doctorante à l’EIREST (Équipe interdisciplinaire de recherches sur le tourisme), contrat CIFRE en partenariat avec la SEMAPA (Société Publique Locale d’Aménagement de Paris).

Conditions de soumission

Les articles seront rédigés en français ou en anglais et comporteront environ 30 000 signes (plus les illustrations).

Ils devront être envoyés

avant le 29 janvier 2018

à Pauline Guinard (pauline.guinard@ens.fr), Sébastien Jacquot (sebastien.jacquot@univ-paris1.fr) et Clotilde Kullmann (clotilde.kullmann@gmail.com) avec copie à Béatrice Vélard (bvelard@univ-paris1.fr) et Karine Delaunay (karine.delaunay@ird.fr) qui les transmettront aux évaluateurs.

Le dossier sera publié dans le numéro 44 d’EchoGéo (avril-juin 2018)

Dates

  • lundi 29 janvier 2018

Mots-clés

  • ville, urbanisme, aménagement urbain, pratique artistique, valorisation touristique

Contacts

  • Sébastien Jacquot
    courriel : sebastien [dot] jacquot [at] univ-paris1 [dot] fr
  • Pauline Guinard
    courriel : pauline [dot] guinard [at] ens [dot] fr
  • Clotilde Kullmann
    courriel : clotilde [dot] kullmann [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Karine Delaunay
    courriel : karine [dot] delaunay [at] ird [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les valorisations territoriales et touristiques du « street art » », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 03 janvier 2018, http://calenda.org/427098