HomeLe corps entre essence, sens et existence
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Abstract

Cet ouvrage s’adresse aux designers, artistes, architectes, urbanistes, paysagistes, ergonomes, ingénieurs, historiens, critiques, experts en sciences humaines et sociales, ainsi qu’aux spécialistes des sciences cognitives, engagés dans l’exploration et dans l’interprétation du corps en tant que sujet et objet, à la fois vécu et observé, contribuant ainsi à la conception d’espaces, d’images, d’objets et d’œuvres d’art. Il s’adresse à ceux qui, en réfléchissant à la représentation du corps, cherchent à en révéler son potentiel comme moteur du projet, sous un prisme transversal, en croisant les regards philosophiques, éthiques, artistiques, conceptuels et techniques.

Announcement

Argumentaire

Le corps constitue le premier espace où se forge l’expérience humaine. Il existe en tant que masse et se disperse en un ensemble complexe de sensations, de perceptions et d’émotions. En perpétuelle adaptation, il absorbe tout ce qui l’entoure, portant en lui les traces visibles et invisibles de ses expériences, jusqu’à devenir, à son tour, une trace de son passé.

Dans cette vision, le corps est en perpétuel devenir. Il subit les bouleversements liés aux conditions dans lesquelles il évolue, de la diversité des usages qui conditionnent sa présence, de la multiplicité de couches qui redéfinit sa matérialité, de la pluralité des cultures qui reconsidèrent ses représentations. Sans cesse remodelé, par un mouvement qui l’assaille, il se façonne au gré des contextes, des temporalités, des spatialités et des interactions qui l’animent. Un mouvement qui peut être perçu comme négatif lorsqu’il devient le reflet des inégalités sociales, où il porte les stigmates de l’indifférence des systèmes (Bourdieu, 1994). Tourmenté par les conflits, il s’efface, se fragmente, parfois réduit à une présence niée, un chiffre noyé dans une réalité déshumanisée, enregistrant dans ses plis les fractures d’une société en perpétuelle agitation. D’autre part, ce mouvement peut être perçu comme positif, lorsqu’il traduit une dynamique de transformation, une énergie de changement qui revendique une évolution. Dans cette dynamique, il s’apparente à un palimpseste vivant. C’est par le corps que l’humain marque son inscription dans le monde. Une inscription essentielle, car elle nous permet de nous reconnecter avec notre histoire personnelle et collective (Mondzain, 2002). Car, si le corps est le premier territoire de l’expérience individuelle, il est aussi le lieu d’une mémoire partagée. Il constitue un objet culturel façonné par des normes, des valeurs et des représentations propres à chaque culture. Le corps oscille ainsi entre adaptation et résistance, entre inscription et effacement, entre crispation et évolution, entre conceptualisation et matérialisation, entre absence et présence, entre unité et multiplicité.

Au fil du temps, les discours et les débats autour du corps se sont complexifiés. Du latin corpus, dont la signification résonne avec le grec sôma, le corps désigne étymologiquement ce qui s’oppose à l’esprit, à l’âme, au spirituel. Il incarne la matérialité brute, une forme de prose face à l’élan de l’intellect. Cette vision, qui traverse de nombreuses traditions philosophiques, religieuses et esthétiques, a construit un rempart entre la matérialité et l’immatérialité. La pensée occidentale, de Platon à Descartes, a souvent opposé le corps et l’âme, le considérant comme un carcan qui empêche l’âme d’atteindre la connaissance véritable.

En revanche, les philosophies orientales offrent une vision plus nuancée, en réconciliant l’âme et le corps. Avicenne et Mullâ Sadrâ, par exemple, appréhendent le corps comme un médium d’expérimentation de l’existence humaine. La langue arabe illustre particulièrement cette conception. Le mot "jasad" ne renvoie pas uniquement à une matière inerte, mais évoque une présence qui vient éveiller et animer l’âme "rûh". Ainsi, les deux entités s’entrelacent dans un dialogue, façonnant ensemble la perception du monde et l’identité de l’humain.

Peu à peu, l’équilibre s’est inversé une fois de plus. À une époque plus récente, marquée par les progrès scientifiques, l’homme, fier de sa capacité à conquérir la matière, entreprend une émancipation qui le conduit à rejeter l’âme, la reléguant au rang de vestige d’un obscurantisme religieux dépassé. Ce rejet marque une amputation et un appauvrissement de la compréhension de l’humain dans toute sa complexité (Morin, 2015). Cette dissociation a façonné notre rapport au savoir, à la nature, à la recherche scientifique, et même à la création artistique, en favorisant une approche analytique, parfois au détriment d’une perception plus globale et sensible. Cependant, les approches contemporaines remettent en question cette vision dualiste. Dans le prolongement de cette thèse, les sciences cognitives démontrent l’imbrication de la pensée et des émotions avec les processus corporels. Francisco Varela, par sa théorie de la cognition énactive, propose une vision qui réconcilie les deux entités (Varela, 1996).

Ce qui nous intéresse ici, ce ne sont pas tant les thèses établies, mais bien les différentes modalités d’appréhension du « corps ». Car chacune ouvre des possibilités de création, de réflexion et d’action. C’est dans cette pluralité de regards que se dévoile la richesse de son appréhension. La question du corps se réinvente continuellement, ravivant le débat sur sa propre essence et sur la relation réciproque qu’il entretient avec son environnement. Cette relation se déploie en une multitude d’interactions : physique, émotive, psychique, sensorielle et/ou intellectuelle. Cette implication corporelle diffère d’une situation à une autre : unique ou plurielle, singulière ou redondante, à fleur de peau ou enveloppante.

Un corps en mutation, vers une redéfinition dans l’espace social

La science-fiction a longtemps imaginé des corps hybrides, augmentés par la technologie, interrogeant les frontières entre le corps humain et la machine. Aujourd’hui, ces fictions rejoignent la réalité avec les avancées en bio-ingénierie, en intelligence artificielle et en nanotechnologie. Le développement des prothèses intelligentes, des interfaces neuronales et de la biotechnologie soulève la question de l’hybridation du corps. Aussi, les cyborgs, autrefois imaginaires, prennent forme à travers des figures contemporaines comme Neil Harbisson (Harbisson, Ribas, 2016). Le design computationnel, la biotechnologie et le transhumanisme ouvrent des perspectives nouvelles sur l’extension et la transformation du corps (Clark, 2003).

Par ailleurs, les modifications corporelles participent également à l’émergence de nouvelle esthétique. Des artistes, par exemple, questionnent les limites du corps biologique en intégrant des extensions robotiques dans leurs pratiques artistiques. Aussi, les algorithmes génératifs, l’impression 4D et les biomatériaux interactifs conçoivent des objets et des espaces qui réagissent aux stimuli biologiques et environnementaux (Oxman, 2016). Le rapport au corps évolue à travers la culture numérique, influençant la manière dont nous percevons et nous projetons dans l’espace social (Bailenson, 2018).

Si ces avancées promettent une extension des capacités humaines, qu’il s’agisse d’améliorer ou d’amplifier les fonctions cognitives ou d’explorer de nouvelles esthétiques et interactions sensorielles, elles soulèvent aussi des questions majeures en termes d’accessibilité, d’identité, d’éthique, de normalisation et de rapport au vivant (Bostrom, 2014).

Le corps comme interface, les sensibilités émotionnelles au cœur de l’expérience utilisateur (UX)

L’UX (User Experience) est aujourd’hui un terme largement utilisé, parfois galvaudé, tant il est invoqué dans des contextes variés, souvent sans réelle compréhension de sa portée. Pourtant, au-delà des effets de mode, l’UX repose sur un processus de conception centré sur l’humain et surtout sur la compréhension du corps comme premier médiateur entre ce dernier et l’environnement qui l’entoure (Norman, 2010). Les neurosciences et la psychologie cognitive montrent que nos perceptions sont ancrées dans une interaction sensorielle avec notre espace physique. Des interfaces gestuelles aux dispositifs haptiques, le design, intégrant la dimension corporelle, repousse les limites de l’UX. Les pratiques créatrices expérientielles reposent sur un principe essentiel : elles ne s’arrêtent pas à l’acte de conception, mais se prolongent à travers l’expérience de l’autre. Pour vivre pleinement cette expérience, ce dernier doit agir, « effleurer, frôler, presser, enfoncer, serrer, lisser, gratter, frotter, caresser, palper, tâter, pétrir, masser, enlacer, étreindre, frapper… » (Nancy, 2000), car toute pratique créative est avant tout une histoire de corps, de gestes, de points de contact entre les êtres et les choses soulevant une question de proximité avec le monde qui les accueille. Le design relationnel est ainsi mis en avant, comme en témoignent les projets présentés dans le cadre du « Deep Design Lab », qui cherchent à repenser les objets afin d’établir des liens en intégrant des dimensions telles que l’aspect social et l’émotion.

Par ailleurs, le concept du « corps sensible » s’inscrit dans un champ phénoménologique qui explore la manière dont le corps expérimente le monde au-delà de sa simple fonction mécanique, relevant d’une approche d’ordre somato-physique. Celle-ci met en lumière l’interconnexion entre la perception physique et la dimension émotionnelle, mentale et sensible de l’individu. Le design d’émotion vise à susciter des réactions affectives, qu’il s’agisse de surprise, de réconfort ou d’émerveillement (Desmet, 2003).

Le corps comme matière première, de l’apprentissage du geste à la liberté d’expression

Le corps humain, source infinie d’inspiration, traverse les Arts, se faisant tour à tour modèle, repère et métaphore. De la délicatesse des peintures classiques aux audacieuses représentations futuristes, il façonne l’espace physique et s’anime dans l’art numérique. Cette fascination pour le corps se traduit par une recherche constante d’adaptation des objets et des espaces aux besoins physiologiques et ergonomiques de l’homme. Lorsqu’un designer, par exemple, conçoit un objet du quotidien, il tient compte des proportions, des mouvements et des postures du corps humain afin de garantir confort et fonctionnalité.

D’autres créateurs ne se contentent pas d’adapter leurs productions aux dimensions et aux usages du corps humain : Ils en font le cœur même de leur quête conceptuelle et esthétique. Portés par la poésie des courbes et la finesse de l’anatomie, ceux-ci réinterprètent les lignes du corps pour en faire la structure de leur création. Le corps devient alors une matière première, une présence, créant une interaction visuelle et sensorielle.

Par ailleurs, le corps constitue aussi le premier instrument de tout créateur. C’est par lui que passent l’intention, l’émotion et l’énergie qui animent tout acte de conception (Sheets-Johnstone, 2011). De l’apprentissage à la création, les processus créatifs ne se réduisent pas à des techniques d’exécution, mais relèvent des pratiques où le savoir-faire s’ancre dans une interaction constante entre le corps et l’environnement (Ingold, 2013), permettant ainsi une appropriation sensible et signifiante du geste. C’est dans cette appropriation que se joue la transformation du geste en une liberté d’expression. Le corps devient alors le véritable catalyseur de la pensée et de l’émotion, faisant de la création un langage à part entière (Merleau-Ponty, 1945).

Ouvrage collectif

Cet ouvrage s’adresse aux designers, artistes, architectes, urbanistes, paysagistes, ergonomes, ingénieurs, historiens, critiques, experts en sciences humaines et sociales, ainsi qu’aux spécialistes des sciences cognitives, engagés dans l’exploration et dans l’interprétation du corps en tant que sujet et objet, à la fois vécu et observé, contribuant ainsi à la conception d’espaces, d’images, d’objets et d’œuvres d’art. Il s’adresse à ceux qui, en réfléchissant à la représentation du corps, cherchent à en révéler son potentiel comme moteur du projet, sous un prisme transversal, en croisant les regards philosophiques, éthiques, artistiques, conceptuels et techniques.

Modalités de soumission

Les propositions comportant entre 15.000 et 30.000 signes (espaces compris, notes à part), seront rédigées en français, arabe ou anglais, accompagnées de maximum 3 images légendées, d’un résumé de 1000 signes (espaces compris), de quatre mots-clés et d’une courte biographie de l’auteur de 500 signes (espaces compris).

Les propositions sont à adresser à l’adresse suivante : ouvrageessted@gmail.com,

avant le 1er juin 2025

Les normes éditoriales seront jointes au message de communication des contributions sélectionnées.

Les propositions sélectionnées seront publiées dans un ouvrage collectif.

Calendrier

  • 16 mars 2025 : lancement de l’appel à contributions
  • 1 juin 2025 : date ultime de soumission
  • 20 juin 2025 : retour des formulaires d’évaluation
  • Juillet : mise en forme et publication de l’ouvrage collectif
  • Octobre 2025 : lancement du livre à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design

Comité scientifique

  • Nomen Gmach, Théoricien de l’art, Professeur à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie
  • Monia Lachab, Sociologue, Professeure à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie
  • Marie Tremblay-laliberte, Designer, Professeure adjointe à la Faculté de l’aménagement-École de design, Université de Montréal, Canada
  • Evangelos KOURDIS, Sémioticien, Professeur à l’École de langue et littérature françaises, Faculté de philosophie, Université Aristote de Thessalonique, Gréce
  • Moez Safta, Théoricien de l’art, Professeur à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis, Université de Tunis, Tunisie
  • Faten Chouba, Plasticienne, Professeure à l’Institut Supérieur des Beaux-arts de Sousse, Université de Sousse, Tunisie
  • Ikbel Charfi, Designer, Professeure à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Sfax, Université de Sfax, Tunisie
  • Moufida Ghodbane, Plasticienne, Professeure à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Nabeul, Université de Carthage, Tunisie
  • Chiraz Mosbah, Designer, Maîtresse de conférences à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie
  • Riadh Belhajahmed, Théoricien de l’art, Maître de conférences à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Nabeul, Université de Carthage, Tunisie
  • Ferdaws Belkadhi, Architecte, Maîtresse de conférences à l’École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme, Université de Carthage, Tunisie

Comité technique d’appui au comité scientifique

  • Mariem Bennour, Designer, Maître-assistante à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie
  • Nawel Chtourou, Designer, Maître-assistante à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie

Comité d’organisation

  • Mariem Bennour, Designer, Maître-assistante à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie
  • Nawel Chtourou, Designer, Maître-assistante à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie
  • Mariem Dridi, Designer, Maître-assistante à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Kairouan, Université de Kairouan, Tunisie
  • Lamia Azzabi, enseignante chercheuse à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie
  • Rania Saket, Designer, Maître-assistante à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Siliana, Université de Jendouba, Tunisie
  • Asma Hammami, Designer, Maître-assistante à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie
  • Nada Abderrazak, Designer, Maître-assistante à l’École Supérieure des Sciences et Technologies du Design, Université de la Manouba, Tunisie

Places

  • Avenue de l`indépendance DenDen , 2011 Tunis
    Tunis, Tunisia (2011)

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Keywords

  • corps, essence, sens, existence, expérience, design

Contact(s)

  • Mariem Bennour
    courriel : raid [at] essted [dot] uma [dot] tn

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Le corps entre essence, sens et existence », Call for papers, Calenda, Published on Monday, April 07, 2025, https://doi.org/10.58079/13p3q

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