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Processus de patrimonialisation

The processes of creating Heritage

Revue « Tétralogiques » n°24

Tétralogiques journal no.24

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Publié le jeudi 08 février 2018 par João Fernandes

Résumé

Le n°24 de la revue Tétralogiques se penche sur la question patrimoniale, plus précisément sur les processus par lesquels les populations produisent par elles-mêmes du patrimoine. Ce numéro inscrit donc sa réflexion dans l’espace ouvert par la création, en 2003, par l’Unesco, du label « Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité », qui met en avant une conception anthropologique de la culture, distincte d'un folklore du fait d'une recréation continue. Une telle conception entraîne une tension entre la classique procédure de patrimonialisation et des processus dont les enjeux diffèrent et suscitent de nombreuses questions.

Annonce

Argumentaire

Cet appel à contribution de la revue Tétralogiques invite à questionner le patrimoine, plus précisément les processus de patrimonialisation, c’est-à-dire non seulement les façons dont les populations font patrimoine mais aussi ce qui procède implicitement de ces productions patrimoniales.

Cette orientation de la réflexion, qu’entend mener le n°24 de Tétralogiques, résulte d’un travail collectif[1] visant à saisir comment les populations produisent par elles-mêmes leur patrimoine. Elle s’inscrit ainsi dans la brèche ouverte par la création, en 2003, par l’Unesco, du label « Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité » (PCIH) et la rédaction, la même année, d’une convention internationale – ratifiée en 2006 par la France. Le PCIH poursuit donc le mouvement plus général, amorcé dès le début des années soixante-dix[2], d’une expansion patrimoniale par ailleurs largement décrite[3]. Mais, il y a plus puisque le PCIH incite à penser le patrimoine dans un nouveau cadre de réflexion pour au moins quatre raisons :

  • il est sous tendu par une conception anthropologique de la culture relative aux us et coutumes et non plus exclusivement une acception de la culture rapportée aux grandes œuvres de l’humanité ;
  • il se démarque du folklore – entendu comme produit d’une documentation réifiée – parce qu’il est « conçu comme le processus contextuel de recréation de ces éléments par les groupes mêmes qui, à travers ces opérations, activent un processus d’identification culturelle »[4] ;
  • il ébranle la légitimité de corps de professionnels, jusqu’alors habilités à définir le patrimoine, parce qu’il déplace l’autorité de la construction de la nomination (de la preuve par l’objet à la preuve par les performances ; de la connaissance à l’expérience ; de l’expert scientifique à l’expert praticien) confortant ainsi certains sociologues dans une posture pragmatiste ;
  • il tend à supposer l'existence possible d'un patrimoine mondial, commun à l'ensemble de l'humanité. Or cette dernière, de même que l'anthropos de l'anthropocène, est très loin d'être unifiée. Si l’UNESCO tend à définir la diversité culturelle comme patrimoine commun, le PCIH questionne aussi la façon dont quelque chose de mondial peut être fabriqué – un régime mondial de patrimonialisation –, dans le dépassement de multiples singularités.

Prenant acte de ces déplacements, une différenciation s’est imposée entre procédure de patrimonialisation et processus de patrimonialisation[5]. La première retrace les différentes étapes de la transformation institutionnelle d’un objet en objet patrimonial, susceptible d’engendrer des régimes de patrimonialisation, variables selon les pays, lisibles dans les différentes législations et différenciés selon la nature des objets concernés (bâti, naturel, etc.). Les processus de patrimonialisation désignent les ressorts de l’établissement de liens avec des passés qui rendent secondaire une attention aux objets de patrimoine au profit d’une description et d’une analyse de ces liens. Si cette différenciation semble ténue, elle permet de revisiter des thématiques afférentes aux questions patrimoniales. Sans exclusive, trois axes de réflexion pourront être ainsi investis :

Patrimonialisation et transmission

La question patrimoniale charrie aussi celle de la transmission, spécifiquement dans un rapport vertical entre les générations. De ce point de vue, l’organisation sociale et politique de cette transmission pourrait être investiguée, mais dans la mesure où elle cherche à rendre compte de ce qui spécifie la transmission patrimoniale.

Patrimonialisation et dette

La question patrimoniale définit une histoire passée dans laquelle ses héritiers s’inscrivent en tant que débiteurs. Le patrimoine peut donc s’appréhender comme dette du présent envers un passé. Qu’en est-il de cette dimension dans le cadre du PCIH ? La disparition ou la menace de disparition déclenche-t-elle des manifestations sociales de cette dette ? Si l’invention patrimoniale en France sert d’abord une visée d’identité et d’unité, comment s’articule-t-elle à la diversité et la pluralité des revendications patrimoniales aujourd’hui ? 

Patrimonialisation et histoire

La question patrimoniale gagne a être inscrite dans un « régime d’historicité » lequel aide à mieux cerner les articulations qu’une époque opère entre passé, présent et futur. En s’aidant de cette notion empruntée à François Hartog[6], voire de la sociologie des temps sociaux, est-il possible de spécifier les types de liens aux passés que traduit l’inflation patrimoniale ?

Présentation de la revue

Tétralogiques est une revue à comité de lecture publiée en ligne par le Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Innovations Sociétales (LiRIS - EA 7481) qui s’adresse à tous ceux qu’intéresse une réflexion théorique sur les sciences humaines. Elle se propose de passer outre les frontières des champs disciplinaires, produits de circonstances socio-historiques, au profit des objets scientifiques, issus de la modélisation hypothétique. Au rebours de la pluridisciplinarité, elle entend cultiver, selon le mot de son fondateur, Jean Gagnepain, l’in-discipline.

La revue, fondée en 1984, est porteuse d’un héritage : un modèle général du fonctionnement humain (dans ce qui le spécifie comme ce qui le rattache au reste du vivant), lui-même redevable d’une méthode clinique d’investigation scientifique. Inaugurée autour des troubles du langage, elle conduit à dépasser l’approche positive des phénomènes pour remonter aux principes explicatifs, et réfute la médiatique tendance au naturalisme généralisé, auquel la quantification tient toute entière lieu d’épistémologie.

Tétralogiques entend prendre position dans les débats scientifiques contemporains armée de ces arguments, et contribuer ainsi à l’avancée d’une anthropologie conçue comme explication générale de l’humain. Elle se propose également de susciter et d’accueillir les débats en son sein, en ouvrant ses pages à tous ceux qui seront intéressés par les problématiques suggérées par ses numéros thématiques. La revue s’adresse aux chercheurs, mais souhaite qu’y contribuent d’autres milieux professionnels chaque fois que l’occasion pourra en être créée. 

Modalités de proposition

Les propositions d'articles suivront les normes de la revue, présentées dans le document ci-dessous "tetralogiques_recommandations_auteurs", et parviendront par voie électronique à la rédaction à l'adresse suivante : pur-tetralogiques@univ-rennes2.fr pour, au plus tard,

au 6 juillet 2018

Les articles reçus sont évalués de façon anonyme par des membres du comité de rédaction, du comité scientifique ou, en fonction de la thématique, par des spécialistes extérieurs et en accord avec le responsable du numéro. Ces lecteurs rendent un avis motivé sur sa publication, ou son refus, et décident des modifications éventuelles à demander à l'auteur.

Comité scientifique

  • Pierre-Yves BALUT (Maître de conférences HDR en art et archéologie, Université Paris-Sorbonne)
  • Jean-Luc BRACKELAIRE (Professeur de psychologie, Université de Namur, Université catholique de Louvain)
  • Denis BRIAND
 (Professeur en arts plastiques, Université Rennes 2)
  • Michel CHAUVIÈRE (Sociologue, Directeur de recherches au CNRS)
  • Bernard COUTY 
(Maître de conférences en sciences du langage retraité, Université de Besançon)
  • Jean-Yves DARTIGUENAVE (Professeur de sociologie, Université Rennes 2)
  • Philippe DE LARA (Maître de conférences HDR en science politique, Université Paris 2 Panthéon-Assas)
  • Benoît DIDIER (Professeur aux Hautes Ecoles Léonard de Vinci et Paul Henri Spaak, Bruxelles ; psychologue, service de psychiatrie aux cliniques de l'Europe - St Michel, Bruxelles)
  • Olivier DOUVILLE (Maître de conférences en psychologie, Laboratoire CRPMS, Université Paris 7 Paris-Diderot)
  • Dany-Robert DUFOUR
 (Philosophie, professeur des universités, Université Paris 8, ancien directeur de programme au Collège International de Philosophie)
  • Attie DUVAL
 (Professeure de sciences du langage retraitée, Université Rennes 2)
  • Gilles FERRÉOL
 (Professeur de sociologie, Université de Franche-Comté)
  • Marcel GAUCHET (Directeur d'études à l'EHESS)
  • Jean GIOT (Professeur émérite en sciences du langage, Université de Namur)
  • Roland GORI
 (Psychanalyste ; Professeur de psychologie et de psychopathologie cliniques à l'Université d'Aix-Marseille)
  • Michael HERMANN
 (Professeur de linguistique romane retraité, Université de Trèves)
  • Jacques LAISIS (Professeur de sciences du langage retraitée, Université Rennes 2)
  • Didier LE GALL (Professeur de psychologie, Université d’Angers ; praticien attaché au département de neurologie, CHU d’Angers)
  • Jean-Pierre LEBRUN (Psychiatre et psychanalyste, Namur, Bruxelles)
  • Gilles LIPOVETSKY
 (Philosophe et sociologue, Professeur à l’Université Stendhal Grenoble 3)
  • Antoine MASSON (Psychiatre, Professeur à l’Université de Namur)
  • Dominique OTTAVI (Professeur en sciences de l’éducation, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense Paris 10)
  • Régnier PIRARD (Professeur de psychologie, Université de Nantes ; psychanalyste)
  • Jean-Claude QUENTEL (Professeur émérite en sciences du langage, Université Rennes 2)
  • Jean-Claude SCHOTTE (Philosophe et psychanalyste, Luxembourg)
  • Pierre-Henri TAVOILLOT (Maître de conférences à l'Université Paris 4 Paris-Sorbonne ; Président du Collège de Philosophie)
  • Bernard VALADE (Professeur émérite en sociologie, Université Paris-Descartes Paris 5)

Comité de rédaction

  • Fondateur de la revue : Jean Gagnepain
  • Responsable de la publication : Jean-Yves Dartiguenave
  • Anciens directeurs de la revue :
    • Jean Gagnepain (1984-1994) ;
    • Jean-Yves Urien (1995-2002) ;
    • Jean-Claude Quentel (2003-2013)
  • Laurence Beaud
  • Jean-Yves Dartiguenave
  • Clément de Guibert
  • Patrice Gaborieau
  • Jean-François Garnier
  • Jean-Michel Le Bot
  • Sophie Le Coq (Université Rennes 2)
  • Marc Legrand
  • Jean-Louis Perraud (Université Rennes 1)
Coordinateur du comité de rédaction : Patrice Gaborieau
Contact : pur-tetralogiques@univ-rennes2.fr
Site de la revue : tetralogiques.fr
Adresse de contact du responsable scientifique du numéro : sophie.lecoq@univ-rennes2.fr

Références

[1] Jean-Yves Dartiguenave, Cécile Dubois, Sophie Le Coq, Maïté Savina, Jean-Claude Quentel, 2013, Du patrimoine aux patrimoines : question d’héritages, rapport de recherche, Conseil Régional de Bretagne – Service Valorisation du Patrimoine de la Région Bretagne, UHB – Rennes 2 – CIAPHS.

[2] À l’échelle de l’Unesco, rappelons que la convention sur la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel en 1972 s’étend à l’ensemble du partimoine immatériel, symbolique et spirituel de l’humanité. Notons aussi qu’en 1997 le patrimoine biologique de l’homme s’ajoute au patrimoine universel.

[3] Entre autres auteurs, citons Pierre-Henri Jeudy, 1990 (dir), Patrimoines en folie, Ministère de la Culture et de la Communication, Paris, MSH ; Nathalie Heinich, 2009, La fabrique du patrimoine. Du musée à la petite cuillère, Paris, MSH.

[4] Chiara Bortolotto (dir), 2011, Le patrimoine culturel immatériel. Enjeux d’une nouvelle catégorie, Paris, MSH, p. 27.

[5] Sophie Le Coq, « Procédure et processus de patrimonialisation à Belle-île-en-mer », 2017, Céline Barrère, Grégory Busquet, Adriana Diaconu, Muriel Girard, Ioana Iosa (coord.), Mémoires et patrimoines. Des revendications aux conflits, Paris, L’Harmattan, pp. 105-118.

[6] François Hartog, 2006, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Le Seuil. 

Dates

  • vendredi 06 juillet 2018

Mots-clés

  • patrimoine, patrimonialisation, anthropologie de la culture, transmission, histoire

Contacts

  • Patrice Gaborieau
    courriel : pur-tetralogiques [at] univ-rennes2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Patrice Gaborieau
    courriel : pur-tetralogiques [at] univ-rennes2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Processus de patrimonialisation », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 08 février 2018, https://calenda.org/432506

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