HomeDistorsions de la perception : arts, technologie, épistémologie
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Abstract

Ce colloque propose d’examiner les phénomènes de distorsion de la perception dans une perspective transdisciplinaire, intégrant les apports des neurosciences, de la psychologie cognitive, des sciences sociales, de la philosophie et des arts. Inscrit dans une approche historique, il interroge la création contemporaine à partir des transformations de la sensorialité individuelle et collective adossées à la modernité. Comment les artistes intègrent-ils ces expériences de distorsion cognitive de la perception dans leurs œuvres ?

Announcement

Colloque international du CCAMAN-LISAA et ciné-concert

Argumentaire

Ce colloque propose d’examiner les phénomènes de distorsion de la perception dans une perspective transdisciplinaire, intégrant les apports des neurosciences, de la psychologie cognitive, des sciences sociales, de la philosophie et des arts. Inscrit dans une approche historique, il interroge la création contemporaine à partir des transformations de la sensorialité individuelle et collective adossées à la modernité (Schivelbusch, 1991), faisant sienne la thèse de la philosophe Susan Buck-Morss (2010) selon laquelle l’« expérience de l’ivresse ne se limitait pas aux transformations biochimiques induites par la drogue. Au XIXe siècle, c’est la réalité elle-même qui devenait narcotique ». En explorant comment les artistes s'inspirent des états altérés de conscience — par des psychotropes, des pathologies mentales ou des manipulations politiques — et tentent de les retranscrire, nous examinerons comment ces expériences influencent la création artistique et la perception esthétique. Les enjeux sont multiples : saisir les mécanismes cognitifs sous-tendant ces distorsions perceptuelles (Clark, 2013), comprendre leur impact sur la créativité (Frith, 2007), et réfléchir aux implications éthiques et sociétales de la manipulation de la perception dans un contexte où le système capitaliste cherche à orienter les comportements et à façonner les consommateurs (Zuboff, 2019). 

En réunissant des chercheurs et des praticiens de différents domaines, ce colloque vise à favoriser le dialogue sur la manière dont les arts participent à la compréhension et à la critique des mécanismes de distorsion de la perception. Il s’agit également de questionner le rôle des arts dans nos sociétés contemporaines, en tant que vecteur de prise de conscience et de résistance face aux influences qui visent à modeler notre perception du monde.

« Percevoir, c'est se rendre présent à une réalité qui n'est jamais toute là. » Cette réflexion de Maurice Merleau-Ponty met en lumière la nature intrinsèquement incomplète et dynamique de la perception humaine, qui n'est pas une simple réception passive d'informations sensorielles, mais un processus actif et engagé, où le sujet participe à la construction de sa réalité. Cette participation implique que notre perception est toujours partielle, influencée par nos expériences, nos attentes et nos processus cognitifs. Ainsi, la réalité perçue est sujette à des altérations et des déformations, des distorsions cognitives de la perception. Ce terme désigne les altérations de la perception du monde causées par des processus cognitifs, tels que les croyances, les attentes, les émotions ou les biais, influencés par divers facteurs internes ou externes (Beck, 1976; Bentall, 1990). Elles peuvent résulter de l’usage de substances psychotropes, de troubles mentaux ou encore de manipulations sociétales ou politiques, et modifient profondément notre expérience du réel : la perception devient un phénomène subjectif et malléable dans une réalité qui n'est jamais totalement donnée.

Particulièrement depuis les années 1950, de nombreux artistes en musique, cinéma et arts numériques ont exploré ces distorsions en cherchant à interroger, transformer et subvertir notre appréhension du réel. Parallèlement, les avancées en neurosciences et en psychologie cognitive ont démontré que les états altérés de conscience modifient les circuits neuronaux, influençant la cognition, l’émotion et la perception sensorielle (Vollenweider & Kometer, 2010). Les travaux de David Nutt (Nutt et al., 2020) et d’autres chercheurs (Carhart-Harris et al., 2012) ont montré comment les substances psychotropes modulent l’activité neuronale et les réseaux de communication dans le cerveau humain. 

Ces recherches donnent un cadre scientifique pour permettre nos travaux : comment les artistes intègrent-ils ces expériences de distorsion cognitive de la perception dans leurs œuvres ?

En musique, l'émergence des technologies numériques a permis aux compositeurs d’explorer de nouvelles dimensions sonores, souvent en induisant des distorsions perceptuelles chez l'auditeur. Karlheinz Stockhausen, avec Stimmung (1968), utilise des harmoniques vocales et des structures répétitives pour créer des textures sonores immersives évoquant des états de conscience modifiés (Maconie, 2005) ; Morton Subotnick, dans Silver Apples of the Moon (1967), utilise les synthétiseurs analogiques pour générer des sons inédits, simulant les distorsions perceptuelles, souvent associées aux substances psychédéliques (Holmes, 2016). Quant au cinéma, on trouve fréquemment des exemples de ces explorations, notamment chez David Lynch (par exemple dans Eraserhead (1977) ou Mulholland Drive (2001), qui utilise des techniques narratives non linéaires et des procédés de défiguration pour plonger le spectateur dans des univers oniriques et perturbants (Rodley, 2005). Enfin, les arts numériques offrent de nouvelles perspectives en permettant une interaction directe avec le public dans des environnements immersifs. Les recherches sur la réalité virtuelle montrent qu'elle peut induire des expériences modifiant la perception de soi et de l'environnement, entraînant des distorsions cognitives de la perception (Slater & Sanchez-Vives, 2016). Laurie Anderson, avec son installation en réalité virtuelle Chalkroom (2017), invite les participants à naviguer dans un espace abstrait de mots et de sons, brouillant les frontières entre le réel et le virtuel (Greenfield, 2018).

Les troubles mentaux, tels que la schizophrénie, ont inspiré des artistes à explorer la fragmentation du soi et du monde perçu. Les études de Sass et Parnas (2003) montrent comment cette condition entraîne des distorsions cognitives de la perception, affectant la conscience de soi et la réalité perçue. En musique, Gérard Grisey, avec Vortex Temporum (1996), manipule le temps musical et les textures sonores pour créer une sensation de distorsion temporelle, reflétant ces altérations perceptuelles (Dufourt, 2007). Plus récemment, Beyond the Black Rainbow (2010) de Panos Cosmatos ou I saw the TV glow (2024) de Jane Schoenbrun, interrogent la nature de la réalité et la fragilité de notre perception face aux distorsions induites par des états psychotiques, l’usage de substances psychotropes ou l’influence du consumérisme dans la construction cognitive de la réalité – sujet déjà présent dans le cinéma de John Carpenter des années 1980, par exemple dans They Live (1988).

La manipulation politique et médiatique devient une forme différenciée de distorsion cognitive de la perception, où les technologies de l'information sont utilisées pour influencer les opinions et les comportements, orientant les individus vers des modes de consommation spécifiques dans un contexte capitaliste (Debord, 1967). Hito Steyerl, dans How Not to Be Seen (2013), examine l'impact des images numériques et de la surveillance sur notre perception du réel, questionnant la manière dont le capitalisme numérique façonne notre expérience du monde (Steyerl, 2012). Trevor Paglen explore les infrastructures cachées de la surveillance, mettant en lumière les opérations clandestines qui influencent la perception collective (Paglen, 2010). En musique électronique, Autechre repousse les limites de la perception auditive avec des compositions complexes comme NTS Sessions (2018), reflétant la confusion sensorielle résultant d'une surcharge d'informations et induisant des distorsions cognitives de la perception chez l’auditeur.

Mettre à jour et comprendre les différents mécanismes sous-jacents à ces distorsions est essentiel pour saisir l'impact de ces œuvres artistiques.

Programme

Lundi 31 mars 2025 

Auditorium Copernic
Cité Descartes - Bât. Copernic
5 bd. Descartes
77420 Champs-sur-Marne
RER A : Noisy-Champs
Sortie 3. Bd. Newton

9 h Ouverture par Gilles ROUSSEL, président de l’université, Introduction du colloque par le comité d’organisation

9 h 30 Conférence Neurosciences

Modération – Kevin Dahan et Maxime Boidy

  • David ERRITZOE (Imperial College London, Center of Psychopharmacology) – Psychedelics and the Brain

10 h 45 | Pause

11 h Panel Arts numériques et culture visuelle : technologie, histoire, subjectivation

Modération – Carole Aurouet et Diane Arnaud

  • Maxime BOIDY (LISAA-CCAMAN) – Distorsions/Suspensions de la perception : épistémologie et périodisation
  • Edwige ARMAND (LISAA-CCAMAN) – Réel : copie ou original
  • Florent DI BARTOLO (LISAA-CCAMAN) – Blockchains et NFT : nouvelles distorsions dans les pratiques artistiques contemporaines

13 h | Déjeuner

14 h Conférence Cinéma et études visuelles

Modération – Diane Arnaud et Maxime Boidy

  • Martine BEUGNET (Université Paris Cité, UMR ECHELLES) – Flous de distorsions : technique de la monstruosité

15 h 15 | Pause

15 h 30 Panel Cinéma de fiction : image, personnage, sujet de société

Modération – Irène Langlet et Kevin Dahan

  • Diane ARNAUD (LISAA-CCAMAN) – Éthique de l’anamorphose dans le CinémaScope de David Lynch
  • Anna MAMONENKO (LISAA-CCAMAN) – L’effet Covid sur les images dans Coma (2022) de Bertrand Bonello
  • Carole AUROUET (LISAA-CCAMAN) – Contorsions émancipatrices dans les séries comiques françaises féminines des années 1910

18 h Soirée Ciné-concert. Au programme ?

Trois vilaines filles à l’oeuvre !

Modération – Edwige Armand et Diane Arnaud

  • Béatrice DE PASTRE (CNC) – Distorsions de la pellicule
  • Carole AUROUET (LISAA-CCAMAN) – Genèse et conception du ciné-concert

19 h | Buffet dinatoire

Mardi 1er avril 2025

Amphithéâtre F2
Cité Descartes - Bât. Alexandra David-Néel
2 Allée du Promontoire
93160 Noisy-le-Grand
RER A : Noisy-Champs
Sortie 1. Quartier du Champy

9 h 30 Conférence Retour d’expériences

Modération – Edwige Armand et Maxime Boidy

  • Nick TYLER (University College London, Center for Transport Studies) – Halluciner donc penser, penser donc halluciner ?

10 h 45 | Pause

11 h Conférence Opérations cinématographiques

Modération – Diane Arnaud et Edwige Armand

  • Livio BELLOÏ (Université de Liège, FNRS, Traverses) – La perception altérée dans le cinéma d’expérimentation

12 h 15 Programmation musicale

12 h 45 | Déjeuner

13 h 45 Panel Esthétique et politique

Modération – Maxime Boidy et Kevin Dahan

  • Eva WERTH (LISAA-CCAMAN) – La politique de la perception : les débats impressionnisme - expressionnisme dans le contexte esthétique et au-delà
  • Hugo CLÉMOT (LISAA-CCAMAN) – Sur la nécessité de la distorsion en art
  • Andrea OTERO-PERDOMO (LISAA-EMHIS) – Le tournant esthétique de la contestation politique : la jeunesse et l’espace public au Chili

15 h 45 | Pause

16 h Panel Musique et arts sonores

Modération – Jean-Paul Rocchi et Carole Aurouet

  • Guillaume DUPETIT (LISAA-CCAMAN) – Microrythmes, temps et fluidité : la question perceptive dans l’analyse musicale
  • Martin LALIBERTÉ (LISAA-CCAMAN) – Distorsions, son sale, psychédélisme comme expression innovante : le retour massif du refoulé percussif entre 1960 et 1980
  • Kevin DAHAN (LISAA-CCAMAN) – Glitching Reality: the illusion of control in digital soundbased

18 h Distorsion finale

Comité d’organisation de l’équipe CCAMAN, laboratoire LISAA

  • Edwige ARMAND, Diane ARNAUD, Carole AUROUET,
  • Maxime BOIDY et Kevin DAHAN

Comité scientifique

  • Livio BELLOÏ (Université de Liège, FNRS, Traverses)
  • Martine BEUGNET (Université Paris Cité, UMR ECHELLES)
  • Irène LANGLET (Université Gustave Eiffel, LISAA-FTD)
  • Jean-Paul ROCCHI (Université Gustave Eiffel, LISAA-SEA)
  • Emmanuel VINCENOT (Université Gustave Eiffel, LISAA-EMHIS)

Places

  • Bâtiment Copernic et Alexandra David-Néel - 5 bd Descartes et 2 allée du Promontoire
    Champs-sur-Marne, France (77)

Event attendance modalities

Full on-site event


License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Distorsions de la perception : arts, technologie, épistémologie », Conference, symposium, Calenda, Published on Tuesday, February 25, 2025, https://doi.org/10.58079/13db2

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