HomeLes métiers du corps dans les provinces européennes (XVIe-XVIIIe siècle)

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Published on Friday, December 09, 2022

Abstract

Le renouvellement conjoint de l’histoire du corps et de la culture matérielle a permis d’éclairer les consommations liées au corps et au marché généré autour de l’apprêt et du soin de celui-ci. Il paraissait donc important de mener une étude globale sur ces artisans de l’ombre ou encore invisibles vivant à l’extérieur des grands centres urbains. Cette journée d’étude entend pour la première fois déplacer le regard et mettre en exergue les artisans, boutiquiers, fournisseurs qui œuvrent pour le soin et l’embellissement du corps dans des espaces et des sociétés moins connues : villes provinciales, bourgs, mondes ruraux. Il vise à mener une étude transdisciplinaire et internationale sur le monde des « artisans du corps ». Cette journée d’études sera l’occasion de faire le point sur les travaux en cours et de poser les premières pierres d’un projet qui pourra être décliné sur plusieurs années et selon des modalités diverses (publications, séminaires).

Announcement

Argumentaire

Le renouvellement conjoint de l’histoire du corps et de la culture matérielle a permis d’éclairer les consommations liées au corps et au marché généré autour de l’apprêt et du soin de celui-ci. Un premier axe s’est focalisé sur les dépenses liées aux corps qu’elles soient médicales, vestimentaires ou de cosmétiques majoritairement dans les grands centres urbains et les sociétés curiales et nobiliaires (Coquery 1999). Un autre volet s’est intéressé aux métiers du corps dans plusieurs directions. Le rôle des boutiques et des boutiquiers dans le développement de la consommation a été mis en exergue (Coquery 2010). Leur inventivité et leur savoir-faire furent également auscultés (Lanoë 2008) en lien avec l’histoire des techniques et de la circulation des savoirs. Des historiens se sont focalisés sur des métiers spécifiques, parfumeurs, marchandes de modes, chirurgiens, brodeurs… tout en soulignant que les frontières dans les différentes professions pouvaient être poreuses et que les métiers de l’apparence et ceux de la santé étaient parfois « apparentés » et participent d’une culture commune du corps dans une période où santé, propreté et aspect extérieur du corps sont étroitement liés. Un dernier volet à l’organisation des métiers dans les mondes urbains. Corporations et guildes sont mis en exergue (Cerutti 1990, Lyon-Caen 2013).

Cette réflexion dynamique et inspirante s’est surtout tournée vers les grands centres urbains, les capitales (Paris, Londres, Turin …) ou encore les grandes figures telle Rose Bertin (Sapori). Si des travaux concernant le monde provincial, celui des villes, des bourgs et voire des campagnes existent, ils demeurent épars et encore peu connus malgré des études de cas suggestives.

Il paraissait donc important de mener une étude globale sur ces artisans de l’ombre ou encore invisibles vivant à l’extérieur des grands centres urbains. Cette journée d’étude entend pour la première fois déplacer le regard et mettre en exergue les artisans, boutiquiers, fournisseurs qui œuvrent pour le soin et l’embellissement du corps dans des espaces et des sociétés moins connues : villes provinciales, bourgs, mondes ruraux. Il vise à mener une étude transdisciplinaire et internationale sur le monde des « artisans du corps » (Cavallo 2006). La collaboration d’historiens de l’art, du droit, de spécialistes de l’histoire des techniques aussi bien que l’histoire économique et d’histoire de la culture matérielle, des apparences et du corps permettra de varier les approches et les regards sur le monde des artisans et des spécialistes du corps à l’époque moderne. Les échanges seront l’occasion de confronter des sources variées : comptes et factures, bilans de faillite, actes notariés, inventaires après décès, contrats d’apprentissage…, sources judiciaires ou issues des corporations, représentations iconographiques…afin de dessiner les contours du monde de celles et celles qui travaillent pour l’apparence, la santé et le bien-être du corps.

Cette journée d’études sera l’occasion de faire le point sur les travaux en cours et de poser les premières pierres d’un projet qui pourra être décliné sur plusieurs années et selon des modalités diverses (publications, séminaires). Elle sera organisée à l’université Rennes 2 le 25 mai 2023 et se propose d’aborder ces questions en trois axes qui viendront structurer cette journée de présentations, d’échanges et de débats.

1. Les artisans du corps : savoir-faire, gestes techniques et commerciaux

Étudier les spécialistes du corps suppose d’interroger leur formation et les modalités de leur apprentissage ainsi que de la transmission du métier au sein du cercle familial ou des institutions de charité. L’attention croissante portée au corps et à la « culture des apparences » provoque l’apparition et l’affirmation de nouveaux métiers et conduit les artisans à se renouveler, à se distinguer des concurrents et des autres métiers. Cela passe par le déploiement de savoir-faire aussi bien techniques que commerciaux qu’il sera intéressant d’examiner.

Les professionnels mettent l’accent sur leur capacité d’innovation, leur technicité qu’il serait intéressant de mettre en exergue à partir de sources variées. Cela permettra au-delà de réfléchir à la circulation des nouveautés et des savoir-faire.

Faire face à la concurrence suppose aussi de faire preuve de compétences commerciales qui se retrouvent dans les comptes et les factures et sont mises en scène dans les premières annonces publicitaires des almanachs ou de la presse provinciale. L’étude de l’iconographie, permettra de saisir comment ces artisans mettent en scène leurs qualités professionnelles.

2. Organisation et conditions d’exercice des métiers

Les conditions juridiques et matérielles de l’exercice des métiers du corps doivent être également interrogées. L’étude et le fonctionnement du métier seront aussi questionnés autour de plusieurs pistes. Les différentes études de cas ont mis au jour la variété des situations et des conditions d’exercice entre métiers libres, métiers jurés et des organisations plus complexes à la fois corporative et libre telle la Grande Fabrique lyonnaise (Martinat 2011). Les frontières sont souvent floues pour distinguer les différents spécialistes du corps et conduisent à de fréquents procès entre des corps concurrents. Beaucoup exercent aussi hors des cadres de la communauté parfois en toute illégalité. De même, nombreux sont les professionnels caractérisés par leur polyvalence, condition souvent nécessaire à leur survie économique.

Dans cette étude sur le fonctionnement des boutiques et des ateliers, une attention particulière sera portée sur le rôle et la place des femmes. La ségrégation sexuelle et les rivalités de genre sur le marché du travail sont des constantes que l’on retrouve aussi bien à Lyon qu’à Paris ou dans les villes italiennes par exemple (Montenach 2022). Est-ce toujours le cas loin des grands centres urbains ? La dimension plus familiale des ateliers provinciaux favorise-t-elle un autre rapport au genre et à la place de l’artisane dans les sociétés ?

Il paraît également intéressant d’étudier la place de ces métiers liés au corps dans les sociétés urbaines et rurales. Leur poids et leur influence –économique, politique, sociale– dans les mondes des bourgs et des villages sont à apprécier tout autant que les impacts géographiques de leur présence par l’étude de la localisation des boutiques et des ateliers dans les villes par exemple. Une attention particulière devra aussi être portée sur les métiers ambulants (sage-femme, marchands, colporteurs, artisans …)

3. Clientèles et fournisseurs

Un dernier moment sera consacré à l’analyse des réseaux commerciaux qu’ils soient tournés vers les fournisseurs ou vers les clients. L’étude des comptes, des dossiers de faillite ou des correspondances permettront de mieux comprendre comment ces artisans sont au cœur de réseaux multiscalaires et polymorphes.

Les sources offriront l’occasion de réfléchir à la notion de crédit et à la variété des échanges (troc, seconde main…). Elles lèveront le voile sur le rôle d’intermédiaires culturels dans la circulation des modes et des nouveautés de ces artisans, entre capitale et province, grandes villes et bourgs…, et des idées nouvelles, d’une culture du corps autre. Elles offriront l’occasion de comprendre comment ces artisans cherchent à répondre une demande croissante, avide de nouveautés. Étudier les métiers du corps à l’échelle provinciale participe à la connaissance de la circulation des modes à différentes échelles.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (titre et résumé de 500 mots) ainsi qu’une courte biographie devront être envoyées à aurelie.chatenet-calyste@univ-rennes2.fr et shantty.turck@gmail.com

avant le 10 janvier 2023

Après examen des propositions, les communications retenues seront annoncées début février 2023.

Comité organisateur

  • Aurélie Chatenet-Calyste
  • Shantty Turck (Université Rennes 2, TEMPORA)

Subjects

Places

  • Université Rennes 2, place du Recteur Le Moal
    Rennes, France (35000)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Tuesday, January 10, 2023

Keywords

  • corps, histoire, consommation, métier

Contact(s)

  • aurélie Chatenet-Calyste
    courriel : aurelie [dot] chatenet-calyste [at] univ-rennes2 [dot] fr

Information source

  • aurélie Chatenet-Calyste
    courriel : aurelie [dot] chatenet-calyste [at] univ-rennes2 [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Les métiers du corps dans les provinces européennes (XVIe-XVIIIe siècle) », Call for papers, Calenda, Published on Friday, December 09, 2022, https://doi.org/10.58079/1a5x

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