HomeUne (re)conquête industrielle des villes petites et moyennes ?

HomeUne (re)conquête industrielle des villes petites et moyennes ?

*  *  *

Published on Monday, June 27, 2022 by Lucie Choupaut

Summary

La désindustrialisation est, en France et en Europe, de moins en moins perçue comme une fatalité et les termes de relocalisation, réindustrialisation, relance industrielle, souveraineté productive sont au cœur de nouvelles politiques européennes, nationales et locales. Si les métropoles demeurent une forme privilégiée d’organisation territoriale pour certaines activités économiques, l’industrie n’est pas, voire n’a jamais été, l’apanage des plus grandes villes. L’hypothèse du dossier proposé porte sur la place privilégiée qu’occuperaient les villes petites et moyennes dans les dynamiques industrielles récentes observées en France et/ou dans d’autres contextes européens.

Announcement

Coordinatrices du numéro thématique

  • Marjolaine Gros-Balthazard, marjolaine.gros-balthazard@univ-grenoble-alpes.fr, maître de conférences à l’Université Grenoble-Alpes, membre du Laboratoire Pacte.
  • Magali Talandier, magali.talandier@univ-grenoble-alpes.fr, est professeur à l’Université Grenoble-Alpes, membre du Laboratoire Pacte.

Argumentaire

Un regain d’intérêt pour l’industrie s’observe en France et dans d’autres pays européens depuis quelques années, tant parmi les chercheurs que parmi les décideurs. La désindustrialisation est de moins en moins perçue comme une fatalité et les termes de relocalisation, réindustrialisation, relance industrielle, souveraineté productive sont au cœur de nouvelles politiques européennes, nationales et locales. La crise de la Covid-19 et les déboires des pays européens à s’approvisionner dans certains équipements vitaux sont venus accentuer cette tendance. Après avoir souffert de la crise, l’industrie française a ainsi recommencé à créer des emplois en 2021 reprenant la dynamique amorcée depuis 2016[1]. Spatialement, cela n’est pas sans poser de question. Si les métropoles demeurent une forme privilégiée d’organisation territoriale pour certaines activités économiques, notamment celles basées sur la connaissance et l’intensité technologiques (Cooke et Leydersdorff, 2006 ; Shearmur, 2012), l’industrie n’est pas, voire n’a jamais été, l’apanage des plus grandes villes.

L’hypothèse posée dans ce dossier thématique porte sur la place privilégiée qu’occuperaient les villes petites et moyennes dans les dynamiques industrielles récentes observées en France et/ou dans d’autres contextes européens.

L’industrie a contribué historiquement au développement de nombreuses villes petites et moyennes européennes, que ce soit lors de la révolution industrielle (industrialisation et urbanisation allant de pair) ou plus tard sous l’effet de politiques industrielles volontaristes (à l’instar de la déconcentration industrielle française). Elle a imprégné l’histoire économique et sociale mais aussi les paysages et cultures de ces villes. Beaucoup d’entre elles ont, par conséquent, été fragilisées ces dernières décennies par le processus de désindustrialisation (Connolly, 2010) : pertes d’emplois, d’identité et, parfois, entrée dans une spirale de déclin cumulatif se traduisant par des phénomènes de décroissance urbaine (Wolff et al., 2013). Au fil du temps, tandis qu’une partie des moteurs productifs tendaient progressivement à se concentrer dans les métropoles, les villes petites et moyennes étaient confrontées à d’importantes mutations économiques (Carrier et Demazière, 2012) engendrant de profondes divergences territoriales dans les pays industrialisés (Hobor, 2013 ; Martin et al., 2016; Moretti, 2012 ; Storper, 2013). Pour le cas français, ces divergences ne sauraient être toutefois réduites à une fracture territoriale opposant la France des métropoles et la France périphérique (Guilluy, 2011) tant les trajectoires des territoires industriels ont été diverses (Carré et al., 2019 ; Gros-Balthazard, 2018).

La spatialité du processus de désindustrialisation a fait l’objet d’une importante littérature[2] tout comme le redéveloppement des territoires concernés vers d’autres activités économiques (touristiques, patrimoniales, résidentielles). Dans ces travaux, aussi riches soient-il, la question productive est le plus souvent (et assez paradoxalement) omise comme s’il n’y avait plus d’avenir industriel possible. Or, en France, comme en Europe, l’industrie occupe toujours une place importante dans la vie économique de ces villes (Hamdouch et al., 2017) : 29 % des petites villes de l'Union européenne ont (encore) un profil industriel. Mais elle s’est bien souvent profondément transformée. Elle est moins pourvoyeuse d’emplois et fait appel à des emplois plus qualifiés, tendance amplifiée par la transition numérique en cours (industrie du futur ou industrie 4.0).

Si les mutations économiques des villes petites et moyennes ont déjà nourri des recherches fructueuses[3], ces villes semblent aujourd’hui disposer de plusieurs atouts pour faire partie des lieux structurants d’une possible reconquête industrielle, et plus largement productive, à l’échelle de l’Europe. Parmi ces atouts citons la disponibilité foncière, la culture industrielle (Bole, 2021), les capacités d'innovation sociale et de coopération (Gordon, 2019 ; Gros-Balthazard et Talandier, 2019), l’image positive qu’en ont les ménages (Desjardins et Estèbe, 2019) – mais aussi le fait que certaines d'entre elles sont déjà des espaces productifs et innovants (Hamdouch et al., 2017 ; Mayer 2011). L’objectif principal de ce dossier thématique est ainsi d’objectiver les dynamiques industrielles récentes des villes petites et moyennes. Pour cela, les propositions d’article pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des cinq axes thématiques suivants :

1) L’objectivation et la caractérisation des dynamiques industrielles récentes en France et/ou en Europe en soulignant la place qu’occupent les villes petites et moyennes dans celles-ci. Observe-t-on des dynamiques industrielles différenciées selon les types d’espaces ? Existe-t-il des particularités dans certains pays européens ?

2) Les processus de gouvernance, jeux d’acteurs et dispositifs / politiques publiques qui sous-tendent les dynamiques industrielles dans les villes petites et moyennes. Quels sont les processus et stratégies déployés pour soutenir les activités industrielles ? Sur quelles ressources s’appuient-ils ? Quels sont les acteurs prenant part aux stratégies territoriales ?

3) L’inscription spatiale des dynamiques industrielles dans les villes petites et moyennes et les politiques foncières et immobilières associées : zones d’activités et zones industrielles en périphérie des villes, tiers-lieux, fab-lab plus dispersés dans le tissu urbain sont autant d’espaces productifs anciens, nouveaux, classiques et/ou plus alternatifs potentiellement investis. Quelles sont les nouvelles formes et localisations des activités industrielles ? Après des décennies de désertion des centres-villes par les activités industrielles, vers des horizons de plus en plus lointains, assiste-t-on à leur retour ?

4) Les questions environnementales que soulèvent les dynamiques industrielles (impacts, ressources, émissions, etc.). Si industrie et transition écologique ne vont pas naturellement de concert, plusieurs éléments indiquent que cela pourrait être davantage le cas, en particulier dans les villes petites et moyennes, à l’instar d’une possible reconnexion des lieux de fabrication aux lieux de consommation ou de la prise en compte croissante des flux matériels et énergétiques. Le fait d’être localisée dans une ville petite et moyenne est-il un atout, ou au contraire, une contrainte de plus pour engager l’industrie dans un processus plus respectueux de l’environnement ? Y trouve-t-on des modèles industriels spécifiques « plus vertueux » ?

5) Les liens que font émerger les dynamiques industrielles entre les villes petites et moyennes et leurs territoires proches (métropoles ou espaces ruraux voisins) et lointains (insertion dans les marchés européens ou mondiaux). A quels réseaux appartiennent les activités industrielles qui demeurent ou se développent, d’une économie locale à une économie mondialisée ? Assiste-t-on à une nouvelle division spatiale du travail : les villes petites et moyennes sont-elles les back office des métropoles ? Observe-t-on, au contraire, un desserrement de l’économie productive des métropoles vers ces villes petites et moyennes ?

Pour nourrir ces différents axes, des contributions basées sur différentes méthodes sont les bienvenues, des monographies comme des comparaisons. Elles peuvent porter sur les villes petites et moyennes françaises et/ou d’autres pays européens.

Modalités de soumission

Les articles de ce dossier Sur le Champs, rédigés en français, en anglais ou en espagnol, comporteront environ 30 000 signes (plus les illustrations). Merci de vous reporter aux recommandations aux auteurs pour les normes de présentation du texte, de la bibliographie et des illustrations (https://journals.openedition.org/echogeo/1940). Les articles peuvent aussi être soumis sur cette même thématique mais pour d’autres rubriques trimestrielles : Sur le Métier, Sur l’Image, Sur l’Ecrit. Ils doivent alors se conformer aux attentes de chacune d’elles, comme indiqué dans la ligne éditoriale. Ainsi, les éditeurs de la rubrique Sur l’Image attendent des textes qui proposent une réflexion sur le statut de l’image dans la recherche et/ou sur l’écriture géographique.

Tous les textes proposés devront être envoyés à Marjolaine Gros-Balthazard (marjolaine.gros-balthazard@univ-grenoble-alpes.fr) et Magali Talandier, magali.talandier@univ-grenoble-alpes.fr), coordonnatrices du dossier, avec copie à Karine Delaunay (EchoGeo@univ-paris1.fr ), secrétaire éditoriale, qui les transmettra aux évaluateurs.

Date limite : 15 décembre 2022.

Le dossier sera publié dans le n° 64 d’EchoGéo (avril-juin 2023).

Procédure d’évaluation

Tous les articles sont d’abord soumis à une présélection par le Comité de rédaction puis, en cas d’avis favorable du Comité, sont mis en évaluation.

La procédure d’évaluation est une procédure en double aveugle. Les articles font donc l’objet d’une évaluation par au moins deux lecteurs identifiés par le comité éditorial et/ou les coordinateurs du dossier parmi les collègues français et étrangers spécialistes du thème ou de l’espace auquel se réfère l’article.

Le texte est soumis à évaluation sans mention du nom de l’auteur et les avis des évaluateurs sont transmis à l’auteur sans que soit précisé le nom de ces derniers. La version corrigée sera relue par les responsables du dossier avant sa mise en ligne.

Outre une évaluation générale, la relecture critique d’un article comprend une appréciation plus technique (contenu scientifique, structure, concordance du titre et du texte, illustrations, tableaux, documents, etc.). La fiche d’évaluation, disponible en format Word en annexe, est à renvoyer au secrétariat de rédaction (Karine Delaunay, EchoGeo@univ-paris1.fr) qui se charge de contacter les auteurs en accord avec le comité éditorial.

Notes

[1]Selon les données du cabinet Trendeo.

[2]Voir le numéro spécial du Bulletin de l’Association de géographes français sous la direction de Bost, 2011 ou encore celui de la Revue Géographique de l’Est également sous la direction de Bost, 2017.

[3]Voir les numéros spéciaux dirigés par Bole et Häyrynen, 2020 et Carrier et Demazière, 2012.


Date(s)

  • Thursday, December 15, 2022

Keywords

  • désindustrialisation, reindustrialisation, ville, France, Europe

Contact(s)

  • Magali Talandier
    courriel : magali [dot] talandier [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr
  • Marjolaine Gros-Balthazard
    courriel : marjolaine [dot] gros-balthazard [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Karine Delaunay
    courriel : karine [dot] delaunay [at] ird [dot] fr

To cite this announcement

« Une (re)conquête industrielle des villes petites et moyennes ? », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 27, 2022, https://calenda.org/1005275

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search