AccueilNouvelles frontières de l'intimité conjugale et familiale

Nouvelles frontières de l'intimité conjugale et familiale

The normal frontiers of conjugal and family intimacy

Revue « Enfances Familles Générations »

Enfances Familles Générations journal

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Publié le vendredi 16 mars 2018 par Elsa Zotian

Résumé

Ce dossier thématique de la revue Enfances Familles Générations s'intéressera au fonctionnement des relations intimes en tant que relations capables de s’autodéfinir et d’établir les règles de leur propre fonctionnement. Comment les relations intimes accomplissent-elles cela ? Quels sont les défis spécifiques posés par ce « travail de frontière » ? Voilà les deux grandes questions qui guident cet appel à propositions. Ce numéro propose ainsi d’explorer l’émergence des frontières de la relation intime par les discours et par les pratiques ; le travail accompli par les membres d’une relation pour maintenir les frontières, pour les modifier et pour les dissoudre ; les rôles et les usages des ressources culturelles socialement disponibles dans la définition des frontières des relations intimes ; l’impact des anciennes et des nouvelles technologies sur les frontières des relations intimes ; les croisements entre frontières institutionnelles et intimes, et les contraintes qui en découlent pour leurs membres (matérielles, juridiques, symboliques, etc.).

Annonce

Argumentaire

L’intimité familiale, l’intimité de couple, l’intimité sexuelle, l’intimité dans les relations amicales : toutes ces formes d’intimité ont des frontières symboliques, discursives et pratiques qui, pour être « invisibles » aux acteurs, ne sont pas moins puissantes et efficaces. Plus ou moins stables, claires, perméables, les frontières des relations intimes servent à établir qui est dedans et qui ne l’est pas, mais surtout elles fonctionnent comme des matrices d’attentes légitimes et réciproques entre les membres de la relation qu’elles circonscrivent.

Les familles et les relations intimes – impliquant le couple ou des configurations non monogames consensuelles – sont constituées par des relations qui émergent avec des propriétés structurelles et fonctionnelles spécifiques. Ces propriétés dépendent également, comme Simmel (1908) l’avait déjà analysé, de la taille du groupe défini par la relation. Tracer les frontières d’une relation ou d’un réseau de relations n’est donc pas seulement une opération quantitative, mais influence au contraire du point de vue qualitatif chaque relation ainsi que ses propriétés émergentes.

La conception des frontières de l’intime que nous mettons de l’avant est inspirée par le travail de Luhmann sur les frontières des systèmes sociaux (1984 ; 1997) et par son application à l’étude sociologique de l’intime (Luhmann 1982 ; McKie, Cunningham-Burley 2005). D’après Luhmann, les frontières d’une relation (ou d’une société) émergent des opérations de la relation même : en se constituant, toute relation performe des opérations communicationnelles qui, par la sélection des contenus de « l’environnement » qui sont pertinents, établissent des frontières avec l’environnement même et créent ainsi des attentes par rapport aux communications et interactions à venir. C’est en cela que consiste la « frontière » de la relation : une délimitation sémantique (et pratique) de la relation par le « sens » même qu’elle produit et dont elle crée les conditions de possibilité pour le futur. Les frontières concernent donc les attentes légitimes des membres de la relation par rapport à cette production de sens de et par la relation. Cet effet structurant diffère significativement de celui qu’ont, par exemple, des frontières physiques et géographiques – qui peuvent à leur tour, cependant, renforcer des frontières sémantiques. En ce sens, notre conception des frontières diffère aussi de l’idée d’un simple travail de démarcation entre identités (Lamont et Virág 2002), champs professionnels (van Bochove et al. 2016; Fournier 2000) ou champs de connaissance (Gieryn 1999). Nous nous intéressons plutôt au fonctionnement des relations intimes comme relations capables de s’autodéfinir et d’établir, pour ainsi dire, les règles de leur propre fonctionnement. Comme McKie et Cunningham-Burley (2005) le soulignent, une relation intime « n’a pas » de frontières, mais elle émerge elle-même comme résultat d’un travail de frontière, c’est-à-dire du travail pour distinguer cette relation-ci de toutes les autres présentes, passées, ou à venir. Comment les relations intimes accomplissent-elles cela ? Quels sont les défis spécifiques posés par ce « travail de frontière » ?

Dans ce numéro de la revue Enfances, Familles, Générations, nous rassemblerons des articles traitant des défis liés aux frontières des relations intimes, conjugales, familiales en abordant notamment les questions liées :

  1. à l’émergence des frontières de la relation intime par les discours et par les pratiques ;

  2. au travail accompli par les membres d’une relation pour maintenir les frontières, pour les modifier et pour les dissoudre ;

  3. aux rôles et aux usages des ressources culturelles socialement disponibles dans la définition des frontières des relations intimes ;

  4. à l’impact des anciennes et des nouvelles technologies sur les frontières des relations intimes ;

  5. aux croisements entre frontières institutionnelles et intimes, et les contraintes qui en découlent pour leurs membres (matérielles, juridiques, symboliques, etc.).

Ces questionnements sont particulièrement pertinents par rapport à certains changements observables qui affectent de différentes façons les frontières des relations intimes : augmentation du nombre des familles recomposées, diffusion croissante de formes de couple non monogames, redéfinition de la norme de l’exclusivité sexuelle dans les couples, présence élevée d’objets connectés dans la vie de couple et familiale, recours à autrui ou à des pratiques de fécondation assistée pour avoir des enfants, croissance des familles à double carrière, etc.

Modalités de soumission

Les propositions (résumés) doivent être envoyées par courriel (efg@ucs.inrs.ca)

pour le 16 avril 2018.

Veuillez mentionner le titre du numéro thématique dans l’objet de message.

La proposition doit comprendre un titre provisoire, un résumé (1 500 à 2 000 caractères, espaces compris) et les coordonnées de tous les auteur.e.s. Les auteur.e.s des propositions retenues devront remettre leur manuscrit

au plus tard le 30 novembre 2018.

Pour consulter les règles d’édition de la revue.

Modalités de sélection

Les manuscrits sont acceptés ou refusés sur la recommandation de la direction de la revue et des responsables du numéro après avoir été évalués à l’aveugle par deux ou trois lecteurs externes.

Direction scientifique

  • Chiara Piazzesi, Université du Québec à Montréal (Canada)
  • Hélène Belleau, Institut national de la recherche scientifique (Canada)
  • Martin Blais, Université du Québec à Montréal (Canada)

Bibliographie

  • van Bochove, M., E. Tonkens, L. Verplanke, S. Roggeveen . 2016. «Reconstructing the Professional Domain: Boundary Work of Professionals and Volunteers in the Context of Social Service Reform», Current Sociology: 1-20.
  • Fournier, V. 2000. «Boundary Work and the (Un)making of the Professions.» dans Professionalism, Boundaries and the Workplace, sous la dir. de Nigel Malin, London: Routledge, p. 67-86.
  • Frank, K., J. DeLamater. 2010. «Deconstructing Monogamy. Boundaries, Identities, and Fluidities Across Relationships», dans Understanding Non-Monogamies, sous la dir. de M. Barker et D. Langdridge, Routledge, N.Y. and Oxon, p. 9-22.
  • Gieryn, T. F. 1999. Cultural Boundaries of Science, Chicago, University of Chicago Press.
  • Lamont, M. et M. Virág. 2002. «The Study of Boudaries in the Social Sciences», Annual Review of Sociology, vol. 28, p.167-185.
  • Luhmann, N. 1997. Die Gesellschaft der Gesellschaft, Frankfurt am Main, Suhrkamp.
  • Luhmann, N. 1984. Soziale Systeme, Frankfurt am Main, Suhrkamp.
  • Luhmann, N. 1982., Liebe als Passion, Frankfurt am Main, Suhrkamp.
  • McDonald, D. 2010. «Swinging: Pushing the Boundaries of Monogamy?», dans Understanding Non-Monogamies, sous la dir. de M. Barker et D. Langdridge, Routledge, N.Y. and Oxon, p. 70-81.
  • McKie, L. et S. Cunningham-Burley (dir.). 2005. Families in Society. Boundaries and Relationships, Bristol (UK), The Policy Press.
  • Simmel, G. 2010 [1908]. Sociologie. Études sur les formes de socialisation, Paris, PUF.

Dates

  • lundi 16 avril 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • familles, couples, relations intimes, organisation familiale, non monogamie

Contacts

  • Béatrice Lefebvre
    courriel : efg [at] ucs [dot] inrs [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Béatrice Lefebvre
    courriel : efg [at] ucs [dot] inrs [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Nouvelles frontières de l'intimité conjugale et familiale », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 16 mars 2018, https://calenda.org/436501

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