AccueilLe Paraguay, trente ans après Stroessner

Le Paraguay, trente ans après Stroessner

Paraguay, thirty years after Stroessner

Paraguay, treinta años después de Stroessner

« Cahiers des Amériques latines » n°90

*  *  *

Publié le vendredi 26 janvier 2018 par Céline Guilleux

Résumé

En prévision du trentième anniversaire de la fin de la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989), l’ambition de ce numéro spécial de la revue Cahiers des Amériques latines est d’éclairer les évolutions politiques et sociales du Paraguay contemporain.

Annonce

Contexte

La littérature académique tend à montrer que l’ombre portée du Stronato a durablement assombri les perspectives de modernisation politique et d’autonomisation de la société civile locale. Après avoir connu une transition qualifiée d’« incomplète » [Morínigo, 2002], de « circulaire » [Simón, 2008] voire même de « gatopardiste » [Soares, 2009], la démocratie paraguayenne a longtemps été présentée comme « vulnérable » [Mendonca, 2010]. En Juin 2012, la procédure de destitution express engagée contre Fernando Lugo, premier président de gauche de l’histoire du pays, aurait même signifié une involution dans ce très chaotique processus de consolidation démocratique [Duarte Recalde, 2013 ; Szucs, 2014]. Pour beaucoup d’analystes, le Paraguay n’en aurait pas fini d’exorciser son passé autoritaire. D’après Félix Pablo Friggeri (2017 : 218), le pays serait toujours sous la coupe d’un « stroessnisme globalisé ».

Très prégnante en matière politique, cette empreinte du Stronato aurait également imprimé la structure économique, sociale et même culturelle du pays. Réputé très conservateur sur le plan des mœurs [Rivarola, 2008], le Paraguay se distingue également comme un pays fortement inégalitaire. Alors que sa structure socio-économique reste rurale, la concentration foncière y est la plus forte au monde (85 % de la terre est possédée par 2 % de la population agricole). Au cours des années 1990 et 2000, le pays aurait même connu une « contre-réforme » agraire [Hetherington, 2014].

Pour ce qui est du système éducatif, marqué sous la dictature par sa très forte politisation et sa médiocrité [Pineda, 2012], il est certes déficient, mais n’en demeure pas moins original car bilingue guarani/espagnol sur l’ensemble du territoire [Boyer et Penner, 2012 ; Penner, 2016]. Le multiculturalisme au Paraguay met ainsi à l’honneur une langue amérindienne. Cependant, on ne peut nier que la discrimination reste importante vis-à-vis d’autres groupes ethniques ou minorités racialisées [Boidin, 2014].

Quant à la société civile, elle est très certainement moins apathique aujourd’hui qu’elle n’avait pu être présentée il y a encore dix ans [Sondrol, 2007]. Ainsi que l’ont illustré les récentes protestations des étudiants contre la corruption du système universitaire [Duarte Recalde, González Ríos, 2016] ou, plus tragiquement, les émeutes qui ont enflammé les rues d’Asunción, en mars 2017, suite au passage en force du projet de réélection présidentielle [González Bozzolasco, 2017], nous constatons une recrudescence des mobilisations sociales au cours des trois dernières années. A bien des égards, ce « printemps sans égal » [Sosa Walder, 2015] témoigne d’une exaspération grandissante des jeunes générations et, plus largement, d’une tolérance beaucoup moins grande des citoyens envers toute forme de concussion et/ou d’abus de pouvoir jusqu’alors dominante.

Projet de dossier

Plutôt que de démontrer la résilience d’un système politique et social encore gangréné par les logiques de fonctionnement patrimonialiste héritées du Stronato (corruption, impunité, violence), notre dossier assumera une orientation plus « optimiste » que la plupart des travaux académiques. Il s’agira d’éclairer les évolutions politiques et sociales du Paraguay contemporain, en s’intéressant notamment au dynamisme de sa société civile (nouveaux enjeux de mobilisation, transformations culturelles liées aux évolutions démographiques et au renouvellement générationnel, expressions littéraires ou cinématographiques diverses).

Les propositions qui nous seront adressées chercheront à rendre compte et à comprendre :

  • Comment a évolué le bipartisme durant les trente dernières années ? Les réflexions porteront en priorité sur les formations politiquement marginales et plus rarement étudiées (gauche, mouvement féministe, LGBT, etc.).
  • En quoi la relation Etat/société civile apparaît-elle moins paternaliste et clientéliste que par le passé ? L’enjeu serait ici d’axer l’analyse sur les processus d’autonomisation du social, en se penchant sur les modalités d’organisation des ONG, des syndicats, ou plus largement, des mouvements sociaux moins institutionnalisés.
  • Quel(s) rôle(s) jouent les médias et plus généralement les nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la formation de l’opinion publique ? Concernant la presse, une étude plus systématique ou approfondie révèlerait sans doute des vues moins conservatrices que l’on pourrait le penser a priori.
  • Qu’en est-il de la situation éducative du pays ? Dans une perspective plus large, les propositions d’article pourraient aussi porter sur le renouveau culturel insufflé par la production littéraire ou cinématographique contemporaine.
  • Quelle est la situation des populations autochtones et des minorités racialisées dans la société paraguayenne ?
  • Le poids de la religion catholique est-il encore aussi important qu’auparavant ? Ici, il pourrait être judicieux de se pencher également sur les « groupes religieux » au sens large (mennonistes, sectes évangélistes, etc.), afin d’interroger si leur influence est (ou non) grandissante.

Modalités de soumission

Les propositions d’articles, rédigées en français, espagnol, anglais ou portugais, devront contenir les informations suivantes :

  • nom, prénom ;
  • université ou laboratoire de rattachement ;
  • court CV avec adresse e-mail ;
  • titre envisagé de l’article ;
  • résumé de 1 500 signes maximum précisant le contenu du projet d’article

La date limite impérative de soumission des propositions d’articles est fixée au 13 février 2018

 à l’adresse suivante : damien.larrouque@sciencespo.fr

Le comité de rédaction de Cahiers des Amériques latines informera de l’acceptation ou non des propositions dans un délai de deux semaines.

Les articles de 45 000 signes environ (espaces, notes, bibliographie, résumés et mots-clés compris) devront être envoyés au coordinateur pour le 13 mai 2018. Ils seront soumis à une double évaluation anonyme.

La publication du dossier est prévue pour février-mars 2019.

Comité de rédaction

Le comité de rédaction se réunit deux fois par an et est composé de scientifiques, français et étrangers, issus de plusieurs institutions et disciplines. Les membres du comité de rédaction débattent sur les dossiers proposés et sur les articles soumis, ainsi que sur la politique générale de la revue. Le mandat des rédacteurs-rices en chef est fixé à 5 ans, renouvelable une fois.

  • Virginie Baby-Collin, virginie.baby-collin<a>univ-amu.fr, Professeure, géographe, université Aix-Marseille, UMR Telemme
  • Capucine Boidin, capucine.boidin<a>univ-paris3.fr, Maîtresse de conférences, anthropologie, IHEAL (France)
  • Christophe Brochier, chrisbrochier<a>yahoo.com, Maître de conférences habilité à diriger des recherches, sociologie, université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis, Geti (France)
  • Carole Brugeilles, carole.brugeilles<a>u-paris10.fr, Professeure, démographie, université Paris Ouest-Nanterre, Cresppa-GTM
  • Vera Chiodi, vera.chiodi<a>univ-paris3.fr, Maîtresse de conférences, économie, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, IHEAL
  • Maria Eugenia Cosio Zavala, mariaeugeniacosiozavala<a>gmail.com, Colegio de México (Mexique)
  • David Dumoulin, david.dumoulin<a>univ-paris3.fr, Maître de conférences, sociologie, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, IHEAL (France)
  • Renée Fregosi, renee.fregosi<a>gmail.com, Maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches, science politique, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, IHEAL (France)
  • David Garibay, david.garibay<a>univ-lyon2.fr, Professeur, science politique, université Lumière-Lyon 2
  • Marie-Laure Geoffray, marie-laure.geoffray<a>univ-paris3.fr, Maîtresse de conférences, science politique, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, IHEAL (France)
  • Christophe Giudicelli, giudicel<a>ehess.fr, Maître de conférences, histoire, université Rennes 2, Cerhio (France)
  • Violaine Jolivet, violaine.jolivet<a>umontreal.ca, Professeure associée, géographie, université de Montréal (Canada)
  • Rebecca Lemos Igreja, rebecca.igreja<a>gmail.com, Professeure adjointe, anthropologie, Ceppac/Universidade de Brasilia (Brésil)
  • Frédéric Louault, frederic.louault<a>gmail.com, Professeur, science politique, université libre de Bruxelles (Belgique), Cevipol
  • Denis Merklen, denis.merklen<a>univ-paris3.fr, Professeur, sociologie, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, IHEAL (France)
  • Jean Muteba Rahier, jrahier<a>fiu.edu, Professeur, anthropologie, Florida International University, Miami (États-Unis)
  • Pierre Ragon, pierre.ragon<a>wanadoo.fr, Professeur, histoire, université Paris Ouest-Nanterre-La Défense (France)
  • Valérie Robin, valrobin<a>free.fr, Professeure, anthropologie, université Sorbonne-Paris Descartes, Canthel (France)
  • Sébastien Velut, sebastien.velut<a>univ-paris3.fr, Professeur, géographie, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, IHEAL-Creda (France)
  • Dominique Vidal, dominique.vidal<a>univ-paris-diderot.fr, Professeur, sociologie, université Paris Diderot-Paris 7, Urmis (France)
  • Laurent Vidal, laurent.vidal<a>univ-lr.fr, Professeur, histoire, université de La Rochelle, CRHIA (France)
  • Polymnia Zagefka, Polymnia.Zagefka<a>univ-paris3.fr, Maîtresse de conférences, sociologie, université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, IHEAL (France)

Bibliographie

- Boidin, Capucine (2014), « Le double discours des politiques d’éducation interculturelle bilingue au Paraguay », Problèmes d’Amérique latine, n°92, p.73-90.

- Boyer, Henri et Hedy Penner (dir.) (2012), Le Paraguay bilingue, Paris, L’Harmattan.

- Duarte Recalde, Liliana (2013), « Paraguay : interrupción al proceso de consolidación de la democracia », Revista de Ciencia Política, vol. 33, n° 1, p. 303-324.

- Duarte Recalde, Liliana, González Ríos, Cynthia (2016), « Paraguay : entre las movilizaciones sociales y el reordenamiento electoral », Revista de Ciencia Política, vol.36, n°1, p.287-312.

- Friggeri, Félix Pablo (2017), « Paraguay después del golpe: el precio de ponerse colorado », Foro internacional, vol.57, n°1, p.188-226.

- González Bozzolasco, Ignacio (2017) « Paraguay : la reelección presidencial y los inicios de la carrera electoral 2018 », Revista de Ciencia Política, vol.37, n°2, p.543-562.

- Hetherington, Kreeg (2014), « La contrarreforma agraria en Paraguay »,  in Almeyra, Guillermo et al. (coord.) Capitalismo : tierra y poder en América latina (1982-2012). Vol. 1. Mexico, UNAM, pp. 173-214.

- Mendonca, Daniel (2010), Democracia vulnerable. Un estudio sobre el sistema político paraguayo, Asunción, Intercontinental Editora.

- Morínigo, José (2002), « La transición circular », Novapolis, n° 1, p. 4-19.

- Penner, Hedy (2016), « La ley de lenguas en el Paraguay : ¿ Un paso decisivo en la oficialización de facto del guaraní ?», Signo y Seña, n°30, p.108-136.

- Pineda, Oscar (2012), Breve Historia de la educación en el Paraguay, Asunción, Servilibro.

- Rivarola, Domingo (2008), « Conservadurismo y cultura política en la transición » [1994], Revista Paraguaya de Sociología, n° 132/133, 2008, pp. 169-187.

- Simón, José Luis (2008), « El Paraguay después de Stroessner : ¿De la transición incompleta a la democracia ? » [1989], Revista Paraguaya de Sociología, n° 131, p. 85-124.

- Soares, Camilo (2009), « El gatopardismo de la oligarquía paraguaya », Novapolis, n° 4, p. 57-58.

- Sondrol, Paul (2007), « Paraguay : a Semi-Authoritarian Regime ? », Armed Forces & Society, vol. 34, n° 1, p. 46-66.

- Sosa Walder, María (2016), « Una primavera sin igual », Estudios Paraguayos, vol.33, n°1-2, p.13-21.

- Szucs, Rebecca, (2014), « A democracy’s ‘poor performance’ : The impeachment of paraguayan president Fernando Lugo », George Washington International Law Review, vol.46, p.409-436.

Dates

  • mardi 13 février 2018

Mots-clés

  • Paraguay, politique, société

Contacts

  • Damien Larrouqué
    courriel : damien [dot] larrouque [at] sciencespo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Damien Larrouqué
    courriel : damien [dot] larrouque [at] sciencespo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le Paraguay, trente ans après Stroessner », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 26 janvier 2018, http://calenda.org/430507