HomeLes remédiations artistiques des procès filmés

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Published on Monday, June 12, 2023

Abstract

Ce colloque conclut le programme de recherche « Les procès filmés : une mémoire vive, de Nuremberg aux procès des attentats de janvier et novembre 2015 » (PROFIL), qui associe l’Institut d’histoire du temps présent et les Archives nationales dans le cadre du labex Les passés dans le présent. La rencontre a pour ambition de réunir des artistes, des historiens, des archivistes et des juristes autour d’un même enjeu : la valorisation des archives judiciaires et l’écriture d’une histoire du droit et de la justice plus sensible et donc plus proche du réel. L’exploitation des archives du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a fait l’objet d’un travail spécifique mais le colloque s’ouvre aux procès concernant le Rwanda et à la collecte d’images-preuve, notamment en Syrie. 

Announcement

Argument

À l’issue d’un programme de recherche conduit pendant trois années sur l’histoire des procès filmés (de Nuremberg aux procès des attentats de janvier et novembre 2015), nous avons choisi d’organiser un colloque consacré à leurs remédiations artistiques, en s’intéressant particulièrement au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), mais aussi à un procès rwandais en appel tenu en France [1].

Créé par l’ONU en février 1993, fermé le 31 décembre 2017, le TPIY a poursuivi 161 individus dont 90 ont été condamnés [2]. Plus de 4650 témoins ont été entendus, plus de 2,5 millions de pages de retranscription et des milliers d’heures d’enregistrement-vidéo des audiences sont conservées et mises à disposition du public et des chercheurs par le tribunal.Le TPIY a lui-même entrepris de mettre en valeur ces archives et cet héritage [3] : ces initiatives relèvent d’une politique institutionnelle et poursuivent des objectifs spécifiques, en lien avec les régions de l’ex-Yougoslavie et les populations concernées par la guerre et les massacres des années 1990. Les documentaires produits dans ce cadre institutionnel ne sont pas de même nature que les productions visuelles ou les œuvres diverses qui peuvent émaner de réalisateurs, d’historiens, d’artistes, avec pourtant ce même matériau de départ : les archives.

C’est pour raviver une mémoire, construire une histoire certainement plus proche de la complexité du réel, que les remédiations artistiques sont précieuses et méritent d’être valorisées auprès des chercheurs. Les facultés d’art ont bien entendu prêté attention aux artistes qui travaillent l’archive et ont favorisé la « recherche-création ». Les convergences entre les sciences humaines et cette création artistique sont, depuis longtemps déjà, bien étudiées [4] : la créativité n’est pas l’apanage des artistes et la recherche n’est pas le pré carré des chercheurs [5].

Quand l’artiste se saisit des archives d’un tribunal et que l’histoire d’un procès se raconte via les recherches historiennes et les productions visuelles artistiques, quand la recherche elle-même prend la forme d’un documentaire ou d’une production visuelle, les facultés d’histoire et de droit sont concernées. Les échanges avec les artistes sont peut-être ici moins banals, l’usage du film ou du dessin comme expression de la recherche moins fréquent. Encore faut-il ici distinguer entre historiens et juristes.

Les historiens ne négligent pas l’image animée et les réalisations à partir d’archives filmées que ce soit pour étudier la guerre, ses massacres et le processus de justice [6], ou pour proposer une version filmée de l’histoire via le documentaire [7]. Dans les facultés de droit, le recours à l’image et à la création artistique est plus rare : les juristes peuvent exploiter l’image filmée pour penser le droit [8] mais la médiation artistique n’est pas une voie spontanément empruntée pour valoriser une recherche [9].Les archives judiciaires, et particulièrement celles des procès internationaux, sont pourtant prisées par les artistes et certainement propices à une valorisation artistique [10]. Insuffisamment connues et relayées au sein des facultés d’histoire et de droit, les mises envaleur artistiques des procès internationaux et de leurs archives offrent une occasion de rapprocher chercheurs et artistes pour écrire une histoire judiciaire plus sensible, plus juste, plus réaliste.

Programme

  • 9h30 Propos introductif Christian Delage, historien (IHTP) et réalisateur, Ninon Maillard, historienne du droit, Université Paris-Nanterre (CHAD)
  • 10h « Rendre visibles les marques et les traces »Avec Sarah Vanagt, artiste plasticienne, réalisatrice, et Nathalie Goedert, historienne du droit, Universités Paris-Saclay et Corte(EMRJ).
  • 11h « Sur le vif de l’audience : des dessins et des notes » Avec Natacha Nisic, artiste plasticienne, réalisatrice.

Pause déjeuner

  • 14h « Redonner la parole aux voix du procès » Projection de In The Flow of Words (Pays-Bas, 2021, 22 minutes) et discussion avec la réalisatrice Eliane Esther Bots.
  • 15h L’Archive, in et out of the court Avec Jason File, artiste, avocat, ancien membre du bureau du procureur du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie.
  • 16h Exhumer l’archive, écrire l’histoire en ligne : « La fabrique du procès historique » Avec Ninon Maillard, historienne du droit, Université Paris-Nanterre (CHAD) et Martine Sin-Blima Barru, Conservatrice du patrimoine, responsable dudépartement de l’administration des données aux Archives Nationales.
  • 17h Débat conclusif Avec Ghislaine Glasson-Deschaumes, Cheffe de Projet, Labex Les Passés dans le présent et Joël Hubrecht, responsable du suivi scientifique et de programme à l’Institut des études et de la recherche sur le droit et la justice (IERDJ)

Contexte

Ce colloque est organisé par Christian Delage (IHTP) et Ninon Maillard (Paris-Nanterre, CHADEA4417.

Il a bénéficié de l’aide de l’État géré par l’ANR autitre du programme Investissements d’avenir portant la référence ANR-11-LABX-0026-01.

Notes

[1]. À l’occasion de la publication, par Natacha Nisic, avec la collaboration d’Hélène Dumas, de l’ouvrage Les Fumées - Carnets d'un procès pour génocide - Rwanda 1994-France 2018 (Créaphis, juin2023)

[2]. ICTY facts and figures, https://www.icty.org/node/9590.

3. La mise en place d’un “Outreach Programme” en 1999 avec le soutien de l’Union européenne déploie certaines de ces activités de sensibilisation par l’exploitation des archives filmées du tribunal (https://www.icty.org/en/outreach/documentaries) : les crimes contre le patrimoine culturel de Dubrovnik, les crimes commis à Visegrad, Srebrenica, Prijedor, les témoignages des victimes ou encore les crimes sexuels ou les tortures ont fait l’objet de documentaires

[4]. Culture et musées, n°19, juin 2012, « entre arts et sciences » sous la direction de Marie-Christine Bordeaux ; Yaël Kreplak, Lucie Tangy et Barbara Turquier, « Art contemporain et sciences humaines : création, médiation, exposition », Tracés. Revue de sciences humaines, #11, 2011, Hors série III : À quoi servent les sciences humaines ? ; Jehanne Dautrey, dir., La recherche en art(s), éditionsmf , 2010 ; Erik Bullot, « Puissance et usage du document », Critique, 2020/8-9, n°879-880, p. 695-705.

[5]. Yaël Krepak, « retour sur les relations entre art, science et recherche », Tracés. Revue de scienceshumaines, [en ligne], billets, 18/02/2013.

[6]. Christian Delage, Filmer, juger. De la Seconde Guerre mondiale à l’invasion de l’Ukraine, (Gallimard,2023) ; Christian Delage et Peter Goodrich, dir., The Scene of the Mass Crime. History, Film and International Tribunals (Routledge, 2012).

[7]. Caméras dans le prétoire, écrit par Christian Delage, Antoine Germa, Thomas Wieder, réalisé par Rafael Lewandowski (Histoire et Public Sénat, 2008, 52 minutes).

[8]. IMAJ, carnets de recherches en analyse juridique de l’image.

[9]. À titre d’exception, la création récente de Clio Simon (lauréate du dispositif Mondes nouveaux) intitulée Rhapsodie Juridique, réalisée à partir de fragments d’archives, d’essais philosophiques,d’entretiens avec des chercheurs, avec un accompagnement du Centre d’Histoire et d’Anthropologie du Droit de Paris-Nanterre (CHAD, EA4417).

[10] Pour une poétique de l’archive et un travail de recherche-création à partir des archives judiciaires internationales : Franck Leibovici, Julien Seroussi, Bogoro (Éditions Questions théoriques, coll.« Réalités non couvertes », 2016).

Places

  • accéder à l'Humathèque : https://www.humatheque-condorcet.fr/fr/acces - Campus Condorcet, 10 rue des Humanités
    Aubervilliers, France (93)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Wednesday, June 21, 2023

Keywords

  • procès filmé, archive, judiciaire, crime, TPIY, art contemporain, recherche création

Contact(s)

  • Christian Delage
    courriel : delagechristian [at] gmail [dot] com
  • Ninon Maillard
    courriel : nmaillard [at] parisnanterre [dot] fr

Information source

  • Ninon Maillard
    courriel : nmaillard [at] parisnanterre [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Les remédiations artistiques des procès filmés », Conference, symposium, Calenda, Published on Monday, June 12, 2023, https://doi.org/10.58079/1bdy

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