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Dictature et image absente dans le cinéma de non-fiction

Dictatorship and images absent from non-fiction cinema

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Publié le vendredi 19 janvier 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Ce numéro de la revue Savoirs en Prisme s’intéresse spécifiquement à l’absence d’image d’archive originelle dans les documentaires réalisés au XXIe siècle sur les dictatures ibéro-américaines. Il entend interroger la façon dont le cinéma des deux premières décennies utilise diverses stratégies pour évoquer cette absence, ce vide, dans le cadre d’une production qui est principalement centrée sur la construction d’une mémoire des dictatures et dont la plupart des films inscrivent dans le présent un passé de violences dissimulées puis refoulées par l’État et la société. Le recours à différentes stratégies permet de raconter l’indicible, de prendre de la distance avec le sujet et d’éviter la fascination qu’exerce l’horreur sur les spectateurs.

Annonce

Direction

Sous la direction de Marianne Bloch-Robin, Alberto da Silva et Rodrigo Nabuco de Araujo

Argumentaire

Les archives filmiques et plus largement photomécaniques conforment notre mémoire collective du XXe siècle : des nombreuses prises de vue du premier conflit mondial, aux images du palais présidentiel de la Moneda à Santiago du  Chili en flammes lors du coup d’État du 11 septembre 1973, en passant par les discours de Dolores Ibárruri, La pasionaria, le point levé pendant la guerre civile espagnole, toute la construction de notre imaginaire du siècle dernier est hantée par ces représentations audiovisuelles. Le film documentaire ou plus largement le film de non-fiction, s’est emparé de ces prises de vue, qu’il a souvent exhibées comme des preuves alors que les images les plus emblématiques migrent de films en films, s’adaptant aux différents prismes des œuvres auxquelles elles sont intégrées [Vicente Sánchez Biosca, « Migración de imágenes de la guerra civil española » in M. Graciete Besse et Michel Ralle (eds.), Les grands récits: miroirs brisés?  Les grands récits à l’épreuve des mondes ibériques et ibéro-américains, INDIGO et Côté femmes, pp. 232 – 250]. Les mêmes prises peuvent en effet être exploitées par des points de vue opposés grâce aux différents montages qui les associent avec d’autres images, à la voix off d’un narrateur ou à des commentaires qui en orientent et même en déterminent le sens pour le spectateur [Michel Chion, La voix au cinéma, Paris, Cahiers du Cinéma, 1984]. Le documentaire peut également choisir d’évacuer cette image, maintes fois utilisée pour défendre des points de vue opposés, au profit de prises de vue actuelles ou du témoignage, dont la prééminence et l’omniprésence peut d’ailleurs être interrogée dans le cadre de la dichotomie histoire et mémoire [Annette Wieviorka, L’ère du témoin, Paris, Plon, 1998].

S’il est possible pour le cinéaste de refuser délibérément l’exploitation de l’image d’archive, dans bien des cas, la trace que constitue la captation photomécanique n’existe pas et c’est à cette absence que doivent se confronter les réalisateurs lorsqu’il s’agit, en particulier, d’évoquer la violence et les abus de ces régimes, mais également les moments heureux qui ont précédé le traumatisme. En effet, lorsque l’image photomécanique, très tôt associée à un rôle testimonial avec une valeur de preuve, ne capte pas l’événement, son évocation visuelle relève de différentes stratégies de représentation, l’absence d’image mettant en quelque sorte l’événement « hors-champ » [Nancy Berthier, « Guernica ou l’image absente », Matériaux pour l’histoire de notre temps, vol. 89-90, no. 1, 2008]. Dans l’aire ibéro-américaine, la torture, les arrestations, la disparition et l’extermination des opposants aux dictatures n’ont la plupart du temps pas été captées par des caméras.

Ce numéro de la revue Savoirs en Prisme s’intéresse spécifiquement à l’absence d’image d’archive originelle dans les documentaires réalisés au XXIe siècle sur les dictatures ibéro-américaines. Il entend interroger la façon dont le cinéma des deux premières décennies utilise diverses stratégies pour évoquer cette absence, ce vide, dans le cadre d’une production qui est principalement centrée sur la construction d’une mémoire des dictatures et dont la plupart des films inscrivent dans le présent un passé de violences dissimulées puis refoulées par l’État et la société. Le recours à différentes stratégies permet de raconter l’indicible, de prendre de la distance avec le sujet et d’éviter la fascination qu’exerce l’horreur sur les spectateurs.

Nous attendons des contributions portant sur trois axes :

Le témoignage et ses limites

Lorsque l’image n’existe pas ou n’est pas accessible, le récit des témoins est l’un des recours du documentariste. Comment les cinéastes relatent-ils l’expérience traumatique ? En quoi la mise en récit reconstruit a posteriori la mémoire et procède à une sélection des événements où certains traits de l’événement sont conservés, tandis que d’autres sont immédiatement ou progressivement oubliés ?

Traces, iconographie, emprunts

Face à l’absence d’images filmiques, de quelle manière les cinéastes s’emparent-ils de traces et d’archives inédites qui leur permettent d’aller au-delà du recueil de témoignages ? En suivant les traces laissées par les témoins, comment mènent-ils leur enquête sur les destins des victimes de la répression ?

Hybridations de la non-fiction

De nombreuses autres formes d’évocations d’images sont largement liées à l’essor du cinéma documentaire et à son hybridation ces dernières décennies. Quelles sont les stratégies de représentation mises en place par les cinéastes ? Comment évoquent-ils les personnes disparues ou qui ne souhaitent pas témoigner ? En quoi ces nouvelles formes de cinéma interrogent-elles les frontières entre fiction et documentaire ?

Instructions aux auteurs 

Les propositions d’articles (une quinzaine de lignes maximum) devront préciser l’axe (ou les axes) au(x)quel(s) elles se rattachent et seront suivies d’une courte notice biographique incluant l’affiliation et l’adresse électronique. Elles sont à envoyer aux responsables du numéro

avant le 15 février 2018 :

marianne.bloch-robin@univ-lille3.fr; alberto.da_silva@paris-sorbonne.fr et rodrigo.nabuco-de-araujo@univ-reims.fr.

Langues acceptées : français, espagnol, portugais, anglais.

Échéancier pour la rédaction de l’article proprement dit :

  • Extension : 50.000 signes maximum (espaces, notes et bibliographie comprises)
  • Date de remise du texte : 1er juin 2018
  • les évaluations anonymes seront envoyées aux auteurs avant le : 15 septembre 2018
  • Envoi des textes révisés avant le 1er décembre 2018
  • Premier trimestre 2019 : parution du numéro 9 de la revue en ligne Savoirs en Prisme.

Les normes de mise en forme sont disponibles sur le site de la revue : https://savoirsenprisme.com/note-aux-auteurs/

Site web de la revue : https://savoirsenprisme.com/

Responsable du comité de rédaction

  • Florence Dumora (MCF, URCA- CIRLEP EA 4299 et CRES EA 3979)

Comité de rédaction

  • Carmen Cortés Zaborras (MCF, Université de Málaga)
  • Florence Dumora (MCF, URCA- CIRLEP EA 4299 et CRES EA 3979)
  • Geneviève Fabry (PR, Université de Louvain)
  • Aurélien Girard (MCF, URCA, CERHIC, EA 2616)
  • Miren Lacassagne (MCF, URCA-CRIMEL EA 3311)
  • Véronique Le Ru (PR, URCA-CIRLEP)
  • Ronan Ludot Vlasak (PR, Lille III SHS-CECILLE EA 4074)
  • Machteld Meulleman (MCF URCA- CIRLEP EA 4299)
  • Ariela Ripstein (Docteure en anthropologie, membre associée du LISST-Centre d’Anthropologie Sociale (UMR 5193), Université Toulouse-Jean Jaurès)
  • Elisabeth Rothmund (MCF, Université de Paris-Est-Créteil, REIGENN EA 3556 et IMAGER EA 3958)
  • Mireille Ruppli (MCF, URCA, CIRLEP EA 4299)

Comité scientifique

  • Mechtild Albert (PR, Université de Bonn)
  • María Dolores Albiac Blanco (PR, Université de Saragosse)
  • Rodrigo Brandão (PR, Université fédérale du Paraná, Brésil)
  • Tobias Brandenberger (PR, Université de Göttingen, Allemagne)
  • Martin Breaugh (PR, York University, Toronto)
  • Bénédicte Brémard (PR, Université de Bourgogne)
  • Catherine Chauche (MCF HDR honoraire, URCA CIRLEP)
  • Sabine Coelsch Foisner (PR, Université de Salzbourg)
  • Patrick Demouy (PR émérite, URCA)
  • Martin Elsky (PR, University of New York)
  • Stephan Etcharry (MCF, URCA CERHIC EA 2616)
  • Cécile Gauthier (MCF, URCA CRIMEL EA 3311)
  • Xavier Giudicelli (MCF, URCA CIRLEP EA 4299)
  • Thierry Gontier (PR, Université de Lyon IPHIL EA 4187)
  • Françoise Heitz (PR honoraire URCA)
  • Georges Kleiber (PR émérite, Université de Strasbourg USIAS)
  • María Luisa Lobato (PR, Université de Burgos, Espagne)
  • Annick Louis (MCF HDR URCA, CRAL, CRIMEL et EHESS)
  • Audrey Louyer (URCA, CIRLEP)
  • Eamon Maher (Institute of Technology Tallaght, Dublin, Irlande)
  • Alberto Mira (Reader, Oxford Brookes Université, Angleterre)
  • Marie-Thérèse Mourey (PR, Paris Sorbonne, REIGENN EA 3556 : Représentations Et Identités. Espaces Germanique, Nordique et Néerlandophone)
  • Rodrigo Nabuco (MCF, URCA CIRLEP EA 4299)
  • Yann Philippe (MCF URCA, CENA-EHESS, rattaché au CIRLEP)
  • Augustin Redondo (PR émérite, Paris Sorbonne Nouvelle)
  • Diego Sánchez Meca (PR UNED, Madrid, Espagne)
  • Stephane Sawas (PR INALCO, CERLOM)
  • Maria Tenchea (PR, Timisoara, Roumanie)

Rôles respectifs

Le comité de rédaction se réunit trois fois par an dont deux avec le comité scientifique. Les réunions sont convoquées par courriels à l’issue d’une proposition de date (doodle). Ceux qui ne peuvent pas y assister sont invités à faire leurs suggestions et propositions argumentées par mail. Il arrive qu’il soit fait recours à la visioconférence.

Les sujets émanent des membres de ces deux instances qui en discutent et s’accordent sur un choix adossé à un calendrier. Le ou les auteur(s) des sujets choisis coordonne(nt) le dossier relatif à ce sujet en collaboration avec un/des coordinateur(s) extérieur(s) à la revue. Les disciplines de spécialité des coordinateurs doivent être différentes. Les coordinateurs des dossiers présentent l’appel à contribution au comité de rédaction, traitent les propositions, envoyées via l’adresse de la revue, et se chargent du processus de la double expertise en aveugle des articles. Le comité de rédaction supervise le travail éditorial et tranche en cas de disparité entre les expertises.

Le comité de rédaction se réserve la possibilité de modifier la composition des instances et les règles qui régissent la vie de la revue.

Les membres des deux comités peuvent être sollicités pour les expertises chaque fois que celles-ci entrent dans leur domaine de compétence de même que pour proposer des experts et pour nourrir les rubriques varia et comptes-rendus.

Jusqu’en 2016, la revue bénéficiait de l’appui logistique d’un webmaster.

Dates

  • jeudi 15 février 2018

Mots-clés

  • dictature, coups d'État, violence politique, disparition, archive, audio-visuel, cinéma, non-fiction

Contacts

  • Rodrigo Nabuco de Araujo
    courriel : rodrigo [dot] nabuco-de-araujo [at] univ-reims [dot] fr
  • Alberto Da Silva
    courriel : alberto [dot] da_silva [at] paris-sorbonne [dot] fr
  • Marianne Bloch-Robin
    courriel : marianne [dot] bloch-robin [at] univ-lille3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Rodrigo Nabuco de Araujo
    courriel : rodrigo [dot] nabuco-de-araujo [at] univ-reims [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Dictature et image absente dans le cinéma de non-fiction », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 19 janvier 2018, http://calenda.org/429540