AccueilLa France et la dénazification de l'Allemagne après 1945

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Publié le mardi 13 février 2018 par João Fernandes

Résumé

Ce colloque aura pour objectifs de dresser un bilan historiographique sur le sujet, de présenter les sources disponibles, inédites ou méconnues, en France et en Allemagne, et de dégager de nouveaux axes de recherches. Un regard croisé avec la contribution d’archivistes des Länder permettra de dresser ce panorama. On s’en tiendra à analyser les processus de dénazification dans la seule ZOF (Zone d'occupation française), tout en adoptant une démarche comparative (sources britanniques, américaines et russes) afin d’en mettre en lumière les éventuelles spécificités.

Annonce

Présentation

Colloque international organisé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, l’Institut historique allemand de Paris, l’Institut d’Histoire moderne et contemporaine ENS Paris et le Labex EHNE (Écrire une histoire nouvelle de l’Europe), en coopération avec le Musée des Alliés à Berlin et la Fondation Maison du chancelier Adenauer Rhöndorf, 22–23 mars 2018, IHA et Centre des Archives diplomatiques de La Courneuve.

Argumentaire

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et à la suite des accords de Potsdam (juillet–août 1945), les Alliés mettent en oeuvre, dans leur zone d’occupation respective en Allemagne et en Autriche, une politique de « dénazification » destinée d’une part à sanctionner les nazis et d’autre part à démocratiser la société allemande. Dans ce cadre, une épuration est menée, qui comprend plusieurs dimensions (judiciaire, administrative, professionnelle). Cette épuration est complexe à appréhender, car elle a été dirigée de manière différente par les Alliés malgré leur accord initial à Potsdam et l’expérience commune du procès de Nuremberg (1945/46). Même à l’Ouest, en dépit d’une tendance grandissante à l’homogénéisation des pratiques épuratoires, notamment dans l’association des Allemands eux-mêmes à l’entreprise, la dénazification ne fut jamais uniforme dans les différentes régions et les secteurs professionnels.

Certes l’ambition de la dénazification est immense, puisqu’il s’agit non seulement de sanctionner au plan pénal les criminels nazis, mais aussi de neutraliser les élites fonctionnelles ayant servi la dictature de Hitler et, au-delà, d’évaluer la compromission politique de plus de 8,5 millions d’Allemands ayant appartenu au NSDAP, tout en accompagnant le retour à la démocratie par une pédagogie destinée au plus grand nombre. La dénazification comme épuration administrative est pourtant brève, puisqu’elle est déclarée officiellement achevée dès 1948, bien que certaines procédures se poursuivent dans les faits à l’Ouest jusqu’au seuil des années 1950 et qu’un contentieux se déploie à plus long terme en République fédérale d’Allemagne. Avec le recul, si l’épuration a parfois été jugée bien trop limitée à l’Ouest, la démocratisation apparaît en revanche comme un acquis durable de l’après-1945. Dès lors, tirer le bilan de la dénazification appelle un jugement nuancé. De plus, il reste encore pour les historiens de nombreux champs à explorer.

Au plan historiographique, le volet épuratoire de la dénazification (judiciaire et administratif) a en effet fait l’objet de monographies régionales ou par zone d’occupation de grande qualité, notamment dans les années 1980 et 1990. Quelques études comparatives ont été publiées. Mais force est de constater qu’il manque encore aujourd’hui une véritable synthèse sur la dénazification menée en zone d’occupation française (ZOF). De plus, le croisement avec l’étude de l’épuration des collaborateurs en France a été rarement tenté.

L’ouverture sans restriction des archives françaises relatives à la Seconde Guerre mondiale et à ses suites (arrêté du Premier Ministre du 24 décembre 2015), les efforts des services d’archives concernés pour faciliter l’accès aux fonds émanés de l’administration de la ZOF (plus de 250 000 dossiers de dénazification indexés) ouvrent aujourd’hui de nouvelles perspectives à la recherche.

Ce colloque aura pour objectifs de dresser un bilan historiographique sur le sujet, de présenter les sources disponibles, inédites ou méconnues, en France et en Allemagne, et de dégager de nouveaux axes de recherches. Un regard croisé avec la contribution d’archivistes des Länder permettra de dresser ce panorama. On s’en tiendra à analyser les processus de dénazification dans la seule ZOF, tout en adoptant une démarche comparative (sources britanniques, américaines et russes) afin d’en mettre en lumière les éventuelles spécificités.

Les communications pourront aborder, sur un plan général, les règles juridiques et le fonctionnement des juridictions et de la bureaucratie chargées de la dénazification. Pourront être présentées des études de cas individuels, fondées non seulement sur des croisements de témoignages, mais surtout sur les dossiers d’archives nominatifs susceptibles d’éclairer la politique de dénazification des Français avant que les comités d’épuration composés d’Allemands ne prennent le relai dans la nouvelle Allemagne. Au-delà des cas individuels, il s’agira de s’interroger sur le fonctionnement et le recrutement des administrations allemandes après-guerre permettant de nourrir une histoire sociale de la démocratie ouest-allemande en train de se construire.

La dénazification en Allemagne de l’ouest et en Allemagne de l’est, qui a concerné toute la société, a été en effet particulièrement appliquée à l’administration, entrainant l’éviction et ensuite la réintégration d’un certain nombre de fonctionnaires dont on avait besoin pour reconstruire le pays et dont les droits furent précocement garantis en République fédérale d’Allemagne. Le colloque sera aussi l’occasion d’organiser pour le public français une présentation des enquêtes actuellement menées en Allemagne par différentes commissions nommées au sein des ministères par le gouvernement de la RFA pour étudier les réalités de l’épuration administrative et les conditions de la transition démocratique après le nazisme. Par ailleurs, il pourrait être pertinent de mettre en perspective les deux mouvements d’épuration, en France et en Allemagne, à l’occasion d’une table ronde.

Enfin, ce projet de colloque se situe dans le prolongement d’une exposition intitulée « Who was a Nazi ? – la dénazification après 1945 en Allemagne », présentée au musée des Alliés à Berlin en 2015-2016. Il évoquera donc également la question de la transmission et de la perception du processus de dénazification par le public allemand.

Langues : français, allemand, anglais

Traduction simultanée : Français-Allemand

Programme

Jeudi 22 mars 2018

Lieux : IHA, 8 rue du Parc Royal, 75003 Paris

14h00 Accueil des participants

  • 14h15 Prof. Dr. Thomas Maissen (directeur de l’IHA), Mot de bienvenue
  • 14h30 Dr. Marie-Bénédicte Vincent (ENS), Introduction. La dénazification : un processus à multiples dimensions

15h00 Première séance : Les dimensions de la dénazification de l’Allemagne

Présidence : Dr. Stefan Martens (IHA)

  • Dr. Matthias Gemählich (Universität Mainz), Von der deutschen »Kollektivschuld« . Die französische Anklage im Nürnberger Prozess gegen die Hauptkriegsverbrecher 1945/46
  • Prof. Dr. Corine Defrance (CNRS / LabEx EHNE) / Frank Hüther (Universität Mainz), Un nouveau personnel pour une nouvelle université ? Les défis du recrutement des enseignants à Mayence (1945–1949)
  • Dr. Jürgen Finger (IHA), Une élite apolitique dans une économie politisée ? La dénazification des entrepreneurs

16h30 Pause café

17h00 Table ronde : Deutsche Ministerien und Behörden und der Nationalsozialismus. Stand und Perspektiven der Forschung

Présidence: Dr. Corinna Franz (Stiftung Bundeskanzler-Adenauer-Haus)

  • Prof. Dr. Dominik Geppert (Universität Bonn) et
  • Prof. Dr. Stefan Creuzberger (Universität Rostock).
  • Commentaire: Dr. Marc Olivier Baruch (EHESS)

19h00 Verre d’amitié

Vendredi 23 mars 2018

Lieux Centre des Archives diplomatiques, 3 Rue Suzanne Masson, La Courneuve

9h30 Hervé Magro (directeur des Archives diplomatiques), Mot de bienvenue

9h45 Deuxième séance : Les sources de la dénazification

Présidence : Florence de Peyronnet-Dryden (Archives nationales)

  • Dr. Kurt Hochstuhl (Landesarchiv Baden-Württemberg, Staatsarchiv Freiburg i. Br.), Dr. Peter Wettmann-Jungblut (Saarländisches Landesarchiv), Dr. Walter Rummel (Landesarchiv Speyer), Dr. Michael Martin (Landeshauptarchiv Koblenz), Sébastien Chauffour (Archives diplomatiques)

11h00 Pause café

11h30 Troisième séance : Les procédures de la dénazification

Présidence : Dr. Marie-Bénédicte Vincent (ENS)

  • Anton F. Guhl M.A. (KIT Karlsruhe), Entnazifizierung als Sprechakt. Zur Identitätskonstruktion durch Fragebogen und Persilschein
  • Prof. Dr. Mikkel Dack (Syracuse University), The Paper Occupation: Isolating Denazification Bureaucracy under the French Military Goernment

12h30 Pause de midi / Visite du Centre des Archives diplomatiques

14h00 Quatrième séance : Études de cas présentées par les élèves du département d’histoire de l’ENS

  • Valentin Bardet, Gabrielle Laprévote, Coline Perron, Éric Pesme,

Marius Bruneau

15h00 Cinquième séance : Les secondes carrières

Présidence : Prof. Dr. Hélène Miard-Delacroix (Sorbonne Université)

  • Dorothee Gräf (RWTH Aachen), Umfassende Entnazifizierung der Polizei im französisch besetzten Süd-Baden : Kontinuität auf dem (Rück-)Weg zur Demokratie ?
  • Esther Heyer M.A. (LMU München), Vorteil oder Nachteil für die Entnazifizierung ? Die Arbeit von Franziskus Graf Wolff Metternich im deutschen militärischen Kunstschutz in Frankreich
  • Gunnar Mertz M.A. (Universität Wien), Entnazifizierung im alpinen Raum der französischen Besatzungsszone Österreichs

16h30 Prof. Dr. Rainer Hudemann (Sorbonne-Université), Conclusion

17h00 Fin du colloque

Lieux et adresses

IHA
8 rue du Parc Royal, 75003 Paris
(Metro : Saint-Paul)
Centre des Archives diplomatiques, 3 Rue Suzanne Masson, La Courneuve
(RER B : La Courneuve)
Accès au Centre des Archives diplomatiques uniquement sur présentation d'une carte d'identité et après inscription (gratuite) obligatoire à l’adresse suivante :
lecture.archives@diplomatie.gouv.fr

Catégories

Lieux

  • Institut Historique Allemand - 8 rue du Parc Royal
    Paris, France (75003)
  • Centre des Archives diplomatiques. Accès au Centre des Archives diplomatiques uniquement sur présentation d'une carte d'identité et après inscription (gratuite) obligatoire à l’adresse suivante: lecture.archives@diplomatie.gouv.fr. - 3 Rue Suzanne Masson
    La Courneuve, France (93)

Dates

  • jeudi 22 mars 2018
  • vendredi 23 mars 2018

Mots-clés

  • histoire, France, Allemagne, seconde guerre mondiale, dénazification

Contacts

  • Marlène de Saussure
    courriel : presse [at] dhi-paris [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Marlène de Saussure
    courriel : presse [at] dhi-paris [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La France et la dénazification de l'Allemagne après 1945 », Colloque, Calenda, Publié le mardi 13 février 2018, http://calenda.org/433362