Accueil« Parahistoire » et « parahistoriens  » des crimes de masse et guerres du XXe siècle

« Parahistoire » et « parahistoriens  » des crimes de masse et guerres du XXe siècle

"Parahistory" and "parahistorians" of mass crime and wars in the 20th century

Un premier état des lieux

A first general overview

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Publié le mardi 23 janvier 2018 par João Fernandes

Résumé

L’historiographie, domaine de recherche particulièrement dynamique depuis plusieurs décennies, réduit le plus souvent son champ d’étude à la production historique institutionnellement et scientifiquement reconnue. Nous proposons ici de nous intéresser à une partie de la production historique qui bien qu’elle échappe en grande partie aux radars de l’Université possède, souvent, une forte diffusion commerciale et un impact important auprès du grand public. Nous proposons de nommer « parahistoire » cette production innommée (voire selon certains innommable) en nous référant à l’articulation littérature / paralittérature depuis longtemps en usage dans le domaine des études littéraires. « Para » signifie, on le sait, « contre », et ce préfixe convient particulièrement à notre objet : la parahistoire est contre l’histoire en ce qu’elle s’y oppose dans une certaine mesure (méthodes, mise en récit, paratexte), mais elle est aussi « tout contre » l’histoire, en raison de l’analogie des sujets, du discours et des supports de diffusion.

Annonce

Argumentaire

Trois critères permettent de délimiter le champ des recherches que nous souhaitons initier et présenter lors de la journée d’études (7 décembre 2018) :

D’une part, il convient de se concentrer sur les formes d’écriture « parahistoriques » diffusées selon des moyens communs à ceux des historiens. Autrement dit, il ne s’agit pas de proposer une nouvelle approche des discours historiques portés par exemple par le cinéma, la télévision ou encore la bande dessinée. L’historiographie ou l’histoire de la mémoire se sont en effet depuis longtemps emparé de ces formes de diffusion. Il s’agira donc de travailler sur les livres et les revues proposant un discours de nature historique. L’étude des politiques éditoriales (par exemple, celles de Robert Laffont, des Presses de la Cité ou de France-Empire) en matière d’histoire serait ainsi bienvenue, de même que l’analyse des articles publiés sur les crimes de masse et les guerres du XXe siècle par des revues telles qu’Historia ou Histoire magazine, par exemple.

D’autre part, il faut distinguer « parahistoire » et vulgarisation historique. Cette dernière pratique suppose la diffusion auprès du grand public, de manière plus ou moins recevable sur le plan scientifique, de résultats de recherches préalablement menées par les historiens. La « parahistoire » se définit comme le fruit d’une enquête menée par l’auteur sur un sujet ou des sources réputés inédits ou peu exploités. Autrement dit, il y a création d’un discours et d’une forme de savoir et non simplement reprise vulgarisée de travaux antérieurs. Dans les domaines considérés et définis plus bas, les « parahistoriens » ont le plus souvent devancé chronologiquement les historiens professionnels. Il faudra évidemment tenter de comprendre pourquoi.

Enfin, pour rester dans le champ d’études de la Fondation pour la mémoire de la déportation et de sa revue En jeu. Histoire et mémoires vivantes, nous proposons de limiter les recherches aux thèmes des crimes de masse et des guerres du XXe siècle. Les études de cas potentielles et souhaitables sont particulièrement nombreuses dans ce domaine. Que l’on pense par exemple aux ouvrages de Christian Bernadac sur la déportation, d’Henri Amouroux sur l’Occupation, du colonel Rémy sur la Résistance, d’Erwan Bergot sur la guerre d’Indochine ou de Jean-René Tournoux ou d’Yves Courrière sur la guerre d’Algérie. Cette liste est évidemment non exhaustive et nous attendons naturellement des propositions sur d’autres sujets et d’autres auteurs. Une attention particulière devra être portée à l’« entrée en (para)histoire » de ces journalistes de presse écrite ou de télévision, ou parfois témoins et acteurs. La question doit être également posée du lien entre le relatif délaissement de l’histoire immédiate entre les années 1950 et 1970 et l’irruption de ces « parahistoriens ».

Cette journée d’études sur la « parahistoire » propose deux objectifs principaux, correspondant chacun à une lacune observée dans la production historique actuelle.

D’abord, quelle place pour la « parahistoire » dans l’historiographie ? On serait enclin à répondre aucune (c’est ce qu’il faudra vérifier et quantifier), tant ces travaux sont généralement omis ou très rapidement écartés en raison des erreurs méthodologiques et factuelles qu’ils sont censés receler, mais aussi de leur supposés ou réels présupposés idéologiques. Pourtant, il importe de penser l’historiographie comme l’étude de toute la production historique, et non pas seulement la production historique institutionnellement reconnue. Les enjeux de cette démarche sont multiples : il s’agit de définir la nature du discours proposé et d’étudier les effets de mimétisme avec l’histoire ; il convient surtout de montrer à quel point la production « parahistorique » constitue à la fois un hors-champ et un impensé des historiens. Etre historien se définit aussi en fonction de puissants contre-modèles. La « parahistoire » nous semble constituer un élément essentiel de l’identité professionnelle de l’historien qui peut se définir par ce qu’il n’est pas (un écrivain, un amateur, un « historien du dimanche », un « parahistorien ») et par ce qu’il ne produit – théoriquement – pas (de la parahistoire). Les livres « parahistoriques » représentent ce que ne sont pas les livres historiques des professionnels de l’histoire ; c’est aussi à ce titre qu’ils n’apparaissent généralement pas dans les appareils citationnels des livres d’histoire. Ces livres ne sont en général jamais des sources pour les historiens. Pourquoi ? Cette exclusion est-elle justifiée ?

Surtout, cette journée d’études pose l’hypothèse qu’il est indispensable de mieux connaître cette production dans le cadre des nombreuses études d’histoire de la mémoire de ces phénomènes et événements. Celles-ci pullulent, mais possèdent la caractéristique d’ignorer le plus souvent ces livres et articles, et ce pour de mauvaises raisons. Là, ne peuvent en effet pas jouer les critères d’historicité éventuellement recevables en historiographie. Qu’une production « parahistorique » soit acceptable sur les plans méthodologique, esthétique ou idéologique n’a ici aucune importance. Ces livres, qui ont pour nombre d’entre eux été des best sellers, ont été pour un public nombreux, les premiers (quand ce ne sont pas les seuls) travaux lus sur les sujets définis plus haut. N’est-il pas impératif, dans ces conditions, d’étudier précisément la représentation de ces événements ou de ces phénomènes, dans ces livres et d’intégrer celle-ci à la chronologie des mémoires ?

Se posent enfin deux questions : La notion de « parahistoire » est-elle transposable hors du cadre français ? Il serait très intéressant d’obtenir des communications de la part de spécialistes d’historiographies d’autres Etats européens notamment, et également de s’interroger sur les relations entre cette « parahistoire » et la public history nord-américaine apparue sensiblement à la même époque. D’ailleurs, la parahistoire est-elle un phénomène propre aux Trente Glorieuses ou s’est-elle maintenue en dépit des travaux des historiens professionnels sur ces sujets ? A ce titre, le cas récent du livre du médecin et présentateur de télévision Michel Cymes, Hippocrate aux enfers, best seller parmi les ouvrages parus à l’occasion du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz en 2015 semble indiquer la persistance de cette forme d’écriture du passé.

Echéances

Les propositions d’interventions-contributions à la journée d’étude doivent être envoyées à la rédaction de la revue : revue.en.jeu@gmail.com

au plus tard le 30 avril 2018.

Elles doivent comporter : nom et prénom, qualités de l’auteur ; le titre de la contribution et un argumentaire d’une quinzaine de lignes accompagné d’une courte bibliographie.

Une réponse sera donnée le 15 mai 2018.

A la suite de cette journée d’étude du 7 décembre 2018, les interventions-contributions seront publiées dans le numéro de la revue En Jeu, dont la parution est prévue en juin 2019.

Les contributions seront alors à remettre le 30 mars 2019 au plus tard (maximum 30 000 signes, espaces et notes compris).

Rédacteurs en chef

  • Frédéric Rousseau (Université Montpellier III),
  • Yves Lescure (directeur général de la FMD).

Coordinateur du dossier

Bertrand Hamelin, professeur agrégé, membre associé du CRHQ (Université de Caen)

Lieux

  • Fondation pour la mémoire de la Déportation - 30, Bd des Invalides
    Paris, France (75007)

Dates

  • lundi 30 avril 2018

Mots-clés

  • parahistoire, parahistorien, crime de masse, guerre

Contacts

  • Caroline Langlois
    courriel : revue [dot] en [dot] jeu [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Caroline Langlois
    courriel : revue [dot] en [dot] jeu [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« « Parahistoire » et « parahistoriens  » des crimes de masse et guerres du XXe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 23 janvier 2018, http://calenda.org/429688