HomeQuelles bifurcations écologiques de l’économie sociale et solidaire ?
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Abstract

Ce numéro de la revue Bifurcation/s cherchera à questionner l’économie sociale et solidaire dans son rapport à l’écologie, à partir des expérimentations qui, dans les pratiques et les idées, au cours de l’histoire comme aujourd’hui, au niveau local comme international, cherchent à bifurquer dans des directions parfois opposées. 

Announcement

Argumentaire

Depuis quelques années, l’économie sociale et solidaire (ESS) semble avoir fait de la transition écologique un de ses nouveaux crédos. Ses valeurs et principes comme la coopération, la démocratie, l’intérêt collectif, l’ancrage territorial sont présentés comme autant de leviers pour inventer des pratiques et modèles socioéconomiques (de production, d’échange, de consommation, etc.) qui soient non seulement plus solidaires, mais aussi plus écologiques. Historiquement, un certain nombre d’associations ont joué un rôle pionnier dans la protection de l’environnement et l’écologie politique. Aujourd’hui, les initiatives portées par des associations ou des coopératives dans le réemploi des déchets, l’énergie renouvelable, l’alimentation biologique, la mobilité durable, le numérique, etc., à l’image du collectif des Licoornes, apparaissent comme autant d’illustration de cette transition écologique à l’œuvre dans l’ESS. À l’échelle internationale, l’OIT (2022) comme l’ONU (2023) mettent également en avant le rôle de l’ESS dans le développement durable, en particulier dans les pays des suds.

Pour autant, l’ESS reste un champ éclaté et divisé, y compris sur la question écologique. Les représentations et pratiques de l’écologie dans l’ESS n’échappent pas aux divergences plus globales au sein des socialismes (n° 1) et des conservatismes (n° 2) dont elle est aussi l’héritière. Les mouvements et partis écologistes se sont largement engagés dans l’ESS depuis plusieurs décennies, et ont participé à son institutionnalisation en France. Mais pourquoi cet engagement historique des écologistes dans l’ESS ? Quelles visions de l’ESS portent-ils ? Malgré cet intérêt des écologistes, tous les acteurs de l’ESS ne se retrouvent pas toujours dans les pratiques et valeurs défendues par l’écologie politique, loin de là. Quelles sont les lignes de clivage au sein de l’ESS sur ce rapport à l’écologie politique ?

Au-delà d'une bifurcation écologique qui serait naturelle dans l’ESS, cette dernière vient percuter et déstabiliser le sens du collectif, du social, de la solidarité, et même de la démocratie dans les organisations de l'ESS qui doivent, de manière plus ou moins volontaire ou contrainte, réinventer leurs pratiques et modèles de gouvernance, de production, de financement, etc. Quelles formes prennent ces nouveaux modèles ? Quels sont les leviers et les freins de cette bifurcation écologique des organisations de l’ESS ? Quel effet sur l’emploi et les conditions de travail connues pour être relativement précaires dans les associations ? Quels rôles jouent les fédérations et réseaux de l’ESS, mais aussi les politiques publiques, dans ces évolutions ?

Cette bifurcation écologique questionne également la place de l'ESS dans des changements plus globaux touchant à des secteurs comme l’agriculture, l’industrie, mais aussi les services – et notamment les activités de care – qui sont prédominants dans l’ESS. Comment les acteurs et organisations de l’ESS sont transformés par la transition écologique à l’œuvre dans ces secteurs ? Quels rôles joue (ou pas) l’ESS dans les bifurcations écologiques de ces secteurs ? Plus largement, les débats autour la planification écologique invitent à questionner les reconfigurations institutionnelles à l’œuvre entre le marché, l’État, les sociétés civiles, et l’ESS. Quelle place et quel rôle l’ESS occupe dans ces reconfigurations institutionnelles ? Là encore des tensions et ambiguïtés peuvent apparaître dans la manière dont l’ESS peut être instrumentalisée au nom de l’écologie, et tant par les pouvoirs publics que des grandes entreprises. Elle peut apparaitre comme un vecteur de moralisation et de dépolitisation de la question écologique, comme un moyen de remise en cause des services publics. Ou au contraire l’ESS peut être perçu dans sa capacité d’innovation sociale-écologique, comme un pilier d’un Etat social-écologique, voire d'une société éco-socialiste. Dans ces reconfigurations plus globales, on ne peut laisser dans l'ombre les rapports entre les nords et les suds qui se jouent aussi dans les bifurcations écologiques de l'ESS. En quoi l’écologie est une clé de compréhension des dynamiques internationales dans l’ESS ? Comment rendre visibles et quelles leçons tirer des alternatives socio-écologiques qui se construisent dans d'autres pays ou à d'autres échelles ?

Une des questions qui anime aujourd’hui les acteur.rices comme les chercheur.es engagé.es dans l’ESS est celle de sa capacité transformatrice – instituante dirait Henri Desroche – à même d’opérer des bifurcations, tant dans les pensées que les pratiques, à différentes échelles : à l’échelle micro des individus, des organisations, etc. ; à l’échelle méso des territoires, des secteurs, des écosystèmes, etc. ; et à l’échelle macro du capitalisme, de l’État, des relations internationales, etc. C’est la dimension proprement politique portée par l’ESS qui est ici questionnée, à la fois au sein de l’ESS mais aussi dans son environnement institutionnel. La bifurcation écologique de l'ESS est donc pleine de paradoxes, de tensions, mais aussi d'espoirs. Et il s'agira dans ce numéro de la revue Bifurcation/s de questionner l’ESS dans son rapport à l’écologie, et d'aborder des expérimentations qui, dans les pratiques et les idées, au cours de l’histoire comme aujourd’hui, au niveau local comme international, cherchent à bifurquer dans des directions parfois opposées.

Cet appel à contributions s’adresse aux chercheur.es de domaines disciplinaires variés (histoire, sciences politiques, économie, gestion, sociologie, sciences pour l’ingénieur, etc.), mais aussi à des contributions d’acteur.rices, afin de favoriser des discussions approfondies sur les débats et les formes de la bifurcation écologique de l’ESS.

Modalités de soumission

Des notes d’intention comprenant un résumé de l’article (environ 5 000 signes, espaces compris) et les références clés sur la thématique des auteur.trice.s sont attendues

pour le 30 avril 2025.

Elles sont à envoyer à :

  • amina.becheur@univ-eiffel.fr
  • sylvain.celle@univ-lyon2.fr
  • benoit.monange@union-sociale.coop

Un retour sur les notes d’intention sera fait aux auteur.rices durant la première quinzaine de mai, et les articles (entre 30 000 et 35 000 signes espaces compris) sont attendus pour le 5 septembre 2025.

Les articles seront ensuite soumis à l’évaluation de relecteur.ices anonymes et du comité de rédaction. Si l’article est accepté, les éventuels remaniements auront lieu pendant l’automne et l’hiver 2025.

Ce numéro sera publié au printemps 2026.

Coordination du numéro

  • Amina Béji-Bécheur, professeure en sciences de gestion, Institut de Recherche en Gestion, Université Gustave Eiffel
  • Sylvain Celle, maître de conférences en économie, Triangle UMR 5206, Université Lyon 2
  • Benoit Monange, directeur de l’Union sociale des SCOP et des SCIC

La revue Bifurcation/s

Bifurquer est une nécessité, une urgence, l’expression d’un choix. Comment le faire, avec qui et, parfois, contre qui ? La revue Bifurcation/s a pour ambition non seulement de documenter ces bifurcations, mais également de contribuer à les initier, en se positionnant comme un espace de circulation, de débats et d’action. Revue hybride, à la fois académique et diffusée sur Cairn, dotée d’un conseil scientifique et d’un comité de lecture, Bifurcation/s associe aussi des personnalités issues des mouvements sociaux et écologiques. Elle ne cherche pas à défendre une ligne mais à favoriser les émergences inévitablement multiples, à partir d’une position réflexive, circulante, bienveillante, évitant que les controverses ne virent à la polémique. La revue s'inscrit dans une perspective d'émancipation. A ce titre elle a cœur d'explorer les relations entre la perspective écologiste et toutes les autres dimensions d'une politique émancipatrice.

Pour découvrir et lire la revue Bifurcation/s :

La revue fonctionne sur la base d’appels à contribution, ainsi que sur la réalisation de dossiers. Elle reçoit aussi des propositions spontanées, principalement pour les Varias. Dans tous les cas, elle exige un travail de problématisation poussé. Elle n’accepte donc pas des « actes de colloque » et autres ensembles collectifs de contributions qui manqueraient de lien interne. Elle n’accepte pas non plus des positionnements trop tranchés d’école ou des regards trop unilatéraux ; ainsi, par exemple, aborder l’enjeu de l’énergie sans prendre au sérieux la question du travail, ou réciproquement n’aborder cet enjeu que sous l’angle de l’emploi. Un effort de décentrement est également attendu, qui ancre les problématiques dans la société. La revue accepte cependant des articles en « Varia ». Elle recherche également des propositions pour les rubriques : Lianaz/Luttes ; Concepts ; Sources ; Esthétique

Les propositions sont envoyées à l’adresse générique de la revue, en précisant l’objet (rubrique, varia, dossier, etc.) : contact@revue-bifurcations.info


Keywords

  • ESS, coopérative, bifurcation, écologie

Contact(s)

  • Sylvain Celle
    courriel : sylvain [dot] celle [at] univ-lyon2 [dot] fr

Reference Urls

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Quelles bifurcations écologiques de l’économie sociale et solidaire ? », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, March 19, 2025, https://doi.org/10.58079/13ik3

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