HomeLa Littérature comme aller-vers : pour une épistémologie littéraire extra-humaine

HomeLa Littérature comme aller-vers : pour une épistémologie littéraire extra-humaine

*  *  *

Published on Monday, February 05, 2024

Abstract

Concevoir les liens qui unissent littérature et pensée, c’est nécessairement inscrire la réflexion sous le signe du mouvement, dans la mesure où le littéraire permet, par un travail de l’imaginaire, de décloisonner le territoire du pensable, de l’étendre. Nous envisageons ce colloque comme l’opportunité de réfléchir collectivement à la puissance épistémique du littéraire, soit à sa capacité de mettre en mouvement la pensée ; de convoquer au sein de l’espace du pensable des enjeux qui dépassent, notamment, les modalités d’une réflexion ceinte par les strictes limites de l’expérience empirique.

Announcement

Argumentaire

Concevoir les liens qui unissent littérature et pensée, c’est nécessairement inscrire la réflexion sous le signe du mouvement, dans la mesure où le littéraire permet, par un travail de l’imaginaire, de décloisonner le territoire du pensable, de l’étendre. Par la littérature, la pensée peut se libérer, fuser et se départir des catégories et des concepts qui, jusqu’alors, la circonscrivaient, la conditionnaient. Telle une poussée hors de soi, l’expérience littéraire nous arrache à nos positions et propulse qui y prend part au-delà de ces frontières qu’on croyait immuables.

Cet aller-vers du littéraire peut être envisagé sans substantif, comme une expérimentation, comme l’à-venir d’un travail en laboratoire, comme un saut exploratoire, comme un bond par lequel l’esprit se projette vers une forme d’irreprésentable et/ou d’impensé auquel il se confronte. 

La littérature, qui peut donner forme à un impensé, auquel elle assigne un corps langagier, permet de pénétrer l’espace du pensable tout en conservant cette part négative qui caractérise traditionnellement l’expérience littéraire. On peut penser au travail de Valère Novarina qui cherche à figurer ce qui se dérobe, à incarner sous une forme nécessairement arbitraire des idées qui s’estompent sans disparaître ; à celui de Frankétienne qui, dans L’Oiseau Schizophone (1998), cherche par une écriture empreinte d’une « insaisissable étrangeté » (Martelly 2016, 174) à restituer le réel, mais surtout à le transcender. 

L’aller-vers peut aussi être conçu comme une projection, comme un geste spéculatif. Grâce à un travail de l’imaginaire, l’esprit se projette vers des mondes possibles (ou impossibles), s’élevant par le fait même au-delà des contraintes du présent, re-définissant les frontières du territoire qui lui était assigné. Léonora Miano dans Rouge Impératrice (2019) imagine une Afrique futuriste vers laquelle se ruent les Européens fuyant leur continent en ruine. Angela Carter nous donne à voir avec The Infernal Desire Machines of Doctor Hoffman (1972) un monde au sein duquel une machine diabolique matérialise les désirs des habitants d’une petite ville. The Thing Itself (2015) d’Adam Roberts met en scène un monde où des individus seraient parvenus à faire l’expérience de la chose en soi kantienne. Les fictions littéraires deviennent ainsi des supports heuristiques qui permettent de contextualiser des idées abstraites (Rumpala 2015), elles procèdent d’un travail de modélisation (Swirski 2007) qui offre une structure à des idées qui ne sauraient s’incarner autrement.

Les pistes de réflexions que voici ne sont qu’un maigre échantillon des possibilités qu’offre la littérature comme aller-vers, idée qu’il s’agit d’interroger dans sa dimension épistémologique et non strictement identitaire. Elles incluent, notamment : 

L’expérience littéraire comme manière d’interroger très concrètement les modalités de notre engagement dans le monde. Dans quelle mesure l’expérience littéraire nous offre-t-elle un lieu privilégié à partir duquel problématiser nos manières d’habiter le monde ?

La littérature comme un espace au sein duquel il devient possible pour la pensée de résister aux assignations sociales et à toutes formes de normativité (Butler, Preciado). La pensée littéraire peut se faire fluide, se soustraire aux catégories qui structurent d’ordinaire nos schémas de réflexion. De quelle manière se manifeste cette fluidité et que permet-elle qui ne serait pas possible autrement ?

La littérature comme un aller-vers l’autre qui se décline selon de nouvelles modalités. La littérature permet de transcender, sur le plan de la pensée, certains rapports de force et de domination (d’Eaubonne). Comment s’articulent les liens entre l’expérience littéraire et la pensée décoloniale ? 

La capacité du littéraire à faire surgir sur l’avant-scène le vivant dans toutes ses déclinaisons. La littérature nous permet de penser autrement les formes de vie qui participent du vivant et nous invite par le fait même à interroger le regard porté sur celles-ci (Haraway, Despret). Quelles sont les implications conceptuelles de ce regard nouveau généré par l’expérience littéraire ? 

Cette idée d’aller-vers convie également des réflexions portant sur le concept d’utopie. Comment se profile, à travers la littérature, de nouvelles structures sociales, politiques, etc. ? Quelle est la portée épistémique de ces représentations ?

Modalités de soumission

Nous encourageons les contributions en recherche et recherche-création ; celles-ci peuvent être en français ou en anglais. Les propositions de communication, d’un maximum de 300 mots, devront être envoyées

au plus tard le 12 février 2024

à l’adresse suivante : redaction@post-scriptum.org.

Elles devront être anonymisées et accompagnées d’un second fichier contenant le nom, l’université d’attache, l’adresse courriel de l’auteur·ice, une courte bio-bibliographie et le titre de la communication proposée. Les propositions feront l’objet d’une évaluation à l’aveugle par le comité de lecture.

Il y aura publication des actes de colloque.

Informations utiles

Veuillez noter que les frais de transport et d’hébergement ne seront pas pris en charge par la revue. Aucuns frais de participation au colloque ne seront demandés aux participant·e·s.

Calendrier

(Nouvelle date) 12 février 2024 : date limite pour l’envoi des propositions

Fin février 2024 : décision du comité

25-26 avril 2024 : colloque en présentiel à l’Université de Montréal

Comité d’organisation

  • Hugo Satre
  • Jonathan Paquette

Bibliographie 

Butler, Judith. Humain, inhumain. Le travail critique des normes. Entretiens. Paris, Amsterdam, 2005.

Carter, Angela. The Infernal Desire Machines of Doctor Hoffman. New York, Penguin Books, 1994 [1972].

D’Eaubonne, Françoise. Les bergères de l’Apocalypse. Paris, Des femmes, 2022 [1977].

Despret, Vinciane. Autobiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipation. Arles, Actes Sud, 2021.

Frankétienne. L’oiseau schizophone. Paris, Jean-Michel Place éditeur, 1998 [1993].

Haraway, Donna J. Staying With the Trouble. Making Kin in the Chthulucene. Durham, Duke University Press, 2016.

Martelly, Stéphane. Les jeux du dissemblable. Folie, marge et féminin en littérature haïtienne contemporaine. Montréal, Nota Bene, 2016.

Miano, Léonora. Rouge impératrice. Paris, Grasset, 2019.

Preciado, Paul B. Dysphoria Mundi. Le son du monde qui s’écroule. Paris, Grasset, 2022.

Roberts, Adam. The Thing Itself. London, Gollancz, 2015.

Rumpala, Yannick. « Littérature à potentiel heuristique pour temps incertains ». Dans Méthodos, no. 15, 2015. [En ligne : https://doi.org/10.4000/methodos.4178]

Swirski, Peter. Of Literature and Knowledge. Explorations in Narrative Thought Experiments, Evolution, and Game Theory. London, Routledge, 2007. 

Places

  • Université de Montréal
    Montreal, Canada (H3T 1N8)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Monday, February 12, 2024

Keywords

  • littérature, pensée, imagination

Contact(s)

  • Revue Post-Scriptum
    courriel : redaction [at] post-scriptum [dot] org

Reference Urls

Information source

  • Jonathan Paquette
    courriel : jonathan [dot] paquette [dot] 1 [at] umontreal [dot] ca

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« La Littérature comme aller-vers : pour une épistémologie littéraire extra-humaine », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 05, 2024, https://doi.org/10.58079/vr27

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search