AccueilLe sens de la performance : à partir des arts vivants

Le sens de la performance : à partir des arts vivants

The sense of performance - the experience of the performance arts

Revue « Signata », n° 11

Signata journal, issue 11

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Publié le mardi 16 janvier 2018 par João Fernandes

Résumé

En vertu de sa transversalité et de sa versatilité, le terme performance a rapidement obtenu une reconnaissance dans plusieurs champs disciplinaires, en contribuant à constituer une des épistèmês contemporaines parmi les plus puissantes. Cependant, un des problèmes engendrés par la notion de performance concerne ses frontières fluides et la présence faible d’outils méthodologiques d’application. Dans ce cadre, une approche sémiotique de la performance peut fournir un appareillage analytique et méthodologique permettant de comprendre comment les performances se constituent et quelles relations elles entretiennent avec la socialité — une socialité qui est d’abord celle du sens. Le numéro 11 de Signata entend étudier en particulier les déclinaisons artistiques de la performance dans une perspective sémiotique, en détaillant ses régimes de signification, d’efficacité, ainsi que son inscription sociale.

Annonce

Argumentaire

L’ouverture que la sémiotique de ces dernières années a manifestée à l’égard des pratiques a permis d’approfondir la dimension en acte de la signification, ainsi que les spécificités de l’interaction et plus généralement de l’effectivité du sens, de sa praxis.

La notion de pratiques sémiotiques,telle que définie par A. J. Greimas et J. Courtés (1979) peut être reliée à celle de performance, telle que formulée par Richard Schechner (1966) en tant que concept fédérateur de plusieurs approches des conduites et des événements, à même d’en investiguer leur capacité à organiser des actions. Dans la perspective de Schechner, la dimension « performative » s’avère sous-jacente à tout comportement humain.

En vertu de sa transversalité et de sa versatilité, le terme performance a rapidement obtenu une reconnaissance dans plusieurs champs disciplinaires, en contribuant à constituer une des épistèmês contemporaines parmi les plus puissantes. Cependant, un des problèmes engendrés par la notion de performance concerne ses frontières fluides et la présence faible d’outils méthodologiques d’application. Dans ce cadre, une approche sémiotique de la performance peut fournir un appareillage analytique et méthodologique permettant de comprendre comment les performances se constituent et quelles relations elles entretiennent avec la socialité — une socialité qui est d’abord celle du sens.

Le numéro 11 de Signata entend étudier en particulier les déclinaisons artistiques de la performance dans une perspective sémiotique, en détaillant ses régimes de signification, d’efficacité, ainsi que son inscription sociale.

En effet, d’un point de vue sémiotique, la « performance » — et notamment les performances artistiques — peut être considérée d’abord en tant que simple transformation de valeurs, comme dans le cas de la performance issue de la sémiotique greimassienne, ou bien comme une pratique instituée afférente à un domaine spécifique, visant à produire des actes. Cependant, les performances artistiques peuvent également être abordées en tant que pratiques modulant la présence et l’efficacité des actions soit par l’installation d’une tension entre plusieurs espaces de pertinence sémiotique (réels ou fictionnels), soit par leur pertinentisation en fonction des effets esthésiques recherchés.

Dès lors, dans le cadre des performances « artistiques » à proprement parler, et dans une perspective de dialogue interdisciplinaire avec — entre autres — l’esthétique, les Dance Studies, les études culturelles, etc., une approche sémiotique peut s’avérer féconde en ceci qu’elle permet de creuser certains aspects, tels que :

  • Un caractère événementiel qui semble constitutif de la performance, même lorsqu’il semble être clivé entre programmation et improvisation. Cet aspect met l’accent sur la constitution même de la scène et de l’espace-temps de la performance, ainsi que sur tous les éléments qui peuvent perturber sa propre reconnaissance et son cours d’action ;
  • Une certaine réversibilité actancielle, dans la mesure où la performance prévoit — ou en tout cas n’interdit pas — des prises d’initiative plurielles et distribuées (implication ou renversement du rôle du public, mais aussi opération de « test », de mise à l’épreuve de celui-ci, notamment dans le cas de performances prévoyant des dispositifs d’activation du public) ;
  • Un travail dans l’espace de l’action et sur d’autres espaces (énonciatif, médiatique, etc.) qui peuvent multiplier les instances à l’œuvre, ou bien créer de nouveaux paysages, des scènes et des acteurs qui se superposent au déroulement performatif, notamment lorsque l’on fait appel à des supports médiatiques divers ou à de véritables environnements technologiques. En d’autres termes, le dispositif performatif semble être capable plus que d’autres d’engendrer des tensions et des perturbations entre les espaces (institutionnel, de pertinence, etc.) qui permettent de le circonscrire précisément en tant que tel ;
  • Un aspect de répétition — et plus généralement de gestion rythmique du cours d’action — qui, en dépit du caractère événementiel de la performance, intervient notamment dans les formes de reenactment. La répétition de ce qui a eu lieu dans le passé (ou, au contraire, la préfiguration de l’à-venir, comme dans les formes de pre-enactment), problématisent à la fois la relation à l’événement passé et à l’histoire et la relation à l’événement performatif, ainsi qu’aux traces et aux matériaux par lesquels des temporalités différées sont (re)construites. De ce fait, la répétition des formes de reenactment se traduit en des choix spécifiques et différents d’action sur les traces en vue de la reconstitution de la singularité de l’événement historique, tantôt sur le mode d’un témoignage, tantôt sur celui d’une figuration autre du cours de l’histoire ;
  • La relation entre l’événement, toujours éphémère et déictiquement situé, et son enregistrement sur des supports divers, tels que la vidéo, la photographie ou le texte. Cet aspect interroge les formes de traduction intersémiotique entre des régimes de signification différents, en questionnant tout particulièrement les stratégies énonciatives et de médiation possibles aptes à reconfigurer un « objet » qui, par sa propre nature, excède les limites de la textualisation de la présence en acte ;
  • Les relations complexes et multimodales entre différentes corporéités (des performeur.eue.s, du public, des objets) et la constitution de systèmes de communication inter-corporels qui peuvent se répercuter sur une efficacité somatique et/ou affective et, plus généralement, sur plusieurs régimes sensoriels ;
  • Les formes hybrides de reconfiguration mutuelle entre le numérique et la présence corporelle dans le contexte actuel de la performance, en ceci que l’exploitation d’espaces virtuels et d’environnements numériques complexifie la performance conçue comme un espace de coprésence.

Dès lors, le prochain numéro de Signata souhaite proposer une réflexion sur les différentes déclinaisons de la performance, sur ses régimes de signification, d’efficacité, d’inscription et de socialisation. Seront bienvenues des contributions aussi bien théoriques qu’analytiques qui concernent, sans s’y limiter, les thèmes suivants :

  • Les relations entre les pratiques dans les coulisseset la topique de la performance ;
  • L’amplification des corps (acteurs et objets) à travers la médiatisation de la performance ;
  • Les liens entre expérience subjective du performer et réception spectatorielle ;
  • Les liens entre événementialité et répétition et entre projet (éventuellement, partition) et improvisation ;
  • Le rôle des performances dans l’institution de valeurs et dans la constitution d’identités sociales et culturelles, entendues en tant qu’actes de claim, de prise de parole existentielle ;
  • Les relations entre performance et récit ;
  • Les intersections possibles entre le dispositif performatif et d’autres pratiques artistiques et/ou socio-culturelles ;
  • Les formes spécifiques de configuration de la dimension politique par le biais des pratiques performatives, comme par exemple dans le cas des différentes interpellations du « public » lors des performances-procès visant à reconfigurer l’acte du jugement et la scène juridique même du procès (cf. De Toledo, Imhoff, Quirós 2016) 

Bibliographie non exhaustive

  • Banes Sally, Lepecki André (éds.), The Senses in Performance, London/New York, Routledge, 2007
  • Bay-Cheng Sarah, Kattenbelt Chiel, Lavender Andy, Nelson Robin (éds.), Mapping Intermediality in Performance, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2010
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  • Tomlinson Matt, Ritual Textuality. Pattern and Motion in Performance, New York, Oxford University Press, 2014
  • Trenos Helen, Creativity: the Actor in Performance, Berlin, De Gruyter, 2014 

Échéances

Les propositions d’articles (max 300 mots) doivent parvenir en format anonyme pour le 1er mai 2018, aux adresses suivantes : v.deluca.83@gmail.com, contreras.mariajose@gmail.com.

Dans un fichier Word séparé seront indiquées les informations suivantes : nom et prénom, adresse mail, affiliation académique, courte notice bio-bibliographique.

Une fois les propositions acceptées, les articles rédigés seront attendus pour le 1er septembre 2018.

Consignes pour la rédaction des articles : http://journals.openedition.org/signata/1163.

Direction scientifique

Numéro dirigé par Maria José Contreras Lorenzini Valeria De Luca

Dates

  • mardi 01 mai 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • performance, sémiotique, praxis, arts vivants

Contacts

  • Valeria De Luca
    courriel : v [dot] deluca [dot] 83 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Valeria De Luca
    courriel : v [dot] deluca [dot] 83 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le sens de la performance : à partir des arts vivants », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 16 janvier 2018, https://calenda.org/428813

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