StartseiteMilices populaires et défense de l’ordre dans les monarchies postrévolutionnaires

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Milices populaires et défense de l’ordre dans les monarchies postrévolutionnaires

Popular Militias and the Defence of Order in Post-Revolutionary Monarchies

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Veröffentlicht am Montag, 27. März 2023

Zusammenfassung

Ce projet vise à stimuler les réflexions sur les régimes monarchiques postrévolutionnaires en s’intéressant à la manière dont ces derniers ont autorisé ou encouragé la participation populaire à la défense de l’ordre par le biais de milices irrégulières. Le choix de cet objet d’enquête se situe au croisement de deux thématiques qui ont constitué des terrains féconds de la recherche au cours des dernières années, l’histoire de monarchies contemporaines et celle de la participation populaire au maintien de l’ordre. L’objectif de cet appel est la réalisation d’un dossier monographique à proposer à une revue d’histoire contemporaine, dont les contributions feront l’objet d’une présentation et d’une discussion lors d’une journée d’étude (Nanterre, 9-10 novembre 2023).

Inserat

Argumentaire

Dans un essai collectif consacré au rapport entre le XIXe s. et la modernité, Monika Wienfort a rappelé que, jusqu’en 1918, le XIXe s. a aussi été en Europe le siècle des monarchies (Wienfort 2019a; aussi 2019b; et Meriggi 2021). De nouvelles perspectives d’études ont insisté non seulement sur la permanence de la monarchie comme forme d’organisation sociopolitique des Etats européens pendant tout le long XIXe s., mais également sur la capacité des institutions monarchiques – au rebours de la vision dominante du processus de modernisation politique – à s’adapter aux évolutions qui, à partir de la rupture révolutionnaire, ont bouleversé en profondeur les conditions d’exercice de la souveraineté et les rapports entre le pouvoir royal et les groupes sociaux (De Lorenzo et Gutiérrez Lloret 2020; Verri 2018; Legoy et Tort 2020; Guazzaloca 2009; Becquet et Frederking 2009). L’attention s’est ainsi portée sur les différentes réponses que les monarchies ont adoptées face aux pressions qui remettaient en cause les structures traditionnelles de leur pouvoir : loin de se limiter ni à une résistance ni à une adaptation forcée et passive aux demandes de changement, l’attitude des milieux monarchiques se caractérisait aussi par la recherche de solutions innovantes. Des publications collectives ont ainsi appelé à réexaminer le moment 1814-1815 sous l’angle de la transition ou de la discontinuité plutôt que d’un simple retour en arrière (Rausch et Pestel 2017; Fureix et Lyon-Caen 2014; Laven et Riall 2000) et à dépasser le paradigme de la restauration ou de la “réaction” appliqué aux monarchies conservatrices (Caron et Luis 2015; López et Solans 2017). L’un des fils conducteurs de ces études a concerné la relation entre les monarchies et la croissance rapide de la sphère politique, caractéristique des sociétés post-révolutionnaires. Ces travaux montrent que bien des régimes monarchiques ont répondu à ce défi non seulement à travers les outils de contrôle et de répression de leur population, mais aussi en tâchant de bâtir des réservoirs de consensus à travers de nouveaux canaux de communication et de légitimation de leur pouvoir, ainsi que par de nouvelles formes d’implication des masses populaires dans la défense de l’ordre, sans pour autant négliger les tensions, voire les affrontements, que ces questions soulevaient au sein des élites dirigeantes et des secteurs d’opinion soutenant le pouvoir royal.

Pour contribuer à ce renouvellement des perspectives sur les monarchies postrévolutionnaires, nous proposons de placer la focale sur la participation populaire à la défense de l’ordre par le biais de corps armés irréguliers. Des travaux récents ont en effet attiré l’attention sur la persistance de polices ou milices populaires tout au long de l’époque contemporaine, battant en brèche une approche du maintien de l’ordre placée, dans une perspective wébérienne, sous le signe d’un triomphe progressif de l’Etat moderne et de son appareil administratif sur des formes plus traditionnelles, locales et populaires de police, qui a longtemps limité l’intérêt consacré à ces dernières (Renglet et Berger 2019; Davis et Pereira 2003). Une autre source d’inspiration pourrait se trouver dans les travaux de science politique et de sociologie-anthropologie qui ont développé une approche empirique et micro-analytique des conflits à travers l’étude des “dispositifs miliciens” sur des terrains post-coloniaux (Chauveau et al. 2012; Quesnay 2022). Dans le sillage de ces études, nous pensons que l’étude des milices et de leur intégration dans les dispositifs de sécurité permet non seulement de repenser le maintien de l’ordre, mais également les modes de gouvernance des populations, la construction de la souveraineté ou encore la formation des identités sociopolitiques. Cette approche conduit à prêter attention à des formes hybrides d’exercice de l’autorité et du contrôle social, ainsi qu’aux zones grises ou informelles de la gouvernance, qu’il est possible de saisir à une échelle micro. La notion d’ordre politique hybride, employée en science politique, peut à cet égard fournir un outil d’analyse stimulant pour repenser les monarchies postrévolutionnaires, car elle attire l’attention sur des systèmes dans lequel la gouvernance est partagée entre différents types d’acteurs et à différentes échelles, et dans lequel il n’existe pas de délimitation nette entre les dimensions formelles et informelles, étatiques et non-étatiques (Clements et al. 2007). Dans cette vision, les milices locales ne relèvent ainsi pas exclusivement ni d’une volonté du pouvoir étatique, ni d’une demande populaire spontanée ou d’initiatives “par le bas”, mais plutôt d’un processus partagé ou négocié de construction de l’ordre.

La période qui s’écoule entre la fin des années 1780 et les années 1870 correspond à un foisonnement d’initiatives en matière de milices populaires. La période s’ouvre avec la rupture révolutionnaire qui a vu à la fois l’apparition d’un nouveau modèle de garde citoyenne en France puis sa diffusion en Europe, mais aussi la réactivation ailleurs des milices populaires d’Ancien Régime avec une fonction de contrôle de la population contre la menace d’une progression des idées révolutionnaires. Après la transition de 1814-1815, la création de milices est au cœur du projet de réinvention de l’institution monarchique et des conflits civils qui accompagnent ce processus. Les années 1870 marquent enfin un moment de reflux avec l’abolition des milices populaires par les régimes qui en disposaient (en France en 1872, en Italie et en Espagne en 1876, le Portugal ayant aboli sa Guarda Nacional dès 1847 et l’Empire des Habsbourgs en 1851), même si celles-ci subsistent parfois sous d’autres formes, à l’exemple des Bürgerkorps en Autriche-Hongrie. Si l’institution de la garde nationale en France et son importation dans les régions sous domination française ont fait l’objet d’un certain nombre de travaux, ces derniers ont généralement privilégié une approche avant tout juridique et fonctionnelle et insisté sur la portée révolutionnaire de ces milices, au détriment la variété des appropriations sociales et politiques et du rôle de défense de l’ordre monarchique que ces dernières ont également pu assumer en fonction des contextes locaux et des moments. La thèse récemment soutenue par Mathias Pareyre sur les gardes nationales de Marseille et de Lyon de 1830 à 1871, sous le titre Prendre le fusil pour défendre ou renverser les autorités, pose directement cette question (Pareyre 2022). Par ailleurs, les gardes citoyennes d’inspiration révolutionnaire sont loin d’être les seules formes de milices populaires ayant existé au cours de notre période, qu’il s’agisse d’héritages de l’Ancien Régime ou de modèles nouveaux élaborés dans un contexte post-révolutionnaire. Or, celles-ci n’ont suscité jusqu’ici que très peu d’intérêt historiographique, à l’exception de quelques études sur les Voluntarios realistas en Espagne (1823-1833) et d’autres sur les Centurioni dans les États pontificaux (1831-1847) (Martín 2020; Sarlin 2019). L’enquête part de l’hypothèse qu’il est utile de considérer ces expériences dans leur ensemble, afin de mettre en lumière la diversité ou la concurrence des modèles en présence, mais aussi les formes multiples de circulations et de transferts entre modèles et pratiques.

Nous appelons à des contributions à l’histoire des milices populaires dans les régimes monarchiques postrévolutionnaires sous la forme d’études de cas, de comparaisons ou de réflexions sur les circulations entre diverses expériences, qui devront explorer tout ou partie des pistes d’analyse suivantes:

  • Les dynamiques débouchant sur l’institution des milices populaires, ou sur leur abolition;
  • Les discours entourant l’utilité et la légitimité de ces milices, et leurs effets sur le débat public, notamment dans leur dimension polémique ou conflictuelle;
  • Les cadres institutionnels et réglementaires des milices irrégulières, leur place dans les dispositifs de maintien de l’ordre ou de répression;
  • La composition sociale des milices et de leurs officiers, les modalités de recrutement, la réponse des populations aux appels à la mobilisation;
  • Les conditions matérielles de l’engagement et du service dans les milices, la dimension matérielle de leur fonctionnement (uniformes, armement);
  • Les variations interrégionales d’un même ensemble politique, et entre contextes urbains et ruraux;
  • Les rapports entre milices et population, leurs effets sur l’ordre public et la conflictualité;
  • La participation des milices à la surveillance ou à la répression des menaces à l’ordre monarchique;
  • La façon dont les populations investissent les milices pour d’autres raisons que celles du pouvoir, voire pour lutter contre l’autorité royale;

Calendrier de mise en oeuvre

L’objectif de cet appel est la réalisation d’un dossier monographique à proposer à une revue d’histoire contemporaine, dont les contributions feront l’objet d’une présentation et d’une discussion lors d’une journée d’études.

Les propositions devront parvenir au comité scientifique via l’adresse milipopXIX@gmail.com

avant le 30 mai 2023.

  • Le comité scientifique émettra ses avis et sélectionnera les contributions avant le 15 juin 2023
  • Les contributeurs et contributrices devront remettre une présentation substantielle de leur étude (2-3.000 mots) avant le 30 septembre 2023
  • La journée d’étude se tiendra sur le campus universitaire de Nanterre les 9-10 novembre 2023
  • Les textes des contributions au dossier devront parvenir aux coordinateurs avant le mois d’avril 2024

Comité scientifique

  • Sylvie Aprile (Université Paris Nanterre, ISP)
  • Simon Sarlin (Université Paris Nanterre, ISP)
  • Mathias Pareyre (Université de Lille, IRHIS)
  • Mathilde Larrère (Université Gustave Eiffel, ACP)

Références bibliographiques

Becquet, Hélène, et Bettina Frederking, éd. 2009. La dignité de roi: regards sur la royauté en France au premier XIXe siècle. Rennes: Presses universitaires de Rennes.

Caron, Jean-Claude, et Jean-Philippe Luis, éd. 2015. Rien appris, rien oublié ?: les Restaurations dans l’Europe postnapoléonienne (1814-1830). Rennes: Presses universitaires de Rennes.

Chauveau, Jean-Pierre, Samuel Bobo, Noël Kouassi, et Koné Moussa. 2012. « Milices rurales en Côte d’Ivoire durant le conflit (zone sud) : reconceptualiser le “dispositif milicien” ». In Sociétés en guerres: ethnographies des mobilisations violentes, édité par Rémy Bazenguissa et Sami Makki, 23‑56. Paris: Éditions de la Maison des sciences de l’homme.

Clements, Kevin P., Volker Boege, Anne Brown, Wendy Foley, et Anna Nolan. 2007. « State Building Reconsidered: the Role of Hybridity in the Formation of Political Order ». Political Science 59 (1): 45‑56.

Davis, Diane E., et Anthony W. Pereira, éd. 2003. Irregular armed forces and their role in politics and state formation. Cambridge-New York: Cambridge University Press.

De Lorenzo, Renata, et Rosa Ana Gutiérrez Lloret, éd. 2020. Las monarquías de la Europa meridional ante el desafío de la modernidad: (siglos XIX y XX). Saragosse: Prensas de la Universidad de Zaragoza.

Fureix, Emmanuel, et Judith Lyon-Caen, éd. 2014. « 1814-1815. Expériences de la discontinuité ». Revue d’histoire du XIXe siècle, no 49 (janvier).

Guazzaloca, Giulia, éd. 2009. Sovrani a metà :  monarchia e legittimazione in Europa tra Otto e Novecento. 1 vol. Storia politica 21. Soveria Mannelli: Rubbettino.

Laven, David, et Lucy Riall, éd. 2000. Napoleon’s Legacy: problems of government in restoration Europe. Oxford-New York: Berg.

Legoy, Corinne, et Olivier Tort, éd. 2020. « Monarchies censitaires ». Parlement[s], Revue d’histoire politique 31 (1).

López, Pedro Víctor Rújula, et Francisco Javier Ramón Solans, éd. 2017. El desafío de la revolución: reaccionarios, antiliberales y contrarrevolucionarios (siglos XVIII y XIX). Grenade: Editorial Comares. 

Martín, Álvaro París. 2020. « Armar al pueblo en defensa del rey : las milicias contrarrevolucionarias y realistas en Europa (1789-1830) ». Rubrica contemporanea 9 (18): 23‑51.

Meriggi, Marco. 2021. « The Nineteenth Century: A Monarchical Century? » Contemporanea, no 3: 553‑64.

Pareyre, Mathias. 2022. « Prendre le fusil pour défendre ou renverser les autorités: Les Gardes nationales de Lyon et de Marseille de 1830 à 1871 ». Thèse de doctorat, Lille: Université de Lille.

Quesnay, Arthur, éd. 2022. « Régimes miliciens et gouvernement transnational dans les guerres civiles ». Cultures & Conflits 125 (1). 

Rausch, Fabian, et Friedemann Pestel. 2017. « 1814/15 – A Threshold of Post-Revolutionary Experience ». Journal of Modern European History 15 (2): 187‑96.

Renglet, Antoine, et Emmanuel Berger, éd. 2019. « Popular Policing in Europe, 18th-19th Centuries ». Rechtskultur. Zeitschrift für Europäische Rechtsgeschichte 8: 283.

Sarlin, Simon. 2019. « Arming the People against Revolution: Royalist Popular Militias in Restoration Europe ». Varia Historia 35: 177‑208. 

Verri, Carlo, éd. 2018. « Monarchie Nell’Europa Dell’Ottocento. Istituzioni, Culture, Conflitti ». Annali Della Fondazione Ugo La Malfa XXXIII. 

Wienfort, Monika. 2019a. « Das 19. Jahrhundert als monarchisches Jahrhundert ». In Durchbruch der Moderne?: Neue Perspektiven auf das 19. Jahrhundert, édité par Birgit Aschmann, 56‑82. Frankfurt-New York: Campus Verlag.

———. 2019b. Monarchie im 19. Jahrhundert. Monarchie im 19. Jahrhundert. Berlin-Boston: De Gruyter.

Kategorien

Orte

  • Bâtiment Max Weber (salle à préciser) - 200 Avenue de la République
    Nanterre, Frankreich (92)

Veranstaltungsformat

Hybridveranstaltung


Daten

  • Dienstag, 30. Mai 2023

Schlüsselwörter

  • monarchie, milice, maintien de l'ordre, légitimité, royalisme, Europe, Amérique

Kontakt

  • Simon Sarlin
    courriel : ssarlin [at] parisnanterre [dot] fr
  • Mathias Pareyre
    courriel : mathiaspareyre [at] gmail [dot] com

Informationsquelle

  • Simon Sarlin
    courriel : ssarlin [at] parisnanterre [dot] fr

Lizenz

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Zitierhinweise

« Milices populaires et défense de l’ordre dans les monarchies postrévolutionnaires », Beitragsaufruf, Calenda, Veröffentlicht am Montag, 27. März 2023, https://doi.org/10.58079/1atk

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