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Anthropologie de la menace

The anthropology of threat

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Publié le vendredi 02 février 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Cette journée d’étude se propose de réunir des contributions de jeunes chercheur·e·s en ethnologie et en anthropologie (doctorant·e·s, jeunes docteur·e·s, post-doctorant·e·s) qui explorent, à partir d’enquêtes ethnographiques rigoureuses et sur des terrains sans exclusive géographique, le thème de la menace.

Annonce

Argumentaire

La première question que soulève une anthropologie de la menace relève de sa dimension langagière et de sa temporalité : dans quelle mesure a-t-elle rapport au temps et à ses représentations ? Ne peut-on pas déceler, dans les récits de menaces latentes ou imminentes, une forme de (re)lecture de l’histoire passée et présente ? Quelle « crise » ces récits relatent-ils ? Est-elle politique, économique, sociale, culturelle, écologique, identitaire, religieuse, etc. ? La menace ne peut-elle pas, par exemple, informer les mouvements messianiques, prophétiques et protestants évangéliques pour lesquels une nouvelle ère, rompant avec le monde présent et libérant les hommes par la rédemption et la révélation, doit advenir ?

Tout autant qu’elle s’arrime à une réflexion sur l’histoire du soi et de l’être dans le monde, le discours et la temporalité de la menace décrivent la situation d’angoisse dans laquelle se place le locuteur. De ce point de vue, la menace peut être traitée au regard des émotions qu’elle éveille. La seconde question que pose une anthropologie de la menace tient ainsi au répertoire affectif et sensible excité par la menace. La jalousie, la méfiance, la peur, l’angoisse, la répulsion, le désir, l’envie etc. ne peuvent-ils pas être considérés comme des clés de lecture de la menace, à l’exemple de celle liée aux agressions sorcellaires, en inscrivant son analyse dans une anthropologie, non seulement du temps et de la parole, mais également des émotions ?

En apparaissant sous la forme paradoxale d’un pressentiment présent et pressant, la menace fait présager d’une fin possible. Elle augure une « crise de la présence » (1) individuelle et collective, en demeurant cependant à l’état de virtualité. Elle s’articule ainsi sur la tension de l’absence et de la présence, en obligeant à chercher des signes avant-coureurs. L’objectivation de la menace constitue donc une troisième question anthropologique : quels signes, dans le présent, matérialisent la menace et, corollairement, permettent d’interpréter sa venue afin de l’éloigner ? Pour que sa plausibilité soit reconnue, la menace implique qu’elle se manifeste par une parole, un geste, un objet, un individu ou un événement dont on soupçonne qu’ils prédisent, en l’absence d’une actualisation effective et tangible du danger, un risque pour soi, la famille, le groupe, les institutions, l’État, la nation, l’humanité et l’ordre du monde. Les théories eschatologiques et complotistes ou encore les croyances religieuses et les rites afférents à la naissance, la maladie et la mort constituent ainsi des champs privilégiés où apprécier ces efforts de concrétisation d’une menace a priori virtuelle mais potentiellement délétère, souillante et contagieuse. Corollairement, l’étude de la menace peut conduire à examiner les actes, les objets et les représentations qui sont considérés autant comme une manière de donner du sens, de rendre présent que de contrôler et de conjurer le péril, à l’exemple de la prophylaxie, des prières et des exorcismes ou encore des rituels de guérison et de divination. La menace soulève ainsi la question de la relation : en quoi la menace révèle et configure une relation particulière à un Autre auquel on attribue une intentionnalité malveillante ?

La quatrième question posée par une anthropologie de la menace relève, enfin, de l’espace. Outre le fait qu’elle peut s’imbriquer à l’analyse des catastrophes naturelles (tels les séismes, les inondations, les ouragans, etc.), se penser menacé peut conduire à imaginer l’origine du risque. La provenance de la menace peut être signifiée dans les représentations des identités de ceux qui la charrient mais aussi dans celles des lieux, des territoires, des pays, etc. auxquels elle est reliée. La relation entre menaçant et menacé s’inscrit également dans l’espace spécifique de la rencontre avec un Autre. Située dans un espace symbolique ou dans celui circonscrit d’une rencontre, la menace interroge néanmoins la question de la frontière. Elle révèle les failles et les interstices entre un espace ordonné dont l’étanchéité doit être assurée et un espace comminatoire s’immisçant dans le premier. Dans quelle mesure la menace s’arrime-elle donc aux circulations des hommes et des choses soupçonnés de violer les limites de la maison, de la région ou du pays ? A-t-elle à voir avec une extériorité spatiale réelle ou imaginée ? La symbolique de la brousse en Afrique, d’où proviennent les nouveau-nés et les sorciers, tend à le montrer, de même que celle de la rue, du chemin, de la route et du carrefour où règnent certaines divinités, tels Eshu et Legba dans le vodun ou son avatar outre-atlantique, Elegbara. Parallèlement, la colonisation européenne n’a-t-elle pas été une intrusion envahissante, à l’origine de déstructurations et de violences ? Les flux migratoires contemporains suscitent pareillement des constructions symboliques de la menace et de nouvelles oppositions politiques.

Il s’agit là de pistes d’analyse non exhaustives, applicables à des champs d’investigation pluriels (tels la parole, le corps, le religieux, le politique, l’économique, l’écologique, la parenté, etc.) et sur des terrains sans exclusive géographique, à partir desquels penser la menace.

Coordination

Coordonnée par Francis Affergan, professeur émérite d'anthropologie (CANTHEL, université Paris Descartes), elle bénéficie du soutien d'Erwan Dianteill, professeur d'anthropologie et directeur du laboratoire CANTHEL.

Modalités de soumission

Chaque intervention durera 30 minutes.

Les propositions de communication seront envoyées sous la forme d’un résumé de 1000 mots accompagné d’une présentation de l’auteur (statut, institution de rattachement, thèmes de recherche et courriel) avec en objet "anthropologie de la menace" à l’adresse suivante : jelamenace@gmail.com

http://canthel.shs.parisdescartes.fr/journee-detude-2018-appel-a-contributions/

Calendrier

  • Date limite de réception des propositions : 2 avril 2018

  • Retour de l’avis : 17 avril 2018 Journée d’étude : 12 juin 2018

Comité scientifique

  • Carmen Bernand, CERMA-EHESS
  • Jean-Pierre Dozon, IMAF-EHESS-IRD
  • Émilie Stoll, URMIS-CNRS
  • Valérie Robin Azevedo, CANTHEL-université Paris Descartes
  • Michel Wieviorka, FMSH-EHESS

(1) Martino, E. de (2016) La fin du monde. Essai sur les apocalypses culturelles, Paris, Éditions de l’EHESS (1ère édition italienne : 1977).

Lieux

  • 45 rue des saints-pères
    Paris, France (75006)

Dates

  • lundi 02 avril 2018

Mots-clés

  • Menace, ethnologie, anthropologie

Contacts

  • Comité d'organisation « Anthropologie de la menace »
    courriel : jelamenace [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Delphine Manetta
    courriel : delphinemanetta [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Anthropologie de la menace », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 02 février 2018, https://calenda.org/431569

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