AccueilAux limites du sens : usages de Wittgenstein

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Publié le mercredi 04 avril 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Cette journée d’études est consacrée aux échos que la pensée de Ludwig Wittgenstein trouve aujourd'hui dans des domaines où on ne l'attendait pas. Elle réunit quelques-un·e·s des chercheuses et chercheurs dont le travail se nourrit d’une inspiration wittgensteinienne, quand il ne fait pas un recours systématique à des concepts-clés comme ceux de forme de vie, de jeu de langage ou de non-sens — parfois dans une perspective critique. En retour, ces usages ouvrent de nouvelles pistes pour la résolution de débats encore ouverts dans la compréhension de l’œuvre du philosophe autrichien.Les différentes sessions seront l’occasion de réfléchir à la pertinence d’une approche wittgensteinienne dans trois champs en apparence fort éloignés de l’intention initiale de cette philosophie : la question du discours chez Platon et Aristote ; la nature du langage religieux et les problèmes de la théologie contemporaine ; l’interprétation du discours délirant en psychopathologie.

Annonce

Présentation

Journée d’études organisée par Yu-Jung Sun, Mathieu Frerejouan et Emeline Durand
Avec le soutien de l’école doctorale de philosophie de Paris 1 et de l’ISJPS
 
Si l’œuvre de Ludwig Wittgenstein a changé le visage de la philosophie au vingtième siècle, son influence se fait également sentir au-delà des cercles spécialisés de la philosophie analytique ou de l’histoire de la philosophie. L’idée de cette journée d’études nous est venue du constat que de nombreux non-spécialistes font à leur manière « usage » de Wittgenstein sur des terrains où on ne l’attendait pas. Leur travail se nourrit d’une inspiration wittgensteinienne, quand il ne fait pas un recours systématique à des concepts-clés comme ceux de forme de vie, de jeu de langage ou de non-sens. En retour, ces usages ouvrent de nouvelles pistes pour la résolution de débats encore ouverts dans la compréhension de l’œuvre du philosophe autrichien.
Cette journée d’études réunit quelques-un.e.s de ces chercheuses et chercheurs qui observent aujourd’hui le « wittgensteinisme » à l’œuvre dans la pratique philosophique. Les différentes sessions seront l’occasion de réfléchir à la pertinence d’une approche wittgensteinienne dans trois champs en apparence fort éloignés de l’intention initiale de cette philosophie : la question du discours chez Platon et Aristote ; la nature du langage religieux et les problèmes de la théologie contemporaine ; l’interprétation du discours délirant en psychopathologie. Autant de lieux où la production de discours touche de près le non-sens, et se confronte à une impossibilité peut-être constitutive de faire sens. Partout où la parole dévie de l’usage ordinaire du langage ou se dérobe à l’analyse conceptuelle, face aux discours que nous sommes tentés de qualifier de non-sens tout en reconnaissant le vouloir-dire qui s’y exprime, le dialogue avec la pensée de Wittgenstein semble prometteur.

Programme

Vendredi 13 avril, 13h30 – 18h

Salle de formation de la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne

Première session : Wittgenstein et le platonisme.

L’influence de Wittgenstein est incontestable dans la philosophie contemporaine, mais sa pensée est aussi une nouvelle source pour relire les textes anciens. Wittgenstein fut certainement un lecteur de Platon, et les travaux de recherches visant à traquer les ombres de Platon dans ses œuvres, notamment dans le Tractatus, sont déjà nombreux. On peut citer les articles déjà anciens d’Edward N. Lee et de Robert Pippin sur le Sophiste et le Tractatus, et plus récemment, le volume Wittgenstein and Plato: Connections, Comparisons and Contrasts (éd. L. Perissinotto et B. Ramón Cámara, 2013). Ces recherches visent notamment à éclairer l’héritage platonicien dans la pensée de Wittgenstein et à croiser les questionnements des deux auteurs. Cela nous permet de revisiter les concepts platoniciens d’image, de négation, de métaphore à l’aide des lectures wittgensteiniennes. En retour, il s’agit aussi d’interroger les limites de la théorie wittgensteinienne de l’image face à des formes discursives qui mettent en œuvre non seulement le faux, mais aussi la contradiction et l’illusion, comme la parole sophistique. Si le langage sophistique parvient à persuader, peut-on encore le qualifier de non-sens ?
Entre platonisme, antiplatonisme et aristotélisme, c’est le complexe jeu des influences, mais aussi la fécondité d’une lecture wittgensteinienne de la philosophie antique, que les différentes interventions interrogeront.
  • 13h30 : Accueil des participants et ouverture de la journée d’études par Dimitri El Murr (École normale supérieure)
  • 14h : Antonia Soulez (université Paris 8) : « Wittgenstein : l’antiplatonisme d’un Socrate du vingtième siècle »
  • 14h50 : Yu-Jung Sun (université Paris 1) : « Négation et fausseté dans le Sophiste de Platon et le Tractatus de Wittgenstein »
15h40 : pause
  • 16h10 : Élise Marrou (université Paris IV) : « Wittgenstein à l’écoute du Philèbe »
  • 17h : Florian Rada (université Paris 1) : « Jeu de langage, homonymie et métaphore. Aristote et Wittgenstein devant la théorie des idées »

Samedi 14 avril, 9h – 18h30

Salle Halbwachs (UFR de philosophie de Paris 1)
17 rue de la Sorbonne, 1er étage

Deuxième session (9h-12h30) : Langage religieux, questions théologiques.

Nombreux sont les travaux qui ont tenté d’expliquer ce que pourrait signifier le « point de vue religieux » que Wittgenstein lui-même dit avoir adopté dans sa philosophie. Depuis l’ouvrage de Fergus Kerr La théologie après Wittgenstein, on s’efforce également de documenter l’influence du philosophe autrichien sur la théologie contemporaine, notamment sous la forme d’une convergence entre théologie thomiste et approche wittgensteinienne, étudiée par Roger Pouivet dans Après Wittgenstein, saint Thomas (1997).
Si les textes où Wittgenstein prend directement pour objet les questions religieuses sont rares, son œuvre offre de précieux outils pour interroger à nouveaux frais des problèmes traditionnels de la théologie. Ainsi, le langage religieux, par lequel nous tentons d’évoquer l’expérience du divin, relève-t-il d’un jeu de langage séparé des autres, de sorte que le croyant et le non-croyant ne pourraient ni se comprendre, ni même se contredire l’un l’autre ? Comment apprenons-nous le sens des mots de la religion, à commencer par le mot « Dieu » ? Les métaphores et les anthropomorphismes qui parsèment nos discours sur Dieu doivent-ils apparaître, à l’issue de l’enquête grammaticale, comme de simples non-sens ?
Ces questions, abordées dans la Conférence sur l’éthique et les Leçons sur la croyance religieuse, nous invitent à réfléchir au statut même du non-sens. Il se pourrait que notre compréhension du rôle de ce concept dans le Tractatus — entre « conception substantielle » et lecture « résolue » — détermine l’usage que nous pouvons en faire pour les questions théologiques. Ainsi Stephen Mulhall a-t-il récemment souligné (The Great Riddle, 2015) que, si les théologiens se référant au concept wittgensteinien de non-sens le font toujours dans une perspective critique, une autre approche est envisageable, inspirée des travaux de Cora Diamond et James Conant, qui reviendrait à reconnaître la nécessité du non-sens que contiennent les énoncés éthiques et religieux.

  • 9h : Accueil des participants et ouverture de la demi-journée
  • 9h20 : Mathieu Eychenié (université Paris 1) : « Un mythe chrétien de l’intériorité ? La grammaire wittgensteinienne du cœur »
  • 10h10 : Gerhard Schmezer (université Paris 8) : « Le statut philosophique de la pensée religieuse de Wittgenstein »
  • 11h : pause
  • 11h10 : Roger Pouivet (université de Lorraine/IUF) : « Parler de Dieu : Wittgenstein et Thomas d’Aquin »
  • 12h : Emeline Durand (université Paris 1) : « Mehr als Gleichnis. Métaphore et langage religieux chez Wittgenstein et Rosenzweig »

Troisième session (14h45-18h30) : Folie et non-sens.

Lorsque la catégorie de délire apparaît dans l’œuvre de Wittgenstein, ce n’est pas tant comme objet d’étude que comme manière de caractériser tout discours philosophique qui prétend s’aventurer au-delà des limites de notre langage. Toutefois, plusieurs auteurs n’ont pas manqué de voir dans l’analyse wittgensteinienne des non-sens philosophiques une voie menant aussi vers la compréhension du discours délirant. On doit ainsi à Louis A. Sass (Les paradoxes du délire : Schreber, Wittgenstein et l’esprit schizophrénique, 2010) d’avoir souligné la proximité existant entre les analyses faites par Wittgenstein du solipsisme et le langage du schizophrène, ainsi qu’à John Campbell d’avoir montré comment les délires monothématiques pouvaient être compris comme un jeu de langage dont les « propositions charnières » (framework propositions) seraient différentes des nôtres.
Contre ces approches, certains commentateurs de Wittgenstein ont toutefois remarqué qu’on ne saurait concevoir un discours comme relevant d’un jeu de langage différent du nôtre et que toute tentative d’éclairer les discours délirants par le solipsisme et le scepticisme revenait à substituer du non-sens à du non-sens. Néanmoins, la limite de ces critiques est qu’on ne saurait réduire l’expérience du discours délirant à une simple illusion de sens. Ainsi, comme l’a noté Pierre-Henri Castel dans La métamorphose impensable (2003), « qu’on soit fondé à récuser tout argument qui procède de l’ineffable ne doit pas, en tout cas, servir de motif pour nier que nous montrons parfois du doigt ce qui est de l’autre côté du dicible ». C’est pourquoi, loin de se réduire à du pur non-sens, le discours délirant semble apparaître aux limites de nos jeux de langage ordinaires dont il dessine, de ce fait, les contours.
  • 14h45 : Ouverture de la demi-journée
  • 15h : Pierre-Henri Castel (CNRS) : « Qu’est-ce qu’apporte vraiment une analyse “à la Wittgenstein” de situations concrètes de “folie” ou de “déraison” ? Retour critique sur divers travaux »
  • 15h50 : Valérie Aucouturier (université Saint Louis, Bruxelles) : « Le fou, le solipsiste et le philosophe »
  • 16h40 : pause
  • 17h : Mathieu Frerejouan (université Paris 1) : « Certitude et folie : usages et mésusages du dernier Wittgenstein en philosophie de la psychiatrie »
  • 17h50 : Matteo Vagelli (université Viadrina/Centre Marc Bloch) : « L’autisme et son langage : description ou façonnement ? »

En raison des mesures de sécurité en vigueur à la Sorbonne, nous demandons à toute personne intéressée de bien vouloir s'inscrire à l'avance en remplissant le formulaire suivant : https://goo.gl/forms/iTfbR6WFshR6DycY2

Lieux

  • Salle de formation de la BIS / Salle Halbwachs (UFR de philosophie de Paris 1) - Université Paris 1, 17 rue de la Sorbonne
    Paris, France (75005)

Dates

  • vendredi 13 avril 2018
  • samedi 14 avril 2018

Mots-clés

  • Ludwig Wittgenstein, philosophie contemporaine, philosophie antique, psychopathologie, théologie, langage

Contacts

  • Emeline Durand
    courriel : emeline [dot] durand [at] univ-paris1 [dot] fr

Source de l'information

  • Emeline Durand
    courriel : emeline [dot] durand [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Aux limites du sens : usages de Wittgenstein », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 04 avril 2018, https://calenda.org/438850

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